Les resultats des recherches
Pour dévoiler la vérité sur les effets à long terme des pesticides, on ne peut donc faire l'économie de rapporter des recherches fondamentales.
Quelques-unes seront évoquées ici, dans le but de mettre en évidence les principaux effets à long terme découverts, ainsi que les facteurs de risques.
Les perturbations hormonales
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Les boues d'épurationépandues sur des prairies peuvent avoir des effets négatifs sur le développement des embryons des brebis qui se nourrissent de l'herbe qui y pousse
Photo: Ornithomedia.com |
Le premier exemple ne traite pas spécifiquement des pesticides, mais néanmoins illustre le danger de pratiques apparemment anodines. Cette recherche a été effectuée à l'Université d'Edimbourg (Cartriona & al. 2005). Un lot de brebis a consommé, durant cinq années, l'herbe de prairies enrichies en boues de station d'épuration (respectant les préconisations) pendant qu'un autre pâturait sur des prairies qui en étaient exemptes. A la naissance, non seulement le poids des agneaux mâles fut de 15 à 36% en dessous de celui du lot témoin, mais l'étude comparée des testicules a montré, par comparaison avec ce même lot témoin, un affaiblissement des taux des cellules de Sertoli de 34 à 51%, des gonocytes de 43%, des cellules de Leydig (productrices de la testostérone) de 37 à 46%.
L'élément remarquable ici est non seulement le fort effet induit de la consommation d'herbes de ces prairies amendées au moyen de boue de station d'épuration, mais surtout que cet effet atteigne l'embryon au travers du placenta. La barrière placentaire est une passoire.
Une autre étude (Hayes & al. 2002) a montré que les grenouilles exposées à un taux aussi faible que celui du dixième de milliardième de gramme par gramme de poids de l'animal conduisait à un taux de 16 à 20% d'hermaphrodisme, certaines d'entre elles ayant jusqu'à trois ovaires et trois testicules.
Ces deux exemples illustrent l'un des effets les plus inquiétants des pesticides et de nombreux autres produits chimiques utilisés, l'effet de perturbations du système endocrinien. Nombre de ces molécules en circulation dans le sang des êtres vivants agissent en favorisant l'action des hormones femelles (voire en agissant en tant que telles) au détriment des hormones mâles. A ce titre elles perturbent cet équilibre hormonal si important et si fragile. Il en résulte de nombreuses conséquences, telles celles rapportées sur la formation des organes sexuels ou bien celles sur le fonctionnement sexuel des êtres vivants ou bien encore celles sur le cancer du sein chez la femme. On parle alors de " xénoestrogènes " pour traduire l'idée d'actions de type hormonal féminin de produits étrangers au propre corps des individus.
L'immunodépression
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Des eaux d'un étang chargées en pesticides peuvent diminuer de façon importante le taux de survie des amphibiens qui y vivent
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Le second effet met en cause l'explication attribuant à l'effet de serre la disparition des amphibiens due à l'apparition de maladies nouvelles pour lesquelles ils n'auraient pas de réponses immunitaires efficaces.
Une étude américaine (Hayes, 2006) suggère une explication par la démonstration. Ainsi des amphibiens ont été exposés aux doses préconisées à un seul pesticide au taux d'un dixième de milliardième de gramme par gramme de poids de l'animal. Le taux de mortalité fut de 5%. En mélangeant neuf pesticides au même taux, la mortalité est montée à 35%. En exposant à ce même cocktail mais au taux de dix milliardièmes et non d'un dixième, la mortalité fut de 100%.
L'intéressant est ce qui suit. Un suivi fut mené concernant les 65% de survivants de la seconde expérience : pas moins de 70% développèrent des troubles de l'équilibre, des otites internes, des méningites, des septicémies, des retards de croissance.
En résumé, 35% sont morts, 70% des vivants sont malades. Il ne reste donc que 20% des individus du départ sains.
La mortalité due à la toxicité aiguë n'est bien ici que la partie émergée de l'iceberg des effets des pesticides.
Cet état immunodépressif est confirmé dans d'autres études notamment la suivante (Kiesecker 2002). Certains nématodes provoquent la déformation des membres d'amphibiens. Imaginez deux mares, l'une avec pesticide, l'autre sans. Imaginez deux récipients dans lesquels sont les têtards. L'un permet l'entrée des nématodes, l'autre pas. Immergez ces deux récipients dans la mare sans pesticide et deux autres identiques dans la mare avec pesticides. Les amphibiens dans les récipients où ne peuvent pénétrer les nématodes n'ont pas de déformations. Par contre ceux dans les récipients où pénètrent les nématodes sont atteints par ces déformations mais, et toute la différence est là, pas au même taux. Entre 20 et 30% dans la mare avec pesticide au lieu de 3 à 8% dans celle sans pesticide. Or, le taux de globules blancs, et donc de succès des nématodes, est significativement bien plus faible chez les amphibiens de la mare contenant des pesticides comparé à celui des amphibiens de la mare sans pesticides. La preuve de l'action immunodépressive de certains pesticides est ainsi rigoureusement mise en évidence.
L'hypothèse du réchauffement de la planète n'est peut-être pas à exclure. Mais l'état sanitaire, ici immunitaire, en relation avec l'emploi massif des pesticides reçoit une démonstration éclatante qui nous conduit, en vertu de l'application du principe de parcimonie (de deux hypothèses il faut retenir la plus économe) à retenir l'hypothèse d'un déficit immunitaire résultant de l'usage des pesticides comme prioritaire.
Le système nerveux en panne
Le troisième effet concerne le système nerveux. Nombre d'insecticides sont des anticholinestérases c'est-à-dire des molécules qui inactivent le fonctionnement des enzymes chargées de détruire les neurotransmetteurs après usage entre les neurones.
Une expérimentation instructive (Déborah A. Cory Sletcha & al. 2005) réalisée sur la souris a montré, en mesurant le taux de dopamine produit, que les effets dues à l'exposition à deux pesticides (le paraquat, un herbicide, et le Maneb un fongicide) variaient grandement en fonction de l'âge de l'exposition, du nombre de produits impliqués, du sexe. Ainsi, les mâles sont toujours ou presque plus atteints que les femelles.
Mais les deux autres résultats sont de première importante. D'une part, l'exposition au cocktail des deux produits réunis a des effets plus dépressifs sur la production de dopamine (neurotransmetteur impliqué dans la maladie de Parkinson lorsque le taux est trop faible et dans la schizophrénie lorsque le taux est trop fort) que lorsque que les souris reçoivent chaque produit seul. D'autre part, les effets varient avec les modes d'exposition. Exposés au seul stade adulte, les effets sont peu marqués. Exposés au seul stade embryonnaire au travers des mères, les effets sont plus marqués. Exposés à la fois au stade embryonnaire puis au stade adulte, les effets sont notoirement plus dépressifs.
En conclusion, l'exposition au stade embryonnaire à un cocktail de pesticides pour les mâles se révèle hautement défavorable.
Chez les oiseaux, les expériences conduites en nature sont à l'évidence infiniment plus complexes à mettre en œuvre. Notre propension inconsciente à croire que le problème n'existe pas peut aussi résulter du manque d'études réalisées ou aisément accessibles. Pourtant, dans une synthèse, Walker (2002) cite de nombreuses recherches suivantes et les commentent.
Buerger & al. (1991) ont ainsi réalisé un suivi télémétrique sur le Colin de Virginie (Colinus virginianus) exposé au parathion qui montre un taux de survie de ces oiseaux inférieur à celui du groupe contrôle après trois ans de suivi.
Hart (1993) puis Friday & al. (1995) constatent que le chlorfenvinphos fait chuter le vol et le chant de l'Etourneau sansonnet (Sturnus vulgaris) (et donc accroît sa période d'inactivité) de 40%.
Grue & al. (1991) constatent que le fénitrothion (un autre organophosphoré) fait chuter le taux de cholinestérase de 50 - 60% chez la Mésange boréale (Parus montanus) .
Busby & al. (1990) constatent que deux épandages forestiers de fénitrothion ont réduit ce même taux de cholinestérase de 42 et 30% chez le Bruant à gorge blanche (Zonotrichia albicollis) au Nouveau-Brunswick au Canada.
Or, réduire le taux de cholinestérase, c'est empêcher la dégradation de l'acétylcholine dans les synapses (le taux d'acétylcholine est impliqué dans la maladie d'Alzheimer) et donc bloquer le fonctionnement du système nerveux.
Heinz (1989) et Peakall (1996) constatent "que les effets comportementaux sont notoirement difficiles à quantifier dans la nature" et regrettent "l'important manque de preuves formelles les reliant aux déclins des populations "faute de moyens sans doute". Pourtant, les études comportementales ont montré un large panel "de réponses individuelles allant de la mort à toute une variété d'effets sub-létaux" tels que "l'incapacité à défendre son territoire, la perturbation de la reproduction voire la désertion du nid. Le succès reproductif des oiseaux des zones traitées étaient du quart de celle des zones non traitées ".
Nicolaus & Lee (1999) ont en outre montré que chez le Carouge à épaulettes (Agelaius phoeniceus) un effet induit bien connu et lourd de conséquences : "exposé à des proies traitées au fénitrothion cet oiseau ensuite développe une aversion pour les mêmes proies non traitées".
Messages brouillés, vie en danger
Les trois grands systèmes de communication internes des êtres vivants sont donc perturbés par l'usage des pesticides (et par un certain nombre des 100 000 molécules chimiques, d'un autre usage, inventées en un siècle) : système hormonal, système immunitaire, système nerveux, sans parler des cancers, dont les études épidémiologiques chez l'homme montrent qu'au moins treize types sont corrélés à l'usage des pesticides.
Bien évidemment, les cancers concernent aussi les animaux. Les bélugas ou les poissons en sont de tristes exemples. Mais il ne faut pas négliger des études sur l'espèce humaine en tant qu'être vivant qui, au moins du point de vue biologique, n'a pas fait l'objet d'une "création particulière".
Or, une étude (Clément E. Furlong & al, 2006) faite sur des femmes enceintes et leurs bébés révèle l'inégalité entre les individus autant que la grande vulnérabilité des enfants face à l'exposition à ces poisons.
Ainsi, selon notre patrimoine génétique, nous nous défendons plus ou moins bien contre les pesticides selon que nous produisons ou non en quantité importante des enzymes capables de les dégrader.
Si nous sommes génétiquement inégaux, les enfants le sont encore plus puisque quelque soit leur patrimoine génétique, ils se défendent infiniment moins bien que les adultes. L'enfant se défendant le moins bien pouvant avoir une sensibilité multipliée par 164 par rapport à celle de l'adulte se défendant le mieux.
L'unité de la matière vivante étant une constante, on retrouve des situations similaires chez le rat dont la dose maximale tolérable chez le raton de 7 jours est réduite à 7,7% par rapport à celle du rat adulte.
De même, une étude (Schreinemachers D. M., 2003) menée dans la région des grandes plaines du nord des Etats-Unis en comparaison avec les régions non agricoles retrouvent des effets similaires chez les enfants à la naissance, en particulier un accroissement des taux de malformations des systèmes respiratoire et circulatoire, cardiaque, musculo-tégumentaire et des garçons mort-nés suite à des malformations congénitales.
L'exposition la plus nocive (Newby, Howard 2006) est bien celle subit par l'embryon. L'un des effets les plus redoutés des pesticides est leur capacité à interférer avec le système hormonal.
Les premiers temps de la vie intra-utérine ou in ovo sont les plus sensibles à d'infimes variations hormonales. La présence de molécules chimiques qui ont une action oestrogénique est donc particulièrement redoutable pour l'ensemble du monde animal homme compris.
Bien évidemment, même pour l'homme, ces disparités de sensibilité rendent obsolètes les notions de "doses admissibles" dont Yves Lévy, expert Eau de l'AFSSA (Nouzille V. 2005), dit lui-même que ces doses-seuils, choisies en fonction des capacités de détection des années 80, "ne correspondent à aucune étude scientifique ni aucun seuil de toxicité".
Les "fiers à bras" qui se ventent d'avoir utilsié toute leur vie des pesticides sans précaution ni maladies ignorent que ce sont leurs enfants qui paieront pour tant d'ignorance ou pire d'insouciance.
Se servir, asservir, ou servir ?
Protéger l'oiseau c'est protéger la vie. Depuis qu'il a compris (au Néolithique) qu'il pouvait non seulement "se servir " mais aussi " asservir " la Nature, l'Homme n'a jamais cessé de la repousser aux frontières d'une vie impossible. Depuis un siècle, l'usage de produits toxiques peu ordinaires est devenu courant, comme si cet usage était anodin.
Aujourd'hui, nous payons non seulement en termes de diminution des espèces, mais aussi en termes de chute brutale des populations des espèces des milieux agricoles et en termes de santé humaine notre insouciance. Pourtant des solutions existent.
La ville de
Vittel a par exemple choisi, pour réduire la charge en pesticides de ses célèbres eaux, d'aider les agriculteurs à adopter un cahier des charges proche de celui de l'agriculture biologique dont le rapport de l'Inra Cémagref affirme qu'il constitue la référence en matière d'exclusion des pesticides.
Le Danemark (Nielsen Hans 2005), qui a mis en place un ambitieux projet de réduction drastique de l'usage des pesticides, estime qu'il fait ainsi 60 millions d'euros d'économies annuelles.
Les études montrent de plus que, corrélativement à la diminution de l'emploi des pesticides, l'index de toxicité orale chez les oiseaux et les mammifères, depuis la mise en place de ce projet, a chuté de 40 à moins de 10 chez les oiseaux et moins de 5 chez les mammifères. La réduction de l'usage des pesticides au quart de la dose recommandée se traduit par la réapparition des plantes sauvages et d'espèces, et l'augmentation de la densité des populations d'invertébrés ou d'oiseaux.
A l'évidence si protéger l'oiseau, c'est nécessairement protéger les milieux dont ils dépendent, des associations comme la Ligue pour la Protection des Oiseaux se doivent d'être au cœur de l'action sur la prise de conscience sur l'incompatibilité entre le souci de la protection des oiseaux et l'usage des pesticides, au cœur des actions à mener, que cela soit en ville auprès des municipalités, ou à la campagne, auprès des agriculteurs conventionnels.
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Pesticides (Broché)
: le piège se referme de François Veillerette.
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