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Les sacs fécaux, les "couches culottes" des oisillons

Durant la période d’élevage des oisillons, on peut parfois observer les parents de certaines espèces repartir de leur nid avec d’étranges petits sacs blanchâtres dans leur bec. Nous avons complété notre article avec de nouvelles photos.

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Les sacs fécaux, les "couches culottes" des oisillons

Pic épeiche (Dendrocopos major) emportant le sac fécal d'un de ses oisillons en dehors de la cavité de nidification, Belgique, le 19/05/2016.
Photographie : Marc Fasol

Le nettoyage du nid est un comportement répandu mais peu étudié chez les oiseaux. Les parents retirent les coquilles brisées, les œufs non éclos, les oisillons morts, les objets étrangers (y compris parfois les bagues !) et les sacs fécaux. Ces derniers sont des poches de mucus blanchâtres qui contiennent les déjections des oisillons de plusieurs espèces, essentiellement des passereaux et des pics. Les parents les récupèrent, les transportent sur plusieurs mètres puis les jettent, ou même parfois les mangent. On ne connaît pas encore avec certitude les objectifs de ce comportement : il pourrait permettre de maintenir l’hygiène du nid pour éviter les risques de maladies et de parasitage et/ou éviter d'attirer l'attention des prédateurs (odeurs, traces). Après une présentation des sacs fécaux (définition, production et élimination), nous recensons leurs fonctions possibles.

Abstract

Nest sanitation is a widespread but little studied birds behavior. Parents remove the broken shells, unhatched eggs, dead chicks, foreign objects (including sometimes rings!) and fecal sacs. These are a mucous membrane, generally white or clear with a dark end, that surrounds the feces of some species of nestling birds. They are produced mainly by songbirds and woodpeckers nestlings. Parents remove and transport them several meters away from the nest and then throw them, or sometimes even eat them. It is not yet known the goals of this behavior: it could maintain the hygiene of the nest to avoid the risk of disease and parasitism and/or avoid attracting predators. After a presentation of fecal sacs (definition, production and elimination), we identify their possible functions.

La production de sacs fécaux

Mésange bicolore (Baeolophus inornatus) avec un sac fécal dans le bec

Mésange bicolore (Baeolophus inornatus) avec un sac fécal dans le bec : notez la couleur blanchâtre et l'extrémité sombre.
Photographie : Alan Vernon / Wikimedia Commons

Un sac fécal est une membrane de mucus, généralement de couleur blanchâtre, souvent à l’extrémité sombre, translucide, solide (il ne se perce pas facilement quand un parent le saisit avec le bec) et contenant les matières fécales des oisillons de certaines espèces. Cet "emballage" permet aux parents de nettoyer plus facilement leur nid. La propreté est en effet une préoccupation majeure de beaucoup d'oiseaux : c'est particulièrement vrai chez les espèces qui nichent dans des cavités, comme les passereaux et les pics, dont les petits sont installés dans des endroits confinés et peu aérés.
Tous les oisillons ne produisent pas de sacs fécaux : cela concerne surtout ceux des passereaux et des picidés qui restent longtemps dans leur nid. Les poussins des canards, des gallinacés, des rapaces et des oiseaux marins n’en produisent pas car ils suivent rapidement leurs parents. Et pour éjecter leurs fientes, les jeunes rapaces et hérons se placent au bord du nid, le cloaque orienté vers l’extérieur.
L'oisillon produit généralement un sac fécal quelques secondes après avoir ingéré de la nourriture, et les parents essaient de le récupérer aussitôt. L’adulte peut stimuler son excrétion en exerçant avec le bec une petite pression près du cloaque du jeune. Le jeune Pic chevelu (Picoides villosus) en éjecte un après trois ou quatre nourrissages. Une nichée de quatre Bruants à couronne blanche (Zonotrichia leucophrys) produit jusqu’à 68 sacs fécaux par jour.
Les oisillons de certaines espèces adoptent des postures spécifiques ou se livrent à des comportements particuliers avant la sortie d’un sac fécal : par exemple, le jeune Moqueur à bec courbe (Toxostoma curvirostre) soulève l’arrière-train, tandis que celui du Troglodyte des cactus (Campylorhynchus brunneicapillus) secoue son corps. Lors de leurs derniers jours de présence dans le nid, les oisillons du Roselin familier (Haemorhous mexicanus) et du Chardonneret élégant (Carduelis carduelis), déposent leurs sacs sur le rebord du nid, où ils seront récupérés par les parents. Les Hirondelles bicolores (Tachycineta bicolor) cessent de les enlever quand les oisillons ont atteint un certain âge, et leur nid devient donc très sale en fin de période de nidification.
Les jeunes oiseaux arrêtent généralement la production de sacs fécaux peu avant leur envol car leur production nécessite de précieuses protéines et leur utilité est moindre une fois hors du nid. Précisons aussi que les oisillons élevés par des humains peuvent ne plus produire de sacs fécaux.

Jeter ou manger les sacs fécaux

Mésange charbonnière (Parus major) emportant un sac fécal

Mésange charbonnière (Parus major) emportant un sac fécal hors du nichoir, Châteauneuf-sur-Loire (Loiret), le 28/04/2015.
Photographie : Mary Moreau-Dutheil

Les sacs fécaux sont généralement emportés par les parents à une certaine distance du nid puis jetés : les Merles d’Amérique (Turdus migratorius) et les merlebleus (Siala sp.) les transportent sur plus de 20 mètres. Près d’Athens en Géorgie (États-Unis), des Merlebleus de l'Est (Sialia sialis) ont été vus déposer des sacs fécaux sur des câbles électriques, sur des clôtures et des branches. Les Pipits spioncelles (Anthus spinoletta) parcourent aussi des distances importantes lorsqu'ils quittent le nid avec des sacs fécaux dans le bec. Les quiscales les jettent dans l’eau (y compris dans les piscines et les bassins pour oiseaux) pour que le courant les emporte loin du nid.
Généralement, les deux partenaires emportent les sacs, mais les femelles le font plus fréquemment.
Certaines espèces, comme les merles, les jaseurs, les viréos ou les bruants (Zonotrichia sp.) les avalent partiellement ou totalement, en tout cas tant que les oisillons sont jeunes et que leurs intestins contiennent peu de bactéries. Des études ont en effet montré que les sacs étaient composés de substances nutritives partiellement digérées et donc réutilisables : les manger leur permettrait de consacrer plus de temps à la recherche de nourriture pour leur progéniture tout en se nourrissant.
On a observé que les Tohis tachetés (Pipilo maculatus) ingéraient davantage de sacs fécaux en cas de disette, en fin de saison (quand la nourriture est moins abondante) ou lorsque les jeunes sont sous-alimentés et ont besoin d’être souvent nourris. 40 % des tohis mâles mangeraient des sacs fécaux, même s’ils ne s’occupent pas des oisillons, ce qui signifie que le but de ce comportement est surtout nutritionnel (complément alimentaire).
Même des espèces parasites comme le Vacher à tête brune (Molothrus ater) mangent occasionnellement les sacs fécaux des oisillons de leur hôte. Les petits peuvent aussi manger leurs sacs fécaux en cas de malnutrition.
Des graines intactes de cactus saguaros (Carnegiea gigantea) ont été trouvées dans des sacs fécaux de jeunes Moqueurs à bec courbe et Troglodytes des cactus.

Éviter d’attirer les parasites externes ?

Grosbec casse-noyaux (Coccothraustes coccothraustes) emportant un sac fécal

Grosbec casse-noyaux (Coccothraustes coccothraustes) femelle emportant un sac fécal, Belgique, le 26/05/2017.
Photographie  : Marc Fasol

Pour Welty (1982), la production de sacs fécaux par les oisillons permettrait de garder le nid propre et éviterait les infestations parasitaires. Les moustiques, les tiques et autres ectoparasites peuvent en effet détecter les vertébrés grâce aux signaux chimiques qu’ils dégagent : les fientes de poulets semblent ainsi attirer les femelles de moustiques de l’espèce Culex quinquefasciatus, ce qui suggère que cela pourrait aussi être le cas des fientes d’oisillons. Toutefois, les sacs fécaux cacheraient en partie les odeurs des excréments.
Une étude menée sur des Mésanges bleues (Cyanistes caeruleus) a mis en avant l’existence d‘une relation entre la présence d’ectoparasites et le nettoyage du nid : en effet, les femelles dont les nids étaient infestés par des mouches du genre Protocalliphora consacraient plus de temps à leur nettoyage que les autres.
Dans une étude publiée en 2016 dans la revue Frontiers in Zoology, des ornithologues ont voulu tester si les fientes d’oisillons pouvaient augmenter le nombre de parasites dans le nid, et pour cela, ils ont mené différentes expériences sur des Merles noirs (Turdus merula) : ils ont d’abord utilisé des pièges pour vérifier l’effet d’attraction des excréments seuls sur les insectes volants et ils ont constaté qu’ils attiraient des mouches mais pas d’ectoparasites. Ils ont aussi observé que les mouches étaient les seuls invertébrés attirés par des nids artificiels non nettoyés. Ils ont enfin noté que l’accumulation de fientes dans les nids n’augmentait pas le nombre d’hippobosques (mouches suceuses de sang) ou de poux.

Éviter les contaminations bactériennes ?

Rougequeue noir (Phoenicurus ochruros) retirant un sac fécal

Rougequeue noir (Phoenicurus ochruros) retirant un sac fécal en Charente-Maritime, juillet 2014.
Photographie : Nathalie Santa Maria / Birdwatching and Photography

Les auteurs de la même étude ont relevé que l’accumulation des fientes augmentait l’activité immunitaire des oisillons, peut-être à cause de la concentration de micro-organismes pathogènes dans le nid (contenus dans les fientes ou apportés par les mouches). Cette activité immunitaire pourrait également résulter du stress ressenti par les oisillons obligés de rester dans un environnement sale et malodorant. Les auteurs de l’étude n’ont toutefois pas constaté de diminution de la croissance des petits, qui ont tous pu quitter le nid.
Plusieurs travaux suggèrent que le mucus des sacs fécaux isolerait les bactéries entériques pathogènes contenues dans les fientes, empêchant ainsi la contamination des oisillons et des parents. Les sacs fécaux seraient peut-être une réponse à ces infections microbiennes en facilitant l'assainissement du nid.
Toujours dans l’étude publiée dans la revue Frontiers in Zoology, les ornithologues avaient constaté une diminution du nombre de mites autour du nid lorsque les sacs fécaux n’étaient pas retirés : cela pourrait s’expliquer par la transformation de l’acide urique des fientes en CO2, un gaz éloignant ces insectes. Duffy avait d’ailleurs émis l’hypothèse que les oiseaux marins se serviraient de l’accumulation du guano, riche en ammoniaque, près de leur nid pour éloigner les parasites (notamment les tiques), comme d’autres placent des végétaux aromatiques (lire Certains oiseaux utilisent leurs connaissances en botanique pour construire leur nid). Cela n’a pas été montré expérimentalement chez le Merle noir.

Éviter d’attirer les prédateurs ?

Pour certains auteurs, les parents transporteraient les sacs fécaux loin de leur nid pour empêcher les prédateurs de s'en servir comme indices olfactifs ou visuels (couleur blanchâtre des sacs bien visible). Tinbergen et al (1963) avaient confirmé indirectement cette hypothèse en remarquant que les Mouettes rieuses (Chroicocephalus ridibundus) retiraient les morceaux de coquilles brisées, dont l’intérieur blanchâtre (comme les sacs fécaux) pouvait attirer les prédateurs. Mais il n’a pas été possible jusqu’à présent de prouver que l’élimination des sacs fécaux servirait à ne pas attirer les prédateurs.

Les sacs fécaux, des sources d’informations pour les ornithologues

Les scientifiques peuvent analyser les sacs fécaux afin d'en savoir plus sur l’alimentation des oisillons, et même pour trouver à quels contaminants les jeunes oiseaux ont pu être exposés. Dans une étude publiée dans le Journal of Ornithology, on peut lire qu’une étude des sacs fécaux d’oisillons de Mésanges unicolores (Baeolophus inornatus) et à dos marron (Poecile rufescens) avait permis d’identifier des restes de larves de lépidoptères, d’orthoptères et d’hyménoptères.
D’autre part, dans les inventaires ornithologiques, l’observation d’un adulte transportant un sac fécal constitue un indice fiable de nidification.

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Sources

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Commentaires postés :

Azize

Oui, de même pour la Sitelle kabyle Sitta ledanti qui récupère à chaque fois les sacs fécaux des ses bébés oisillons, même parfois; à l'âge avancé des oisillons participe eux même au nettoyage du nid où ils donnent leurs sacs fécaux aux parents.

Pour plus de détails voir l'article publié dans la revue alauda par Abdelazize Franck BOUGAHAM, Adouda BENAZOUZ & Abdelouhab BOUCHAREB.

Titre: Reproduction et soins parentaux chez la Sitelle kabyle Sitta ledenti dans la forêt de Guerrouche (Jijel, Algérie), 2017.

20/08/2018

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