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  Chercher l'Aigrette des récifs en Europe de l'Ouest
 
Date de mise en ligne: 07/07/09 - Visé par le Comité de Lecture

Situation de la pisciculture du Verdier, Le Sambuc, en Camargue (Bouches-du-Rhône), où une Aigrette des récifs a été trouvée le 28 juin 2009
Situation de la pisciculture du Verdier
L'Aigrette des récifs (Egretta gularis) est une espèce tropicale dont l'aire de répartition discontinue va des côtes de l'Afrique de l'Ouest à celles de l'Afrique de l'Est et de la Mer Rouge, du Golfe Persique et jusqu'en I'Inde.
L'espèce est rarissime en Europe, mais elle a déjà niché, notamment en Espagne, en France (Camargue) et en Italie, toujours appareillée avec une Aigrette garzette.
La plupart des observations européennes ont été faites entre juin et septembre: une Aigrette des récifs a ainsi été vue et photographiée le 28 juin 2009 par D. Clément et Y. Kayser dans la pisciculture du Verdier en Camargue.
Cette donnée remarquable nous donne l'occasion de présenter cette espèce méconnue très proche de l'Aigrette garzette, dont certains individus peuvent être blancs, gris ardoisé ou entre les deux, et de donner les spots européens favorables pour la chercher.

Cet article a été soumis à notre Comité de Lecture virtuel (En savoir plus)

Abstract

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The Western Reef Heron Egretta gularis is a polytypic species with discontinuous tropical range along West (nominate subspecies) and East Africa to the Red Sea, Persian Gulf and southwest India (E. g. schistacea). In West Africa, it breeds locally on coasts and offshore islands, from Mauritania to Gabon.
In Europe, it is a very rare vagrant, but some birds have occasionally bred, always paired with a Little Egret E. garzetta. Most of the birds in Europe have been watched between June and September: for example, a bird was discovered and photographed by D. Clément and Y. kayser the 29th of June 2009 in the fishponds of Le Verdier, Camargue.
In this article, we present you this species, how to identify it and the good spots to have a (little) chance to watch it in Western Europe.


Distinguer l'Aigrette des récifs de l'Aigrette garzette

Présentation générale

Aigrette des récifs (Egretta gularis schistacea) sombre
Aigrette des récifs (Egretta gularis schistacea) sombre, Emirats Arabes Unis: notez le bec jaune-orangé
Photo: Jacques-André Leclercq
Longueur: 55-68 cm.
Envergure: 88-112 cm.
Aigrette typique, très proche de l'Aigrette garzette (Egretta garzetta).
Il existe deux formes de plumage (=on parle d'espèce polymorphe), l'une gris sombre avec le menton et la gorge blanche, l'autre blanche très semblable à l'Aigrette garzette. Certains oiseaux ont un plumage intermédiaire (blanc et gris). Les juvéniles de la forme blanche ont souvent des taches sombres sur les ailes.

Biologie

L'Aigrette des récifs niche entre avril et juillet et jusqu'en octobre en couples isolés, ou plus souvent en petites colonies de 12 couples environ (parfois jusqu'à 100). Quand elle ne niche pas, c'est une espèce solitaire, mais elle se rassemble parfois en petits groupes. Elle niche sur le sol ou dans les roselières, sur des buissons ou des palétuviers jusqu'à 20 m de haut. Le nid est un amas de branches ou d'algues.
Aigrette des récifs (Egretta gularis schistacea) juvénile ou intermédiaire
Aigrette des récifs (Egretta gularis schistacea) juvénile ou en plumage intermédiaire, Israël
Photo: Thomas Krumenacker
On connaît peu de choses sur les mouvements post-nuptiaux de cette espèce, mais apparemment elle se disperse largement (on a noté des oiseaux en Europe, au Canada, aux Etats-Unis, aux Antilles et au Brésil) et serait partiellement migratrice.
Elle se nourrit de jour, mais aussi parfois de nuit selon les marées, et dort en grands dortoirs pouvant rassembler entre 500 et 1000 individus, dans les mangroves ou sur des falaises et îlots.
Ses proies principales sont des poissons, crustacés et mollusques, mais aussi parfois des insectes.

Habitat

Cette espèce préfère les côtes rocheuses ou sablonneuses, mais elle fréquente aussi les estuaires, les vasières, les marais salants, les mangroves et les lagunes.

Répartition

Aire de nidification de l'Aigrette des récifs: en vert, Egretta gularis gularis, et en jaune E. gularis schistacea
Carte: Ornithomedia.com
Aire de nidification de l'Aigrette des récifs
L'Aigrette des récifs a une vaste répartition en Afrique et en Asie. La sous-espèce E. gularis gularis habite l'Afrique de l'ouest, de la Mauritanie au Gabon.
La sous-espèce E. gularis schistacea se trouve en Afrique de l'Est, sur les côtes de la Mer Rouge, du Golfe Persique et jusqu'au sud-ouest de l'Inde.

Distinction de l'Aigrette des récifs blanche et de l'Aigrette garzette

La sous-espèce gularis se distingue surtout par son bec plus massif, à base plus épaisse, brun sombre avec une zone jaunâtre plus ou moins étendue (notamment sur la mandibule inférieure), légèrement courbe. Certains auteurs évoquent aussi la présence fréquente d'une pointe claire.
Le bec de l'Aigrette garzette est quant à lui droit, fin et pointu, généralement entièrement noir (ou avec une base jaunâtre très peu étendue). Il faut toutefois faire attention à l'effet assombrissant de l'eau sur le bec, qui peut rendre celui de l'Aigrette des récifs plus noir.

Comparaison d'une Aigrette des récifs blanche et d'une Aigrette garzette Comparaison d'une Aigrette des récifs blanche (A) et d'une Aigrette garzette (B): les critères principaux sont le forme du bec (1), plus épais et courbe chez l'Aigrette des récifs, brun-jaunâtre et non pas noir, et les longueurs différentes des tibias (tibio-tarses) et des métatarses (tarso-métatarses)
Schéma: Ornithomedia.com

Becs d'une Aigrette garzette et d'une Aigrette des récifs
Becs d'une Aigrette garzette (à gauche) et d'une Aigrette des récifs (à droite) présentes côte à côte sur la même photo, pisciculture du Verdier, Le Sambuc, Camargue (Bouches-du-Rhône) le 28/06/2009
Photo: Dominique Clément
Le bec de gularis est très légèrement plus long que celui de garzetta (voir tableau 1), mais la différence relative peut être importante (gularis apparaît en effet légèrement plus petite, à cause de la longueur inférieure de ses ailes, voir tableau 1).
La structure de la sous-espèce gularis de forme blanche est très proche de l'Aigrette garzette, mais ses tibias sont plus longs et ses métatarses légèrement plus courts (voir tableau 1): ce dernier critère semble être fiable, mais bien sûr difficile à apprécier sur le terrain...

E. gularis E. garzetta
Bec (mm) 83,8 (79-89, n=21) 82 (67-93, n=34)
Tarso-métatarse (mm) 89,8 (82-94, n=19) 99,2 (78-112, n=34)
Ailes (à plat, en mm) 265 (244-285, n=23) 276 (245-303, n=34)
Tableau 1- Différences de mesures du bec, des tarso-métarses et des ailes en mm entre l'Aigrette des récifs (E. gularis) et l'Aigrette garzette (E. garzetta). Entre parenthèses, les caleurs extrêmes et la taile de l'échantillon (d'après Beaman, M. & Steve Madge. 1998. The handbook of bird identification for Europe and the Western Palearctic)

L'allure générale de l'Aigrette des récifs serait moins "gracieuse" que celle de l'Aigrette garzette.
Aigrette des récifs (Egretta gularis gularis)
Aigrette des récifs (Egretta gularis gularis), Sénégal, février 2009: notez les doigts jaune vif (agrandir la photo)
Photo: Nicolas Rasson
En dehors de la saison de reproduction, les lores (parties entre l'œil et le bec) sont normalement vert pâle ou jaunâtres chez l'Aigrette des récifs, tandis qu'ils sont normalement gris ou gris-bleu chez l'Aigrette garzette. Attention, en pleine saison de reproduction, ils peuvent être orange chez les deux espèces!
Les deux espèces ont les pattes sombre avec des doigts jaunes.
Les métatarses de l'Aigrette des récifs sont brun sombre, et non pas noirs comme chez l'Aigrette garzette (critère difficile à noter sur le terrain).
L'Aigrette des récifs est essentiellement côtière, tandis que l'Aigrette garzette peut être vue dans toutes les zones humides de l'intérieur des terres.
A noter en fin que les formes sombres sont plus répandues au sein de la sous-espèce gularis que schistacea, et que les formes intermédiaires (blanche et grise) sont beaucoup plus répandues au sein de schistacea que gularis).

Aigrette garzette (Egretta garzetta) Aigrette garzette (Egretta garzetta), France
Photo: André Boussard
Aigrette des récifs (Egretta gularis schistacea) blanche Aigrette des récifs (Egretta gularis schistacea) blanche en plumage nuptial, Emirats Arabes Unis
Photo: Jacques-André Leclercq

Une taxonomie très complexe

Aigrette des récifs (Egretta gularis) sombre et Aigrette garzette (E. garzetta)
Aigrette des récifs (Egretta gularis) sombre et Aigrette garzette (E. garzetta), pisciculture du Verdier, Le Sambuc, Camargue (Bouches-du-Rhône) le 28/06/2009 (agrandir la photo)
Photo: Dominique Clément
La taxonomie de l'Aigrette des récifs est controversée. Elle est parfois considérée comme conspécifique (= appartenant à la même espèce) avec l'Aigrette garzette E. garzetta, mais les deux taxa ont été notés se reproduisant sympatriquement (= dans une même zone mais sans s'hybrider) dans différents habitats.
Certains auteurs, comme Hancock et Elliot, considèrent l'Aigrette des récifs comme une sous-espèce de l'Aigrette garzette, la nommant Egretta garzetta gulans.
Aigrette des récifs (Egretta gularis gularis)
Aigrette des récifs (Egretta gularis gularis), Sénégal, mai 2009: les oiseaux de cette sous-espèce sont très majoritairement gris sombre (agrandir la photo)
Photo: Nicolas Rasson
Ils reconnaissent six sous-espèces de l'Aigrette garzette, dont trois sont blanches et trois (les Aigrettes des récifs et dimorphe) sont polymorphes.
Pour Andreas Helbig (2005), la sous-espèce gularis de l'Aigrette des récifs serait en fait une sous-espèce méridionale de l'Aigrette garzette, évoquant le cas des Oies des neiges (Anser caerulescens) blanches et "bleues" qui à l'origine étaient des populations d'une même espèce séparées géographiquement.
Il souligne ainsi que gularis est majoritairement gris sombre. Pour lui,schistacea ne serait par contre pas apparentée à l'Aigrette garzette et devrait être considérée comme une espèce à part entière.
L'Aigrette dimorphe (Egretta [garzetta] dimorpha), qui niche notamment à Madagascar, constituerait elle une espèce séparée au sein de la "super espèce" Egretta [garzetta]....
Toutefois, E. gularis est généralement reconnue comme une espèce à part entière avec deux sous-espèces, E. gularis gularis et E. g. schistacea.

Mettre les cas compliqués de côté!

L'Aigrette des récifs est dimorphe, avec une forme blanche et une forme sombre. Le problème d'identification se pose principalement avec la forme blanche de l'Aigrette garzette, même si des Aigrettes garzettes mélanisantes (dont l'existence même est remise en cause par certains ornithologues) sont très difficiles à identifier: dans les cas "annoncés" d'Aigrettes garzettes mélaniques, celles-ci ont un plumage gris clair à gris ardoisé sombre, avec ou sans menton et gorge blancs, et sont très similaires aux E. gularis sombres, excepté leur bec plus fin et noir (et non pas jaune ou gris-brun) et leurs doigts d'un jaune plus pur (Cramp & Simmons. BWP Vol. 1).
Il existe des hybrides Aigrette garzette x Aigrette des récifs (c'est par exemple le cas en Europe des jeunes nés de couples mixtes), ce qui complique encore les choses...
Aigrette des récifs (Egretta gularis gularis)
Aigrette des récifs (Egretta gularis gularis), Sénégal, mai 2009: notez le bec gris brun, et la pointe claire
Photo: Nicolas Rasson
En Europe, les populations d'Aigrettes des récifs les plus proches susceptibles d'être vues appartiennent probablement plutôt à la sous-espèce gularis (oiseaux nichant en Mauritanie), mais des oiseaux de la sous-espèce schistacea ont déjà été notés, par exemple en Camargue et en Espagne (à mettre aussi en relation avec des importations d'oiseaux qui ont eu lieu en Allemagne dans les années 1980): ces deux sous-espèces diffèrent surtout par la couleur d'une partie du bec, gris-brun chez gularis et jaune chez schistacea.


 
  Suite de l'article
 
Distinguer l'Aigrette des récifs de l'Aigrette garzette
Un oiseau en Camargue et les bons spots


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