|
Date de mise en ligne: 23/01/08 - Soumis au Comité de Lecture
 |
Un goéland sur le quai d'un port, aux primaires claires: est-ce un Goéland à ailes blanches (Larus glaucoides)
ou bourgmestre (Larus hyperboreus)?
Photo: Aurélien Audevard |
En hiver, il est possible d'observer en Europe de l'Ouest, notamment sur les côtes, deux goélands arctiques dont l'identification peut être délicate: le Goéland bourgmestre (Larus hyperboreus) et le Goéland à ailes blanches (L. glaucoides).
Ces deux oiseaux se distinguent des autres goélands par leurs primaires claires, blanchâtres, sans aucune trace de noir.
Certes, le Goéland bourgmestre est plus grand et plus massif, mais la taille et la silhouette (le "jizz") ne sont pas toujours simples à déterminer sur le terrain, et il existe des individus moins typiques que d'autres.
Il existe quatre classes d'âges chez les Goélands bourgmestre et à ailes blanches: cet article est consacré au Goéland à ailes blanches de premier hiver, complétant ainsi celui consacré à l'identification du Goéland bourgmestre du même âge (lire Identifier le Goéland bourgmestre et le chercher en France).
Nous remercions Marc Fasol et Bastien Louboutin pour nous avoir perrmis d'utiliser leurs photos très pédagogiques.
Abstract
| Publicité |
 |
Winter is the time to search for 'white-winged' gulls in Northern France: Glaucous Gull (Larus hyperboreus) and Iceland Gull (L. glaucoides): both species are quite similar, but Glaucous Gull is larger, has a larger bill, flatter head, and, at rest, shorter wingtips that barely project beyond the end of the tail.
First-winter Glaucous Gulls have clearly pink-based, whereas the limit of Iceland Gull's bill is less clear. But sometimes, the identification can be more challenging.
This article is dedicated to the identification of the First-Winter Iceland Gull, with the features to distinguish from the First-Winter Glaucous Gull.
Présentation générale du Goéland à ailes blanches
Longueur: 52-60 cm.
Envergure: 123-129 cm.
Goéland de taille moyenne, semblable au Goéland bourgmestre, avec
également des rémiges
primaires blanchâtres.
Un peu plus petit que le Goéland argenté (Larus argentatus), plus
fin, tête plus ronde.
En vol, petite tête et cou court.
Longue projection primaire
et bec nettement plus court que celle-ci.
- Immature/1er hiver : blanchâtre finement barré de brun. Il existe
des oiseaux presque blancs. Bec à long bout noir (plus de la moitié),
base couleur chair grise.
- 2ème et 3ème années: très blancs.
L'iris est sombre chez les oiseaux de premier hiver, mais devient pâle chez les oiseaux de second hiver.
- Adulte: manteau gris clair et bec jaune avec une tache rouge.
Biologie:
Niche en colonies, au sol, souvent au sommet des falaises côtières ou sur le sol des plages sablonneuses. Le nid se trouve dans une dépression sur le sol. Omnivore, parfois charognard.
Voix:
Comme le Goéland argenté, mais un peu plus aigüe. Plutôt silencieux en hiver.
Habitat:
Niche sur les falaises rocheuses de l'Arctique.
Hiverne dans les estuaires, sur les côtes, les réservoirs et les décharges.
Répartition:
Nicheur au Canada et au Groenland. Hiverne plus au sud.
En France, le Goéland à ailes blanches est un hivernant rare, surtout observé dans les ports du littoral Atlantique et de la Manche, notamment après les tempêtes de janvier. Les oiseaux notés sont surtout des juvéniles de premier hiver.
 |
Goéland
à ailes blanches (Larus glaucoides) 1er hiver:
1- Bec court (nettement plus que la projection primaire),majoritairement noir
2- Tête arrondie
3- Longues ailes et longue projection primaire
Cet individu est très pâle
Photo: A. Audevard |
 |
Goéland
à ailes blanches (Larus glaucoides) 1er hiver
1- Bec court (nettement plus que la projection primaire),majoritairement noir
2 et 3- Tête arrondie
4- Longues ailes et projection primaire longue
Cet individu est davantage marqué d'ocre que le précédent..
Photo: P. Hackett |
 |
Goéland
bourgmestre (Larus hyperboreus) 1er hiver. Par rapport au Goéland à ailes blanches, on note:
1- le bec massif, nettement bicolore et à base claire
2- la tête moins arrondie
3- le cou plus long
4- la couleur générale plus ocre
5- la projection primaire plus courte
Photo: A. Audevard
|
Différences de structure et de silhouette
 |
Goéland à ailes blanches (Larus glaucoides) H1, Bassins de
l'Eau-d'Heure, Cerfontaine (Province de Namur - Belgique), le 20/01/08. Notez la taille inférieure à celle des Goélands argentés (Larus argentatus)
Photo: Marc Fasol |
Le Goéland bourgmestre est un grand goéland, approchant la taille du Goéland marin (Larus marinus), tandis que le Goéland à ailes blanches est environ de la taille d'un Goéland brun (Larus fuscus).
Le Goéland bourgmestre semble plus puissant que le Goéland à ailes blanches, qui est plus fin, plus gracile.
En vol, les ailes du Goéland bourgmestre semblent plus larges, et son vol semble lent, lourd.
 |
Goéland à ailes blanches (Larus glaucoides) H1, Goélands pontique (L. cachinnans) H1 et argenté (Larus argentatus) H1, Bassins de
l'Eau-d'Heure, Cerfontaine (Province de Namur - Belgique), le 20/01/08.
Notez la taille inférieure, la couleur générale beaucoup plus pâle, le bec plus fin
Photo: Marc Fasol |
 |
Goéland à ailes blanches (Larus glaucoides) H1, Port de Douarnenez (Finistère), décembre 2007. Notez 1) le bec qui semble entièrement sombre, 2) les ailes assez fines
Photo: Bastien Louboutin |
La silhouette du Goéland à ailes blanches évoque celle d'un Goéland brun ou d'un grand Goéland cendré (Larus canus) avec sa tête arrondie et ses longues primaires, mais son corps est plus trapu, avec une queue plus courte en vol.
Attention, les femelles du Goéland
à ailes blanches sont un peu plus petites que les mâles, et donc des grands mâles peuvent se rapprocher un peu de la taille d'un petit Goéland bourgmestre...
Les pattes du Goéland à ailes blanches sont proportionnellement plus courtes que celles du Goéland bourgmestre.
Différences de longueur des primaires
 |
Goéland à ailes blanches (Larus glaucoides) H1, Bassins de
l'Eau-d'Heure, Cerfontaine (Province de Namur, Belgique), le 20/01/08. Notez: 1) le bec fin apparaissant sombre, 2) les primaires dépassant largement de la queue, 3) les pattes assez courtes
Photo: Marc Fasol |
Chez un oiseau posé, la longueur des primaires est un bon critère pour distinguer les deux espèces: chez le Goéland bourgmestre, elles sont relativement courtes et émoussées, proches de celles du Goéland argenté.
Chez le Goéland à ailes blanches, elles sont effilées et dépassent largement de la queue, donnant une impression d'arrière fin et allongé.
Différences dans la forme de la tête
 |
Goéland à ailes blanches (Larus glaucoides) H1, Port de Douarnenez (Finistère), décembre 2007. Notez:
1- le bec compact, à la limite diffuse entre le bout noir et la base claire. Cette base n'est pas rose vif comme chez le G. bourgmestre
2- la tête arrondie (critère moyennement visible chez cet oiseau). La nuque est plus pâle que le dessus de la tête et que la zone autour des yeux
3- la longue projection primaire
4- les pattes courtes
Photo: Bastien Louboutin |
Le Goéland bourgmestre a un front plutôt abrupt et une couronne (dessus de la tête) plate, avec un angle distinct à la jointure de la couronne et de la nuque.
Le Goéland à ailes blanches a une tête beaucoup plus arrondie, ressemblant à la forme de celle d'un Goéland cendré: il semble avoir un air plus "gentil", moins prédateur que le bourgmestre, mais la forme de la tête peut changer avec l'attitude.
Pierre-André Crochet a rappelé sur la liste de diffusion Coches-fr que la nuque était souvent plus pâle que le dessus de la tête et que la zone autour des yeux (critère extrait de l'ouvrage de référence Gulls of Europe, Asia and North America).
Différences au niveau du bec
 |
Goéland à ailes blanches (Larus glaucoides) H1, Bassins de
l'Eau-d'Heure, Cerfontaine (Province de Namur, Belgique), le 20/01/08. Notez le bec plus fin que celui du Goéland argenté (Larus argentatus) (et donc du Goéland bourgmestre)
Photo: Marc Fasol |
Le Goéland bourgmestre a un long bec épais, aux bords plutôt parallèles. Le bec du Goéland à ailes blanches est distinctement plus court, plus mince et plus compact.
Chez le Goéland bourgmestre de premier hiver, le bec est d'un rose brillant avec une pointe noire nette contrastant nettement (semble "trempée dans l'encre").
Le Goéland à ailes blanches a lui un bec majoritairement noir, avec une zone variable pâle à la base dont la limite n'est pas bien définie.
 |
Goéland à ailes blanches (Larus glaucoides) H1, Bassins de
l'Eau-d'Heure, Cerfontaine (Province de Namur, Belgique), le 20/01/08
Photo: Marc Fasol |
A la fin de l'hiver, cette base pâle peut être relativement importante, mais au lieu d'être rose, elle a tendance à être gris-verdâtre, jaunâtre ou ivoire. En outre, le tiers distal (vers l'extrémité) reste noir, s'étendant légèrement le long du bord des mandibules et se dissolvant dans la base plus pâle.
A noter qu'au cours du second hiver, le bec du Goéland à ailes blanches ressemble davantage à celui du Goéland bourgmestre, avec une base rose et une pointe noire relativement nette.
Il faut noter que chez les deux espèce la pointe extrême est pâle.
Au cours du troisième hiver, les becs des deux espèce ressemblent à ceux des adultes et présentent alors peu de différences significatives.
Goélands de Kumlien et de Thayer
Pour compliquer les choses, il faut savoir qu'il existe deux espèces (considérées il y a peu encore comme des sous-espèces) très proches du Goéland à ailes blanches:
- Le Goéland
de Kumlien (Larus kumlieni), nichant au Nord-est du Canada, qui est un peu plus grand que le Goéland à ailes blanches, avec un bec plus gros. Les oiseaux de premier hiver sont très proches de ceux du Goéland à ailes blanches, mais les rémiges primaires sont de la même couleur générale que le corps. Rarissime en France.
- Le Goéland
de Thayer (Larus thayeri), nichant au Nord-ouest du Canada: les oiseaux de premier hiver ont la même taille que ceux du Goéland à ailes blanches, mais ils sont généralement plus sombres, avec un motif net sur les rémiges primaires, des marques plus définies sur le dos, les scapulaires et les couvertures, des tertiaires dont les centres ont un motif noirâtre, et une bande sombre sur la queue. Cette espèce n'a jamais été notée en France. Au repos, les rémiges primaires semblent moins longues.
Attention, la taxonomie de ces espèces n'est pas claire, et il existe des hybrides et des variations intraspécifiques (oiseaux plus ou moins pâles, plus ou moins grands).
A lire
Identifier le Goéland bourgmestre et le chercher en France.
A commander
Le guide de référence sur l'identification des goélands:
Gulls of Europe, Asia and North America de Klaus Malling Olsen et Hans Larsson.
Réagissez
à cet article sur notre forum Identification
par e-mail (david.bismuth@ornithomedia.com).
Vous pouvez soutenir Ornithomedia.com
|
|