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Les
particularités de la vision des oiseaux
Les
oiseaux perçoivent leur environnement différemment de nous à cause
de différences anatomiques et physiologiques. Il existe aussi des
variations interspécifiques. Tous les aspects de la vision des oiseaux
ne nous sont pas connus, mais il existe au moins quatre points sur
lesquels des différences ont été recensées.
La
perception des couleurs
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Sous
une lumière U.V., certaines plumes (celles en mue) de cette
chouette présentent une couleur tout à fait différente
de celle des autres. De telles zones peuvent servir de "signal"
pour les autres oiseaux
Schéma : Ornithomedia.com |
Comme nous l'avons
vu précédemment, la gamme des couleurs perçues
par les oiseaux est plus vaste que la nôtre, et s’étend au
moins jusqu'à l’ultraviolet (longueurs d'onde de 300-400
nm).
La perception de la lumière ultraviolette joue un rôle important
chez certains oiseaux. Elle peut être en particulier impliquée
dans la parade nuptiale. Beaucoup d'oiseaux ont en effet des zones
de leur plumage qui forment un dessin particulier dans le spectre
ultraviolet. Cette réaction est liée à la couche
de mélanine sur les barbules de leurs plumes (lire Cigognes
bleues : une couleur à priori improbable naturellement).
Des espèces dont les sexes se ressemblent à l'œil nu et que l'oeil
humain a du mal à différencier ont une allure tout
à fait distincte dans le spectre ultraviolet.
Même des oiseaux au plumage très simple, comme le Manchot
papou (Pygoscelis papua) ou le Manchot royal (Aptenodytes
patagonicus), ont des marques reflétant les U.V.
La crête des mâles de Mésanges bleues (Cyanistes caeruleus)
réagit aux rayons ultraviolets, et elle est mise en avant lors de
la parade.
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Chez
le mâle de Jardinier satiné (Ptilonorhynchus violaceus),
plus le plumage est bleu (longueurs d'onde de 405–480 nm) et
plus il a de succès. Par contre, ce n'est pas le cas
de ceux dont le plumage réagit le plus aux U.V. (longueurs
d'onde de 320–400 nm)
Schéma : Ornithomedia.com d'après
Peter Mullen |
Les mâles de
Gros-becs errants (Hesperiphona vespertina) qui ont les plumes
qui réagissent le plus aux rayons ultraviolets sont aussi ceux qui
ont les plus vastes territoires et qui fournissent ainsi le plus
de nourriture à leur progéniture.
Les femelles de Merle noir (Turdus merula) sont davantage
attirées par les mâles dont les becs sont les plus visibles dans
le spectre ultraviolet.
Les caroncules rouges au-dessus des yeux du Lagopède d'Ecosse
(Lagopus lagopus scotica) réagissent aussi aux U.V.
Mais parfois un pic de réflectivité des rayons U.V.
n'est pas synonyme d'avantages particuliers, comme chez le Jardinier
satiné (Ptilonorhynchus violaceus) dont les mâles au
plumage bleu saturé sont privilégiés.
Certaines espèces sont capables de modifier la réflectivité
de leur plumage aux rayons U.V. grâce aux secrétions
de leur glande uropygiale : elles peuvent réduire la réflectivité
de l'arrière blanc du Canard colvert (Anas platyrhynchos)
ou de la couronne de la Mésange bleue.
La vision des signaux U.V. contribuerait aussi à la divergence
inter-spécifique. Des espèces sympatriques (= qui ne s'hybrident
pas et dont les aires de répartition respectives peuvent
se chevaucher) qui se ressemblent à priori fortement (ils
ne diffèrent que par la couleur du dos) diffèrent considérablement
sous une lumière U.V. C'est le cas du Tangara à menton noir (Anisognathus
notabilis) qui possède une bande refléchissante
qui le distingue facilement d'une espèce proche, le Tangara
nain des montagne (Anisognathus flavinucha). On a aussi noté
qu'au sein même des Tangaras à menton noir, parmi lesquels
il existe des variantes géographiques, les croisements intraspécifiques
ne se font pas s'il existe une zone réagissant aux U.V..
Ainsi, la réflectivité des rayons U.V. pourrait constituer
un élément essentiel contribuant à l'isolement reproductif.
Cette vision des longueurs d'onde moyenne pourrait procurer un avantage
dans la recherche de la nourriture. Les surfaces cireuses de nombreux
fruits et baies réfléchissent en effet la lumière ultraviolette.
Dans la forêt tropicale du Panama, on a constaté que
les fruits qui réagissaient aux U.V. attiraient le plus les
oiseaux et les rongeurs (qui voient aussi les U.V.). Les Lagopèdes
d'Ecosse préfèrent les baies de myrtille qui reflètent
les U.V. (certaines baies ne réagissent pas).
L'intérieur de la bouche et les commissures du bec des oisillons
réagissent fortement aux rayons U.V., ce qui constitue un
stimulus fort de nourrissage pour les parents.
Des rapaces comme le Faucon crécerelle (Falco tinnunculus)
ou la Buse pattue (Buteo lagopus) sont capables de localiser
les sentiers de campagnols car leur urine, qu'ils déposent
pour marquer leurs déplacements, réagit aux ultraviolets.
L'acuité visuelle
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L'acuité
visuelle des grands rapaces est de 0,2 minute d'arc, contre
de 0,4 à 1 pour un enfant
Photo : Ulmas Selling |
L'acuité visuelle d'un œil en vision de loin est le pouvoir de celui-ci
à discerner un petit objet situé le plus loin possible.
L’acuité visuelle commune est définie comme étant
le minimum séparable, c'est-à-dire la distance minimale
entre deux points distincts de contraste maximum correctement discernés.
La minute d’arc est la référence de normalité (cette valeur angulaire
n'est pas utilisée en France, où l'on a préféré rapporter cette
valeur à une fraction de 10. On parle alors de dixièmes d'acuité).
Il existe peu d’études sur l’acuité de la vue des oiseaux, mais
on a pu l'estimer selon la structure de la rétine (en particulier
de la ou des fovéas) chez un certain nombre d’espèces.
L'acuité des oiseaux est globalement élevée, mais
elle n'est pas exceptionnellement supérieure à celle des hommes,
y compris chez les rapaces. La plus forte acuité des faucons (0,4
à 0,75 minute d’arc) est à peu près égale à celle d’un enfant
(0,4 à 1,0 minute d'arc), tandis que celle des plus grands
aigles (0,2 minute d’arc) est à peu près 2,5 fois supérieure à celle
de l’œil humain.
Chez beaucoup d’espèces, l’acuité est même inférieure à celle
de la fovéa humaine pour des niveaux de lumière similaires :
1,7 minute d'arc chez le pigeon, 1 minute d'arc chez le Corbeau
freux (Corvus frugilegus) et 3,4 minutes d'arc chez le coq
(Gallus domesticus).
L’acuité varie aussi à l’intérieur du champ de vision. Chez les
humains, elle est maximale dans une petite région (selon un angle
de 2° sur un champ de vision toatl de 160°) située vers l’avant,
dans la direction de la marche. Chez 54% des oiseaux, il existe
deux zones de forte acuité (une par fovéa). L’une se projette
latéralement selon l’axe optique de l’œil, et l’autre peut varier
(elle peut être frontale ou ventrale, ou selon une bande dans
le champ de vision). La vision latérale précise est utilisée
pour les activités essentielles comme reconnaître un congénère
ou repérer un prédateur.
Profondeur relative du champ, distance et temps de contact
La perception
de la position relative d’un objet et donc de la profondeur de champ
est un processus complexe, basée sur un processus cérébral appelé
stéréopsis. Notre cerveau combine alors la vue de
chaque il en une seule image.
La vision binoculaire ou stéréoscopique n'est valable
que sur quelques mètres vers l’avant et est utilisée pour des tâches
proches et précises, comme la manipulation d'objets.
Chez les oiseaux, on ne sait pas vraiment si le stéréopsis est répandu
ou non : il a été démontré chez le faucon, mais pour certains auteurs
il serait limité aux rapaces nocturnes. La vision stéréoscopique
des oiseaux serait limitée au contrôle des mouvements du bec et/ou
des pattes pour interagir avec des objets proches.
Pour les oiseaux, un élément plus important serait
la direction du déplacement et le temps de contact avec un
objet (= détermination de sa vitesse relative). Ces informations
sont disponibles via une analyse du flot optique.
Le flot optique est le champ de déplacement visuel qui permet d'expliquer
des variations dans une image animée en terme de déplacement de
points images.
On a montré que les colibris et les Fous de Bassan (Morus bassanus)
utilisaient les informations extraites de ce flot pour effectuer
leurs manuvres précises. Les images des objets en mouvement
relatif par rapport à l'oiseau sont perçues par la rétine,
ce qui permet au cerveau de déterminer très vite le sens et le temps
de contact avec un objet qui s’approche. Nous utilisons cette analyse
rapide pour de nombreuses occupations, comme la conduite. Les informations
visuelles extraites du flot optique ne sont pas détaillées et ne
sont pas en haute résolution.
Le
champ de vision
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Schéma
1- Champs de vision de l'Outarde Kori, de l'Homme et de la Cigogne
blanche.
(a) projections orthographiques des limites des champs de vision
de la rétine des deux yeux. Dans chaque diagramme, la tête est
positionnée au centre de la sphère sur laquelle sont projetés
les limites du champ de vision. Secteurs verts : zones de vision
stéréoscopique, roses = secteurs de vision monoculaire
et secteurs bleus = zones aveugles.
(b) sections horizontales du champ de vision. Les lignes pointillées
indiquent les directions des axes optiques des yeux. Chez les
oiseaux, l’axe de chaque oeil se projette latéralement, tandis
que chez les humains, il se projette vers l'avant et chevauche
l’autre
Source : G. R. Martin et al. / BOU (2011) |
La plupart des
oiseaux ne peuvent pas bouger leurs yeux, bien qu'il existe des
exceptions, comme le Grand Cormoran (Phalacrocorax carbo).
Les oiseaux qui ont les yeux placés sur les côtés de la tête
ont un large champ visuel, utile pour déceler les prédateurs, tandis
que ceux chez qui ils sont placés sur le devant de la tête,
comme les hiboux, bénéficient en outre d'une vision
stéréoscopique qui leur permet d'estimer plus efficacement
la profondeur de champ et les distances. La Bécasse d'Amérique (Scolopax
minor) a probablement le plus grand champ de vision de tous
les oiseaux, soit 360 ° horizontalement et 180 ° verticalement (lire
La
vue chez les oiseaux).
Le champ de vision dépend des performances optiques des yeux et
de leur position dans le crâne. Il sert à détecter les prédateurs,
les congénères, les obstacles, la recherche de nourriture
et le contrôle des comportements précis proches comme l’alimentation.
Il existe des différences d'acuité visuelle au sein
de ce champ : chez l'Homme, elle se réduit vers sa périphérie.
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Schéma
2- Coupes verticales selon un plan sagittal médian des champs
de vision stéréoscopique frontaux de l'Outarde Kori, de l'Homme
et de la Cigogne blanche
Source : G. R. Martin et al. / BOU (2011) |
La partie du
champ que nous utilisons pour analyser les objets est située
vers l'avant, et nous pouvons utiliser la vision stéréoscopique
sur la plus grande partie de ce champ.
Ce n’est pas le cas chez les oiseaux, chez qui la vision optimale
est latérale, tandis que le champ de vision frontal et stéréoscopique
est limité.Par contre, l’extension verticale du champ de
vision des oiseaux varie fortement.
Sur le schéma 1 sont comparés les champs de vision
de l'Outarde kori (Ardeotis kori), de la Cigogne blanche
(Ciconia ciconia) et de l'Homme. Le champ de vision stéréoscopique
est étroit et vertical autour du bec des deux oiseaux, et la couverture
visuelle de chaque oeil s’étale largement sur le côté et derrière
la tête. On note toutefois une petite zone aveugle à l’avant et
à l'arrière de leur tête. Chez l'Homme, le champ visuel est disposé
de façon très différente : il se projette vers l'avant, la quasi-totalité
du champ visuel est stéréoscopique et il y a une grande
zone aveugle derrière la tête. La meilleure qualité optique et la
résolution la plus élevée se trouvent directement en avant.
La vision
stéréoscopique frontale des oiseaux peut être abolie
par les mouvements des yeux, par exemple quand ils sont capturés :
ils utilisent alors leur vision optimale latérale.
La vision stéréoscopique des oiseaux sert à contrôler
des mouvements précis du bec, comme pour nourrir leurs petits, pour
s'alimenter (pour les espèces qui ont besoin de viser leurs
proies), mais serait moins utile pour les déplacements (chez les
limicoles, le champ de vision stéréoscopique est en
effet très étroit : 5° dans le sens de la marche).
La détection de la nourriture serait sous le contrôle de la vision
latérale détaillée, qui serait remplacée par la vision
frontale stéréoscopique juste avant la capture.
En résumé
Chez les hommes, les deux yeux sont placés à l'avant de la
tête et ils permettent une large vision stéréoscopique.
Il y a de vastes zones aveugles au-dessus et derrière la tête. La
meilleure appréciation de la profondeur de champ a lieu à
l’avant.
Chez les oiseaux, les deux yeux sont placés latéralement, ce qui
leur permet de voir vers l'avant (selon un angle limité),
mais aussi au-dessus et derrière la tête. La zone de vision stéréoscopique
et les zones aveugles varient selon les espèces et leur écologie.
La première est généralement petite, même pour
des oiseaux volant vite comme les canards. La meilleure résolution
d'images est obtenue latéralement (et non pas frontalement
comme chez l'Homme), selon l’axe optique de chaque il.
La vision stéréoscopique sert à exécuter des tâches
proches et précises comme le contrôle de la position du bec
lors de l'alimentation, le nourrissage des petits ou la construction
du nid, mais pas pour les déplacements.
Le contrôle du déplacement vers l'avant est plutôt basé
sur une analyse des informations extraites du flot optique (= détection
des mouvements), qui ne nécessite pas d'images en haute résolution.
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