Autres informations et conclusion
Critères
additionnels (Ruddy Offereins)
Les trois sous-espèces
de Choucas des tours décrites ici ne peuvent pas être identifiées
par leurs dimensions, ce qui est tout à fait remarquable pour une espèce
avec une aire de nidification si étendue. Le bec de spermologus
est légèrement plus massif et l'orteil moyen légèrement
plus long que chez les autres sous-espèces (Crampe et Perrins 1994). Lors
de son étude sur les dépouilles de soemmerringii dans les musées
des Pays-Bas, Voous (1960) a noté une différence dans les reflets
de la couronne, qui est pourpre-bleue chez monedula et spermologus
et encre-noire chez soemmerringii. Tout en étudiant la même
collection au Zoological Museum of Amtsredam (ZMA), Ruddy a constaté que
cette différence était très difficile à déterminer.
Elle était seulement utile lors d'une comparaison directe avec spermologus.
Ruddy a également
étudié les reflets de la couronne sur des peaux de soemmerringii
collectées sur des sites de nidification. Il a noté un reflet pourpre-bleu
sur chaque soemmerringii de première année au ZMA, mais pas
sur chaque adulte.
Voous (1960) a également trouvé une tonalité sable nette
sur les parties inférieures de monedula. Après avoir observé
des centaines de monedula, Ruddy n'avait jamais noté cette tonalité,
alors qu'il l'a remarqué chez tous les oiseaux du ZMA. Peut-être
que ces oiseaux rassemblés dans la première moitié du 20ème
siècle avaient-ils subit des changements de couleur. La recherche menée
par J.-F. de Miranda sur la même collection a permis de contaster que chez
soemmerringii, la couronne noire était plus carrée et plus
courte que chez les autres sous-espèces, tandis que la couronne de monedula
était plus ovale et pratiquement de la même taille que chez spermologus
(Gerald Oreel in litt.). Ces critères sont utiles, mais peu ou pas sur
le terrain.
Identification
des oiseaux de premier hiver (Ruddy Offereins)
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Deux Choucas
des tours scandinaves (Corvus m. monedula), Wijster, Pays-Bas, 16 décembre
2001.
L'oiseau de droite est un individu typique. L'oiseau de gauche est un juvénile
en raison de la teinte brune des ailes et de l'iris brun à peine visible.
Cet oiseau présente un faible collier et est donc probablement un monedula.
Photo : R.
Offereins |
Certains auteurs ont recommandé
de ne pas chercher à identifier les sous-espèces du Choucas des
tours (Crampe et Perrins 1994); quelques remarques peuvent toutefois être
faites. Les oiseaux de premier hiver peuvent généralement être
identifiés par l'iris brunâtre et les primaires, les secondaries
et la queue sont brun mat, tandis que les oiseaux adultes ont des plumes noires
brillantes (Voous 1960, Crampe et Perrins 1994).
Les critères de terrain pour identifier les différentes sous-espèces
en
plumage de premier hiver sont donc plus subtiles. Monedula peut être
distingué d'un spermologus gris-noir presque uniforme par ses parties
inférieures gris plus pâle. La nuque et les zones auriculaires ressemblent
en cela au spermologus adulte en plumage d'hiver et est donc plus pâle
qu'un spermologus de premier hiver, d'où une couronne et une gorge
plus contrastantes.
Parfois, un léger collier ou une petite tâche sont visibles (Voous
1960). Les
peaux de soemmerringii de premier hiver étudiées au ZMA montraient
une nuque et des zones auriculaires pâles semblables à celles des
adultes. La tonalité des parties inférieures est intermédiaire
entre celle de monedula et de spermologus. Aucun de ces oiseaux
ne présentait de collier plus pâle. Sur des oiseaux étudiés
en Finlande orientale (Voipio 1969), considérés comme des soemmerringii,
43% des oiseaux de premier hiver présentaient un faible collier blanc et
seuls deux premier hiver avaient un collier blanc comme les adultes (n=46).
Variations (Ruddy Offereins)
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Monedula probables,
Wijster, Pays-Bas, 16 décembre 2001. Ils se distinguent par leur tête,
leurs parties inférieures et leur dos gris pâle uniforme, faisant
penser à des Corneilles mantelées miniatures. ils présenttent
simplement un menton noir au lieu d'une gorge foncée. En raison de leur
front et de leurs ailes noirs, ils sont vraiment très repérables.
Le demi-collier à la base du cou est habituellement gris (plus blanchâtre
à l'avant) et plutôt large. L'origine géographique des ces
choucas est peu claire. Ils tendent à apparaître à l'est des
Pays-Bas à partir de la mi-décembre, environ deux mois plus tard
que la plupart des choucas nordiques.
Photo : R.
Offereins |
Une étude sur les variation
dans la zone d'hybridation entre monedula et soemmerringii a été
réalisée en Finlande méridionale par Voipio (1969). La variation
chez soemmerringii a également été décrite
par Voous (1960), mais sur des oiseaux d'origine inconnue collectés aux
Pays-Bas.
Voipio (1969) a noté un léger cline (les oiseaux devenant de plus
en plus sombres) du nord au sud et au sud-ouest dans le nord de l'Europe. La tâche
du cou et le collier argenté étant des critères plus visibles,
ils ont constitué la base principale d'une étude sur la taxonomie
intraspécifique de l'espèce. Il en a conclu que presque toute la
population finlandaise est intermédiaire entre soemmerringii et
monedula, le soemmerringii pur étant limité à
l'Extrême-Orient. Il en a également conclu que même les populations
finlandaises les plus occidentales ne sont pas des monedula purs en raison
du collier très variable et de l'existence d'une population intermédiaire
près d'Upsal en Suède. Ceci signifie que la zone de chevauchement
entre soemmerringii et monedula au nord-est de la Scandinavie est
d'au moins 270 kilomètres de large.
Au cours d'une étude de Voous (1960) sur des choucas de la région
des fleuves Boeg et Njemen en Pologne orientale, où monedula et
soemmerringii coexistent (Voous 1950), des populations très variables
ont été trouvées. Ces populations comprenaient des oiseaux
avec des colliers variables ou
absents (16%), une nuque et des zones auriculaires foncées (16%) et des
parties inférieures foncées (8%), similaires aux populations néerlandaises
de spermologus.
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Probable Choucas
des tours scandinave (Corvus m. monedula), Wijster, Pays-Bas, 16 décembre
2001
Photo : R.
Offereins |
La variation du collier de
monedula et de celui de soemmerringii est énorme.
En Scandinavie, le collier argenté de monedula obscurcit graduellement
vers l'ouest et le sud-ouest, tandis que la taille moyenne ainsi que la fréquence
d'apparition de la tâche du cou diminue graduellement jusqu'à ce
que celle-ci disparaisse entièrement chez spermologus (Voipio 1969).
La même tendance est également notée entre l'Europe de l'est
et de l'ouest (Glutz von Blotzheim et Bauer 1991). En outre, il existe des individus
ne possédant aucune tâche ou seulement un léger collier. C'est
plus souvent le cas chez monedula que chez soemmerringii, et ce
sont relativement plus souvent des femelles (Voous 1960, Voipio 1969). En Finlande
méridionale, la taille moyenne de la tâche blanche à l'avant
du cou augmente du Sud-ouest au Nord-est et particulièrement à l'Est.
La taille moyenne moyenne de cette tâche dans la population finlandaise
la plus orientale est plus de deux fois plus importante que chez la population
la plus occidentale, tandis que la blancheur du collier augmente de l'Ouest vers
l'Est. Mais chez les femelles, le collier n'est pas aussi blanc que chez les mâles.
Dans la population la plus orientale, les adultes sans tâche étaient
pratiquement absents (Voipio 1969).
Les parties inférieures et supérieures de monedula peuvent
également être variables. La plupart des oiseaux ont des parties
inférieures et un manteau d'une teinte gris-noir à grise, devenant
plus foncés vers les limites occidentales de leur aire de distribution.
Certains monedula cependant peuvent aussi avoir des parties inférieures,
une nuque, des zones auriculaires, un manteau et des scapulaires gris pâles
contrastant avec les ailes et la couronne noirs, évoquant une Corneille
mantelée (Corvus cornix) miniature. Chez ces oiseaux, l'absence de gorge
sombre est très nette. Leur origine géographique est toutefois peu
claire. Ils pourraient même venir de l'aire de soemmerringii. Aux
Pays-Bas, de tels oiseaux apparaissent habituellement à partir de décembre,
environ deux mois plus tard que la plupart des monedula.
Les variations à l'intérieur des populations occidentales et sud-orientales
de soemmerringii ne sont pas bien comprises. On ne sait pas également
où ces deux populations entrent en contact. Les populations orientales
et sud-orientales ont les parties inférieures (avec des franges pâles
variables en plumage usé), un manteau et des scapulaires sombres comme
chez spermologus et un collier blanc souvent long et large (Crampe et Perrins
1994). Les populations occidentales, cependant, semblent moins marquées
et des parties inférieures gris foncé ressemblant à la plupart
des monedula. La forme et la blancheur du collier semble moins changer
que chez monedula, mais les femelles et les oiseaux de premier hiver peuvent
fortement rappeler un en ne montrant pas de collier ou juste une vague marque
(Voipio 1969, Geert Groot Koerkamp in litt.).
Discussion (Ruddy Offereins)
Il semble que sur les trois sous-espèces abordées ici, spermologus
et les populations orientales et sud-orientales de soemmerringii sont
les plus faciles à identifier. Voipio (1969) en a conclu que du fait du
plumage général plus sombre et de l'absence d'une tâche et
d'un collier pâle au cou chez spermologus, les différences
entre cette sous-espèce et monedula sont plus fortes que celles
entre monedula et les populations occidentales de soemmerringii.
Voipio (1969) a aussi considéré la tâche pâle et le
collier comme la principale base pour séparer monedula et les populations
occidentales de soemmerringii. Toutefois, chez cette dernière sous-espèce,
ces marques peuvent manquer entre autres chez les femelles et les oiseaux de premier
hiver. Donc seuls les adultes en plumage frais sont identifiables par leur collier
et leur tâche étant donné que les autres critères peuvent
se chevaucher avec ceux de monedula.
En se basant sur ces considérations, il faut peut-être regrouper
les populations occidentales de soemmerringii avec celles de monedula
et restreindre soemmerringii aux populations à corps sombre autrefois
appelées collaris, pontocaspicus et ultracollaris.
Un aspect positif de cette décision serait que beaucoup de choucas orientaux
pourraient alors être facilement distingués de spermologus
par leur tâche et leur collier pâles et par leurs parties inférieures
vaguement tachetées. Les "vrais" soemmerringii seraient
alors uniquement occasionnels en Europe de l'Ouest. Ceci dit, davantage d'études
sont nécessaires pour établir la répartition actuelle et
les variations géographiques des différentes populations de soemmerringii,
dont les plus orientales peuvent atteindre l'Europe de l'ouest du fait de leur
caractère très migrateur.
Le point de vue de Marc Giroud
Je viens de lire, presque en détail, cet article ... bilan des opérations,
un corvidé avec un iris blanc est un choucas. Le reste c'est énorme
variation ! Donc les trois taxons ne sont pas identifiable objectivement à
la lecture de ces informations.
Je pense que dire qu'il y a beaucoup de variations est bien, mais il serait bien
de poser un certain nombre de critères permettant d'avoir une certaine
sécurité sur l'origine géographique des oiseaux.
Ainsi quant on lit les variations de monedula, on se retrouve en face d'oiseaux
non discernable des turriums, et ainsi de suite entre monedula et
soemmerringii, monedula/spermologus, polonais/soemmerringii, polonais/turrium...
bref, on peut simplement dire qu'un choucas est un choucas!
[...] Mon impression à la fin de cette lecture : "balaise le mec,
i'doit pas avoir les mêmes yeux que moi, ou i'doit pas avoir les mêmes
printanière que moi devant les yeux"... dans le cas présent,
seul Ruddy serait capable de déterminer un monedula ou un soemmerringii,
ou encore mieux un spermologus !
Une petite précision, concernant pontocaspicus et collaris
: ces deux noms désignent des oiseaux dont le collier n'est pas forcément
visible et qui sont en moyenne clairs sur les parties inférieures... et
qui ne correspondent pas à ce que l'on peut être en mesure de déterminer
en tant que soemmerringii en Europe de l'Ouest, du fait qu'ils rentreraient
eux-même dans le champs de variation du type polonais...
Autre petite remarque, les couleurs irisés : c'est même pas la peine
d'essayer de les voir ailleurs que sur des peaux de muséum (je parle d'expérience)
! L'histoire des petites taches, c'est n'est même pas la peine non plus,
vu qu'en fonction de l'usure du plumage, tout les oiseaux peuvent les présenter.
L'histoire de la puissance du bec, même combat, non utilisable sur le terrain.
L'histoire de la taille, idem, trop grande variation entre les individus...
Objectivement, je pense que l'on ne peut déterminer comme monedula et
soemmerringii uniquement les oiseaux les plus typiques :
- monedula :
partie inf grise, demi-collier gris, nuque pâle, manteau grisâtre
- soemmerringii : partie inf noire, demi-collier blanc, nuque très
pâle, manteau noirâtre
Le reste n'est qu'intermédiaire
et non rattachable...
Conclusion
Du fait de l'existence
de populations intermédiaires, l'identification certaine des différentes
sous-espèces du Choucas des tours est assez difficile. Pour cette raison,
il n'est pas toujours possible déterminer l'appartenance à telle
ou telle population des oiseaux observés en dehors de leur zone normale
de nidification.
Mais il ne s'agît pas de décourager les ornithologues : l'observation
prolongée des oiseaux permet dans tous les cas d'augmenter son expérience
personnelle de ce petit Corvidé.
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