Discussion
: Goélands à manteau sombre et
à pattes jaunes
Il existe au moins 3 formes principales
Cette discussion est surtout basée sur les
travaux de Yésou (2001 et 2002). Bien que l'ampleur de la variation phénotypique
des taxa appartenant à l'ensemble des "goélands du type argenté"
vus en Corée du Sud et ailleurs en Asie ne soit pas bien connue, il est
clair qu'il existe au moins trois formes principales, aux caractéristiques
structurales distinctes pour les juvéniles, les oiseaux de premier hiver
et les adultes en plumage d'hiver.
En outre, il est évident, en se basant sur des travaux sur le terrain,
que chacune de ces formes présentent aussi des différences significatives
dans le comportement et la distribution.
Pour Yésou (2002), vegae est un taxon polymorphe montrant peu de variation
dans la couleur du manteau, avec des pattes jaunes ou roses; Selon le même
auteur, birulai et taimyrensis ne devraient pas être considérés
comme de vrais taxa, et le Goéland mongol devrait "provisoirement"
être classé comme une sous-espèce de vegae.
Estimant que taimyrensis n'est pas un taxon valable, Yésou considère
que les goélands à manteau sombre et à pattes jaunes observés
en Asie de l'Est en hiver sont soit 1) tous des heuglini (qu'il considère
comme une espèce monotypique), soit 2) des hybrides (ce dont Yésou
doute), ou 3) des Vega à pattes jaunes (dans la gamme du 'birulai').
Yésou estime que les seuls goélands à manteau plus
foncé que vegae sont des heuglini, suggérant ainsi que les oiseaux
les plus foncés décrits par Kennerley et al. (1995) et Hoogendoorn
et al. (1996) à Hong Kong et au Japon sont des heuglini (occidental) (Yésou,
2001). Cela définit ainsi pour
le heuglini une aire d'hivernage allant de
l'Afrique de l'Est à
l'Extrême-Orient en passant par le Moyen-Orient.
Quelques descriptions d'oiseaux identifiés comme des heuglini avaient une
sihouette avec un long cou, une grande taille et un comportement agressif.
En Corée toutefois, beaucoup d'oiseaux à manteau sombre et à
pattes jaunes (ou parfois jaune-rose ou roses) paraissent plutôt petits
avec des pattes courtes, et avec un manteau qui pas aussi sombre que celui d'heuglini.
L'auteur élimine la possibilité que ces individus soient des taimyrensis
ou des hybrides, suggérant plutôt qu'un zone "limitée
d'hybridation qui a probablement existé il y à 30 ans" n'existe
vraisemblablement plus aujourd'hui, et que ces taimyrensis provenaient de cette
zone.
Une
synthèse utile
Yésou propose toutefois une synthèse utile dans les appellations
et les origines possibles des goélands hivernants en Corée. Il propose
la distribution suivante pour les goélands "nordiques", de l'Ouest
à l'Est de la péninsule de Kola :
1) de la péninsule de Kola à la péninsule de Gydan et probablement
jusqu'au Nord-ouest du Ienisseï : goélands à manteau sombre
et à pattes jaunes, devenant plus pâles à l'est.
2) Taïmyr occidental : goélands à pattes jaunes, intermédiaires
entre les
oiseaux de l'Ouest et de l'Est dans la coloration du manteau (où les colonies
ne contiennent pas d'oiseaux à manteau sombre ou intérmédiaire,
mais uniquement des oiseaux à pattes jaunes avec une couleur de manteau
semblable à celui de vegae).
3) de l'est du Taïmyr à la Lena, avec une extension aux îles
nordiques : goélands à manteau pâle avec des pattes de couleur
variable, mais dont la fréquence des oiseaux à pattes jaunes diminue
vers l'Est.
4) du Lena au Pacifique : goélands à manteau foncé et à
pattes roses.
Une nouvelle espèce : le Goéland de Sibérie orientale
Bien que ce classement soit en grande partie conforme à celui reconnu
pour les 4 formes abordées dans cet article (1) heuglini, 2) taimyrensis,
3) birulai et 4) vegae), Yésoupropose une simplification dans ces répartitions,
afin que la séparation entre heuglini et vegae se situe dans le Taïmyr
occidental, et que tous les goélands à l'Est de la forme nominale
d'heuglini soient classés dans vegae (ou Goéland de Sibérie
Orientale / East Siberian Gull) sans division subspécifique.
Vegae, qui est toujours à manteau foncé et à pattes roses
à l'est de la Lena, devient ainsi un taxon fortement polymorphe avec une
aire de reproduction agrandie. Le manteau de cette espèce varierait du
très sombre au clair puis de nouveau au sombre en allant de l'Ouest à
l'Est, avec des pattes allant du jaune au rose, selon le même axe. Avec
l'ajout de mongolicus en tant que sous-espèce du Goéland
de Sibérie Orientale, la gamme de variations
de la biométrie, des données phénotypiques, de l'écologie
et du comportement de cette "nouvelle" espèce devient plus claire.
Mais ce choix est contesté, et bien que basé sur des recherches
approfondies, il semble plutôt erroné pour plusieurs raisons : il
est contradictoire avec l'identification des autres populations distinctes, il
évolue selon un sens inverse dans les variations progressives de la taxonomie
des laridés constatées dans d'autres régions du monde et
elle n'inclut pas l'information existante sur l'aspect des juvéniles et
des premiers hivers.
Yésou affirme que cette "divergence phénotypique importante"
doit être reconnue, et que la taxonomie doit "décrire la variation
phénotypique des espèces".
Les trois taxa "nordiques" nichant le plus près de la Corée
sont taimyrensis, birulai et vegae. Considérer ces trois taxa comme faisant
partie d'un "super-taxon" unique semble impossible, car ils présentent
des différences notables dans la coloration des manteaux des adultes et
dans les plumages d'hiver des juveniles / 1er hiver (notamment entre taimyrensis
et le vegae/birulai). En considérant que les périodes de mues et
que les variations des couleurs sont mal définies, et que la séparation
des taxa nordiques est basée en grande partie sur des éléments
phénotypiques (couleurs du manteau et des pattes), il semble étonnant
que les oiseaux à manteau sombre et à pattes jaunes nichant à
l'ouest du Taïmyr soient considérés par Yésou comme
étant plus proche de vegae que d'heuglini.
A l'est d'heuglini et à l'ouest de birulai
Comme Yesou le précise, des études à l'ouest et au
centre de l'aire de répartition d'heuglini montrent que la couleur de son
manteau devient plus pâle en allant vers l'Est, se rapprochant de la couleur
de vegae. Les Goélands du Taïmyr semblent respecter cette tendance;
Il y a donc une sous-espèce identifiable à pattes jaunes, géographiquement
localisée à l'est d'heuglini et à l'ouest de birulai.
Il serait plus intéressant de découvrir sur quelle base
il peut être séparé d'heuglini, quelle est son aire de nidification
et son abondance. Considérant que ces oiseaux à pattes jaunes et
à manteau sombre nichant à l'ouest du
Taïmyr semblent être inclus dans le taxon taimyrensis, il semble approprié
de conserver ce nom. Il semble important de mieux définir le phénotype
et l'aire de répartition géographique de taimyrensis, par des études
génétiques et à travers de l'étude des juvéniles
dans les colonies.
Le cas de taimyrensis
Sans accès à des données biométriques précises,
à des descriptions de juvéniles dans les colonies, il est difficile
de définir où les taimyrensis hivernent. Toutefois, en Corée
du Sud et dans d'autres régions côtières d'Asie de l'Est (plus
particulièrement à Hong Kong et au Sud de la Chine), un grand nombre
de goélands correspondant aux descriptions d'adultes de taimyrensis en
plumage d'hiver sont observés. Ces oiseaux sont souvent petits, avec des
pattes courtes et avec un manteau moins sombre que celui des vegae orientaux.
Ils n'appartiennent clairement pas à la forme à pattes jaunes de
vegae, et les juvéniles ressemblent à ceux du Goéland brun.
Ces oiseaux appartiennent donc soit à un taxon répandu mais pas
encore décrit, ou bien sont des heuglini, des taimyrensis, ou peut-être
des barabensis (accidentel en Corée du Sud et à Hong Kong). Mais
cette dernière forme est sensiblement différente de la majorité
des oiseaux (par la structure et le pattern des primaires) des côtes d'Asie
de l'Est. Beaucoup de ces oiseaux ont également des pattes d'un jaune plutôt
moins vif.
Il est donc sûrement raisonnable, en l'absence d'informations plus
approfondies, de considérer les oiseaux les plus petits et les plus pâles
comme des taimyrensis, en accord avec Kennerley et al. (1995) et Hoogendoorn et
al. (1996). Il est difficile de considérer le taxon taimyrensis comme étant
une espèce à part entière, ou comme une sous-espèce
de L. heuglini ou de L. vegae (ou même peut-être de barabensis méridional).
Mais comme le plumage de juvénile, les parties nues et la couleur du manteau
sont plus proches d'heuglini, cela élimine la possibilité qu'elle
fasse partie du groupe vegae. Comme l'ont proposé Kennerley et aL. (1995)
il devrait être maintenu dans le groupe d'heuglini.
Quelques oiseaux plus grands, à longues pattes et plus massifs
apparaissent également en hiver : ils ressemblent plus étroitement
à heuglini. Etant donné la distance importante entre ses sites de
reproduction et la Corée, leur rareté relative est prévisible.
Cette rareté s'explique également par la stratégie migratoire
différente d'heuglini, qui hiverne surtout en Afrique de l'Est et au Moyen-Orient.
Les birulai
En outre, un grand nombre d'oiseaux plus pâles, moins caractéristiques
sont également notés en hiver en Corée : ils présentent
des pattes de couleur variable, des parties supérieures plus pâles
que les taimyrensis et vegae orientaux typiques, une mue atypique et une structure
souvent plus proche de taimyrensis que de vegae. Bien que la couleur variable
des pattes puissent résulter de changements saisonniers, du régime
alimentaire, et peut-être de l'âge, beaucoup de ces individus sont
très probablement issus des populations qui se reproduisent entre le Taïmyr
et le Lena.
De telles populations montrent des couleurs de pattes très variables, mais
avec une teinte du manteau assez stable, plus pâle que celui des vegae à
pattes roses de l'est du Lena (Yésou, 2002). Etant bien distincts des vegae
de l'est de la Léna et étant inclus dans l'aire de birulai, il est
raisonnable de les considérer comme des birulai. Ce taxon est ainsi peut-être
plus variable que l'on ne le croyait, certains oiseaux pouvant ainsi avoir des
pattes jaunes (Kennerley et al. 1995) : cela pourrait expliquer une grande partie
des goélands de type "intermédiaire" observés.
Proposer
des modifications dans la taxonomie des laridés de l'Extrême-Orient
dépasse le cadre de cet article. En effet, la présence de juvéniles
pâles et de premiers hivers plus élancés que ceux de vegae
pourrait concerner des populations plus nordiques de birulai. Que des premiers
hivers tendent à montrer des tertiaires fortement tachetées, des
grandes couvertures barrées, et un bec rose en janvier suggére un
éloignement entre taimyrensis et heuglini, et une plus grande proximité
par rapport à vegae. Selon Kennerley et al. (1995) et Hoogendoorn et al.
(1996), il semble logique, en l'absence de nouvelles données, de maintenir
birulai en tant que sous-espèce occidentale (et du Nord-ouest) de L. vegae.
Si une telle classification
taxonomique est maintenue, l'affirmation de
Yésou selon laquelle il existe des "différences dans l'ADN
mitochondrial de smithsonianus et de vegae qui prouvent que ces taxa ne sont pas
étroitement liés (Crochet 1998, Crochet et al. 2002)"(Yésou,
2002), devient moins certaine: les vegae étudiés dans l'aire de
répartition de birulai étaient phénotypiquement distincts
de la plupart des vegae. Si l'identification est correcte, des vegae peuvent donc
montrer un certain nombre de caractères communs avec smithsonianus. Dans
le cas des juvéniles / premiers hivers, ils peuvent avoir un dessus très
foncé, avec la plupart du temps une queue foncée, devenant pâle
au milieu de l'hiver, avec une base du bec rose.
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