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Réchauffement et répartition des oiseaux : les cas des îles Canaries et du Texas

Alors que des Sirlis du désert et un Blongios de Sturm ont été observés en décembre 2017 aux îles Canaries, nous recensons les effets possibles du réchauffement climatique sur la répartition des oiseaux dans cet archipel et au Texas.

| Non soumis au comité de lecture

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Réchauffement et répartition des oiseaux : les cas des îles Canaries et du Texas

Blongios de Sturm (Ardeirallus sturmii), île de Fuerteventura, îles Canaries (Espagne), le 16/12/2017.
Photographie : Francisco Javier García Vargas / RareBirdSpain

Le réchauffement climatique impacte les espèces et leurs écosystèmes. En particulier, il a de multiples effets sur les oiseaux : modification du début de leur période de reproduction, perturbation de leurs dates de départ en migration ou changement de leurs aires de répartition. Les limites septentrionales de distribution de plusieurs espèces se déplacent vers le Nord ou en altitude : c'est particulièrement visible dans certaines régions, comme le sud du Texas et les îles Canaries. Plusieurs Sirlis du désert (Alaemon alaudipes) et un Blongios de Sturm (Ardeirallus sturmii), deux espèces originaires d'Afrique, ont justement été observés en décembre 2017 dans l'archipel espagnol.
Nous remercions Ricard Gutiérrez, créateur du site web RarebirdSpain.net, pour nous avoir aidés à illustrer cet article.

Abstract

There are scientific evidences that global warming is already having profound effects on birds, broader biodiversity, wildlife habitat, and ecosystems: reproduction timing egg-laying, flowering, and spawning are occurring earlier for many species, migration timing and patterns are changed, and the ranges of many of them are moving toward the poles and toward higher elevations. This last effect is particularly visible in some regions, for example the south of Texas and the Canary Islands. Several Hoopoe Larks and a Dwarf Bittern, two species coming from Africa, have for example been watched in december 2017 in the Spanish archipelago.
We thank Ricard Gutiérrez, creator of the website RarebirdSpain.net, for helping us illustrate this article.

Les effets du réchauffement climatique sur l'avifaune des îles Canaries

Puffin des Baléares (Puffinus mauretanicus)

L'aire de distribution post-nuptiale du Puffin des Baléares (Puffinus mauretanicus) s'est déplacée vers le Nord en 25 ans.
Photographie : Ricard Gutiérrez

Des effets multiples

Il existe de plus en plus de preuves scientifiques que le réchauffement climatique a des effets profonds sur les oiseaux et leurs écosystèmes (lire Réchauffement climatique : exemples d'effets possibles sur deux passereaux). Il pourrait notamment avoir un effet sur leurs dates de migration (lire Les hirondelles reviennent-elles plus tôt au printemps qu'il y a trente ans ?) et sur leurs aires de répartition.
Les distributions de nombreuses espèces animales et végétales se déplacent en effet vers le Nord et vers des altitudes plus élevées. Par exemple, la limite septentrionale des aires de répartition de nombreux oiseaux nicheurs britanniques était, en moyenne, située 24 km plus au nord sur la période 1988-1991 par rapport à la période 1968-1972, un résultat trouvé en comparant les atlas des oiseaux nicheurs. En Amérique du Nord, la limite septentrionale des aires de plusieurs espèces d'oiseaux méridionales s'est également déplacée vers le Nord, à une vitesse moyenne de 2,35 km/an.
Les oiseaux hivernent aussi de plus en plus vers le Nord : une étude récente menée par la National Audubon Society montre que pratiquement 60 % des 305 espèces qui passent l'hiver en Amérique du Nord ont une aire d'hivernage de plus en plus septentrionale : en moyenne, elle s'est déplacée de 56 km vers le Nord.
Une analyse de données collectées pendant 25 ans a montré que l'aire de distribution post-nuptiale du Puffin des Baléares (Puffinus mauretanicus) s'était rapidement déplacée vers le Nord au cours de la dernière décennie à cause d'une augmentation de la température du nord-est de l'Atlantique ayant provoqué des perturbations dans la chaîne trophique, du phytoplancton aux prédateurs (dont les oiseaux marins). Une étude précédente avait montré que les concentrations post-nuptiales de Puffins des Baléares avaient nettement diminué le long des côtes françaises du Golfe de Gascogne entre 1982-1984 et 1990-2000.

L'avifaune des îles Canaries

Pinson bleu (Fringilla teyda)

Pinson bleu (Fringilla teyda), aire de pique-nique de Las Lajas, île de enerife, août 2004.
Photographie : Mathieu Siol

L'archipel des Canaries est un groupe d'îles volcaniques situées dans l'Océan Atlantique, à environ 115 km de la côte nord-ouest de l'Afrique. Il peut être divisé écologiquement en deux groupes, les îles de l'ouest (La Palma, Hierro, La Gomera, Tenerife et Gran Canaria), plus jeunes, plus accidentées et plus humides, et celles de l'Est (Fuerteventura et Lanzarote), plus arides (lire Observer les oiseaux sur l’île de Fuerteventura).
L'avifaune de l'archipel comprend des endémiques comme le Pigeon de Bolle (Columba bollii), le Pigeon des lauriers (Columba junoniae), le Pinson bleu (Fringilla teydea) (lire Le Pinson bleu de Grande Canarie devrait être élevé au rang d'espèce), la Mésange de Tenerife (Parus teneriffae), le Roitelet de Tenerife (Regulus teneriffae) (les avis diffèrent sur son statut taxonomique), le Tarier des Canaries (Saxicola dacotiae), le Pipit de Berthelot (Anthus bertheloti), le Martinet unicolore (Apus unicolor) ou le Serin des Canaries (Serinus canaria).
On y trouve également des sous-espèces endémiques, comme celles du Faucon crécerelle, du Percnoptère d'Égypte, de la Bergeronnette grise, du Hibou moyen-duc, du Pinson des arbres (trois), du Pouillot véloce ou du Pic épeiche (deux).
Du fait de leur proximité avec l'Afrique du Nord, les îles orientales accueillent aussi des espèces désertiques nicheuses, comme le Faucon de Barbarie (Falco peregrinoides), le Courvite isabelle (Cursorius cursor), le Roselin githagine (Bucanetes githagineus), le Ganga unibande (Pterocles orientalis) et l'Outarde houbara (Chlamydotys undulata fuerteventurae).

Des oiseaux accidentels venus d'Afrique

Sirli du désert (Alaemon alaudipes)

Sirli du désert (Alaemon alaudipes), Punta Pesebre, île de Fuerteventura, le 16/12/2017.
Photographie : Francisco Javier García Vargas

Du fait de la faible distance qui sépare les îles Canaries et l'Afrique, des oiseaux africains accidentels sont découverts chaque année dans l'archipel. Certains sont originaires des milieux désertiques du nord du continent, comme l'Ammomane élégante (Ammomanes cincturus), le Traquet du désert (Oenanthe deserti) (lire Traquet du désert : des sables d'Afrique ou d'Asie aux plages d'Europe), la Fauvette naine (Sylvia nana) ou le Sirli du désert (Alaemon alaudipes).
Le Sirli du désert est une grande alouette (jusqu'à 22 cm de long)  aux longues pattes, au dessus beige, aux ailes blanc et noir et au long bec arqué. il niche dans les zones arides, des îles du Cap-Vert (où vit la sous-espèce boavistae) à l'Inde en passant par l'Afrique du Nord et du nord-est, le Moyen-Orient, la péninsule arabe et le Pakistan. Cette alouette est très rare dans les îles Canaries, avec moins de dix données. Le  site web RarebirdSpain.net nous informe que l'année 2017 a été marquée par un petit afflux dans l'archipel des Canaries, avec un oiseau découvert le 2/12 à Jable de Famara sur l'île de Lanzarote (revu le 17/12 au moins), et trois autres trouvés le 14/12 près du phare de Punta Pesebre sur l'île de Fuerteventura (et revus les jours suivants). Alors qu'il recherchait ces trois sirlis, David Walsh a également observé le 18/12 un Traquet du désert au sud de la Punta Pesebre : c'est seulement la septième donnée de ce passereau pour l'île.

Blongios de Sturm (Ixobrychus sturmii)

Blongios de Sturm (Ixobrychus sturmii), barranco del Rio Cabras, île de Fuerteventura, le 3/12/2017.
Photographie : David Pérez

D'autres visiteurs occasionnels sur les îles Canaries proviennent d'Afrique tropicale : ce sont souvent des espèces aquatiques qui se dispersent en fonction de la répartition des pluies. C'est le cas par exemple du Râle des prés (Crex egregia), du Blongios de Sturm (Ardeirallus sturmii) et de la Talève d'Allen (Porphyrula alleni) : cette dernière espèce a été notée à plus de neuf reprises (surtout entre novembre et mars) dans l'archipel des Canaries, et il s'agissait pour la plupart de jeunes oiseaux.
Le Blongios de Sturm est un petit héron de 25 à 30 cm de long nichant en Afrique tropicale, du sud du Sahara au nord de l'Afrique australe. Le mâle a le dessus gris-bleu, le bec noir et jaune, le dessous chamois strié de noir et les pattes jaunes. La femelle est plus pâle et l'immature a le dessus ponctué de blanc. C'est un oiseau migrateur, certaines populations rejoignant la zone équatoriale durant la saison sèche. Il niche sur les arbres.
Des Blongios de Sturm isolés, souvent des immatures, peuvent atteindre des secteurs en dehors de la zone de répartition de l'espèce, comme le sud de l'Afrique du Sud ou même les îles Canaries. Sur le site web RarebirdSpain.net, on apprend qu'un oiseau de premier hiver a été découvert le 25/11/2017 à Corralejo sur l'île de Fuerteventura, et il a été revu le 1/12 (et les jours suivants, jusqu'au 16/12 au mois) dans les gorges du Rio Cabras, près de Tesjuate. C'est la quatrième donnée pour l'archipel et la cinquième pour le paléarctique occidental (lire Qu'est-ce que le Paléarctique occidental ?), après un individu trouvé en novembre 2002 sur les étangs d'Erjos sur l'île de Tenerife.

Blongios de Sturm (Ixobrychus sturmii)

Blongios de Sturm (Ixobrychus sturmii), étangs d'Erjos, île de Tenerife, novembre 2002.
Photographie : Ludovic Scalabre

Des dépressions centrées au large de la Mauritanie ou du Maroc peuvent favoriser les arrivées sur les îles Canaries d'oiseaux africains et de certains migrateurs européens hivernant en Afrique de l'Ouest, ces vents coïncidant avec les périodes de migration. Des vents forts et des tempêtes provenant du Nord et du Nord-est ont par exemple précédé la date de découverte d'un Râle des prés épuisé le 23/11/2001 dans le Parque García Sanabria, près de Santa Cruz de Tenerife. Mais l'oiseau était peut-être arrivé avant cette date et a pu être entraîné par d'autres tempêtes, comme celles du début du mois de novembre 2001, qui avait déposé du sable saharien sur les îles.
Le Râle des prés est une espèce dont l'aire de répartition s'étend sur la plus grande partie de l'Afrique subsaharienne, depuis le Sénégal à l'est jusqu'au Kenya et au sud jusqu'à l'Afrique du Sud. Trois oiseaux ont été observés dans l'archipel depuis celui de 2001 : un le 15/11/2006 dans le port de Radazul à Tenerife, un à Almeida sur Santa Cruz le 15/1/2006, et un à La Garita sur Gran Canaria le 12/01/2007.
Ces arrivées accidentelles, combinées au réchauffement climatique et à ses effets sur les écosystèmes, pourraient contribuer à terme à l'installation de certaines de ces espèces sur les îles Canaries.

De nouveaux nicheurs

Arrivées d'oiseaux africains aux Canaries

Arrivées d'oiseaux africains aux Canaries : la Tourterelle maillée (Spilopelia senegalensis) et le Phaéton à bec rouge  (Phaethon aethereus) sont des nicheurs récents.
Carte : Ornithomedia.com

Juan José Ramos, créateur du blog Birding Canarias, a constaté que 30 espèces d'oiseaux d'origine tropicale et sub-saharienne ont été observées au cours des 25 dernières années dans les îles Canaries et que certaines d'entre elles ont commencé à se reproduire dans l'archipel, comme la Tourterelle maillée (Spilopelia senegalensis) et le Tadorne casarca (Tadorna casarca). On a constaté une augmentation des observations des oiseaux venus d'Afrique comme le Martinet des maisons (Apus affinis) et le Traquet du désert. Certains ont retrouvé aux Canaries des conditions favorables pour s'installer : c'est, par exemple, le cas de la Tourterelle maillée qui a colonisé presque toutes les îles au cours des dernières années. Elle se reproduit désormais sur les îles de Lanzarote, de Fuerteventura, de Gran Canaria, de Tenerife et de La Gomera.
D'autres espèces récemment nicheuses ont une origine incertaine, comme la Tourterelle rieuse (Streptopelia roseogrisea) ou l'Ibis sacré (Threskiornis aethiopicus) (nicheur au Sénégal).
Les changements constatés dans les écosystèmes et le climat au cours des 15 dernières années expliquent certainement l'arrivée "continue" de groupes d'oiseaux dont certains se reproduisent par la suite dans l'archipel, faisant ainsi partie intégrante de la faune des Canaries. Des espèces désertiques trouvent des conditions écologiques favorables dans les îles orientales.
Mais désormais des espèces tropicales s'installent également sur ces îles, comme le Phaéton à bec rouge (Phaethon aethereus) qui a récemment commencé à nicher près de l'île d'El Hierro, et qui est probablement également en cours d'établissement à Lanzarote. C'est un oiseau marin nichant dans les îles de l'Atlantique Sud, dans les Caraïbes et dans le Pacifique, et les colonies les plus proches sont sur les îles du Cap-Vert (lire Les oiseaux des îles du Cap-Vert) et sur la côte du Sénégal.
Un grand nombre d'espèces sub-sahariennes est en expansion vers le Nord, et certaines d'entre elles ont déjà atteint la péninsule ibérique : on assiste ainsi à un processus "d'africanisation" de la Méditerranée : la Buse du Maghreb (Buteo cirtensis) niche depuis peu dans la région de Cadix (lire Nidification de la Buse du Maghreb en Espagne !).
L'Espagne a déjà vu l'installation du Roselin githagine (Bucanetes githagineus) (provinces d'Almeria, d'Alicante et d'Aragón) (lire Le Roselin githagine en Espagne : un grand gagnant du réchauffement ?), du Martinet cafre (Apus caffer) (Andalousie, Estrémadure) (lire Le Martinet cafre poursuit son expansion en Espagne), et depuis plus longtemps, de l'Élanion blanc (Elanus caeruleus) (lire L'Élanion blanc poursuit sa forte progression en Europe et au Moyen-Orient).  Ces nouveaux arrivants peuvent rivaliser avec les espèces déjà en place pour la nourriture ou l'habitat.
Le réchauffement peut aussi provoquer la diminution de certaines espèces nicheuses dans l'Archipel comme le Puffin des Anglais (Puffinus puffinus). Pour Juan José Ramos, les îles Canaries constituent un laboratoire pour tenter de mieux comprendre les effets du climat sur la phénologie des oiseaux ou sur leur migration.

Le cas du Texas

Le Texas est situé au carrefour de plusieurs provinces biogéographiques

Le Texas est situé au carrefour de plusieurs provinces biogéographiques : (1) "Navahonian", (2) "Kansan", (3) "Texan", (4) "Carolinian", (5) "Austroriparian", (6) "Balconian", (7) "Chihuahuan" et (8) "Tamaulipan".
Carte : Ornithomedia.com d'après F. Blair

Un point de rencontre entre les zones biogéographiques

Le sud du Texas présente plusieurs caractéristiques biogéographiques qui le rendent particulièrement intéressant pour étudier les changements d'aires de répartition de nombreuses espèces d'oiseaux à cause du réchauffement climatique.
Tout d'abord, la diversité d'espèces animales et végétales y est exceptionnelle pour l'Amérique du Nord. C'est en effet un point de rencontre entre plusieurs provinces biogéographiques (caractérisées notamment par des associations végétales et animales particulières) : "Austroriparian" (forêts de conifères palustres du sud-est des États-Unis), "Tamaulipan" (zones buissonneuses sèches épineuses), "Kansan" (prairies tempérées), "Navahonian" (forêts de pins et de genévriers, végétation d'altitude), "Chihuahuan" (désert), "Texan" (prairies) et "Balconian" (savanes arborées sur les hauteurs, forêts de feuillus dans les canyons et les vallées). Des auteurs estiment que certaines de ces provinces doivent être fusionnées et n'en reconnaissent que quatre dans le sud du Texas : "Chihuahuan", "Kansan", "Tamaulipan" et "Austroriparian".
Il existe également une limite biogéographique entre les régions tropicales et subtropicales, c'est-à-dire entre les climats avec et sans gel, située à environ 300 km au sud de la frontière entre le Texas et le Mexique, à l'extrémité nord de la province biogéographique de Veracruz (forêts humides).
En raison de cette diversité de conditions écologiques, des centaines d'espèces animales et végétales atteignent la limite septentrionale ou orientale de leur aire de répartition au nord du Mexique ou au sud du Texas.
Au Mexique, au sud du Rio Grande et le long du golfe du Mexique, des fleuves côtiers découpent d'autres provinces biogéographiques parallèles de 50 à 150 km de large ("Tamaulipan Pastizal", "forêts sèches de Jalisco", etc.). Ces fleuves, bordés d'habitats ripariens, étaient autrefois séparés par de vastes steppes semi-arides souvent remplacées aujourd'hui par des cultures, notamment de coton et de sorgho. Ces zones sèches ne conviennent pas aux espèces vivant dans la végétation luxuriante bordant les cours d'eau, tandis que celle-ci n'est pas adaptée aux besoins des oiseaux des zones broussailleuses et sèches. La définition des aires de répartition de plusieurs espèces est ainsi facilitée.

Une avifaune texane étudiée depuis longtemps

L'étude des aires de répartition des espèces du sud du Texas est ancienne. Elle a débuté au cours de la guerre du Mexique (1846-1848) et a été approfondie depuis. L'avifaune de la région est ainsi bien connue et on a ainsi un bon aperçu des distributions des oiseaux de région. La publication de trois œuvres majeures à des dates relativement espacées, à savoir The Birds of Texas de Strecker en 1912, The Bird Life of Texas d'Oberholser en 1974 et le Handbook of Texas Birds par le Texas Ornithological Society en 2004, a facilité l'analyse des changements des répartition au cours du vingtième siècle. Gehlbach et al. (1976) ont publié par ailleurs un travail axé sur la définition de la limite septentrionale de la distribution des oiseaux tropicaux du nord du Mexique.

Près de 70 espèces ont étendu leur aire de répartition vers le nord et l'est du Texas

Dendrocygnes à ventre noir (Dendrocygna autumnalis)

En 1912, le Dendrocygne à ventre noir (Dendrocygna autumnalis) n'était visible que dans la Basse Vallée du Rio Grande; il a atteint aujourd'hui les Comtés de Dallas et de Tarrant.
Photographie : Arthur Grosset / Arthurgrosset.com

John H. Rappole, Gene W. Blacklock et Jim Norwine ont rassemblé les données sur les aires de répartition des espèces de la région publiées dans la littérature au début, au milieu et à la fin du 20ème siècle, et ils les ont comparé aux informations plus récentes disponibles. Ils ont constaté une extension de la répartition de 70 espèces pour qui le Texas constitue la limite septentrionale ou orientale de leur aire.
Ces espèces sont très variées : Dendrocygne à ventre noir (Dendrocygna autumnalis), Milan bec-en-croc (Chondrohierax uncinatus), Ani à bec cannelé (Crotophaga sulcirostris), Chevêchette brune (Glaucidium brasilianum), Engoulevent de Nuttall (Phalaenoptilus nuttallii), Tyran mélancolique (Tyrannus melancholicus), Paruline à joues noires (Parula pitiayumi)...
Ces modifications semblent être survenues au cours du vingtième siècle, mais leur rythme s'est accéléré depuis une trentaine d'années.
Les modifications sont très variables selon les espèces, allant de quelques kilomètres pour le Pic à front doré (Melanerpes aurifrons) ou la Mésange à plumet noir (Baeolophus atricristatus) à des centaines de kilomètres pour la Tourterelle à ailes blanches (Zenaida asiatica) et l'Hirondelle à front brun (Petrochelidon fulva).

Plusieurs catégories de changements d'aires de répartition

Ces changements peuvent être divisés en trois grandes catégories :

  • des espèces subtropicales dont l'aire s'est étendue vers le Nord et / ou vers l'Est à l'intérieur de la zone subtropicale du sud du Texas (province "Tamaulipan") ou vers la zone tempérée (province "Austroriparian")
  • des espèces désertiques qui ont colonisé différentes zones du Texas
  • des espèces tropicales dont l'aire de répartition s'est accrue de 300 km vers le Nord (cours inférieur du Rio Grande) à partir de la limite de la zone tropicale délimitée par le Rio Corona (un affluent du Rio Soto La Marina).

Le cas du Geai vert

Changement de l'aire de répartition du Geai vert au Texas entre 1912 et 2004

Changement de l'aire de répartition du Geai vert au Texas entre 1912 et 2004.
Carte : Ornithomedia.com d'après John H. Rappole et al.

Le Geai vert (Cyanocorax yncas) est une espèce forestière nichant dans deux zones distinctes : entre le Honduras et le Sud du Texas et dans une partie de l'Amérique du Sud (Colombie, Venezuela, Équateur, Bolivie et Pérou). Il s'agit d'un exemple d'une espèce dont l'aire s'est nettement déplacée vers le Nord, dans la zone subtropicale. Strecker (1912) avait indiqué que sa répartition était limitée à la vallée du Rio Grande (de Laredo à Brownsville); Rappole et Blacklock (1985) ont constaté une extension de son aire vers le Nord jusqu'au sud du Comté de Nueces.
En 2007, des populations apparemment sédentaires ont été repérées dans le Welder Wildlife Refuge (www.welderwildlife.org) le long de la rivière Aransas. Selon le personnel de cette zone protégée, ces oiseaux sont présents dans le refuge depuis au moins 2003.

Le cas du Gobemoucheron à queue noire

Le Gobemoucheron à queue noire (Polioptila melanura) est un petit passereau insectivore nichant dans les déserts de Sonora et de Chihuahua dans le sud-ouest des États-Unis et au nord du Mexique.
C'est un exemple d'espèce de milieu désertique dont la population semble avoir progressé vers le Nord et l'Est au cours du vingtième siècle.
Strecker (1912) avait précisé que la population orientale de l'espèce, reconnue depuis comme une espèce à part entière, le Gobemoucheron plombé (Polioptila plumbea), était observée en migration à Rio Grande City. Oberholser (1974) a précisé qu'elle était au moins présente en été le long du cours inférieur du Rio Grande. Lockwood et Freeman (2004) ont constaté que l'oiseau était désormais un nicheur sédentaire dans l'ensemble de la Vallée du Rio Grande et vers le Nord.

Le cas de la Conure verte

La Conure verte (Aratinga holochlora) est une espèce tropicale vivant dans les zones boisées et dont l'aire de répartition s'étend au Mexique, au Guatemala, au Honduras, au Salvador et au Nicaragua (lire La Conure de Socorro devrait être élevée au rang d'espèce distincte). Gehlbach et al. (1976) avaient estimé que la limite septentrionale de sa distribution était délimitée par le Rio Corona. Son aire actuelle s'est déplacée vers le Nord, atteignant désormais les zones riveraines et résidentielles de la Basse Vallée du Rio Grande.

Changement de l'aire de répartition du Gobemoucheron à queue noire au Texas entre 1912 et 2004

Changement de l'aire de répartition du Gobemoucheron à queue noire (Polioptila melanura) au Texas entre 1912 et 2004.
Carte : Ornithomedia.com d'après John H. Rappole et al.
Changement de l'aire de répartition de la Conure verte au Texas entre 1976 et 2004

Changement de l'aire de répartition de la Conure verte (Aratinga holochlora) au Texas entre 1976 et 2004.
Carte : Ornithomedia.com d'après John H. Rappole et al.

Des facteurs peuvent favoriser ces extensions

Ces données montrent une tendance à l'expansion vers le Nord et l'Est chez plusieurs espèces désertiques, tropicales et subtropicales. Mais de nombreuses données sont basées sur des observations individuelles et les preuves de nidification sont rares. Dans certains cas, il existe des facteurs spécifiques favorisant cette expansion; ainsi, l'apparition récente de Psittacidés tropicaux le long de la vallée du Rio Grande est liée à l'établissement de populations reproductrices issues d'oiseaux échappés. Dans le cas de la Conure verte, on ne connait pas avec certitude l'origine de tous les oiseaux observés.
Certains auteurs ont attribué l'impressionnante extension (des centaines de kilomètres) vers le Nord de la Tourterelle à ailes blanches par la nourriture mise à sa disposition dans les zones pavillonnaires du Texas. La progression de l'Hirondelle à front brun pourrait s'expliquer par la construction de nombreux nouveaux bâtiments.
Mais, pour la majorité des 70 espèces étudiées, il n'y a pas d'explication évidente de ce genre. La modification des habitats, qui est l'explication habituelle des changements de la répartition des oiseaux reproducteurs, devrait plutôt entraîner une contraction des aires de plusieurs espèces dans le sud du Texas à cause de la destruction des biotopes (par exemple, il reste moins de 5% des forêts épineuses et riveraines dans la Basse Vallée du Rio Grande).

Des changements profonds à prévoir

Ces extensions d'aires semblent s'expliquer par un facteur plus global, comme le changement climatique, et en particulier l'augmentation des températures moyennes annuelles. En effet, malgré des fluctuations à court et moyen terme des températures relevées dans le sud du Texas, la température moyenne annuelle a en effet nettement augmenté au cours des trente dernières années.
Si cette hypothèse est correcte, les effets écologiques et évolutifs de cette élévation pourraient être profonds, impliquant des changements majeurs dans les limites des provinces biogéographiques. C'est surtout net le long de la limite entre les provinces "Tamaulipan" et "Austroriparian", que l'on situe généralement au niveau du Rio San Antonio, dans la plaine côtière texane, entre les Comtés de Refugio et de Calhoun. Des oiseaux des régions tempérées atteignent ici la limite sud de leur aire et des espèces subtropicales leur limite nord. C'est le cas par exemple de la Mésange à plumet noir (subtropicale) et de la Mésange bicolore (Baeolophus bicolor) (tempérée).
Sur la base des données étudiées, John H. Rappole, Gene W. Blacklock et Jim Norwine avancent l'hypothèse d'un déplacement rapide (qui se mesurerait en années plutôt qu'en décennies ou en siècles) vers le Nord et vers l'Est des aires de reproduction de plusieurs espèces tropicales, subtropicales et désertiques dans le sud du Texas et dans le nord du Mexique en raison du changement climatique. Mais d'autres données seraient nécessaires pour tester cette hypothèse.

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Sources

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