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 Ethologie : suivi d'une colonie de Guépiers ... | Du 2 juin au 5 août 2005


Du 6 juin au 5 août 2005

Le 6 juin 2005

Le 15 mai, nous avions constaté que les Hirondelles de rivage étaient bien
avancées dans la réalisation des galeries. Il n'était pas rare de voir plusieurs individus travailler dans un vacarme de gazouillis variés. Nous avions compté une quarantaine d'hirondelles qui, par petits groupes,s'affairaient sur une cinquantaine de mètres de paroi; à un moment, un silence brusque s'est abattu sur les oiseaux, qui venaient de s'envoler à une bonne hauteur avant de revenir au travail.
Le 6 juin, les travaux menés par la communauté semblaient terminés. Il s'agissait d'un boyau large de 4 à 6 cm avec une entrée irrégulière, d'une profondeur de 60 à 70 cm, d'abord horizontal s'élargissant en une petite chambre garnie de paille et de foin. Maintenant, les oiseaux sont très actifs : poursuites, envols individuels frénétiques, accouplements se succèdent.
Tout est calme coté guêpiers. L'incubation est en cours et va durer entre 19 et 22 jours, assurée par les deux adultes qui se relèvent toutes les 10 à 30 minutes dans la journée.
Le début du nourrissage, assuré par les deux parents, devrait intervenir vers fin juin pour se terminer dans la dernière semaine de juillet / début août.

Le 18 juin 2005

Moineau soulcie (Petronia petronia)
18 juin 2005 : un Moineau soulcie (Petronia petronia), une espèce installée parmi les guêpiers
Photo : André Boussard
Une évidence : les guêpiers et les hirondelles se sont partagés les 120 mètres de paroi. Dans la partie nord, sur une cinquantaine de mètres, huit trous "neufs" repérables aux gravats clairs à leur aplomb complètent une dizaine d'anciens de l'an dernier qui semblent "réactivés". Tous ces trous, aux entrées rondes, sont distants de 50 cm à 1- 5 m et parsèment la paroi.
Nous observons des relèves assurés par les couples : l'incubation continue. Les quelques racines ou bois qui dépassent de la paroi accueillent des oiseaux à peine sortis du trou.
Au sud, la colonie d'hirondelles s'est augmentée depuis le mois dernier et elle a monopolisé une surface égale à celle occupée par les guêpiers; toutefois, les trous (environ une centaine) sont très proches les uns des autres, de petite taille, et sans forme d'entrée constante.
Guêpier d'Europe (Merops apiaster) : l'intrus chez les hirondelles
18 juin 2005 : le Guêpier d'Europe (Merops apiaster) qui s'est introduit chez les hirondelles ...
Photo : André Boussard
Au beau milieu de leur "territoire", l'un des rares trous ronds vient d'être investi par un guêpier! Aussitôt une agitation particulière mobilise en vol une quinzaine d'hirondelles et à tour de rôle, elles osent se poser quelques instants à l'entrée du trou comme pour houspiller l'intrus posé au bord. En moins de trois minutes il a finalement décampé. Puis tout est redevenu calme, comme si rien ne s'était passé.
Deux espèces sont manifestement tolérées : trois nids de Moineaux soulcies
(Petronia petronia) chez les guêpiers et un couple de Moineaux domestiques (Passer domesticus) dans la zone "réservée" aux Hirondelles de rivage ont ainsi été comptés.

Le 11 juillet 2005 : la colonie des guêpiers s'est animée

Au-dessus de la paroi, nombreux sont les oiseaux qui tournent en tous sens. Leurs ailes effilées rigides effectuent d'abord quatre cinq battements secs, rapides préludes à une grande courbe gracieuse planée, les ailes tendues ... puis de nouveaux battements d'ailes pour reprendre de l'élan. Les proies sont capturées en vol, gardées dans le bec le temps de deux/trois virevoltes, puis assez rapidement l'oiseau rejoint son perchoir près du nid et frappe l'insecte contre le bois plusieurs fois (comme fait le martin-pêcheur avec son poisson).
Guêpier d'Europe (Merops apiaster)  freinant avec la queue
Guêpier d'Europe (Merops apiaster) freinant avec la queue
Photo : André Boussard
Le guêpier reste volontiers quelques instants perché puis il s'engouffre à toute vitesse dans le trou, la queue en panache qui prend appui sur la paroi, en dessous du trou, semblant freiner son allure.
L'attente pour le voir ressortir est variable, de 10 à 20 secondes la plupart du temps, jusqu'à une à deux minutes.
Tel un obus, le guêpier émerge ensuite du trou. Nous avons constaté une vingtaine de fois que la tête apparaissait la première; ceci est contraire à ce que l'on lit, ici ou là. Il est en effet précisé que l'adulte sort à reculons faute de pouvoir se retourner. Dans notre cas, il semble que le boyau soit assez large (nid réutilisé?) ou que la chambre terminale soit assez importante pour permettre le retournement.
Guêpier d'Europe (Merops apiaster)  sortant comme un "obus"
Guêpier d'Europe (Merops apiaster) sortant comme un "obus"
Photo : André Boussard
L'approvisionnement des jeunes a représenté, sur les deux heures d'observation, une moyenne par trou d'une vingtaine de proies apportées. La paroi recevant les nids étant longée par une rivière, nous avons observé que les proies étaient en majorité des libellules mais aussi des bourdons, des guêpes, des frelons, des abeilles et divers papillons.

Le 11 juillet 2005 : un "essaim" d'hirondelles

Le terme "d'essaim" utilisé pour évoquer l'activité qui règne sur la paroi du côté des Hirondelles de rivage n'est pas usurpé tellement sont frénétiques les mouvements des dizaines d'adultes nourriciers. Il faut savoir que deux à trois petites têtes se présentent à chaque instant "au balcon" de la cinquantaine de trous. Ces jeunes suivent les mouvements des adultes et ouvrent le bec dès qu'un signal, pour nous non perceptible, annonce l'arrivée de leurs parents.
Les petits becs avides se déclenchent et il n'est pas rare de voir l'avant de la tête de l'adulte disparaître partiellement dans le bec d'une jeune affamée.
Il y a aussi des distributions alimentaires plus paisibles, les adultes ayant le temps d'aller de l'un à l'autre oisillon. Les parents restent moins d'une minute et repartent à la quête des nombreux insectes présents autour de la rivière.
Nous avons observé une moyenne de trente huit apports de proies à l'heure par temps chaud et non pluvieux. La cadence aurait également été plus de deux fois moindre s'il y avait eu un vent fort ou de la pluie, les proies restant au sol (et ceci est valable pour les guêpiers également).
Nous avons pu constater que les trous individuels creusés en mai par les couples avaient commencé à évoluer dès la mi-juin. En effet, de trous individuels, les boyaux sont devenus des espaces collectifs et ce sont désormais des "saignées" horizontales qui réunissent maintenant ces nids qui ont permis l'incubation (12 à 16 jours) puis le nourrissage (16 à 23 jours). C'est l'expression de la vie communautaire qui anime la colonie : tous les événements sont concomitants, les différents couvées se mélangeant dès que les jeunes sont apparus à l'embrasure des trous.
Hirondelles de rivage (Riparia riparia) : vie en communauté
Hirondelles de rivage (Riparia riparia) : vie en communauté
Photo : André Boussard
On repère aisément les jeunes hirondelles qui sortent volontiers, se perchent à l'extérieur mais reviennent à l'avant du nid pour être nourries. Les plumes du dessus sont bordées de blanc roussâtre surtout aux sus-codales, la gorge est teintée de roux et souvent tachetée de brun.
Très grégaires, les Hirondelles de rivage chassent en groupe et si le lien familial est rompu peu après le premières sorties, jeunes et adultes restent groupées y compris dans la migration. Celle-ci va commencer début août pour se terminer au maximum pour quelques petits groupes en octobre, le gros des départs étant effectué en septembre. Destination : l'Afrique orientale, surtout. Quelques-unes vont vers l'ouest au Lac Tchad et en Sierra Leone ou vers le sud Mozambique - Transvaal. Elles réapparaîtront fin mars début avril dans le midi de la France.


Hirondelles de rivage (Riparia riparia) : le nourrissage Hirondelles de rivage (Riparia riparia) : le nourrissage
Photo : André Boussard
Hirondelles de rivage (Riparia riparia) : le nourrissage Hirondelles de rivage (Riparia riparia) : le nourrissage
Photo : André Boussard
Hirondelles de rivage (Riparia riparia) : le nourrissage Hirondelles de rivage (Riparia riparia) : le nourrissage
Photo : André Boussard

Le 5 août 2005

Différences de plumage entre le mâle et la femelle du Guêpier d'Europe
Différences de plumage entre le mâle et la femelle du Guêpier d'Europe
Photo : Christian Ségonne / Photo-digiscopie.net
Quand ils arrivent fin avril dans notre Midi, les guêpiers sont déjà appariés et c'est le plus souvent en couple que nous les découvrons. C'est ensemble qu'ils se perchent, côte à côte, sur une forte racine ou sur une branche dépassant de la paroi sablonneuse. Il est difficile de les différencier, l'offrande du mâle à la femelle étant le premier indice.
En pleine saison nuptiale, on peut cependant les repérer : le mâle est légèrement plus grand, ses scapulaires sont jaunâtres, le haut de son dos est brun marron, la femelle est davantage verdâtre dessus ainsi que sur les couvertures alaires, la présence du marron est moindre, ses scapulaires plus courtes et plus pâles.
Quant au juvénile, il nous est apparu pour la première fois passant la tête à l'orée du trou.
Il était très hirsute, ses plumes apparaissaient très mouillées, certainement en raison de la chaleur qui doit régner dans le boyau et il est resté peu au soleil, se mettant très rapidement à l'ombre mais encore visible dans le trou.
Le grand arbre mort à deux cents mètres de la paroi a commencé à accueillir des juvéniles parmi les adultes qui continuent à les nourrir. C'est l'occasion de découvrir leurs magnifiques couleurs vert-argent de l'ensemble de la couverture. Si ce n'était la gorge jaune, on croirait même apercevoir un Guêpier de Perse (Merops persicus), comme le montrent les photos de Bertrand et Sophie Kurtzemann réalisée le 6 août sur les bords de la Meuse (Lorraine, Est de la France), celle d'Olivier Dejean prise fin juillet à Pierrerue près de Forcalquier (Alpes-de-Haute-Provence) ou encore celle de Gabriel Rasson prise vers le 10 août à Cournonterral dans l'Hérault (Languedoc-Roussillon).
L'oiseau présenté, comme celui vu en Lorraine, a bien trois semaines de plus
que les autres en raison de son casque marron marqué et de l'apparition de
jaune sur les scapulaires .
Les jeunes vont apprendre à chasser peu à peu, encore nourris cependant jusqu'au départ qui va commencer vers le 15 août ; la plupart des guêpiers seront partis dans la première quinzaine de septembre mais quelques retardataires seront encore visibles en octobre.
Les quartiers d'hiver sont situés surtout en Afrique tropicale (à l'est) et méridionale, mais des passages importants ont été repérés à l'ouest du Sahara. Les troupes migratrices de Guêpiers d'Europe voyagent de jour, assez haut, et sont repérables par leurs cris roulés.
Leur retour chez nous commencera fin avril, début mai, l'an prochain. Souhaitons qu'ils soient fidèles à leur rendez-vous ariégeois.


Guêpier d'Europe (Merops apiaster) juvénile Guêpier d'Europe (Merops apiaster) juvénile, bords de Meuse : notez le plumage général très vert
Photo : Bertrand et Sophie Kurtzemann
Guêpiers d'Europe (Merops apiaster) juvéniles Guêpiers d'Europe (Merops apiaster) juvéniles, Pierrerue près de Forcalquier (Alpes-de-Haute-Provence)
Photo : Olivier Déjean
Guêpier d'Europe (Merops apiaster) juvénile Guêpier d'Europe (Merops apiaster) juvénile, Cournonterral, Hérault
Photo : Gabriel Rasson
Guêpier d'Europe (Merops apiaster) juvénile Guêpier d'Europe (Merops apiaster) juvénile
Photo : André Boussard
Guêpier d'Europe (Merops apiaster) juvénile Guêpier d'Europe (Merops apiaster) juvénile
Photo : André Boussard

A télécharger

Pour ceux qui ont l'ADSL : grand diaporama 1024x768 "Les guêpiers sont revenus / The return of Bee-eaters" (25Mo) à télécharger (format zip compressé) sur http://perso.wanadoo.fr/chsegonne.

Opération "Guêpiers de France"


Depuis 10 ans, Daniel Arambol et Claude Hadancourt suivent les populations de Guêpiers d'Europe (Merops apiaster) nicheurs en Essonne (91), dans le Sud de l'Ile-de-France.
Ces populations nicheuses, après avoir connu une phase de croissance maximum (112 couples en 1996), connaissent depuis 3 ans une régression significative.
Les deux observateurs ont donc estimé intéressant de rechercher toutes les informations concernant la reproduction de cette espèce au niveau national afin de savoir si cette évolution se retrouve à l'échelle du pays.

Vous pouvez leur transmettre toutes leurs observations de Guêpiers nicheurs. Pour en savoir plus, aller sur "Opération" Guêpiers de France".


A visiter

- Le site de photos de Christian Ségonne :
Photo-digiscopie.net
- Le site perso d'André Boussard : http://fr.360.yahoo.com/gakoon31.
- La liste OiseauxEthologie.



Réagissez à cet article sur notre forum Voyage / Observations ou
par e-mail à david.bismuth@ornithomedia.com.


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Le suivi d'une colonie de Guêpiers d'Europe : jusqu'au 2 juin
Du 6 juin au 5 août 2005


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