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La richesse faunistique de St George
Des dizaines d'espèces sur les falaises
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Starique perroquet
(Cyclorrhynchus psittacula)
Photo : Naomi Bargmann / Guillaume Bouteloup |
En plus des raretés
qui y sont potentiellement contactables, l'île de St George regroupe certainement
la plus importante densité d'oiseaux marins de l'hémisphère
nord : plus de 2 millions d'entre eux arrivent dès la fin de l'hiver pour
s'y reproduire. C'est alors un spectacle saisissant et inoubliable qui s'offre
à l'ornithologue de passage. La grande majorité de cet effectif
est représenté par le Guillemot de Brünnich (Uria lomvia) avec
un million de nicheurs, suivi par les Stariques (ou alques) minuscules (Aethia
pusilla), perroquet (Cyclorrhynchus psittacula) et cristatelle (Aethia cristatella).
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Macareux cornu
(Fratercula corniculata)
Photo : Naomi Bargmann / Guillaume Bouteloup |
La Mouette tridactyle (Rissa
tridactyla) est également présente, ainsi que 75% de l'effectif
nicheur mondial de Mouette des brumes (Rissa brevirostris), sa proche cousine,
qu'on ne trouve désormais qu'en mer de Béring. Cormoran à
face rouge (Phalacrocorax urile), Macareux huppé (Fratercula cirrhata),
cornu (Fratercula corniculata) et autres Fulmars boréaux (Fulmarus glacialis)
sont également de la partie.
Les falaises de plus de 300 m (à pic) abritent ces hôtes à
tous les étages, assurant une ambiance sonore et visuelle réellement
incroyable, où l'on mesure parfaitement le définition du mot biomasse.
Le relief marqué permet aux espèces pélagiques de nicher
sur tout le pourtour de l'île et même à l'intérieur,
où les collines d'Ulakaia Fault abritent l'immense colonie d'Alques minuscules
(plusieurs centaine de milliers d'individus), émettant une cacophonie identique
à celle d'un immense dortoir d'Etourneaux.
La Mouette des brumes
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Mouettes des
brumes (Rissa brevirostris)
Photo : Naomi Bargmann / Guillaume Bouteloup |
La Mouette des brumes (Rissa
brevirostris) est une espèce pélagique peu connue. Il s'agit de
la seule autre espèce du genre Rissa au monde avec la Mouette tridactyle.
Elle s'en différencie par un manteau gris plus sombre, une taille légermment
inférieure, un bec plus court, une structure plus
compact et un oeil proportionnellement plus gros par rapport à la taille
de la tête. Les sous alaires sont sombre au niveau des primaires, contrairement
aux sous-parties uniformément blanches de la Tridactyle.
En dehors de la saison de nidification, les oiseaux ont un trait parotique noir,
Les juvéniles présentent également ce critère (grisâtre
et non noir), avec un demi collier de la même couleur (noir chez la Tridactyle).
En vol, les immatures ressemblent plus à la Mouette de Sabine (Xema sabini)
qu'à la
Mouette tridactyle, ils se distinguent de la première par une zone noire
plus restreinte sur la partie supérieure des projections primaires.
La distribution (en période de nidifcation) de cette espèce est
limitée à
quatre localités en mer de Béring : les îles Pribilof, les
îles Bogoslof,
l'île de Buldir, et l'archipel du Commandeur en Russie. Plus de 75% de la
population mondiale niche sur l'île de St George dans les Pribilof, mais
l'effectif a chuté de 50% depuis les années 70. Les derniers travaux
scientifiques laissent toutefois un bon espoir concernant cette espèce
puisqu'il semble que les effectifs soient désormais en augmentation. Cette
fluctuation serait en fait régulière en mer de Béring (à
l'échelle du demi siècle) et serait due à un cycle particulier
dans la chaîne alimentaire.
Comme la Mouette tridactyle, la Mouette des brumes niche sur les rebords des falaises
verticales et les deux espèces peuvent cohabiter sur les mêmes sites
de nidification. Son nid est une coupole évasée faite de boue, d'herbes,
et de varech. Les deux sexes remplissent le même rôle social (ce qui
est souvent le cas des espèces sans dimorphisme sexuel) et participent
à sa construction ainsi qu'à l'incubation des ufs.
Les nids contiennent un uf, parfois deux. Les poussins sont alimentés
par les deux parents, et demeurent dans le nid environ de cinq semaines.
La Mouette des brumes se nourrit principalement de petits poissons, de
calmars, et de zooplancton. Elle pêche parfois en association avec la
Mouette tridactyle. Les deux espèces peuvent s'alimenter jour et nuit,
mais
étant donné les yeux plus grands de Rissa brevirostris, on a supposé
que
cette espèce était plus adaptée à la pêche nocturne.
A l'instar d'un certain nombre d'espèces pélagiques dans le Pacifique
Nord,
on ne connaît presque rien sur les zones d'hivernage de la Mouette des
brumes. une étude à ce sujet pourraient donner des résultats
aussi étonnant
que la surprise qu'avaient été ceux concernant les zones d'hivernage
possible de l'Eider à lunette.
Passereaux nordiques
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Bruant des neiges
(Plectrophenax nivalis)
Photo : Naomi Bargmann / Guillaume Bouteloup |
Le Bruant des neiges (Plectrophenax
nivalis) et le Bruant lapon (Calcarius lapponicus) comptent parmi les rares passereaux
nicheurs de l'archipel avec le Roselin à tête grise (Leucosticte
tephrocotis) de la sous-espèce endémique umbrina plus grande
et plus sombre que sur le continent et le Troglodyte mignon (Troglodytes troglodytes)
de la sous-espèce endémique alascensis, 20% plus grand que
la sous-espèce troglodytes et plus terne. Il est toujours important
de garder un il sur les Bruants des neiges, histoire de vérifier
s'il ne s'agit pas d'un occasionnel (mais très rare) Bruant blanc (Plectrophenax
hyperboreus), voire d'un hybride entre les deux espèces, qui se ressemblent.
Limicoles locaux
Le Bécasseau des
Aléoutiennes (Calidris ptilocnemis) est la seule espèce limicole
abondante et nicheuse régulière de l'archipel (de la ssp. ptilocnemis,
là encore endémique). Le Phalarope à bec large (Phalaropus
fulicaria), le Bécasseau minuscule (Calidris minutilla) et le Gravelot
semipalmé (Charadrius semipalmatus) sont des nicheurs moins réguliers,
et quelques autres espèces sont également susceptibles de s'y reproduire
comme le Bécasseau à longs doigts (Calidris subminuta).
Les mammifères
Les seuls mammifères
exclusivement terrestres sont les Renards polaires (sous-espèce supposée
endémique, non introduite) et, sur St George, les Caribous (hordes de 400
individus, introduits). Ces derniers se nourrissent de lichens à fleur
de roche et leur impact est de plus en plus désastreux, étant donné
leur nombre croissant. Des mesures pourraient d'ailleurs être prises pour
réduire la taille du troupeau, voire le supprimer. Les renards ont toujours
été partie intégrante de la faune de l'archipel, et leur
impact sur les colonies d'oiseaux marins (adultes, poussins mais surtout oeufs)
est relativement limité. Le développement des populations est faible
à cause des rigueurs de l'hiver, où quasiment aucun oiseau n'est
présent à cette période : les Renards ne disposent alors
que de peu de ressources pour survivre.
L'Otarie à fourrure
est le seul pinnipède se reproduisant sur l'archipel. St Paul compte beaucoup
plus d'individus que St George grâce à son plus long linéaire
de plages. L'énorme population qui se reproduit sur l'archipel constitue
la majorité des 800 .000 individus de la population mondiale. L'espèce
s'est retrouvé au bord de l'extinction à deux reprises (chassée
par les russes puis les américains), mais est sujette à un déclin
annuel régulier encore inexpliqué. De nombreuses espèces
de cétacés sont observables aux abords des Pribilof, les Orques
épaulards comptant parmi les plus réguliers.
Des raretés
par dizaines
La situation isolée
des îles Pribilof au cur de la mer de Bering et, qui plus est, entre
la Sibérie et l'Alaska, attire de nombreuses raretés dès
les périodes favorables. La liste est longue, toute familles confondues.
Les plus réguliers sont le Chevalier de Sibérie, parfois aussi nombreux
que les Chevaliers errants (Tringa incana), le Bécasseau à queue
pointue (jusqu'à plusieurs dizaines simultanément) ou encore le
Chevalier bargette (Tringa cinerea) . Il faut les rechercher parmi les Bécasseaux
d'Alaska (Calidris mauri), de Baird (C. bairdii), semipalmé (Calidris pusilla),
du ressac (Aphriza virgata)
Les groupes de Courlis d'Alaska (Numenius tahitiensis)
sont également réguliers.
La Calliope sibérienne (Luscinia calliope) et l'Alouette des champs (Alauda
arvensis) y ont déjà été observées, tout comme
le Robin à flancs roux (Tarsiger cyanurus). L'Harfang des neiges (Nyctea
scandiaca) a également été notée (non nicheuse) et
plusieurs individus peuvent estiver sur les Pribilof. La période la plus
favorable est bien entendue la migration automnale, mais le printemps réserve
lui aussi ses surprises. De nombreux accidentels ont déjà été
notés à d'autres périodes de l'année (hiver et période
de reproduction).
Un milieu à
préserver à tout prix
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Starique minuscule
(Aethia pusilla)
Photo : Naomi Bargmann / Guillaume Bouteloup |
Une telle diversité
ne peut se préserver qu'en ne prenant des mesures draconiennes. Les autochtones
sont autorisés à des prélèvements annuels avec des
quotas sur quasiment toutes les espèces (Phoque à fourrure, Alcidés
et autres pélagiques, Caribous
). L'impact, mesuré et contrôlé,
est des plus raisonnables. Des équipes anti-marée noire sont constamment
sur le qui-vive si un navire s'échoue. Mais le pire des problème
écologique potentiel pour cet archipel (hormis l'homme) possède
aussi son remède : les dératiseurs. Les Pribilof sont encore vierges
de cette véritable peste présente sur de trop nombreuses îles.
Les falaises ne constituent en aucun cas un rempart pour ce rongeur opportuniste
doublé d'une grande adaptabilité biologique qui lui permet de s'adapter
à quasiment tout les milieux. Leur présence sur un tel archipel
sonnerait probablement le glas d'un grand nombre d'espèce.
Les touristes sont encore fort peu nombreux sur St George, et ils se contentent
en général de St Paul, plus accessible. Leur présence est
très encadrée et l'accès aux rookeries d'Otaries à
fourrure n'est autorisé qu'après l'obtention d'un permis (gratuit)
délivré par les autorités insulaires compétentes.
De même, il est conseillé de rester sur les sentiers afin d'éviter
de piétiner la toundra, milieu très fragile. Le respect du milieu
est la qualité première requise pour se rendre sur les Pribilof,
la plus grande responsabilité est aussi demandée vis à vis
du dérangement des espèces.
Bibliographie utile
- George C. West - A Birder's
guide to Alaska - ABA Birdfinding Guide, American Birding Association, 2002, 586p.
(Indispensable)
- Timothy D. Bowman - Field
Guide to Bird Nests and Eggs of Alaska's Coastal Tundra - Fairbanks, Alaska
: Alaska Sea Grant College Program, University of Alaska. Fairbanks, 2004, 81p.
- Robert H. Amstrong - Guide
to the Birds of Alaska - Alaska Northwest Books, 1995, 322p.
- Peter Hayman, John Marchant & Tony Prater - Shorebirds - Helm Identification
Guides, 1998, 412p.
- David Allen Sibley - The
Sibley Guide to Birds of North America - National Audubon Society, Knopf,
2000.
Remerciements
Guillaume Bouteloup tient à remercier Naomi Bargmann pour son aide précieuse.
Guillaume remercie aussi les habitants du village de St
George, et spécialement Alvin Merculief.
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