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  Observer les oies dans la Dobroudja bulgare


Date de mise en ligne: 26/02/08 - Soumis au Comité de Lecture

Situation des lacs Durankulak et Shabla, deux secteurs essentiels pour l'hivernage des Bernaches à cou roux en Bulgarie
Situation du lac Durankulak
Quand on parle de destinations hivernales pour voir des milliers d’oies, un observateur européen pensera spontanément aux Pays-Bas ou même à la Belgique: mais il existe une autre région, un peu plus lointaine, qui mérite son attention: la Dobroudja bulgare, et en particulier les secteurs des lacs de Durankulak et de Shabla. En effet, entre la mi-janvier et la mi-février, l’ensemble constitue l’un des meilleurs spots hivernaux européens pour observer plusieurs dizaines de milliers d’Oies rieuses et des milliers de Bernaches à cou roux, mais aussi quelques dizaines d'Oies naines et quelques centaines d’Oies cendrées.
Désirant profiter de ce spectacle, nous avons participé du 9 au 16 février 2008 à un séjour organisé par la compagnie bulgare Branta Tours et dirigé par un guide expérimenté parlant français, Pavel Simeonov. Nous avons pu bien entendu voir d’autres espèces hivernantes très intéressantes comme la Buse pattue, le Pygargue à queue blanche, le Pélican frisé, le Cygne chanteur et l’Alouette calandre.
Dans cet article, nous vous proposons une présentation de la Bernache à cou roux, la star de tout séjour hivernal dans la Dobroudja, et des conseils pour optimiser votre futur "séjour à oies" bulgare.


Cet article a été soumis à notre Comité de Lecture virtuel (En savoir plus)

Abstract

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The Bulgarian Dobrudja, the northernmost part of the Bulgarian Black Sea coast, includes the lakes of Shabla and Durankulak: these two spots and surrounding areas are very important for dozens of thousands of geese, mainly Greater White-fronted but also Red-breasted: the geese roost in the lakes, taking off every day to fly inland to feed in the winter crop fields around.
The numbers of Red-breasted Goose vary between few hundreds and 60 000 (a number rarely reached in during the last winters), depending on how severe the winter is. Whilst checking the huge flocks of White-fronted Geese, it is possible to discover one or two Lesser White-fronted Goose, a very rare and declining species: a few dozens winter here too.
In this article we present you the “star” of the area in Winter, namely the Red-breasted Goose, and we give you some tips to optimize a stay from mid-January to mi-february to watch the different species of geese.
During such a stay, you will also watch among others White-tailed Eagle, Long-legged Buzzard, Rough-legged Buzzard, Caspian Gull and Calandra Lark. To watch all these species and more, we chose a “Winter Tour” from the 9th to the 16th of February 2008 organized by Branta-Tours and guided by Pavel Simeonov.

La Bernache à cou roux (Branta ruficollis)

Identification

Bernaches à cou roux (Branta ruficollis)
Bernaches à cou roux (Branta ruficollis), environs du lac de Durankulak, Bulgarie, février 2008: notez le plumage plus terne du juvénile en haut de la photo
Photo: Pavel Simeonov

Longueur: 54-60 cm.
Envergure: 110-125 cm.
Petite oie, un peu plus petite que la Bernache cravant (Branta bernicla).
Le plumage est étonnant, bariolé acajou, noir et blanc, mais qui semble sombre de loin et rend les oiseaux relativement difficiles à repérer dans de grandes troupes d'oies "grises" comme l'Oie rieuse (Anser albifrons), qui hiverne par dizaines de milliers dans la Dobroudja bulgare.
L'adulte a des couleurs plus nettes, un noir profond, et deux barres alaires blanches sur l'aile.
Le juvénile est plus terne, avec de fines barres alaires claires sur l'aile, et une zone rousse réduite à la joue (nettement acajou et nettement définie chez l'adulte).

Voix

Cris stridents "ki-vuit! ki-vuit!" bien distincts de ceux des Oies rieuses.

Biologie

La Bernache à cou roux niche dans la toundra, souvent sur un talus ou une falaise, en colonies lâches de 3 à 20 couples, de préférence à proximité d'aires de Buse pattue (Buteo lagopus), de Faucon pèlerin (Falco peregrinus) ou de Laridés, qui assurent la protection contre les Renards arctiques
En juin, la femelle pond de 4 à 10 oeufs couvés pendant 26 jours.

Bernaches à cou roux et Oies rieuses
Bernaches à cou roux (Branta ruficollis) adultes et Oies rieuses (Anser albifrons) dans un champ aux environs du lac de Durankulak (Bulgarie) en février 2008
Photo: Pavel Simeonov

La migration d'automne commence à la fin du mois d’août et au début de septembre. Les oiseaux couvrent relativement vite la distance séparant les secteurs de nidification et d’hivernage, ne faisant que peu de haltes.
Elles se nourrissent sur leur trajet des feuilles et racines de différents plantes. La nourriture principale dans les zones d’hivernage le long de la Mer Noire sont les pousses d'orge et de blé, ainsi que les semences de maïs, de riz et d'autres céréales dispersées sur le champ et issues de la récolte précédente.
La migration culmine en novembre et au début de décembre. Elles repartent vers leurs sites de nidification en mars.

Habitat

Bernaches à cou roux (Branta ruficollis)
Bernaches à cou roux (Branta ruficollis), Dobroudja bulgare, février 2008
Photo: Pavel Simeonov

L’espèce nidifie dans la toundra riche en lacs et en îles, et sur les bancs élevés des rivières. En hiver et durant la migration, elle fréquente les cultures et les prairies humides.

Répartition et migration

La Bernache à cou roux est une petite oie endémique de Russie, qui niche au nord de la Sibérie occidentale et centrale, dans la toundra et la leso-toundra des péninsules Yamal, Gludan et Taymir (figure 1).
A l'est du Taymir, elle ne nidifie que le long de la rivière Popugay (Krivenko, 1983). A la fin des années 1990, elle a été découverte nicheuse en Yakoutie (Syroechkovskiy Jr 1999).

Figure 1- Aire de répartition de la Bernache à cou roux (Branta ruficollis): en rouge, zone de nidification, en jaune, étapes migratoires et en bleu, zones d’hivernage
Carte: Ornithomedia.com d’après Cramp et Simmons1977, Syroechkovskiy Jr 1995-1997
Figure 1

La voie de migration est étroite, d’environ 100 à 150 km de large (Hunter et Black 1996). Les bernaches quittent leurs zones de nidification sibériennes puis longent le versant oriental des Monts Oural, en direction du Kazakhstan. Elles s‘arrêtent ensuite dans les zones inondées de la vallée de l’Ob, puis se dirigent vers le Nord-ouest du Kazakhstan (région de Kustanay); ensuite, elles bifurquent vers l’Ouest, vers la Russie (lac de Manych-Gudilo et réservoir Velvskoye notamment), puis elles continuent vers le Nord de la Mer Caspienne; depuis plusieurs années, la majorité des oies vont passer l’hiver sur la côte ouest de la Mer Noire (Bulgarie et Roumanie); toutefois une petite partie des oiseaux se dirigent aussi vers le nord de la Mer Noire et autour de la Mer d’Azov.
Les sites d’hivernage les plus importants sont les lacs Shabla et Durankulak en Bulgarie, le complexe des lagunes Razelm et Sinoie, lagune Sivash et le delta du Danube en Roumanie, les vallées du Dnester et du Dniepr en Ukraine. Suivant les conditions climatiques, quelques spécimens atteignent les côtes turques et la Grèce, ou peuvent rester dans la dépression de Kuma-Manych en Russie (Syroechkovskiy Jr).
Jusque dans les années 1960, la majorité des oiseaux hivernaient sur la côte ouest de la Mer Caspienne (Azerbaïdjan) : le changement dans les pratiques agricoles (développement du coton et de la viticulture), la chasse et d’autres facteurs expliquent cet abandon (Isakov 1979).

Statut

Au cours du 19ème siècle, la population de Bernaches à cou roux était estimée à « plusieurs douzaines de milliers d’individus » (Krivenko, 1983). En 1956, 60 000 spécimens hivernaient en Azerbaïdjan (Resserre S., K. Simmons, 1977). Aux environs de 1960, la population a commencé à décliner considérablement, probablement à cause de mauvaises conditions d’hivernage le long de la Mer Caspienne.

Bernaches à cou roux (Branta ruficollis), au dessus de la Mer Noire, Dobroudja bulgare
Photo: Pavel Simeonov

En décembre 1968, le premier grand rassemblement (25 000 spécimens) a été noté dans la Dobroudja roumaine (région d’Histria); à titre de comparaison, à ce moment là, seulement de 1 000 à 2 000 bernaches hivernaient encore en Azerbaïdjan (Resserre S., K, Simmons (eds.), 1977).
Aujourd'hui,la quasi-totalité de la population mondiale hiverne long des côtes de la Mer Noire.
Le nombre de bernaches hivernant dans la Dobroudja a progressivement augmenté et a atteint 68 000 oiseaux en janvier 1992 (26 000 côté roumain et 42 000 côté bulgare) (Didier Vangerluwe), puis 75 000 spécimens en janvier 1993 (J. Noir, J.Madsen, 1993).
On a constaté dans les années 1990 une augmentation de la population mondiale qui a atteint 88 000 oiseaux, après avoir chuté à 30 000 dans les années 1970. Mais la moyenne du nombre d’oiseaux comptés entre 1999/2000 et 2003/2004 était de seulement 35 000 oiseaux, contre 75 500 entre 1996/1997 et 1999/2000. Ces variations importantes et rapides font de la Bernache à cou roux une espèce fragile et menacée.

Menaces

Les menaces sont nombreuses, aussi bien dans les zones de nidification (prédation par le Renard arctique, fluctuations de la densité de rapaces comme la Buse pattue ou le Faucon pèlerin auxquels elle s’associe pour nicher, diminution des zones de toundra suite au réchauffement climatique) que dans les zones d’hivernage et de migration (chasse illégale, changement des pratiques agricoles, développements des infrastructures industrielles et touristiques en Roumanie et en Bulgarie, …).
La protection et la quiétude des dortoirs hivernaux en Roumanie et en Bulgarie est essentielle, ainsi que le maintien d’une agriculture favorable.
En Bulgarie en particulier, l'espèce est menacée par l’intensification de l’agriculture, le braconnage et la « chasse touristique » pratiquée par des chasseurs ouest-européens qui réussissent à obtenir (comment ?) des autorisations de tuer cette espèce protégée; lors de notre séjour en février 2008, nous avons appris que des chasseurs grecs avaient abattu plusieurs oiseaux…

Protection

La Bernache à cou roux est protégée (en principe) dans tous les pays qu’elle traverse lors de ses migrations et en hivernage. Les sites d’hivernage bulgares sont par exemple protégés (en théorie). Mais il conviendrait, afin d'assurer la tranquillité des oiseaux, d'interdire toute chasse (y compris touristique) à toutes les espèces d'oies autour des secteurs d’hivernage les plus importants, les lacs de Durankulak et de Shabla en Bulgarie.
Vous pouvez à ce sujet signer la pétition suivante: www.lapetition.com/sign1.cfm?numero=216

Sources

- Dereliev S.G. 2006, The Red-breasted Goose Branta ruficollis in the new millenium : a thriving species or a species on the brink of extinction ? Waterbirds around the world, Eds G. C. Boere, C.A. Galbraith et S.A. Stroud. The stationery Office, Edinburgh, UK.
- Fondation Le Balkan, Revue Branta, numéros 1 (1996) et 3 (1998).

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