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Par O. Gribovskaïava, JP Tilly, JJ Guillou, et T Bouchara
| T. Bouchara a visité en juin-juillet 2006 le secteur de Petropavlovsk-Kamchatsky au Kamchatka |
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La presqu'île du
Kamchatka (ou Kamtchatka : on trouvera les deux orthographes dans ce rapport),
située dans l'Extrême-Orient russe, est très peu connue par
les Européens; c'est pourtant une région superbe et sauvage, présentant
par exemple parmi les paysages volcaniques les plus spectaculaires sur Terre,
avec 28 volcans actifs.
On y trouve des habitats naturels très variés : toundra au nord
et en altitude, taïga sibérienne au sud, taïga orientale aux
influence maritimes, ripisylves le long des rivières, vastes marais et
tourbières, falaises ... Le sol volcanique, riche, et les influences maritimes
permettent dans certaines régions le développement remarquable de mégaphorbiées
et de grandes futaies de Bouleaux d'Hermann.
La diversité animale du Kamchatka est relativement pauvre en nombre d'espèces
(37 espèces de mammifères et 200 espèces d'oiseaux nicheurs) comparativement aux
espaces continentaux proches, mais on y trouve de fortes densités de certaines
espèces comme l'Ours brun.
L'observateur sera attiré entre autres par la belle diversité d'alcidés
nichant sur les falaises et les îles, les nombreuses sous-espèces
endémiques d'oiseaux présents aussi en Europe, le mélange
d'espèces asiatiques et sibériennes, et la présence du superbe
Pygargue de Steller (Haliaeetus pelagicus).
Thomas Bouchara (carotomsam@yahoo.fr), O. Gribovskaïava, JP Tilly et JJ Guillou ont organisé en juin-juillet 2006 un séjour de 16 jours dans
la région de Petropavlovsk-Kamchatsky,
au sud de la péninsule. Il était accompagné entre autre par
le célèbre dessinateur Serge Nicolle qui a réalisé
les nombreux croquis de ce rapport.
Abstract
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The Kamchatka Peninsula is a wild land in the extreme eastern part of Russia, harboring one of most spectacular volcanically active environments on Earth. As part of the Pacific Rim of Fire, Kamchatka encompasses 28 active and over 300 dormant volcanoes.
The natural habitats are diverse : toundra, wetlands, taiga, oriental forest (a taiga with oceanic influences), cliffs ..
The animal world of Kamchatka is diverse with such important species as Brown Bear and others forestry mammals and sea mammals.
The birdlife is very interesting, with Siberian and Asian species, endemic subspecies, and naturally the magnificent Steller's Sea Eagle.
O. Gribovskaïava, JP Tilly, JJ Guillou and T. Bouchara organized a 16 days-trip in June-July 2006 in the Petropavlovsk-Kamchatsky area, and he sent us his rport, illustrated by superb drawings done by Serge Nicolle, who was a member of the expedition.
See the map of the visited area.
Présentation du Kamchatka
Histoire
Conquis et annexé par les Cosaques à la solde du Tsar en 1697, le Kamchatka rejoint tardivement l'Empire russe.
L'expansion de l'Empire russe vers l'est avait été entretenue par la chasse à la zibeline (petit mustélidé, cousin de la martre et de la fouine très recherchée par les trappeurs pour la qualité de sa fourrure).
Jusqu'à l'arrivée des Russes, les indigènes ne prisaient pas du tout cet animal en le chassant peu, si ce n'est pour sa chair et ses os. Les qualités de la fourrure de la zibeline n'étaient pas jugées plus pratiques et exceptionnelles que celles du chien.
La zibeline fut longtemps une monnaie d'échange, aussi bien sous les règnes des grands princes, des tsars, à la cour impériale que sous le Gouvernement soviétique.
Plus de 300 ans se sont écoulés depuis que les Cosaques ont découvert cette mystérieuse péninsule du nord-est de la Russie.
Pourtant, le Kamchatka reste encore une terre mal connue. Peu d'Occidentaux en ont entendu parler et bien moins encore l'ont vue de leurs propres yeux. Il n'y a rien d'étonnant à cela. Durant la guerre froide, le Kamchatka fut l'une des zones les plus fermées de l'Union Soviétique. Les étrangers étaient interdits de séjour. Les citoyens soviétiques eux même devaient présenter une autorisation spéciale pour acheter leur billet d'avion. Depuis 1990, ces obstacles ont disparu.
Présentation administrative et humaine
La péninsule du Kamtchatka d'une superficie de 472 000 km² comprend deux unités administratives, l'oblast du Kamtchatka et l'okroug autonome de Koriaksky.
Ces divisions administratives font partie de la Fédération de Russie qui est composée elle même de 89 territoires.
La population du Kamtchatka est toujours restée très faible.
Au début du 20ème siècle, le Kamtchatka comptait 10 000 habitants à peine, dont une moitié était indigène, l'autre russe.
Le Kamtchatka a connu jusqu'en 1991 une période de croissance avec une population qui atteignit 472 800 personnes dont 120 000 militaires et leurs familles.
Après 1992, avec la crise et en raison de son éloignement, le Kamtchatka plus que d'autres régions de Russie, a été délaissé par le pouvoir fédéral. Actuellement, la péninsule connaît encore une phase de décroissance active puisque sa population atteignait tout juste 418 000 personnes en 1997, soit 0,28% de la population de la Fédération Russe. Elle est concentrée surtout autour de Petropavlovsk-Kamtchatsky.
La situation économique difficile pour la population, a été dès 1991, la première cause de départ de nombreux habitants de la péninsule. Mais l'impact le plus grave a été ressenti par les habitants de petits villages et de bourgs; où vivent surtout des populations indigènes qui vivent dans des conditions extrêmement difficiles, ne comptant parfois que sur la récolte des produits de la chasse, de la pêche, de la cueillette des baies et des plantes sauvages comestibles de la forêt pour survivre …
La population actuelle du Kamtchatka est représentée par 176 nationalités et groupes ethniques. Outre les Russes et d'autres nationalités de l'ex-URSS, le Kamtchatka est habité par trois peuples autochtones: les Itelmenes, les Koryaks et les Evens. Plus des trois-quarts du territoire de la péninsule appartenaient donc aux Itelmens, et aujourd'hui seuls 1 400 Itelmenes vivent encore sur la côte ouest, 1 400 Evens dans la chaîne montagneuse centrale, tandis que les Koryaks vivent dans la partie nord de la péninsule.
Caractéristiques physiques et naturelles
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Descente de la rivière Levaia joupanova, Kamchatka, juin-juillet 2006 (agrandir la photo)
Photo : Jean-Paul Tilly |
Le Kamtchatka est vraiment le bout du monde : près de 9 000 km, soit 11 fuseaux horaires, séparent Moscou de cette péninsule, baignée par la Mer de Bering, l'océan Pacifique et la mer d'Okhotsk.
Les montagnes couvrent quasiment les trois-quarts du territoire qui mesure 1200 km du nord au sud pour 470 km de largeur maximum.
La chaîne la plus longue est la crête Sredinny ("du milieu"), qui s'étend sur 900 km. Parallèlement à la Sredinny passe la crête Vostotchny ("de l'est"), dont l'étendue est de 600 km. Entre les deux se trouve la basse contrée de Tsentralno-Kamtchatsky ("du centre du Kamtchatka "), où coule le plus grand cours d'eau de la péninsule, le fleuve Kamtchatka.
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Vue de l'île de Starishkov, Kamchatka, juin-juillet 2006 (agrandir l'image)
Dessin :
Serge Nicolle |
Le littoral ouest est plat, parfois bas, alluvial, les régions forestières y alternant avec des marécages.
La partie orientale du littoral, baignée par la Mer de Béring est très contrastée avec de nombreux caps et rochers entourant de magnifiques baies comme celle d'Avachinskaia à Petropavlosk. Des fjords et des récifs côtoient des longues plages de plusieurs kilomètres, de couleur noire, à cause du magnésium de titane.
Le relief de l'est du Kamtchatka a tous les signes d'un volcanisme et d'une activité tectonique active.
Le long de toute la côte pacifique du Kamtchatka s'étend une fracture océanique, la célèbre Fosse des Kouriles, le point de jonction des plaques océanique et continentale.
Un pays volcanique
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Volcan Jupanovksi depuis la rivière Levaia joupanova, Kamchatka, juin-juillet 2006 (agrandir la photo)
Photo : Jean-Paul Tilly |
La principale caractéristique du Kamtchatka, c'est la présence imposante de volcans et l'importance de son activité volcanique qui a façonné le visage actuel de la région.
La zone montagneuse centrale du Kamtchatka se caractérise par la présence de 300 volcans dont une trentaine encore actifs et parmi eux, le Mont Kluchevskoi ( 4800 m) est le plus grand volcan actif de toute l'Eurasie.
Un grand nombre de sources thermales et minérales (environ 400) et de geysers procurent à cette région une multitude de curiosités naturelles.
Les sols du Kamtchatka sont très particuliers : leur composition mécanique et minérale, mais aussi leur fertilité, sont largement déterminés par la proximité des volcans et de leur activité : les volcans en activité sont entourés de surfaces sans vie, tandis que dans certains secteurs humides du sud et de l'est infuencés par l'Océan Pacifique, qui lui font bénéficier de hautes précipitations (2 500 mm/an contre 500-600 mm à l'intérieur), la végétation est luxuriante, certaines espèces atteignant des tailles énormes.
Vers le centre de la péninsule, le climat se fait de plus en plus continental.
Sur le littoral, le climat a un caractère océanique avec des brouillards épais, des vents forts et des précipitations abondantes. Les hivers y sont doux, la température ne descendant que rarement au dessous de -15°C.
Les milieux naturels du Kamtchatka
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Zone à bouleaux nains, Kamchatka, juin-juillet 2006
Photo : Jean-Paul Tilly |
Une originalité et une grande diversité de peuplements caractérisent les milieux naturels de la péninsule.
La moitié sud du Kamtchatka possède des formations forestières du type taïga avec deux espèces d'arbres dominantes qui sont le Bouleau d'Erman (Betula Ermani) et le Pin rampant (pinus pumila).
Au-dessus de 750 mètres d'altitude, c'est l'étage des prairies et de la toundra alpine (présente aussi parfois près des côtes).
Dans la partie nord, la toundra domine également, entrecoupées d'immenses tourbières et de zones humides près des rivières.
Sous l'étage des toundras montagneuses, la végétation principalement constituée d'aulnes et de pins de montagne nains mêlés à d'autres arbustes denses dont la hauteur ne dépasse pas 3 à 5 mètres.
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Campement établi dans la taïga, Kamchatka, juin-juillet 2006 (agrandir la photo)
Photo : Jean-Paul Tilly |
Entre les deux chaînes principales, le bassin du fleuve Kamtchatka est caractérisé par un type de taïga extrême-orientale aux influences maritimes, dans laquelle poussent le Mélèze du Kamtchatka (Larix kamtchatca), l'Epicéa de Yeddo (Picea ajanensis) et le Bouleau blanc (Betula platyphylla).
Le long du cours supérieur des cours d'eau, on note une étroite ceinture de ripisylve (peupliers, aulnes et saules).
A l'ouest de la chaîne montagneuse centrale, le paysage s'adoucit graduellement en collines de piémont jusqu'aux rives de la mer d'Okhotsk. L'abondance des baies (airelles des marais, noire, rouge, myrtilles, camarines, Chèvrefeuille du Kamtchatka…) et d'autres plantes comestibles y attirent de nombreuses espèces d'oiseaux et de mammifères, dont l'ours.
De fortes populations de mammifères
Le Kamchatka est une presqu'île dont l'isthme est situé loin au Nord. De plus, une zone de toundras de plaine traverse la base de la presqu'île, l'isolant du reste de la Russie. En conséquence , la diversité animale du Kamtchatka est relativement pauvre en nombre d'espèces (37 espèces de mammifères et 200 espèces d'oiseaux nicheurs) comparativement aux espaces continentaux proches.
Les espèces thermophiles qui remontent le long des côtes sibériennes de la mer d'Okhotsk n'atteignent pas la base de cet isthme.
L'élan y a ainsi été introduit, étant absent à l'origine.
En raison de la clémence relative de son climat, les espèces arctiques n'y descendent pas non plus. On est donc dans un environnement quasi-insulaire, relié au Japon par l'intermédiaire du chapelet des îles Kouriles. Le sol volcanique, riche en bases mobilisables, permet le développement remarquable de mégaphorbiées et de grandes futaies de bouleaux d'Hermann.
Les ressources marines sont remarquables et l'abondance des saumons est stupéfiante. (JJ GUILLOU).
La pauvreté spécifique est compensée par la densité relativement importante de certaines espèces. Cela est particulièrement vrai chez les mammifères marins parmi lesquels le Morse (Odobenus rosmarus), le Lion des mers (Eumetopias jubatus) et l'Otarie de Steller bien représentés, ici alors que les populations mondiales ont chuté de près de 95% ces vingt dernières années ailleurs dans le monde.
La plupart de ces espèces de mammifères marins habitent les Zapovedniks de Kronotski et des îles de Commandeur ainsi que la Zakaznik nationale du Sud Kamtchatky.
Le
Kamtchatka est toujours l'un de ses plus importants refuges mondiaux pour les Loutres de mer (Enhydra lutris).
Avec approximativement 5 à 6 000 individus, le Kamtchatka possède également la plus forte densité mondiale d'Ours bruns (Ursus arctos piscator), connus aussi pour leur taille exceptionnelle (certains individus peuvent dépasser 800 kgs).
On trouve également la Zibeline (Martes zibellinae) dont la population est estimée à environ 60 000 individus ainsi que le Mouflon des neiges (Ovis canadensis nivicola) et des Rennes sauvages (Rangifer tarandus).
Le Renard polaire (Alopex lagopus) est représenté par deux sous-espèces qui se sont développées séparément grâce à un isolement géographique.
La péninsule constitue la plus grande frayère de saumons au monde avec huit espèces différentes présentes.
Les oiseaux
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Pygargue de Steller (Haliaeetus pelagicus) adulte, Kamchatka, juin-juillet 2006 (agrandir l'image)
Dessin :
Serge Nicolle |
Le Kamtchatka possède de belles populations d'oiseaux de mer réputés très rares, et de rapaces comme le fameux Pygargue de Steller ou Pygargue empereur (Haliaeetus pelagicus), le plus grand aigle du monde, avec 60 % de sa population mondiale présente sur le territoire de la péninsule. On trouve également de belles populations de Faucons gerfaut (Falco rusticolus).
Les plaines des côtes occidentales sont couvertes par de vastes zones humides et des tourbières d'une épaisseur de 3 à 5 mètres qui attirent beaucoup d'oiseaux migrateurs (limicoles, anatidés, laridés).
Comme la plupart des côtes maritimes du Kamtchatka, les falaises rocheuses des côtes des îles du Commandeur (ou îles de Béring) sont l'habitat de très importantes colonies d'oiseaux marins, incluant la Sterne des Aléoutiennes (Sterna aleutica).
Une diversité végétale et un endémisme accentué
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Iris, Kamchatka, juin-juillet 2006
Photo : Jean-Paul Tilly |
La flore du Kamtchatka comprend environ 1 200 espèces et se caractérise par son fort taux d'endémisme, ce qui indique une genèse géologique récente de la région sous l'influence continuelle de l'activité volcanique.
Les 29 espèces endémiques du Kamtchatka incluent par exemple Fimbrustylis ochotensis qui pousse uniquement en bordure des sources et des ruisseaux de montagne, et Daphne Kamtschatica. Du fait de l'importance des précipitations (plus de 2 500 mm par endroits) et de la richesse minérale des sols volcaniques, beaucoup de plantes atteignent ici une taille gigantesque.
La flore de la région n'est en général pas très riche en nombre d'espèces : elle se caractérise par une influence floristique boréale assez pauvre qui s'est enrichie en présence d'espèces arctiques et alpines.
Néanmoins, certaines formations montagneuses et certains phénomènes volcaniques, en connexion avec le climat océanique, expliquent cette impression de diversité, où de magnifiques parterres de fleurs très colorées donnent à ces rudes paysages nordiques leur charme si particulier.
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Flore
du Kamchatka (ici à l'embouchure de la Jupanova), juin-juillet 2006
Photo : Jean-Paul Tilly |
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Lilium
daurica, Kamchatka, juin-juillet 2006
Photo : Jean-Paul Tilly |
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Flore
du Kamchatka, juin-juillet 2006
Photo : Jean-Paul Tilly |
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Drosera,
Kamchatka, juin-juillet 2006
Photo : B. Tilly |
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Rhododendron
aurea (?), Kamchatka, juin-juillet 2006
Photo : Jean-Paul Tilly |
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Rubus
arcticus, Kamchatka, juin-juillet 2006
Photo : B. Tilly |
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Spiree,
Kamchatka, juin-juillet 2006
Photo : S. Nicolle |
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