L'un des plus beaux spectacles
de la nature
| Situation
de Killem, où a été filmé un dortoir d'Etourneaux
sansonnets |
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Chaque année, dès
la fin de l'été, des milliers d'Étourneaux sansonnets (Sturnus
vulgaris) venant des pays de l'Est et du Nord de l'Europe arrivent en France pour
y passer l'hiver, s'assemblant le soir en dortoirs pouvant regrouper des centaines
de milliers et jusqu'à un million d'oiseaux !
Ces rassemblements se produisent à la campagne mais aussi en ville, où
ils peuvent causer, pour les riverains, des nuisances sonores et hygiéniques
(fientes).
Mais l'observateur sera également émerveillé par les évolutions
aériennes hautement coordonnées de ces oiseaux, quand ils arrivent
ou qu'ils quittent leur dortoir.
Ghislain Bottein a
justement filmé à la fin de l'été 2005 un énorme
regroupement d'étourneaux à Killem dans le département du
Nord (59), nous permettant de nous pencher sur le phénomène incroyable
des figures aériennes hautement coordonnées.
Abstract
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The highly coordinated movements
of flocks of birds are among the most fascinating phenomena to be found in nature.
The group seems to turn and maneuver as a single unit, changing direction almost
instantaneously, leading some researchers to hypothesize that electromagnetic
communication or even "thought transference" must be involved. In reality
this behavior results from far less mysterious causes. Such movements are a prime
example of emergent behavior: the behavior is not a property of any individual
bird, but rather emerges as a property of the group itself. There is no leader,
no overall control; instead the flock's movements are determined by the moment-by-moment
decisions of individual birds, following simple rules in response to interactions
with their neighbors in the flock.
Ghislain Bottein has filmed at the end of the Summer 2005 a huge flock of Common
Starlings (Sturnus vulagris) in Killem, North of France.
Les mouvements aériens coordonnés des étourneaux
Les étourneaux de Killem
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Etourneaux
sansonnets posés sur les fils électriques avant le regroupement
nocturne puis s'envolant, Killem (59), 29 août 2005
Image extraite d'une vidéo : Ghislain
Bottein |
Ghislain Bottein nous décrit
le dortoir d'Etourneaux sansonnets qu'il observe depuis la fin de l'été
2005.
- 29 août 2005 : "depuis la fin juillet 2005, un dortoir d'étourneaux
s'est constitué dans une parcelle plantée depuis 5 ans de saules
à Killem (59122) . Ces saules servent au traitement des eaux usées
en provenance de la ferme voisine qui fabrique du fromage.
Les étourneaux commencent a se regrouper dans les champs a environ un km
du site vers 20 heures. Vers 20h30, les premiers groupes d'individus commencent
à tournoyer autour de la parcelle de saules (200 m de côté),
des groupes de plusieurs milliers d'individus arrivent de toutes les directions
jusqu'à 21 heures environ et tournoyent avant de plonger dans les saules,
étant comme littéralement aspirés.
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Passage
d'un groupe de milliers d'Etourneaux sansonnets, Killem (59), 29 août 2005
Image extraite d'une vidéo : Ghislain
Bottein |
L'évaluation du
nombre d'oiseaux est très difficile à déterminer, mais à
mon avis il y a au moins 30 000 individus. Lorsqu'ils sont tous posés,
leur cris font penser à une cascade, et le canon placé par l'agriculteur
ne les dérange absolument pas."
- 19 septembre 2005 : " le scénario est pratiquement le même
chaque soir, avec un décalage de 5 à 10 minutes en fonction des
conditions climatiques du jour. Il y a 15 jours, ils s'engouffraient dans les
saules vers 21 h, contre 20 h aujourd'hui. Ils commencent à se rassembler
dans les champs et sur les fils électriques une demi-heure avant le rassemblement
final, se rapprochant du bois 15 minutes avant et se posant dans les prairies
voisines. Ils arrivent de toutes les directions par bandes de plusieurs milliers
d'individus et attendent..... un groupe qui arrive de Belgique!! ( la frontière
belge est a 3 km environ); ce groupe double alors l'effectif déjà
présent. A ce jour on peut raisonnablement penser qu'il y en a maintenant
plusieurs centaines de milliers d'oiseaux. Le matin ils quittent par bandes le
petit bois à partir de 6h30 et s'en vont dans toutes les directions".
Ghislain a filmé les
évolutions du dortoir d'étourneaux avec une longue-vue Seben razor
et un caméscope Amstrad DC 300.
Remarque : si vous n'arrivez
pas à lancer directement les vidéos, vous pouvez les enregistrer
sur votre disque dur puis les lancer depuis votre ordinateur.
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Vidéo
1 : Etourneaux sansonnets posés sur les fils électriques avant le
regroupement nocturne puis s'envolant, Killem (59), 29 août 2005 - Format
: AVI - Poids : 383 ko
Lancer la vidéo
(play the video) |
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Vidéo
2 : passage d'un groupe de milliers d'Etourneaux sansonnets, Killem (59), 29 août
2005 - Format : AVI - Poids : 2,09 Mo
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vidéo (play the video) |
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Vidéo
3 : vol dense de milliers d'Etourneaux sansonnets, Killem (59), 29 août
2005 - Format : AVI - Poids : 1,69 Mo
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(play the video) |
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Vidéo
4 : passage d'un "serpent" de milliers d'Etourneaux sansonnets, Killem
(59), 29 août 2005 - Format : AVI - Poids : 1,69 Mo
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(play the video) |
Pourquoi se rassembler
en grandes troupes ?
Tout d'abord,
pourquoi les oiseaux se regroupent-ils en troupes ?
Il y a plusieurs raisons pour cela, la plus évidente étant la défense
contre les prédateurs. Plusieurs paires d'yeux assurent une meilleure surveillance
qu'une seule, permettant également à certains individus de manger,
de boire ou de se reproduire grâce à la surveillance attentive des
alentours par leurs congénères. Une fois qu'un groupe s'est envolé,
un prédateur aura des difficultés à se concentrer sur un
seule cible et sera perturbé. Il peut aussi être physiquement périlleux
pour un prédateur de "plonger" dans une masse d'individus en
mouvement. Dans certains cas, des proies plus grandes ou plus agressives pourront
mettre en place une défense coordonnée et chasser l'ennemi.
Il peut y avoir d'autres avantages dans le regroupement, comme la recherche de
nourriture, ou une localisation plus facile des sites de nourrissage et des dortoirs.
Certaines espèces se rassemblent aussi pour des raisons sociales et sexuelles.
Les espèces de grande taille comme les pélicans ou les oies volent
en formation pour économiser de l'énergie, les oiseaux de queue
profitant des vortex d'airs (tourbillons) créés par les oiseaux
de tête (les leaders des groupes sont souvent temporaires, les oiseaux s'échangent
les places lors du voyage, les oiseaux les plus forts ou les plus résistants
occupant sûrement plus fréquemment les positions à l'avant).
Quand des étourneaux par exemple sont effrayés par un prédateur,
ils s'élèvent, se rassemblent et volent en formant la masse la plus
compacte possible. Un rapace évitera de fondre dans ce groupe de crainte
de se blesser, et cherchera à sélectionner des retardataires ou
des oiseaux affaiblis. La bande elle-même virera et tournera de façon
aléatoire, rendant difficile pour le prédateur de prévoir
ses mouvements.
Les secrets de ces vols hautement coordonnés
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Vidéo
5 : évolutions aériennes harmonieuses de milliers d'Etourneaux sansonnets,
Killem (59), 29 août 2005 - Format : AVI - Poids : 2,66 Mo
Lancer la vidéo
(play the video) |
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Vidéo
6 : éclatements et regroupements coordonnés de milliers d'Etourneaux
sansonnets, Killem (59), 29 août 2005 - Format : AVI - Poids : 1,85 Mo
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(play the video) |
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Des
milliers d'Etourneaux sansonnets se rapprochant du dortoir évolulent en
formant de superbes arabesques coordonnées
Image extraite d'une vidéo : Ghislain
Bottein |
Les mouvements hautement
coordonnés des troupes d'oiseaux, comme celles formées par les étourneaux
en hiver, font partie des phénomènes les plus passionnants du monde
animal.
Les groupes semblent manuvrer comme un seul être, changeant de direction
presque instantanément, ce qui a conduit des chercheurs a supposer que
des phénomènes électromagnétiques ou même des
"transmissions de pensées" étaient impliqués. D'autres
ont pensé que les mouvements de convection de l'air créés
par le déplacement du groupe permettaient aux oiseaux de se guider.
En réalité, ce comportement a une autre explication, toute aussi
étonnante : il s'agît d'un comportement de groupe; en effet, certains
comportements ne sont pas liés à un seul oiseau, mais plutôt
au collectif. Il n'y a pas de leader, pas de contrôle supérieur.
Les mouvements sont déterminés par des décisions instantanées
suivant des règles simples en réponse aux interactions entre individus.
Les observation prouvent en effet qu'il n'y a pas d'oiseau-leader (ou du moins
pas plus de quelques secondes), car différents individus se retrouveront
à l'avant de la bande à chaque fois elle que celle-ci changera de
direction.
Wayne Potts, a publié dans la revue Nature une étude qui a contribué
à mieux comprendre comment des mouvements de groupe étaient lancés
et coordonnés. Wayne, en se basant sur une décomposition image par
image du film d'un vol de bécasseaux, a constaté que n'importe quel
individu pouvait initier un mouvement au groupe, qui se propageait alors par vagues
rayonnantes autour de l'oiseau-déclencheur. Ces "ondes" pouvaient
se propager dans n'importe quelle direction dans le vol, y compris de l'arrière
vers l'avant.
Toutefois, le groupe ne réagissait habituellement seulement qu'aux oiseaux
présents à l'intérieur du groupe, et non pas à sa
périphérie. En effet, puisque les oiseaux évoluant loin de
la bande courrent le risque de se séparer du groupe et d'être choisis
par un prédateur, les autres ne les suivent pas. Outre cet avantage évident
pour les individus, cette règle permet d'éliminer les hésitations
et de répondre rapidement à une attaque.
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Des
milliers d'Etourneaux sansonnets peuvent se déplacer en formant d'étonnantes
figures synchronisées
Image extraite d'une vidéo : Ghislain Bottein |
Une fois qu'une de ces ondes
démarrait, Wayne Potts constatait qu'elle se répandait dans le groupe
bien plus rapidement qu'il n'était possible de l'expliquer par les temps
de réaction additionnés de chaque oiseau.
Le temps moyen de réaction d'un oiseau effrayé par un flash lumineux
en laboratoire était de 38 millisecondes, alors que la vitesse de diffusion
d'une "vague" dans un vol était de moins de 15 millisecondes.
Toutefois, les premiers oiseaux à réagir à l'oiseau initiateur
du mouvement l'ont fait en 67 millisecondes. Potts a ainsi proposé que
les oiseaux situés plus loin du point de départ ont pu voir la vague
se rapprocher, se tenant prêts à bouger avant quelle ne les ait atteint
effectivement. Il a appelé ceci la "chorus line hypothesis "
(hypothèse de la troupe de music-hall), par analogie aux membres d'une
troupe de danseurs qui prévoient de lever leur jambe alors que celles de
leurs voisins immédiats sont encore baissées.
Les films sur des troupes de danseurs prouvent que les manoeuvres lancées
sans avertissement se propagent en moins de 108 millisecondes, presque deux fois
plus rapidement que le temps de réaction visuel humain qui est de 194 millisecondes.
Le phénomène de la "hola" dans un stade est assez proche.
Quand les bandes d'oiseaux ne sont pas menacées, et quittent un dortoir
pour aller vers un secteur d'alimentation, elles peuvent également faire
des écarts dans deux directions apparemment sans but; en effet, les mouvements
aléatoires des individus isolés peuvent facilement provoquer des
changements de direction. Cependant, par la suite, une sorte de consensus se développera,
basé sur la motivation de la majorité des membres de la bande, et
les oiseaux s'envoleront au loin vers la destination d'une façon assez
directe.
Simulations par ordinateur
Puisque ce comportement
complexe peut être créé par l'application de règles
simples, les comportements des vols d'oiseaux constituent un sujet idéal
pour les simulations sur ordinateur. L'un des meilleurs résultats obtenus
a été la création des "boids," des organismes virtuels
imaginés par Craig Reynolds en 1986.
Les trois "lois" fondamentales de Reynolds du rassemblement sont :
(1) séparation pour éviter les amas ou ralentissements locaux;
(2) alignement suivant la tête d'un sous-groupe;
(3) cohésion pour se déplacer selon la direction moyenne des sous-groupes;
Des vols générés par ordinateur de chauves-souris basés
sur les principes des boids ont été utilisés la première
fois dans le film Le Retour de Batman en 1992, et ont été réutilisées
ensuite dans d'autres épisodes de la série.
Les travaux de l'équipe de Giorgio Parisi
Les systèmes composés d'un grand nombre d'agents hétérogènes
(comme une troupe d'oiseaux) agissants l'un sur l'autre présentent souvent
des propriétés complexes qui ne peuvent pas être déduites
d'une manière simple, en étudiant le comportement de chaque oiseau.
Giorgio Parisi et son équipe ont étudié un modèle
complexe tridimensionnel afin d'effectuer des prévisions pour des situations
plus complexes où les composants se déplacent dans un espace multi-dimensionnel.
L'étude des mouvements des groupes d'oiseaux, et notamment des étourneaux
qui constituent sûrement le meilleur exemple de mouvements coordonnés,
est à cet égard très instructive. Les chercheurs ont étudié
en particulier les raisons de certains regroupement d'oiseaux pour comprendre
les mouvements collectifs et les figures aériennes formées en fonction
du comportement des individus du groupe.
Les buts des chercheurs sont les suivants :
a) En obtenant des reconstructions tridimensionnelles des mouvements, ils cherchent
à caractériser ceux-ci expérimentalement d'une manière
quantitative et qualitative. En outre, surveiller les mouvements de la bande dans
l'espace en se basant sur un seul oiseau servira à obtenir une information
sur les réactions possibles de quelques oiseaux. Les données récoltées
dans une souffleuse seront employées pour la comparaison.
b) Construire de nouveaux modèles qui permettront de prévoir des
comportements complexes de groupe. Les données expérimentales devraient
être cruciales car elles permettront de construire ces modèles.
c) Interpréter la signification et la pertinence biologique de ces modèles.
d) Dans la mesure où les mouvements collectifs sont des phénomènes
existants chez l'homme, l'équipe voudrait explorer la possibilité
d'appliquer les modèles et les techniques dans le secteur économique
(phénomènes de mode, fluctuations boursières,
).
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