Date de mise en ligne : 29/02/08 - Soumis au Comité de Lecture
| Situation de l'île d'Hokkaïdo (Japon), où réside Franck Ambrosini |
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Une espèce est définie comme
l'ensemble des organismes capables de se reproduire entre eux et d'avoir des descendants
interféconds. Lorsque celle-ci a une aire de répartition suffisamment vaste, l'apparition
d'un obstacle géographique (mer, glaciers, montagnes, désert…) la fragmente et,
en imposant une absence de contact à des populations, conduit finalement à leur isolement
et à leur différenciation
Il est donc facile de comprendre que pour des espèces communes chez nous qui ont
des aires de répartition très vastes comme le Bouvreuil pivoine, les Bergeronnettes
printanière et grise, la Corneille noire, la Mésange charbonnière ou l’Alouette
des champs, les populations d’Europe et du Japon présentent des caractères différents.
Franck Ambrosini, un observateur français qui travaille au Japon et qui réside
au sud de l’île d’Hokkaïdo, a l’occasion de photographier l’avifaune de l’archipel:
il nous a transmis des photos de sous-espèces locales (parfois récemment élevées
au rang d’espèces) que l’on trouve aussi en France. Nous vous proposons de découvrir
certains de ces oiseaux japonais qui nous sont familiers mais qui ont du s’adapter
suite à leur isolement géographique. Nous débuterons par le Bouvreuil du Japon,
l’Alouette du Japon et la Corneille orientale.
Nous remercions Joël Bruezière de nous permettre d’utiliser les photos de son
site www.eyesonsky.com.
Nous remercions aussi Valéry Schollaert (www.valeryschollaert.com)
d'avoir apporté ses commentaires.
Cet article a été soumis à notre Comité de Lecture virtuel.
Pour participer à ce comité, vous pouvez nous contacter.
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Abstract
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A species is often defined as a group of organisms capable of interbreeding and producing fertile offspring. When a widespread species is fragmented into isolated populations, and when isolation factor is multiplied by time, new species can occur. This is the case for species whose range extends from Atlantic to Pacific. For a same species, Japanese populations are often distinctly different from those found in Europe.
Franck Ambrosini sent us some photos of Japan-found sub-species of common “European” birds: Grey-headed Bullfinch, Japanese Skylark, Eastern Carrion Crow, …
La spéciation géographique
L'effet de l'isolement
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Du fait de l'isolement géographique, la
Mésange charbonnière du Japon (Parus major minor) est légèrement différente de la Mésange charbonnière que l'on peut observer en France
Photo: Didier Buysse / http://dbuysse.free.fr |
Une espèce est une population
d'organismes vivants capables de se reproduire entre eux et de donner des descendants
interféconds. Même si cette définition n’est pas parfaite, elle correspond
à la majorité des situations que l’on rencontre dans la Nature.
Les espèces se forment au cours de longues périodes: une nouvelle espèce apparaît
quand deux populations d’une espèce donnée se trouvent séparées par une barrière
biogéographique (mer, désert, montagne, glaciers…). On parle ainsi de spéciation
géographique ou allopatrique: l'obstacle conduit finalement à l'isolement reproductif
des populations.
Michel Maire, membre de notre Comité de Lecture, nous rappelle que la divergence atteinte suite à l'isolement géographique
est d'ordre génétique. En effet, ce sont les petites populations isolées qui évoluent
le plus rapidement. Au début de l'isolement, on observe un "étranglement" des effectifs de la population
isolée et un processus d'échantillonnage, avec perte de certains allèles (=versions différentes d'un gène). Ensuite, les mutations
qui se produisent au hasard, agissent à la fois sur la population "mère" et sur la ou les populations
"filles" isolées, mais avec davantage de conséquences génétiques chez ces dernières.
Si l'isolement géographique, et reproductif, se poursuit, on peut aboutir à la formation de
sous-espèces, voire
de nouvelles espèces.
Par exemple, lors de la dernière glaciation qui a atteint son apogée il y a 20 000
ans, les glaciers couvraient de vastes étendues d’Europe et d’Asie et s’avançaient
vers le Sud, repoussant la végétation originelle et repoussant les populations
d’oiseaux dans des « refuges » (massifs forestiers protégés des rigueurs du climat
par exemple).
Lorsque les glaces se sont retirées, certaines populations venues de ces
refuges ont pu à nouveau renter en contact (parfois beaucoup plus tard).
Le résultat de cette nouvelle cohabitation dépend de la divergence
atteinte:
- si elle est très faible, à tel point que les hybrides qui apparaissent
peuvent (le plus souvent) se reproduire à leur tour; on parle alors de
sous-espèces distinctes de la même espèce
- si elle est relativement faible, et que ces oiseaux se considèrent toujours
comme des congénères (défense des territoires respectifs,
reconnaissance du chant, ...) mais que les hybrides éventuels sont généralement
stériles (il y a donc eu isolation génétique), on parle d'espèces
distinctes appartenant à la même super-espèce (ou tout simplement
d'allo-espèce)
- enfin, si la divergence
est suffisamment grande pour que les deux populations ne se considèrent
plus comme congénères et elles peuvent donc cohabiter (chevauchement
possible des aires de répartition, impossible dans les cas précédents),
on parle de bio-espèces.
A noter que l'apparition d'une espèce prend généralement
très longtemps, souvent bien plus de 20 000 ans (même si cela peut
déjà conduire à une différentiation visible de deux
populations): l'ordre de grandeur pour la séparation de deux "vraies"
(allo-)espèces est plutôt d'un million d'années.
Pour en savoir plus
sur les notions d'espèce, de sous-espèce et de super-espèce,
lire notre article Les
noms des oiseaux : comment s'y retrouver?
Un exemple: la Mésange charbonnière
Figure 1- Répartition des 4 groupes de sous-espèces de la Mésange charbonnière (Parus major): A) Parus m. major, B) P. m. bokharensis, C) P. m. minor et D) P. m. cinereus
Carte: Ornithomedia.com d'après Les Oiseaux d'Europe de C. Perrins
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Suite au phénomène de spéciation géographique, la Mésange charbonnière (Parus major) a évolué au sein de sa vaste aire de répartition en quatre grands groupes de sous-espèces ou "allo-espèces" (figure 1): major, minor, cinereus et bokharensis, chacun étant lui-même divisé en sous-espèces (Snow, 1954).
Par exemple, au sein de Parus major major ont été reconnues entre autres les sous-espèces
aphrodite (Sud de la Grèce, Crète, Chypre et Baléares) et excelsus (Maghreb).
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Figure 2- La
Mésange charbonnière (Parus major major) que l'on trouve en Europe, et la Mésange charbonnière du Japon (P. m. minor), que l'on trouve dans l'archipel mais aussi dans l'Extrême-Orient russe, en Corée et en Chine de l'Est
Schéma: Ornithomedia.com |
Les allo-espèces très proches peuvent être regroupées en "super-espèces".
Ce concept d'allo-espèce a entraîné un "gonflement" du nombre d'espèces reconnues dans le monde, passant de 8590 espèces connues selon Mayr et Amadon (1951) à 9 702 selon Monroe et Sibley (1993), puis à 9730 actuellement (source: Journal Nature).
Le classement taxonomique évoluant sans cesse, et grâce aux progrès des techniques génétiques, certaines de ces sous-espèces pourront parfois obtenir
le statut d'espèces. Ces sous-espèces pourront évoluer d'elles-mêmes en espèces naturellement sous l'effet d'un isolement continu.
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