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Une monde inconnu dans un cratère
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de l'île Bioko. La caldeira de Luba fait partie d'un arc de volcans qui
commence au niveau du Mont Cameroun |
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Finalement, la Terre
possède encore quelques coins inconnus !
Après la découverte en décembre 2005 d'un coin mystérieux
en Indonésie (lire Découverte
d'un monde perdu en Nouvelle-Guinée), voici celle d'un autre, mais
en Afrique.
Des scientifiques espagnols, dirigés par le professeur de zoologie forestière
Ignacio Martín, de l'Universidad Politécnica de Madrid, ont mené
à la fin 2005 une expédition dans la caldeira (cratère) de
Luba sur l'île de Bioko, au large de la Guinée équatoriale,
dans le Golfe de Guinée.
Ils y ont trouvé une étonnante biodiversité : 27 nouvelles
espèces de vertébrés, 122 d'arthropodes, 17 d'invertébrés,
41 de plantes et un nombre indéterminé de protozoaires.
Le but de l'expédition était de descendre dans la caldeira le long
d'une paroi de 1 130 mètres de déniveléet de traverser le
fond de ce cratère envahi de végétation. Les quatre expéditions
antérieures n'étaient pas parvenues à atteindre le terrain
abrupt du fond de la caldeira en raison de sa difficulté d'accès.
Nous remercions les responsables du site de l'Universidad
Politécnica de Madrid (www.upm.es),
celui du Bioko Biodiversity Protection Program (BBPP) (www.bioko.org),
et celui de l'African Bird Club (www.africanbirdclub.org)
de nous
avoir aidé à illustrer cet article.
Abstract
Bioko Island is an 800 square
mile island located 20 miles (32 km) off the coast of Cameroon in west central
Africa. Bioko, formerly Fernando Po, is a part of the African country of Equatorial
Guinea.
In December 2005, a team of Spanish biologists leaded by Ignacio Martín
from the Universidad Politécnica de Madrid have reached and crossed for
the first time the bottom of the Caldera de Luba, in the southern part of the
island, and they have discovered many new species of vertebrates, invertebrates
and plants.
La caldeira de Luba, un monde à part
L'île Bioko
Carte
de l'île Bioko : la caldeira de Luba est située au sud de l'île,
et mesure 5 km de large
Carte : Ornithomedia.com |
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L'île de Bioko, appelée
autrefois Fernando Po, est située à 32 km à l'ouest du Cameroun;
elle fait partie de l'archipel volcanique des Sao Tomé, connu pour son
fort taux d'endémisme. Bioko est la plus grande île (2 017 km²)
de l'archipel, et elle compte une riche faune mammalienne, dont dix espèces
de singes.
Une grande partie de la surface forestière a été détruite,
exceptée dans les zones montagneuses. Deux aires protégées
(Pic Basilé et la caldeira de Luba) y ont été créées.
Le nombre total d'espèces de vertébrés de l'île est
de 348 (Alexander 1903, Amadon 1953, le Wolff-Metternich & Stresemann 1956,
Amadon & Basilio 1957, Basilio 1962, 1963, Eisentraut 1968, 1973, Johnson
1988). Il y a 65 espèces de mammifères, dont 28% de sous-espèces
endémiques, et 144 oiseaux, dont 32% de sous-espèces endémiques.
L'endémisme au niveau des espèces est assez faible. Les seuls vertébrés
endémiques connus sont un oiseau, un scinque (Scelotes poensis), et une
cécilie (Schistometopum garzonheydti) (Johnson 1989).
Beaucoup des vertébrés de Bioko sont inscrits dans le Livre Rouge
de l'IUCN. Plusieurs plantes et animaux ont une aire de distribution très
limitée sur le continent. Le seul autre endroit où plusieurs de
ces espèces sont également présentes est le Mont Cameroun
(Sanderson 1940, Amadon 1953, Moreau 1966, les Avoines 1988). Les populations
de la plupart de ces espèce sont faibles et donc extrêmement vulnérables.
L'inventaire des plantes et des animaux de l'île est toujours incomplet;
ainsi, à la fin des années 60, un nouveau mammifère, la Musaraigne
d'Eisentraut (Myosorex eisentrauti) y a encore été découverte.
Les oiseaux de Bioko
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Le Pririt de
Fernando Po (Batis poensis) n'est pratiquement présente que sur Bioko
Photo: Tasso Leventis / www.africanbirdclub.org |
144 espèces d'oiseaux
nicent sur l'île.
Les genres monotypiques Poliolais et Urolais sont endémiques
aux zones volcaniques de l'archipel et du Cameroun, et le genre Speirops
est seulement présent sur les îles du Golfe de Guinée. Plusieurs
espèces ne sont présentes que dans la forêt nébuleuse
de montagne, mais d'autres sont aussi présentes dans les basses terres
près du niveau de la mer.
Le Zostérops de Fernando Po (Speirops brunneus) est la seule espèce
endémique de Bioko, tandis que le Pririt de Fernando Po (Batis poensis)
vit aussitrès localement sur le continent. A noter que si l'île est
pauvre en espèces uniques, plus de 25 espèces (et de nombreuses
sous-espèces) sont endémiques à l'ensemble de l'archipel
des Sao Tomé et Principe.
Les forêts du sud de l'île Bioko sont très importantes pour
plusieurs espèces, car il subsiste dans ce secteur des portions boisées
continues s'étalant de la mer jusqu'à 2 200 m d'altitude (J. Pérez
del Val dans litt. 1993).
Les habitats montagnards de Bioko sont principalement intacts, bien que les incendies
restent une menace (Pérez del Val et al. 1994, Koster et Butynski non datés).
La caldeira de
Luba
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Vue de la caldeira
de Luba, décembre 2005
Source : Universidad Politécnica de Madrid |
La caldeira de Luba est un
énorme cratère de 5 km de diamètre, bordé de parois
verticales de 1 100 m de hauteur, et subissant des conditions climatiques extrêmes
(plus de 11 m de précipitations par an).
Elle est recouverte d'une épaisse forêt nébuleuse de 2 500
ha.
Le fond est extrêmement accidenté et n'avait jamais été
atteint avant l'expédition espagnole de décembre 2005.
L'expédition espagnole
de décembre 2005
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Le professeur
Ignacio Martin devant la caldeira de Luba, décembre 2005
Source : Universidad Politécnica de Madrid |
Des scientifiques espagnols,
dirigés par le professeur de zoologie forestière Ignacio Martín
de l'Universidad Politécnica de Madrid ont mené à la fin
de l'année 2005 une expédition dans la caldeira de Luba sur l'île
de Bioko.
Ils y ont trouvé une étonnante biodiversité : 27 nouvelles
espèces de vertébrés, 122 d'arthropodes; 17 d'invertébrés,
41 de plantes et un nombre indéterminé de protozoaires.
Les principaux objectifs de la mission étaient d'explorer les parois verticales
de la caldeira (1 130 m de dénivelé !), d'atteindre et de traverser
le fond du cratère, de réaliser un premier inventaire biologique
du fond de la caldeira, de prélever des échantillons, de mettre
en place une station d'études, de réaliser une cartographie et de
préparer de futures expéditions.
Les quatre expéditions antérieures (dont celle du début 2005
de l'université américaine d'Arcadia, voir le site web www.arcadiaabroad.com)
n'étaient pas parvenues à atteindre le terrain abrupte du fond de
la caldeira en raison de sa difficulté d'accès.
Des débuts difficiles ...
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Le canyon du
rio Olé, qui draine la caldeira de Luba
Photo : Gail Hearn, BBPP |
Mais l'expédition avait
mal commencé, 22 scientifiques et alpinistes devant à l'origine
participer à la descente. Deux jours avant le départ, prévu
le 18 décembre 2005, seuls cinq des participants avaient le visa (le retard
était lié à des problèmes diplomatiques entre l'Espagne
et la Guinée équatoriale); finalement, ils ont décidé
de partir quand même, ce qui était très risqué et beaucoup
plus éprouvant physiquement (25 kg de matériel chacun, plus 13 kg
de barda).
Deux personnes sont descendues dans la caldeira, et une fois arrivés au
fond du cratère, ils ont mis une semaine à rejoindre l'autre partie
de l'équipe, soit le double du temps prévu.
Pendant ce temps, les autres membres de l'expédition descendaient l'autre
face de la caldeira en suivant une voie ouverte par l'équipe américaine
venue précédemment.
Les deux parties de l'expédition se sont rejointes au fond du cratère
de Luba;
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L'une des seules
photos nettes d'un Drill (Mandrillus leucophaeus) prises à l'état
sauvage, et ceci dans la caldeira de Luba, en janvier 2000
Photo : Cristina Santiestevan, Williams College, BBPP |
70 % des objectifs ont été
atteints, avec moins de temps et de personnel que prévu. Ignacio et ses
collègues ont mis en évidence que la flore de Luba variait d'un
versant à l'autre.
Voici quelques-unes des observations remarquables :
- sept espèces de singes, dont le Drill (Mandrillus leucophaeus), le Colobe
noir (Colobus satanas), le Colobe rouge de Bouvier (Piliocolobus pennanti), le Mono
de Preuss (Cercopithecus pruessi), le Cercopithèque hocheur (Cercopithecus
nictitans), le Cercopithèque pogonias (Cercopithecus pogonias) et le Moustac
à oreilles rousses (Cercopithecus erythrotis)
- deux espèces de chauves-souris
- de nombreux vertébrés, amphibiens et insectes, dont 30 espèces
différentes de papillons;
Site web utiles
- Universidad
Politécnica de Madrid : www.upm.es
- University of Arcadia : www.arcadiaabroad.com
- Bioko Biodiversity Protection Program (BBPP) : www.bioko.org
- African Bird Club : www.africanbirdclub.org
- Le blog d'un journaliste ayant accompagné l'expédition américaine
du début 2005 : bioko.blogspot.com
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