Date de mise
en ligne : 13/06/11 - Rédigé par Ornithomedia.com -
Visé par le Comité de Lecture
Le
Goéland d'Arménie (Larus armenicus) est une espèce peu connue
par les observateurs francophones, pour plusieurs raisons : son aire
de nidification est limitée aux lacs des hauts-plateaux turcs et arméniens,
elle hiverne sur les rivages de la Méditerranée orientale (en Israël
et en Egypte notamment), mais aussi de la Mer Noire et de la Mer Rouge,
et elle est très proche du Goéland leucophée (Larus michahellis),
avec lequel elle est la plus susceptible d'être confondue. Son rang
d'espèce est d'ailleurs contesté, et pour certains auteurs,
le Goéland d'Arménie n'est qu'une sous-espèce du Goéland
leucophée.
Les critères permettant de distinguer ces deux taxons diffèrent selon
les sources : nous vous en proposons une synthèse.
Cet article est en partie basé sur la première partie
d'un diaporama intitulé "Field
identification guide to large gulls in Israel" réalisé
par Amir Ben Dov et Yoav Perlman.
Cet
article a été soumis à notre Comité
de Lecture virtuel.
Pour participer à ce comité, vous pouvez nous
contacter.
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Abstract
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The
Armenian Gull Larus armenicus is called so because it has
its main breeding distribution in Armenia over the last decades.
It is poorly known on its breeding grounds, although they are easily
accessible. Its field identification is surrounded by conflicting
information, its phylogenetic affinities are unknown and its taxonomic
status as a distinct species is poorly supported by published information.
The taxon was first described as a subspecies of Larus taymirensis,
then classified as a subspecies of Larus argentatus and finally
ranked as a full species, although BirdLife International lumps
it with the Yellow-legged Gull Larus michahellis.
We present your the key ID features allowing to distinguish the
Yellow-legged and the Armenia Gulls, if taken in combination.
This article
is partly based on the first part of the "Field
identification guide to large gulls in Israel" created
par Amir Ben Dov and Yoav Perlman.
Une taxonomie incertaine, une répartition localisée
et des rappels
Deux espèces séparées ?
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Goéland d'Arménie (Larus armenicus) adulte au
printemps, Ashdod (Israël), le 09/03/2010
Photo : Amir Ben
Dov |
La taxonomie (= classification
des espèces et sous-espèces) du Goéland d'Arménie
est contestée.
Le
taxon avait été décrit initialement comme une sous-espèce du Goéland
du Taymir (Larus taymirensis), puis comme une sous-espèce
du Goéland argenté (Larus argentatus), et finalement
comme une espèce à part entière.
Des sources le considèrent toutefois comme
une sous-espèce du Goéland leucophée (Larus
michahellis).
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Goéland leucophée (Larus michahellis) adulte en hiver,
Ashdod (Israël), le 30/10/2009
Photo : Amir Ben
Dov |
Tous
les éléments montrent qu'il ne diffère pas qualitativement
des goélands du complexe Goéland argenté (argentatus)
- Goéland brun (Larus fuscus) - Goéland pontique
(Larus cachinnans) : il n'existe en effet pas de caractère
unique permettant un diagnostic sans ambiguïté. Une combinaison
de plusieurs caractères (dessin du bec, motif de l'extrémité de
l'aile, ADN mitochondrial) permet toutefois un diagnostic proche
de 100 % au cœur de l'aire de reproduction de l'espèce (hauts-plateaux
de Turquie et d'Arménie), mais pas dans la zone de contact
secondaire avec le Goéland leucophée, comme en Turquie,
où des individus intermédiaires sont visibles.
À l'heure actuelle, on ne sait pas s'il existe des obstacles intrinsèques
(préférences d'accouplement, viabilité moindre ou infertilité des
hybrides) permettant de limiter les flux de gènes entre Larus
michahellis et Larus armenicus ou si l'introgression
(= mouvement des gènes d'une population ou taxon à un autre par
hybridation) observée est le résultat de contacts secondaires récents.
Les deux taxons ne répondent que partiellement aux exigences de
la définition d'une espèce biologique (diagnosticabilité constante,
isolement reproductif). Une
étude dans une colonie mixte en Turquie a en effet montré
que l'hybridation était possible. Toutefois,
étant donné le degré élevé de diagnosticabilité au cœur de la zone
de reproduction de l'espèce, le flux limité de gènes et la
divergence génétique importante entre les lignées haplotypiques
mitochondriales, les deux taxons peuvent être considérés comme des
semi- ou des allo-espèces.
Leur situation pourrait être comparable à celle au cours
des premiers stades des contacts entre le Goéland argenté
(Larus argentatus) et le Goéland brun (Larus fuscus)
au début de ce siècle (au début des années 1900), lorsque les cas
d'hybridation étaient beaucoup plus fréquents qu'aujourd'hui.
Phylogénétiquement, le Goéland d'Arménie est en tout
cas clairement le taxon-frère du Goéland leucophée.
Répartition et statut
En
orange, aire de répartition du Goéland d'Arménie (Larus armenicus).
En rouge et en jaune, zones de nidification adjacentes respectives
du Goéland pontique (L. cachinnans) et du Goéland
leucophée (L. michahelis). Principaux sites de
nidification du Goéland d'Arémnie : 1) Lac Sevan,
2) Lac Arpi, 3) Lac Orumiyeh, 4) Lac Van, 5) Lac Tuz
Carte : Ornithomedia.com
d'après United Nations Environment Programme |
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Le
Goéland d'Arménie tire son nom du fait que son aire de nidification
principale est située en Arménie. Le nombre exact de couples dans
ce pays n'est pas connu. Ils se reproduisent sur des îles
sur les lacs Sevan et Arpi. Il y aurait entre 11
000 à 13 000 couples dans ce
petit pays. La
population reproductrice turque compte environ 2 400 couples, et
de
4000 à 5000 couples nichent sur un lac en Iran.
50 couples se reproduisent en outre en Géorgie. La population
mondiale totaliserait environ 20 000 couples.
Avec
98% du total de sa population concentrée sur seulement quatre lacs,
l'espèce devrait être considérée comme potentiellement menacée.
L'introduction de prédateurs terrestres sur les îles où se situent
les colonies serait catastrophique.
Des individus non reproducteurs sont visibles toute l'année sur
ces hauts-plateaux, mais la plupart hivernent en
Méditerranée orientale (Israël et Égypte),
mais aussi sur les rives de la Mer Noire et de la Mer Rouge.
En Israël, c'est le plus commun des goélands tout au long de l'année,
avec de fortes concentrations hivernales autour des étangs piscicoles,
notamment à l'intérieur des terres. Entre la fin du mois
de mai et celle de septembre, des juvéniles sont aussi visibles
(en particulier à Ma'agan Michael, le long de la côte méditerranéenne).
La quasi-totalité des femelles passeraient la mauvaise saison
sur les piscicultures israéliennes.
Rappel : la topographie des goélands
Il est important de connaître les noms des différentes
parties (topographie) du plumage des goélands : nous l'avons
rappelé dans plusieurs articles, comme dans Un
outil pour identifier les Laridés adultes : la "Kodak Gray Scale".
Les trois photos ci-dessous permettent un rappel utile :
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Topographie
de la tête d'un goéland : 1) cercle orbitaire, 2) iris, 3) gonys
Photo : Amir Ben
Dov |
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Topographie
d'une aile d'un goéland. Les primaires sont numérotées
de 1 (P1) à 10 (P10)
Photo : Amir Ben
Dov |
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Topographie
de l'extrémité de l'aile d'un goéland : 1) et 2) miroirs (blancs),
3) lune ("moon")
Photo : Amir Ben
Dov |
Rappel : la mue des goélands
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Goéland d'Arménie (Larus armenicus) de 1er été,
Ma'agan Michael (Israël), le 14/04/09 : cet oiseau effectue
sa mue complète qui a peut-être débuté
en mars. 1) les rectrices sont très usées et blanchies,
2) les couvertures moyennes centrales sont nouvelles, 3) les
primaires internes P1 à P3 sont nouvelles
Photo : Amir Ben
Dov |
Les
grands goélands effectuent une mue post-juvénile incomplète qui
varie selon les espèces (lire La
succession des plumages du Goéland brun et La
mue chez les oiseaux) : chez le Goéland leucophée
et le Goéland d'Arménie, elle touche les scapulaires
et les couvertures alaires. Elle peut commencer dès le mois d'août.
La
première mue, qui permet de passer du stade juvénile à post-juvénile,
se déroule en automne et en hiver, et le plumage acquis après
cette mue post-juvénile est appelé plumage de premier hiver.
Au printemps débute une mue complète qui se prolonge tout
au long de l'été : elle permet aux oiseaux d'acquérir leur
plumage de second hiver.
A chaque automne, les oiseaux effectuent une mue incomplète et chaque
été une mue complète.
En général, les espèces nordiques et orientales (comme les Goélands
de Sibérie et brun) muent plus tard que les espèces
du Sud et de l'Ouest (comme les Goélands leucophée
et d'Arménie).
La mue des rémiges primaires commence du centre de l'aile
vers son extrémité, de la P1 à la P10. Généralement, une à deux
plumes sont renouvelées à la fois sur les deux ailes. Les
rémiges primaires et les couvertures sont souvent remplacées
en même temps. La mue
des rémiges primaires débute
en mai-juin et se termine en décembre.
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