|
Interview
 |
Le volcan Parinacota
marque la frontière nord-est du désert d'Atacama
Photo : Serge Brunier |
1- Pourquoi avoir
choisi de parcourir l'Atacama ?
Ce désert est l¹un
des plus beaux et les moins connus de la planète Terre.
En tant que reporter photographe, j¹y voyageai depuis plus d¹une quinzaine
d'années avec en tête le rêve de réaliser un livre.
Je viens tout juste de
réaliser ce rêve !
2- Quels moyens
de locomotion avez-vous utilisé ? Où dormiez-vous dans certaines
zones si isolées ?
Essentiellement en véhicule
4x4, par les pistes empruntées par les mineurs.
A très grande altitude, l'exploration se fait à pied. Je dors dans
le véhicule, lorsqu'il fait vraiment trop froid mais le plus généralement
par terre, dans un duvet sarcophage. Bien sûr, on trouve toutes sortes d¹hotels
dans les oasis.
3- Le réseau
routier permet-il de découvrir les principaux biotopes, de la
côte au plateau central ?
Depuis quelques années,
le nord Chili connaît un véritable boom économique,
du au renchérissement du cours du cuivre. Les anciennes pistes deviennent
d¹excellentes routes. L¹ensemble du désert est accessible par
route même si,
évidemment, il est plus intéressant de s'éloigner des voies
trop empruntées.
4- Avez-vous souffert
du froid ? du chaud ? Quels conseils pratiques
donneriez-vous à nos visiteurs désirant découvrir cette région
?
L'Atacama est l'un des lieux
au monde où le gradient de température est le
plus fort. J'ai vu des journées d¹été où les
pierres étaient portées à une
température insoutenable (probablement 50° à 60°) et où
il gelait durant la
nuit ! Les pierres du désert sont souvent cassées par thermoclastie.
En
revanche, la température de l'air, extrêmement pur, n'est jamais
vraiment
insupportable, nous ne sommes pas dans le Sahara, qui peut-être étouffant.
Le vrai problème, se sont les nuits en haute altitude, qui peuvent être
glaciales, venteuses, réellement dangereuses. Ne vous aventurez pas seuls
au-delà de 4000 m si vous n¹êtes pas très habitué
aux conditions de la haute montagne !
5- Vous êtes-vous
déjà perdu ? Quelle carte avez-vous utilisé ?
Les cartes de l'Atacama
ne sont ni précises, ni sûres : on peut se perdre en
Atacama... Je préfère voyager "point par point" avec un
GPS, afin de savoir en permanence à combien de km je me trouve d¹un
lieu où passe de temps à autres des véhicules.
6- Quel est le coût
d'un séjour dans l'Atacama ?
L'avion et la location du
véhicule sont l¹élément le plus cher d¹un voyage
qui coûte environ 3000 euros.
7- Quel matériel
photographique utilisez-vous ? Pourquoi ce choix ?
En tant que reporter-photographe,
j'utilise depuis 1990 le même boîtier, un
Nikon F4S. En fonction du travail à effectuer, j'utilise, en plus des optiques
standards, des grands angles (14 mm, 16 mm) ou des téléobjectifs
(300 mm, 400 mm, 600 mm). Maintenant que mon livre est terminé, je vais
basculer au numérique, en utilisant un Nikon D 100 ou un Nikon D2X.
8- Quelles jumelles
avez-vous emporté, et pourquoi ?
Malheureusement, le poids
du matériel photo m'empêche d'emmener des
jumelles! Les miennes, des '2 x 80 dédiées à l¹astronomie,
sont trop
encombrantes.
9- Quelles ont été
les contraintes techniques (et autres) lors de la prise
des photos ?
Habitué à
la prise de vue des étoiles, nébuleuses et galaxies, qui sont des
cibles plutôt calmes et prévisibles, j'ai découvert seulement
très récemment la photographie animalière, ce n'est pas facile
! Je trouve les trop longues focales difficiles à maitriser, et j'ai opté,
pour les mammifères et les oiseaux en Atacama, pour le 400 mm à
2,8, entièrement asservi par le boîtier.
 |
Les montagnes
nues de la Sierra Amarilla dominent un reg désolé
Photo : Serge Brunier |
10- Quel(s) biotope(s)
préférez-vous, du désert côtier aux lagunes d'altitude
? Avez-vous en tête un endroit précis qui vous a marqué par
sa beauté ?
L¹Atacama est trop
beau pour qu¹un tel choix soit possible! Disons que je suis fasciné
par le "désert absolu" du coeur de l'Atacama. Là, dans
la zone de Yungay, il n'y a rien, que des cailloux...
On ne fait que passer, mais quels souvenirs!
 |
Cactus
au dessus de la baie de Paposo
Photo : Serge Brunier |
11- Vous semblez passionné
par les cactées, si variées dans l'Atacama : quel guide d'identification
avez-vous emporté avec vous ?
J'ai découvert les
merveilleux cactus atacamènes sur place ! C¹est de retour en France
qu'un astronome Suisse, Michel Grenon, spécialisé dans la flore
du désert d'Atacama, m¹a aidé à l'identification !
12- La côte
Pacifique semble très riche en oiseaux marins et en colonies
d'otaries : quels spots conseilleriez-vous à nos visiteurs ? Les limicoles
étaient-ils nombreux lors de votre séjour sur la côte ?
Je pense que la côte
Pacifique, entre les ports de Chanaral et Arica, est effectivement un paradis
ornithologique. Il existe un spot extraordinaire, et protégé, entre
Chanaral et Taltal, l'île de Pan de Azucar. Pélicans, fous, goélands,
cormorans, courlis, huîtriers, vautours, manchots ... s'observent aisément.
Les colonies de pélicans et de fous doivent compter des milliers d¹individus.
 |
Cormoran
de Bougainville (Phalacrocorax bougainvillii)
Photo : Serge Brunier |
 |
Manchots
de Humboldt (Spheniscus humboldti)
Photo : Serge Brunier |
 |
Pélicans
thages (Pelecanus thagus)
Photo : Serge Brunier |
13- Le Condor des
Andes et le Nandou sont-ils faciles à voir ? Si oui, où en particulier
?
 |
Nandou de Darwin
(Rhea pennata) dans l'herbe de la puna
Photo : Serge Brunier |
Je n'ai observé des
condors que dans les montagnes non loin de la ville de La Serena. N'étant
pas ornithologue, mon avis est sujet à caution, mais je crois qu¹ils
sont rares et difficiles à trouver.
Le nandou est plus facile à repérer, quoi qu'il soit difficile d¹approche.
On le trouve en altitude, entre 3000 m et 4500 m, partout sur le piemont des Andes,
accompagné de ses poussins, gros comme des dindes de Noël! Il y en
a, par exemple, à une cinquantaine de km au dessus du village de San Pedro
de Atacama, sur la route du Paso de Jama, ou encore au bord des lagunes de Miscanti
et Miniques, à une centaine de km au sud de San Pedro.
14- Le désert
"profond" de l'Atacama central est-il vraiment dépourvu de vie
en dehors des oasis ?
Il n¹y a rien dans
le désert profond : ni faune, ni flore, pas même de champignons,
de lichens. Par endroits, non loin du lieu-dit Yungay, il n¹y a
pas même de traces de bactéries sur le sol ! C'est l'endroit le plus
désertique de la planète.
15- Vous avez observé
des Sarcelles du puna et des Foulques géantes le long des rios : sont-elles
communes ?
 |
Canard Huppé
de Patagonie (Anas(Lophonetta) speculiaroides specularioides)
Photo : Serge Brunier |
Oui, elles sont faciles
à observer, sur les rios Loa et Salado, entre 3500 m et 4500 m d'altitude.
Par exemple, encore une fois, à une cinquantaine de km à peine du
village de San Pedro de Atacama, au delà du volcan Licancabur, en direction
de lArgentine, le rio qui longe la route (quasi déserte) menant au Paso
de Jama, est riche en oiseaux.
16- A part les oiseaux
et quelques mammifères, avez-vous observé des
insectes, des batraciens, des reptiles ?
La côte Pacifique
regorge de crabes et de lézards, en particulier le lézard de Tarapaca.
J'ai vu très peu d¹insectes en Atacama, à part les petites
libellules des rios. A titre d¹exemple, même si ce sondage est un peu
empirique, vous pouvez parcourir 5000 km en 4x4 sans qu¹un seul insecte ne
s'écrase sur votre pare-brise!
17- Les lagunes d'altitude
semblent splendides : ont-elles toutes la même
couleur ? Est-il possible de si baigner à une période de l'année
?
Lorsque la lumière
s'y prête, les lagunes d'altitude offrent un spectacle enchanteur, d¹une
beauté à couper le souffle! Lorsque la montagne est plus
hostile, en revanche, ces immenses étendues désertiques glaciales,
ventées,
invivables, sont véritablement déprimantes, voire angoissantes.
Au Soleil et
sans vent, on ne se lasse pas de les admirer, vasques d¹éméraude,
de topaze,
de lapis-lazuli dans un écrin éblouissant de sel. Les plus connues
se trouvent non loin de San Pedro de Atacama : la Laguna Verde sous le volcan
Licancabur, les lagunes de Miscanti et Miniques sont bien connues des " tours
operators ". Les plus belles sont aussi les moins courues, les plus lointaines,
les mieux cachées. Les lagunes de Leija, de Tuyajto, situées à
quelques heures de piste de San Pedro de Atacama, sont merveilleuses! La Laguna
Verde, qui se mire au pied du volcan Nevado Ojos del Salado, à l'est de
la ville de Copiapo, est l'un des endroits les plus reculé, les plus beaux
du monde, à mon avis. L'eau y est glaciale (quelques degrés) toute
l¹année, sauf en certains points du rivage, où de l'eau chaude
sourd des profondeurs !
18- Quel est le meilleur
spot pour découvrir les colonies de Flamants des
Andes, du Chili et de James ? Une longue-vue est-elle nécessaire étant
donné les distances d'observation ?
 |
Flamants des
Andes (Phoenicopterus andinus)
Photo : Serge Brunier |
Il y a des Flamants des
Andes (Phoenicopterus andinus) et des Flamants du Chili (Phoenicopterus chilensis)
partout. Une réserve naturelle se trouve sur le salar d'Atacama, à
une cinquantaine de km de San Pedro de Atacama. Les flamants, en général,
se trouvent entre 50 m et '00 m. Les Flamants de James (Phoenicopterus jamesi),
magnifiques sur leurs pattes rouges briques sont plus rares et plus discrets.
Une colonie se trouve au bord de la Laguna Verde, au pied du volcan Licancabur.
Ils ne se laissent guère approcher, à moins de rester longtemps
à l'affût, mais nous sommes à 4500 m d'altitude !
19- Avez-vous observé
d'autres oiseaux sur ces lagunes d'altitude ?
Encore une fois, je ne suis
pas ornithologue : cela signifie que, au-delà des oiseaux évidents
que j'ai repéré, j¹ai du en manquer énormément!
En tout cas, j'ai observé que les flamants sont accompagnés d¹Avocettes
des Andes (Recurvirostra andina).
20- Que pensez-vous
d'Ornithomedia.com ?
J'ai découvert le
monde des oiseaux sur la côte du Pacifique, en me prenant
d'affection pour les pélicans du Chili. Puis, j¹ai découvert
avec beaucoup
de plaisir Ornithomedia.com en préparant mon livre sur le désert
d'Atacama.
Quel plaisir, en retournant là-bas, de reconnaître instantanément
les diverses espèces de cormorans ! J¹aime beaucoup votre forum et
vos propositions de voyages. C'est Ornithomedia.com et les membres actifs du forum,
qui m¹ont permis d'identifier nombre d¹espèces, en particulier
un jeune Bbihoreau gris qui n'a pas résisté à votre sagacité
! Par ailleurs, j¹ai beaucoup d¹intérêt pour votre démarche
d'entreprise, alternative très intéressante à la logique
des associations Loi 1901. Bonne chance !
Quelques précisions
utiles de David Renoult
Un visiteur, David Renoult nous a apporté les précisions suivantes
très utiles sur l'Atacama.
J'ai sillonné la région de l'Atacama et les alentours dans un but
naturaliste et je peux apporter quelques précisions :
- D'abord, il est possible de visiter la zone en 4x4 pendant 1 mois pour
moins de 2 000 euros, avion compris. Le plus important dans l'équipement
est
le duvet qui doit résister à -20°C pour dormir au pied du Parinacota
à 5000
m (ici on est encore sur la route, et pas hors des entiers battus !) ou bien
près de la Laguna Verde.
- Il faut prévoir de louer trois véhicules différents si
on compte passer
les frontières entre le Pérou, le Chili et la Bolivie, car les tensions
politiques entre les pays guident les contrats de location de véhicules
qui
empêchent le passage des frontière (pas de problème aux douanes
mais les
assurances ne vous couvrent plus). La location par pays entraîne quelques
difficultés pratiques, par exemple pour le sud Lipez en Bolivie (très
proche
de l'Atacama). Voir mon site web : http://perso.wanadoo.fr/david.renoult/.
- Toute la région couvrant ces trois pays n'est cartographiée que
par les
Chiliens (du moins pour les cartes disponibles sur place), et sont très
mauvaises pour les zones situées dans le Pérou et en Bolivie. Un
GPS est vivement conseillé. On peut faire sans, mais avec de bonnes frayeurs.
- Avoir des connaisances de base en mécanique car la neige et les passages
à gué n'arrangent pas les véhicules. Une panne en plein milieu
des Andes peut être catastrophique si vous être éloigné
à plus de 200 km d'un village et
qu'une tempête de neige vous tombe dessus (cela peut arriver même
en été, à
cause d'El Nino, comme nous l'avons expérimenté).
- Toute la région peut être visitée dans des conditions parfaitement
sécurisées en contactant des agences locales qui joignent San Pedro
de Atacama à Uyuni pendant 4-5 jours. Les ornithologues et photographes
resteront bien sûr frustrés par moment mais cette solution sera parfois
plus sage.
- Il est possible de se baigner dans le Salar du Sourire, dans une source
chaude. Féérique...
- A partir du moment où vous déciderez de rouler en 4x4 dans les
Andes, vous
croiserez les trois espèces de Flamants assez facilement. Le Flamant de
James est finalement fréquent sur les lagunes d'altitudes, nous avons
réalisé des photos à moins de 10 m depuis le véhicule.
- Une longue-vue est nécessaire car dans ces paysages les oiseaux nous
voient de loin. Le Nandou fuit à 1 km. Avec une simple paire de jumelles
8x, j'ai cependant identifié 120 espèces environ en un mois.
- Un carnet de route complet et riche en photos (quelques oiseaux) qui
donneront certainement envie d'acheter le livre est consultable sur :
http://perso.wanadoo.fr/david.renoult/
(appareil photo : Nikon F90X, zoom Sigma 28-150).
- Un compte-rendu purement naturaliste avec des bons plans pour observer le
Condor à coup sûr, les flamants, le Bec-en-ciseaux et les Manchots
de
Humbolt entre autres, mais aussi certaines espèces de Cactus peut vous
être envoyé en m'écrivant à jujurenoult@hotmail.com.
Réagissez à cet
article sur notre forum
Voyage / Observations ou par e-mail à david.bismuth@ornithomedia.com.
|
 |