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Les côtes adéliennes et la conservation
Les côtes
adéliennes et l'est de l'Antarctique
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Vent
catabatique (= dévalant depuis les sommets vers la banquise) en Terre Adélie
Photo : Guillaume Bouteloup |
Les côtes de la Terre
Adélie s'étendent sur environ 300 km et sont parsemées d'îlots
et pointes surplombés de quelques nunataks (= pics montagneux isolés
émergeant de la calotte glaciaire).
Deux grands glaciers encadrent géographiquement le territoire Français
antarctique : le glacier du Français à l'ouest et le Mertz à
l'est. La tranche territoriale antarctique française est encastrée
entre deux territoires revendiqués par l'Australie.
Plusieurs dizaines de
sites avifaunistiques majeurs sont dénombrés sur cette partie du
continent, dont une bonne partie sur les Terres Australiennes (Terres du roi Georges
IV).
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Manchots
Adélie (Pygoscelis adeliae)
Photo : Guillaume Bouteloup |
La
population de Manchots Adélie dépasse les 100 000 couples (principales
colonies à Cap Jules, Port Martin et Cape Hunter).
Le Pétrel antarctique (non nicheur à Dumont-d'Urville) totalise
4600 couples reproducteurs, les 4/5èmes à Cap Hunter.
Aucun site de reproduction de Manchot empereur n'est à ce jour recensé
sur cette portion du continent, mais de potentiels sites de mues post nuptiales
sont suspectés.
Les îles Stillwell
abritent quand à elles un tiers des 6 800 couples de Fulmars antarctiques
dénombrés.
800 couples de Pétrels des neiges et 150 couples de Labbes de McCormick
complètent ces populations.
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Pack
(banquise dérivante) en Terre Adélie
Photo : Guillaume Bouteloup |
Les inventaires généraux
des populations d'oiseaux marins en Antarctique sont rares, et les fourchettes
d'estimation des effectifs sont plutôt larges. Ceci s'explique essentiellement
par l'étendu du linéaire côtier et des difficultés
d'accès qui y sont liés (isolement, conditions maritimes, présence
et densités de glace dérivante, étendue de la banquise en
hiver).
Ces chiffres sont issus
de la campagne de dénombrement menée par Barbraud & al. en 1997/1998.
La partie géographique ci-décrite représente moins de 3 %
des côtes antarctique, extrapolés à l'ensemble de la côte
continentale, ils surpassent les estimations actuelles pour l'ensemble des populations
d'oiseaux marins nicheurs.
A travers ce paragraphe, il est donc intéressant de souligner le manque
de connaissances globales qui caractérise cette partie du globe. Quels
sont les effectifs réels, quelles sont les tendances des différentes
populations d'oiseaux marins ?
Si les colonies des sites subantarctiques sont dans l'ensemble suivis assez finement,
il en est tout autrement des sites continentaux. Des projets tels que l'année
polaire internationale 2007/2008 peuvent dans ce cadre servir de tremplin pour
de nouveaux dénombrements en complément des bases d'informations
actuellement disponibles sur ces populations.
Gestion et mesures
de conservation
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Vue
générale d'une colonie de Manchots Adélie (Pygoscelis adeliae),
Pointe-Géologie
Photo : Guillaume Bouteloup |
Plusieurs outils préservent
l'archipel de Pointe-Géologie de toute intervention anthropique excessive
qui sortirait du cadre scientifique.
Pour la protection des
espèces, en sus des conventions de Bonn & Washington, s'applique la
convention de Canberra, sur les pétrels et les albatros (en vigueur depuis
le 1/2/4). L'ensemble des espèces et des sites est protégé
par le traité de l'Antarctique, ou traité de Madrid (1959).
L'ensemble de l'archipel
est classé ZSPA (Zone Spécialement Protégée de l'Antarctique).
Par ailleurs les îles Claude Bernard, Jean Rostand, Le Mauguen, le Nunatak
du bon docteur et Lamarck ont été classés Aires Spécialement
Protégées de l'Antarctique (ASPA) en 1995. L'accès y est
interdit, sauf dans le cadre des suivis scientifiques.
Le laboratoire du CNRS
de Chizé (Deux Sèvres) est chargé de la protection de l'environnement
sur l'ensemble de l'archipel. C'est également le même laboratoire
qui effectue depuis une quarantaine d'années des suivis long terme (baguage,
démographie, dénombrements) sur la quasi totalité des espèces
de l'archipel, et ce de manière ininterrompue.
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Détail
d'une colonie de Manchots Adélie (Pygoscelis adeliae), Pointe-Géologie
Photo : Guillaume Bouteloup |
La base de données
démographique qui témoigne de tout ce travail de suivi est une des
plus importante à ce jour. L'administration des Terres Australes et Antarctiques
Françaises (TAAF) a également pour mission de s'assurer du respect
des règles nationales et internationales sur les différents districts,
dont celui de Terre Adélie. L'IPEV (Institut Polaire Français Paul
Emile Victor) est quand a lui le principal acteur en Terre Adélie, il supporte
l'ensemble des programmes de recherche (biologie, glaciologie, géophysique)
en fournissant une plateforme logistique et technique aux différents programmes.
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Détail
d'une colonie de Manchots Adélie (Pygoscelis adeliae), Pointe-Géologie
Photo : Guillaume Bouteloup |
Les règles de protection
pourtant strictes n'ont pas empêché la construction d'une piste d'atterrissage
(la piste du lion, voir notre carte
de l'archipel) dans les années 1990 qui a nécessité la
destruction de plusieurs îles dont la plupart abritaient des colonies d'oiseaux
marins.
Ce sont donc des centaines de couples de Manchots Adélie, de Pétrels
des neiges et de Damiers du Cap qui ont fait les frais de ce projet ambitieux
mais sans lendemain puisque la piste a été rendue inutilisable suite
à un raz de marée.
Le tourisme
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Le
Manchot empereur (Aptenodytes forsteri) attire des amateurs fortunés en
Antarctique
Photo : Guillaume Bouteloup |
Le tourisme en Antarctique
est un nouveau facteur en plein boom. Les règles de visite et fréquentation
sont actuellement strictes et globalement bien respectés. Certains événements
(marée noire notamment) témoignent des risques collatéraux
qui accompagnent ce type de développement.
La fréquentation annuelle du grand continent blanc est quasi exponentielle.
Bien qu'encore réservés à une certaine élite salariale,
les tarifs des croisières commencent à se démocratiser. Cette
dévalorisation s'accompagne d'une baisse de la qualité des services
et l'augmentation des risques d'avaries et de dérangements excessifs (survols
excessifs des colonies, débarquements de masse
). La mise en place
d'un contrôle strict de qualité minimum des prestataires pourrait
être un excellent outil qui minimiserait les risques de débordement.
Conclusion
L'Antarctique possède
un énorme potentiel pour la recherche biologique et climatique. La conservation
de ce potentiel est une des clés pour l'acquisition des connaissances que
ce continent recèle. Même s'il est nécessaire de développer
des infrastructures humaines afin de se donner les moyens de compléter
les recherches en cours, il est important de savoir se fixer des limites pour
préserver cette dernière zone vierge du globe.
Dans ce cadre, il est essentiel de contrôler au mieux le flux touristiques,
les nouvelles constructions et tous les types d'exploitation possibles susceptibles
de porter excessivement atteinte à cette intégrité.
Visiter
la terre Adélie
Peu de compagnies permettent de visiter cette partie de l'Antarctique, notamment
en raison de l'éloignement et de l'inaccessibilité du site (3000km
au sud de l'Australie, soit 5 à 6 jours de mer pour s'y rendre).
Cette distance permet toutefois d'observer de nombreuses espèces pélagiques
subantarctiques, et australes, mammifères et oiseaux.
La compagnie Orion Cruises (www.orioncruises.com.au)
est très certainement la compagnie la plus sérieuse et la plus à
même de répondre aux attentes des naturalistes, tout en garantissant
un respect optimal de l'environnement local. Les visites ne sont possibles que
durant l'été austral, de décembre à mars. Seuls les
scientifiques et les techniciens sont à même de résider à
Dumont d'Urville, il n'est donc pas possible de séjourner sur l'archipel.
Contact
Guillaume Bouteloup : guillaume.bouteloup@wanadoo.fr.
Bibliographie
- Shirihai. H. 2002. The
complete guid to antarctic wildlife. The birds and marine mammals of the Antarctic
continent and southern ocean. Degerby.
- C. Barbraud & H. Weimerskirsch - Emperor penguins and climate change
- Nature, 2001 411 : 183-185.
- C. Barbraud, K.C.
Delord, T. Micol, P. Jouventin - First census of breeding seabirds between Cap
Bienvenue (Terre Adélie) and Moyes Islands (King George V Land), Antarctica
: new records for Antarctic seabird populations - Polar Biology, 1999 21: 146-150.
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