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  Comment voient les oiseaux et comment limiter les collisions ?


Date de mise en ligne : 29/03/11 - En cours de soumission au Comité de Lecture

La vue est certainement le sens le plus important des oiseaux, qu'ils soient diurnes ou nocturnes. Leur vision est d'ailleurs l'une des meilleures du règne animal. Et pourtant des millions d'entre eux heurtent chaque année des immeubles, des lignes électriques ou des éoliennes, qui sont pourtant pour nous des obstacles à priori très visibles. La mortalité par collision constitue d'ailleurs la principale cause de décès non intentionnels causés par l'Homme et elle menace gravement certaines espèces (grands rapaces notamment).
Après une présentation de l'anatomie de l'œil aviaire, nous décrirons quelles sont les principales différences entre la vision des humains et celle des oiseaux, et nous verrons comment en déduire des pistes pour limiter les risques de collisions.


Abstract

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Vision is the most important sense for birds, since good eyesight is essential for safe flight, and this group has a number of adaptations which give visual acuity superior to that of other vertebrate groups.
But many species are prone to colliding with large human-made objects, from office block windows to power lines and wind turbines, many of which appear difficult not to notice to human eyes.
How to explain this paradox ? It is indeed odd that birds so often collide with large objects as if they don't see them.
After a presentation of the anatomy of the bird eyes, we will explain how birds see the world and what are the main differences with our vision, and then we will present the results of a new study recently published in IBIS outlines that present new solutions to the problem of collisions based on the birds viewpoint.


L'anatomie de l'oeil des oiseaux

Une structure proche de celle de l'oeil humain

L'oeil humain
L'anatomie de l'oeil humain
Schéma : Ornithomedia.com d'après Vision-training.com

L'oeil des oiseaux est plus proche de celui des reptiles que de celui des mammifères.
Sa structure de base reste toutefois très similaire à celle du nôtre, malgré certaines différences.
Les yeux des oiseaux représentent tout d'abord un pourcentage plus important du poids de la tête que chez l'Homme : 15% chez un Etourneau sansonnet (Sturnus vulgaris) contre seulement 1% pour nous. C'est en partie parce que leurs yeux sont proportionnellement plus grands, mais aussi parce que leur crâne est plus léger. L'Autruche (Struthio camelus) a le plus grand œil de tous les vertébrés terrestres, avec une longueur axiale de 50 mm, soit le double de celui de l'œil humain. La taille de l'œil des oiseaux est liée à leur masse corporelle, et les rapaces et les chouettes ont les yeux les plus grands par rapport à leur masse.
L'oeil d'un oiseau est très étroitement inséré dans la boîte cranienne et ses mouvements sont donc très limités. Sa forme est moins sphérique et plus allongée, ce qui permet une mise au point plus efficace sur tout le champ de vision.

Les parties de l'oeil d'un oiseau

L'anatomie de l'oeil d'un oiseau
L'anatomie de l'oeil d'un oiseau
Schéma : Ornithomedia.com

Les principales parties de l'oeil d'un oiseau sont :
- les paupières : les oiseaux ont trois paupières, une supérieure, une inférieure, plus mobile, et une membrane nictitante. Cette dernière est située entre les deux autres et la cornée, et elle a son propre conduit lubrifiant, l'équivalent de notre canal lacrymal. Elle est utilisée pour nettoyer, lubrifier et protéger l'œil. Elle se déplace horizontalement, comme un essuie-glace;
- la cornée : c'est le revêtement protecteur de la surface externe de l'œil;
- la chambre antérieure : c'est l'espace situé immédiatement derrière la cornée, avant l'iris et le cristallin. Il est rempli d'un fluide appelé humeur aqueuse;
- l'iris : il s'agit d'une membrane activée par un muscle qui contrôle la quantité de lumière entrant dans l'œil. Il est coloré et donne sa couleur à l'œil. Au centre de l'iris se trouve un orifice, la pupille, qui laisse entrer la lumière;
- le cristallin : c'est une lentille convexe transparente avec une couche externe dure et une couche interne plus souple. Le cristallin concentre la lumière vers la rétine. Sa forme peut être modifiée au moyen de muscles ciliaires;
- la chambre postérieure : elle occupe la plus grande partie de l'œil et correspond à l'espace situé entre le cristallin et la rétine. Elle est remplie d'une substance claire et gélatineuse;
- la sclérotique : c'est une couche de fibres de collagène qui entoure toute la partie interne de l'œil (la partie non couverte par la cornée); elle soutient et protège l'oeil dans son ensemble;
- l'anneau sclérotique : c'est un os du crâne qui fixe l'oeil et qui est présent aussi chez certains mammifères. Il permettrait une augmentation de la taille de l'image sur la rétine;
- la choroïde : il s'agit une couche située derrière la rétine qui contient de nombreuses petites artères et des veines. La choroïde contient de la mélanine, un pigment qui donne à sa couleur sombre à l'intérieur de l'œil, aidant à limiter les reflets perturbateurs.
- la rétine : c'est la partie interne de l'oeil, qui reçoit la lumière. Elle est couverte de cellules spéciales photoréceptrices, les bâtonnets et les cônes;
- la fovéa : cette zone de la rétine, située vers son centre, comprend la plus forte densité en cellules photoréceptrices.
- le pecten : il s'agit d'une partie de l'oeil dont les fonctions sont peu connues et qui est placée à l'arrière de l'oeil. Il est fortement irrigué par des vaisseaux sanguins et contribuerait à approvisionner la rétine en éléments nutritifs et en oxygène. Selon une théorie plus récente, il interviendrait dans le changement de volume de l'œil, ce qui permettrait une meilleure focalisation ou de mieux détecter les objets en mouvement. Elle pourrait aussi protéger la rétine de la lumière éblouissante pour aider à la détection des objets en mouvement;

- le nerf optique : il s'agit d'un faisceau de fibres nerveuses qui transmettent les messages perçus par l'œil aux parties associées du cerveau et vice-versa. Comme chez les humains, les oiseaux possèdent un petit "point aveugle" à l'endroit où le nerf optique rencontre la rétine.

La fovéa

C'est la zone d'acuité maximale, c'est-à-dire là où la capacité de détection des objets est la plus forte et la plus nette. Le nombre de récepteurs par millimètre carré détermine le degré d'acuité visuelle d'un animal : plus ce nombre est élevé plus la capacité à détailler les objets est élevée. Chez plus de la moitié des oiseaux (dont les faucons, les martins-pêcheurs ou les hirondelles), l'œil possède deux fovéas, l'une pour la vue latérale et l'autre pour la vision frontale. Chez de nombreux rapaces, la fovéa présente plus de bâtonnets et de cônes que chez les humains, ce qui donne à ces oiseaux une très bonne vision à longue distance. L'Homme possède ainsi 200 000 récepteurs par mm², le moineau environ 400 000 et la buse 1 000 000 par mm².
La fovéa de la buse a une forme de lentille pour augmenter le nombre effectif de récepteurs par mm² et elle agit en quelque sorte comme une loupe grossissant deux fois.

Les cellules photoréceptrices : cônes et bâtonnets

Cônes chez les oiseaux et les humains
Cônes chez les oiseaux et les humains
Schéma : Ornithomedia.com d'après Wikipedia et The Oxford Companion to Animal Behaviour

Il existe deux sortes de récepteurs de la lumière sur la rétine. Ils sont appelés bâtonnets et cônes. Ils sont reliés aux cellules ganglionnaires dont les axones forment le nerf optique.
Les bâtonnets permettent de percevoir la luminosité et le mouvement, tandis que les cônes permettent de différencier les couleurs. Les bâtonnets servent surtout pour la vision nocturne car ils réagissent à de faibles taux de lumière et n'ont qu'un seul type de photo-pigment. Leur vision est donc sans couleur et peu précise, de nombreux bâtonnets étant connectés à une seule cellule ganglionnaire. Ainsi, une seule fibre du nerf optique reçoit des informations de nombreux bâtonnets, et la sensibilité est privilégiée par rapport à l'acuité. Les bâtonnets sont prépondérants chez les espèces nocturnes.
Les cônes sont des cellules plus sensibles car elles permettent une vision précise des couleurs lorsque la lumière est suffisante. Il n'y a que quelques cônes par cellule ganglionnaire. Il en existe plusieurs types, et leurs
photo-pigments sont sensibles à différentes parties du spectre lumineux. Ils fournissent donc la base de la vision en couleurs.

Organisation de la rétine des primates
Organisation type d'une rétine
Schéma : Ornithomedia.com d'après Dowling et Boycott, 1966

On dit que la vision est monochromatique lorsqu'il n'y a qu'un type de photo-pigment actif : c'est le cas de la vision crépusculaire des hommes, lorsque seuls les bâtonnets fonctionnnent. La vision est dichromatique lorsque deux photo-pigments sont actifs, comme chez l'Ecureuil gris (Sciurus carolinensis), et trichromatique, comme chez les humains et chez de nombreuses espèces, quand trois photo-pigments sont actifs.
Il existe chez beaucoup d'oiseaux (et reptiles) plus de trois types de cônes, et jusqu'à cinq : cela leur donne une plus grande sensibilité à certaines couleurs (notamment l'ultra-violet) et leur permet de voir davantage de nuances. On estime que les espèces tétrachromatiques peuvent distinguer 100 millions de couleurs !
Outre les différents photo-pigments, les cônes des oiseaux contiennent souvent des gouttelettes d'huile colorée qui agissent comme des filtres pour certaines longueurs d'onde et qui se combinent avec le photo-pigment pour déterminer la sensibilité spectrale totale du récepteur.
Il existe cinq sortes de ces "filtres à huile" : la vision de certains oiseaux est ainsi beaucoup plus subtile et étendue que la nôtre. Par exemple, les oiseaux marins de l'ordre des Procellariformes ont des cônes équipés d'un filtre qui élimine la lumière bleue reflétée par la surface de l'océan, ce qui les aide à discerner de petits objets flottant sur ou près de la surface.

  Suite de l'article
 
L'anatomie de l'oeil des oiseaux
Les particularités de la vision des oiseaux
Comment éviter les collisions ?
  Pratique


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