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Les effets des éclipses solaires sur le comportement de certains oiseaux

À l'occasion de l'éclipse solaire totale visible le 21 août 2017 dans une partie des États-Unis, nous vous présentons quelques exemples de changements comportementaux signalés chez les oiseaux.

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Les effets des éclipses solaires sur le comportement de certains oiseaux

Corneille en vol à Kofu (Japon) lors de l'éclipse solaire du 21 mai 2012.
Photographie : Sakaori / Wikimedia Commons

Une éclipse solaire (ou plus exactement une occultation solaire) se produit lorsque la Lune se place devant le Soleil, occultant totalement ou partiellement l'astre lumineux vu depuis la Terre. Un tel phénomène a lieu ce 21 août 2017 dans une partie des États-Unis : l'éclipse sera totale le long d'une bande étroite le long d'un couloir de 113 km de large allant de l'Oregon à la Caroline du Sud. De nombreux animaux (poissons, mammifères, oiseaux) changent leur comportement juste avant ou durant la période au cours de laquelle le soleil est totalement ou en grande partie caché. Dans cet article, nous vous présentons plusieurs exemples de perturbations observées chez les oiseaux.

Abstract

A solar eclipse (or a solar occultation) occurs when the Moon moves in front of the Sun, totally or partially obscuring the bright star from Earth. Such a phenomenon will take place in the United States the 21th of August 2017: it will be total along a narrow band from Oregon to South Carolina. Many animals (fish, mammals, birds) change their behavior just before or during the period during which the sun is completely or largely hidden. In this article, we present several examples of disturbances noticed in birds.

Pelicans bruns (Pelecanus occidentalis)

Pélicans bruns (Pelecanus occidentalis) rejoignant leur dortoir dans l'Oregon (États-Unis).
Photographie : Gary Halvorson / Wikimedia Commons

Des perturbations des activités diurnes

On a observé chez plusieurs espèces d’oiseaux des changements de comportement durant ou même un peu avant les éclipses totales.
Dans le Wilson Bulletin, Elliot J. Tramer a observé dans une baie sur la côte nord du Venezuela les effets de l'éclipse totale du 26 février 1998 sur les oiseaux aquatiques. Les Frégates magnifiques (Fregata magnificens), les Pélicans bruns (Pelecanus occidentalis) et les Sternes royales (Sterna maxima), qui recherchaient leur nourriture au-dessus de la surface de la mer avant le phénomène, ont quitté les lieux 39 minutes (pour les sternes) ou 13 minutes (pour les frégates et les pélicans) avant le pic d'obscurité. Les frégates se sont dirigées vers l'intérieur des terres et les autres oiseaux ont rejoint leurs dortoirs sur les falaises bordant la baie. Les habitants locaux ont précisé qu'il s'agissait de leur comportement normal de fin de journée. Douze minutes après que le disque solaire ait recommencé à grandir, les frégates et les pélicans sont revenus dans la baie. Les sternes ont été revues plus d'une heure après le pic de l'éclipse.
Des universitaires turcs ont observé les attitudes des oiseaux (poulets, canards, mouettes, corneilles et moineaux) et d'autres animaux (bovins, chevaux, abeilles) lors de l'éclipse totale du 11 août 1999 (qui était également visible en France) : les poules pondeuses et les poulets se sont rassemblés et sont devenues très calmes en apparence et les moineaux et les corneilles ont arrêté de voler.
En Zambie, durant l'éclipse du 21 juin 2001, Todd Thomson a remarqué que les oiseaux de la savane semblaient tous avoir rejoint leur dortoir et les insectes nocturnes s'étaient mis à chanter. 
Paul Murdin, professeur d'astronomie à l’Astronomy Research Institute de l’université John Moores de Liverpoll (Grande-Bretagne), avait publié dans la revue Astronomy and Geophysics une synthèse des observations de 250 membres de l'association Wildlife and Environment Zimbabwe rassemblés dans le Mana Pools National Park au Zimbabwe durant l'éclipse de juin 2001 : ils ont vu des vols d'oies, d'ibis et d'aigrettes quitter leurs zones de nourrissage sur les étangs et rejoindre leurs dortoirs en amont. L'un de ces vols, qui était en route vers un site de repos, a fait demi-tour dès que le soleil a commencé à réapparaître.
En Inde, des volontaires de 13 états du pays ont observé le comportement de plusieurs oiseaux durant l'éclipse du 15 janvier 2010, et ils ont saisi leurs observations sur le site web Eclipsewatch.in. Ils ont constaté que les corneilles volaient moins pendant la phase d'obscurité, tandis que les milans, les pigeons et les moineaux ne semblaient pas être particulièrement influencés. Dans le sud de l'Inde, dans la zone d'éclipse totale les hirondelles, les martinets et les poulets étaient curieusement très actifs durant le pic de l'éclipse. Les cigognes sont retournées dormir. Dans les régions où l'éclipse était partielle (60 à 80 %), les comportements des oiseaux ont été peu modifiés, même si leur activité semblait moindre. Des cormorans ont tout de même été observés rejoignant leurs dortoirs.
Les oiseaux sont aussi parfois perturbés : Elliot J. Tramer a noté au Venezuela en février 1986 que les Mouettes atricilles (Larus atricilla) ont arrêté de se nourrir et ont effectué durant plus de trois minutes d'étranges allers-retours au-dessus de l'eau. En Inde, lors de l'éclipse de 1980, des mouettes criaient et semblaient désorientées et "apeurées". Chirag Dave, un vétérinaire indien, a rapporté que durant l'éclipse du 22 juillet 2009, des oiseaux qui avaient été surpris par l’obscurité soudaine et qui étaient loin de leur nid (où ils dorment habituellement) semblaient très perturbés.
Durant l'éclipse du 20 mars 2015 à Delft (Pays-Bas), René Droog nous informe qu'il a vu des Mouettes rieuses (Chroicocephalus ridibundus) et un Épervier d'Europe (Accipiter nisus) monter très haut dans le ciel.

Une activité sonore interrompue

Bouscarle chanteuse (Cettia diphone)

Lors de l'éclipse totale du 22 juillet 2009 au Japon, les Bouscarles chanteuses (Cettia diphone) étaient restées silencieuses.
Photographie : Alpsdake / Wikimedia Commons

De nombreux témoignages indiquent que plusieurs chanteurs diurnes deviennent silencieux durant les éclipses totales. Sur le site web Researchgate.net, Frank Veroustraete a signalé que durant l'éclipse du 11 août 1999 dans le nord de la France, les oiseaux avaient cessé de chanter lors de la phase d'obscurité et avaient repris leur activité sonore dès le "retour" du soleil.
Durant l'éclipse du 21 juin 2001, l'astronome Paul Murdin avait remarqué que les pique-boeufs, les ibis, les calaos, les tourterelles, les spréos, les bulbuls et les tisserins avaient arrêté de chanter dans le Mana Pools National Park (Zimbabwe); dès la fin du phénomène, les tourterelles ont entamé un concert similaire à ce que l’on entend normalement à l'aube (lire Le chœur de l'aube des oiseaux, plus qu'un simple concert matinal).
Lors de l'éclipse totale du 22 juillet 2009 qui a duré six minutes et qui a concerné une zone allant des Maldives aux îles Kiribati en passant par l’Asie de l’Est, des naturalistes chinois ont observé dans la réserve naturelle de Lushan, près de la ville de Jiujiang, que les oiseaux avaient diminué leur activité durant la phase d'obscurité. Le même jour, sur le campus Nara de l'université de Kinki au centre du Japon, où l'éclipse était partielle à 82 %, des élèves de l'Agriculture, Forestry and Fisheries Research Information Technology Center ont signalé que les Bulbuls à oreillons bruns (Hypsipetes amaurotis) et les Bouscarles chanteuses (Cettia diphone) étaient restés silencieux. Fait intéressant, deux espèces de cigales diurnes, latypleura kaempferi et Graptopsaltria nigrofuscata, avaient alors arrêté de chanter, tandis que Tanna japonensis, normalement active à l'aube et le soir, s'était mise à striduler. Par contre des rapaces nocturnes ont été entendus.  les hiboux par contre ont hululé fortement durant la phase d'obscurité totale. Lors de cette même éclipse, 17 espèces d'oiseaux ont été enregistrées à Nakano-shima, sur les îles japonaises de Tokara : les biologistes ont noté qu'aucun oiseau diurne n'avait chanté durant le phénomène (durée moyenne du silence par espèce : 7,49 minutes), seul le Petit-duc élégant (Otus elegans) ayant été entendu. Durant l'éclipse de 2001, l'astronome Paul Murdin avait également constaté que les rapaces nocturnes s'étaient mis à chanter dans le Mana Pools National Park (Zimbabwe).
En Inde, durant l'éclipse du 15 janvier 2010, des volontaires ont signalé que les corneilles semblaient moins croasser. Les moineaux paraissaient moins "perturbés", mais les observateurs ont quand même noté que durant la phase d'obscurité totale, leurs piaillements avaient momentanément cessé.

Tous les oiseaux ne sont pas concernés

Si les activités de plusieurs espèces peuvent être modifiées dans les régions où les éclipses sont totales ou quasiment totales, d’autres oiseaux semblent peu ou pas du tout gênés. Durant l'éclipse du 30 juin 1954, K. Elgmork et sa femme ont étudié le comportement d'un couple de Gobemouches noirs (Ficedula hypoleuca) élevant des petits à Hönefoss en Norvège, à environ 40 km de la zone d'obscurité totale (l'obscurité était de 99 %), et ils ont observé que les parents continuaient à nourrir leurs oisillons même durant le pic de l'éclipse.
Durant l'éclipse de 2001, le comportement des limicoles et des hérons semblait aussi inchangé dans le Mana Pools National Park (Zimbabwe).
Dans les secteurs où la magnitude de l’éclipse est inférieure à 80 %, les effets semblent peu visibles : c’est ce que l’on a constaté en janvier 2015 en Inde pour 40 espèces d’oiseaux aquatiques.

Pourquoi les éclipses solaires changent-elles les comportements de certains oiseaux ?

Cormoran

Cormoran en vol en vol au Japon lors d'une éclipse solaire.
Source : image extraite d'une vidéo publiée sur Youtube par TheComfits

Une éclipse totale est un phénomène de courte durée (quelques minutes), et pourtant, comme on l’a vu plus haut, elle peut modifier le comportement de différentes espèces d’oiseaux (mais aussi de poissons, de reptiles et de mammifères). On a même observé chez certains oiseaux que des changements pouvaient se produire peu de temps avant le début de l’éclipse (les sens des oiseaux sont souvent étonnants, lire L’organe paratympanique, le baromètre interne des oiseaux).
Peu d’études ont été menées sur les causes des perturbations provoquées par les éclipses, mais plusieurs facteurs, peut-être non exclusifs l’un de l’autre, pourraient jouer un rôle :

  • la baisse de la luminosité (moindre que lors d’une nuit normale) est certainement le plus important des stimuli car la vision des oiseaux est plutôt bonne (lire La vision des oiseaux). Plusieurs espèces seraient capables de détecter les faibles variations de l’intensité lumineuse grâce à leur forte sensibilité rétinienne et/ou à leurs grands yeux, ce qui explique les fameux "chœurs " à l'aube tôt le matin au printemps (lire Pourquoi certains oiseaux crient-ils et/ou chantent-ils la nuit ?). Les poulets, dont les yeux ne sont pourtant pas particulièrement développés, vont se percher 30 à 60 minutes avant que la nuit ne tombe. Et l’on sait que la diminution de la durée moyenne du jour constitue l’un des éléments déclencheurs du départ en migration post-nuptiale.
  • La diminution brusque et parfois sensible de la température lors d’une éclipse totale (durant celle de janvier 2010 en Inde, la température est passée de 33 °C à 27 °C) pourrait également constituer un stimulus entraînant une modification du comportement.
  • Selon Santhosh D. Kumar, de l’Avvaiyar College for Women de Karikal (Inde), l'émission de rayons gamma lors d'une éclipse induirait une diminution du pH sur la surface de la peau et une modification de l'activité enzymatique, ce qui pourrait perturber certains animaux.

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Sources

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