Date de mise en ligne: 04/12/07
- Non soumis au Comité de Lecture
Le mois de novembre est considéré comme le plus propice à l'observation du Goéland bourgmestre (Larus hyperboreus), une espèce arctique plutôt rare en France ou en Belgique.
Durant la tempête du 9 au 11 novembre 2007, un vent violent de Nord-Ouest a poussé de nombreux oiseaux marins sur les côtes belges et françaises, certains atteignant même l'intérieur des terres, épuisés.
Au cours d'une séance d'observation en mer (seawatching) particulièrement soutenue réalisée à Westkapelle (Pays-Bas), un spot bien connu des ornithologues bataves, à l'extrémité ouest de la Zélande et à quelques battements d'aile des côtes belges, un nombre exceptionnel (plusieurs dizaines par jour) de Goélands bourgmestres a été signalé (source: www.dutchbirding.nl). Certaines observations, relayées par plusieurs observateurs différents, faisaient même état de groupes de quatre exemplaires en vol vers le Sud.
La majorité de ces observations concernait des individus de premier hiver. Le 11 novembre 2007, un juvénile H1 était d'ailleurs observé en vol au Clipon (source: www.leclipon.com). Mais où sont donc allés tous ces oiseaux?
Dans cet article, Marc Fasol nous rappelle comment identifier le Goéland bourgmestre, et nous vous donnons quelques bons coins pour le rechercher en France.
Nous remercions Jean-Michel
Sauvage, Jean-Pierre Marie et Javier Elorriaga pour nous avoir permis d'utiliser leurs photos en complément de celles de Marc.
Abstract
Glaucous Gull (Larus hyperboreus) is an Arctic large gull, often approaching Great Black-backed Gull (Larus marinus) in size. It appears powerful and heavy-bodied. In flight it looks broad-winged and barrel-chested with a slow, lumbering flight.
In this article, Marc Fasol reminds us how to identify this
species in different plumages (immature and adult), and we propose you several good spots to search for it in France in Winter.
L'identification du Goéland bourgmestre
Les oiseaux de premier hiver
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Goéland bourgmestre (Larus hyperboreus) 1er hiver, décharge du Mont Saint-Guibert (Belgique), novembre 2007: cet oiseau était particulièrement imposant, et était probablement du sexe masculin
Notez le contraste entre le ventre sombre (1) et le dessus clair (2), et le bec bicolore rose et noir
Photo: Marc Fasol |
Comparé à un Goéland argenté (Larus argentatus), un Goéland bourgmestre est un oiseau costaud, qui a quasiment la taille d'un Goéland marin (Larus marinus). A titre d'exemple, un oiseau observé en novembre 2007 dans la décharge du Mont Saint-Guibert (Brabant Wallon, Belgique) était très impressionnant, indiquant sûrement un mâle. Chez cette espèce, on note en effet une grande différence de taille entre les sexes et même d'un individu à l'autre.
Les Goélands bourgmestres, comme les autres Laridés,
ont des plumages qui muent (lire La
mue chez les oiseaux). L'espèce présente ainsi quatre classes d'âges (1ère, 2ème, 3ème et 4ème année: l'oiseau a alors acquis le plumage d'adulte).
Les juvéniles ont un bec rose bonbon typique, aux bords bien droits, parallèles, dont le dernier tiers distal (proche de l'extrémité) aurait été trempée dans de l'encre de Chine (chez le Goéland à ailes blanches, le bec plus fin a une limite sombre moins nette).
En novembre, leur ventre sombre, café au lait, contraste fortement avec le dessus du corps beaucoup plus pâle: c'est un critère unique chez les grands Laridés, hormis bien sûr chez les jeunes Goélands à ailes blanches (Larus glaucoides). Pour peu que l'on soit habitué à observer les goélands, ce ventre sombre "saute aux yeux".
Les rémiges sont très claires chez les jeunes Goélands bourgmestres, mais chez ceratins individus, les marques sombres sur les primaires peuvent être assez visibles.
En vol, un Goéland bourgmestre de premier hiver est "magique": ses courtes mains (extrémités des ailes), presque transparentes, donnent une impression étrange. Lent et puissant, l'oiseau "au corps de velours" s'éclipse tel un fantôme, ne présentant aucun motif bien défini, ni sur la queue, ni sur les ailes. Tout au plus, ses culottes sont-elles délicatement rayées.
A la fin de l'hiver (mars), comme chez les autres goélands, les plumes des ailes des juvéniles s'usent et paraissent alors beaucoup plus claires, "thé au lait" ou blanchâtres, tant que les oiseaux n'ont pas mué. Les primaires semblent alors plus longues qu'elles ne le sont vraiment.
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Goéland bourgmestre (Larus hyperboreus) 1er hiver en vol: notez la main (1) très pâle, presque translucide, l'absence de marques bien distinctes sur la queue (2), l'allure générale douce, "fantomatique"
Photo: Marc Fasol
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Goéland bourgmestre (Larus hyperboreus) 1er hiver en vol: notez l'absence de marques (bandes, ...) sur les ailes
Photo: Marc Fasol
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Goéland bourgmestre (Larus hyperboreus) 1er hiver photographié à la fin de l'hiver (le 23 mars 2007): les primaires usées paraissent très pâles et plus longues qu'elles ne le sont réellement
Photo: Marc Fasol
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Goéland bourgmestre (Larus hyperboreus) 1er hiver, Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), 14/11/2007: les marques sur les primaires peuvent être assez nettes
Photo: J.-M. Sauvage
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Les oiseaux de deuxième hiver
Les oiseaux immatures de deuxième hiver sont encore plus clairs que ceux de premier hiver, avec un corps bigarré ocre et blanc. Leur bec est toujours nettement bicolore rose et noir, mais leur iris est clair (noir chez l'oiseau de premier hiver).
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Goéland bourgmestre (Larus hyperboreus) 2ème hiver, Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), le 5/11/07
Notez le plumage bigarré ocre et blanc, donnant à l'oiseau une allure encore plus claire que chez l'individu de 1er hiver.
Le bec est bicolore, l'iris clair
Photo: J.-M. Sauvage
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Goéland bourgmestre (Larus hyperboreus) 2ème hiver, Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), le 22/02/07
Photo: J.-M. Sauvage
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Goéland bourgmestre (Larus hyperboreus) 2ème hiver, Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), le 05/03/07: à la fin de l'hiver, les oiseaux, dont les plumes sont usées, peuvent être presque blancs, évoquant alors des sous-espèces très lointaines (cet oiseau fait ainsi penser à L. h. palidissimus de Sibérie orientale!)
Photo: J.-M. Sauvage
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Oiseaux de troisième hiver
A cet âge, ils ressemblent à des adultes, mais le manteau (dessus) est plus clair, et la tête est fortement marquée d'ocre.
Adultes et Goéland argenté leucique
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Goéland bourgmestre (Larus hyperboreus) adulte en hiver, Ostende (Belgique): notez l'iris clair, la "cagoule" fortement rayée d'ocre, et le contraste entre la bande terminale des tertiaires et la première partie de celles-ci
Photo: Marc Fasol |
L'observation de Goélands bourgmestres adultes est plus rare encore en France et en Belgique que celles de juvéniles; chaque année cependant, un bel indvidu, très probablement une femelle étant donné sa taille réduite, est observable en fin d'après-midi au port de pêche d'Ostende, sur la côte belge. Il est souvent présent non loin de la gare, entre les quais, juste derrière le marché aux poissons, là où les cris des oiseaux se mêlent aux criées des marchands, dans une ambiance saturée d'iode et de senteurs toutes marines...
En France également, un oiseau (probablement un mâle) a été présent quelques hivers de suite près du fort d'Ambleteuse, dans le Pas-de-Calais.
L'oiseau d'Ostende est facilement repérable à sa cagoule fortement rayée d'ocre couvrant la tête jusqu'à la poitrine.
L'identification de l'oiseau adulte semble évidente: pourtant la confusion reste toujours possible avec un Goéland argenté leucique (lire Albinisme
et leucisme). Le Goéland argenté leucique se reconnaît notamment par la forme de son bec, au gonys (angle de la mandibule inférieure) particulièrement bien marqué, ainsi que par son plumage dépourvu du contraste entre la bande terminale des tertiaires avec la première partie de celles-ci, toujours d'un beau gris clair chez le Goéland bourgmestre.
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Goéland argenté (Larus argentatus) leucique adulte: notez le gonys bien marqué (1), les tertiaires très pâles blanches sans contraste (2)
Photo: Marc Fasol
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Goéland argenté (Larus argentatus) leucique adulte: notez le gonys bien marqué (1)
Photo: Marc Fasol
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Attention aux hybrides
Outre des oiseaux leuciques, des hybrides Goéland bourgmestre x Goéland argenté (appelés "Goélands de Nelson") peuvent aussi être observés, et il faudra alors être attentifs à tous les critères (taille, structure, bec, rémiges, ...).
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