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  Pesticides et biodiversité | Les effets des pesticides

Les effets des pesticides

En dehors du but poursuivi, à savoir l'éradication de populations d'espèces tant végétales qu'animales considérées comme nuisibles aux intérêts humains, quels sont les effets indirects, prévisibles et les éventuels effets directs inattendus à court ou à long terme sur les espèces "non cibles" de ces poisons ?
La littérature anglo-saxonne regorge d'exemples. Prenons les dans cet ordre.

Les effets indirects

Grandes cultures
Les épandages d'insecticides en zone de grandes cultures font disparaître brutalement les insectes ravageurs, mais aussi souvent les prédateurs
Photo: Ornithomedia.com

Les effets indirects (Brown S.A.) étaient clairement prévisibles car ils mettent en cause les ressources alimentaires. Ainsi, des épandages, plus ou moins simultanées, d'insecticides en zone de grandes cultures font disparaître brutalement, les insectes ravageurs ainsi que nombre d'insectes prédateurs et parfois, comme l'a montré l'étude en Camargue de Mesléard & al. (2005), plus sensiblement les insectes prédateurs que les invertébrés ravageurs.
Toutes les espèces qui dépendent des protéines animales offertes par les insectes pâtissent de cette perte brutale de nourriture, ce qui explique, indépendamment de tout autre effet possible, la chute de leur population par une baisse de productivité résultant d'une forte mortalité des jeunes.
Les herbicides sont aussi responsables de la disparition des insectes hôtes et surtout de la disparition de ces plantes porteuses de graines pour l'hiver et donc de l'amenuisement de cette ressource alimentaire pour les oiseaux durant cette période cruciale pour eux.

Les effets à court terme ou la toxicité aiguë

Les effets directs à court terme sont la conséquence d'une toxicité aiguë, souvent à dose infinitésimale, entraînant une forte mortalité dans une population "non cible". Séverine Suchail (In Cicollela 2005) a ainsi montré sur l'abeille que la dose d'imidaclopride provoquant la mort de 50% d'un lot d'abeilles est de l'ordre de un dixième de milliardième de gramme par gramme de poids corporel.
Mais les abeilles ne sont pas les seules à souffrir de cette molécule. Le glyphosate tue de la même manière (Hassan & al, 1988 in F. Veillerette 2003) les coccinelles, les guêpes parasites, les scarabées, voire (Rick A. Relyea 2005) 100% des larves d'amphibiens trois semaines après une exposition, ou de 68 à 86% après une exposition en laboratoire aux doses recommandées. Pierre Mineau (2005), reprenant à la fois les travaux de Balcomb (1986) qui mettent en évidence que 75% des carcasses d'oiseaux morts disparaissent en 24h d'un champ de blé nu, et ceux de Booth & al. (1983, 1986) qui mettent en évidence qu'à chaque recherche 60% seulement des carcasses sont retrouvées, conclut que les carcasses d'oiseaux trouvées ne représentent pas plus de 15% du réel. Appliquant ce modèle, il conclut que l'usage du seul carbofuran, au pic de son emploi, fut responsable aux Etats-Unis de la mort par toxicité aiguë de 17 à 91 millions d'oiseaux chanteurs annuellement.
L'U.S. Fish & Wildlife Service (2000) (16), d'après Pimentel considérant que 10% du total des oiseaux des milieux agricoles sont victimes d'intoxication aiguë, avait estimé à 67 millions cette mortalité.
Pour les poissons, l'estimation porte sur une mortalité qui s'élève entre 6 à 14 millions par an.
P. Mineau souligne en outre que l'emploi localisé de pesticides peut avoir un impact considérable dans les territoires d'hivernage. Ainsi, le monocrotophos, un organophosphoré (Hooper & al. 1999 in P Mineau), fut responsable, dans la Pampa Argentine de la mort de 20 000 Buses de Swainson (Buteo swainsoni) ainsi que de dix mille Merles migrateurs (Turdus migratorius) dans deux champs de pomme de terre en Floride (Lee 1972 in P. Mineau).
Le fenthion (Seabloom & al. 1973 in P Mineau) fut quant à lui responsable de la mort de plusieurs milliers d'oiseaux appartenant à trente-sept espèces migratrices. Il conclut (2002, 2005) en affirmant que "les publications de cette mortalité ne sont pas des évènements isolés mais la partie émergée de l'iceberg", et surtout que "l'absence de carcasses n'est pas un bon indice de mortalité".

Les effets directs à long terme ou la toxicité chronique

Les effets à court terme ne sont cependant peut-être pas les plus graves. Les effets les plus inquiétants sont les effets cachés résultant d'une toxicité dite chronique qui se révèle à long terme. La difficulté réside alors dans la mise en évidence de la corrélation entre un produit et un effet. Ces effets négatifs ont donc toutes chances de passer inaperçus.
Cependant, des expériences sur l'animal en laboratoire ou en semi-liberté apportent des informations précieuses pour se faire un jugement.

Faucon pèlerin (Falco peregrinus)
Le pesticide DDT, en fragilisant le cycle de repoduction du Faucon pèlerin (Falco peregrinus), a été le responsable d'une chute de la population de l'espèce dans les années 1950-1970
Photo: P. Behr

Historiquement, les effets négatifs chroniques sur les êtres vivants des pesticides ont été mis en évidence dès les années 50-60.
Le DDT (DichloroDiphénilTrichloroéthane) et ses effets toxiques sont bien connus des naturalistes. On sait peut-être moins cependant que son interdiction comme "Produit Organique Permanent", en raison de sa lenteur de dégradation dans l'environnement, n'a pas été prise en 1972 en raison de son évidente toxicité pour la faune sauvage, mais parce que le lait maternel, notamment des femmes françaises, en contenait de telles concentrations que le lait de vache était plus sain que le lait maternel.
Evoquer le cas du puma en Amérique est intéressant, car il montre que la tendance naturelle naturaliste est de privilégier des interprétations propres aux êtres vivants et non de mettre en cause les poisons répandus dans l'environnement. Ainsi, Théo Colborn (1997) rapporte que l'hypothèse de la baisse de fécondité des pumas était attribuée à la faiblesse de la taille de la population et donc à une trop forte consanguinité. Les études révélèrent qu'il n'en était rien : en réalité, nombre de mâles étaient atteints de cryptorchidie (non descente des testicules) le DDE, un métabolite du DDT, en étant responsable.
En Angleterre, ce sont les PCB (polychlorobiphényle) qui furent mis en cause dans la chute de la population de la loutre.
Suite à un déversement accidentel de dicophol dans le lac Apopka, la chute vertigineuse de la reproduction des alligators fut expliquée par de nombreux désordres sexuels qui résultèrent de la présence de cette molécule.
Les produits récents ne sont pas en reste, ainsi, le glyphosate (Springett J.A. & al. 1992 in F. Veillerette 2003) est reconnu, entre autres, comme ayant un effet dépressif sur l'activité, ô combien importante, d'une bactérie fixatrice de l'azote atmosphérique qui vit en symbiose avec de petits champignons autour des racines.
On le voit, les exemples abondent ...

Des nuances toutefois ...

Hubert Pottiau nous a transmis un lien vers un article publié sur le site du Ministère de l'Agriculture concernant les résultats du colloque de l’Institut national de médecine agricole organisé par l’Institut national de médecine agricole le 8 septembre 2006 à Tours concernant les effets à long terme des produits phytosanitaires, et qui rompt avec le discours apocalyptique habituel.


  Suite de l'article
 
Chutes des populations des oiseaux et modes d'action des pesticides
Les effets des pesticides

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