Suivi en photos : jusqu'au
6 avril 2005
Zone d'étude
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Aperçu
de la forêt où a été suivi le couple de Pics noirs
(Dryocopus martius). Croix rouge sur la droite : situation de la loge étudiée
Photo : André Boussard |
La loge a été
creusée dans le tronc d'un Pin sylvestre (Pinus sylvestris) mort d'une
forêt de 2000 hectares qui se trouve dans l'avant pays pyrénéen.
Cette région argilo-sableuse de molasse a été recouverte
d'immenses nappes de cailloutis venus de la montagne. Ces nappes ont été
défoncées par les rivières quaternaires et ont été
emportées à l'exception de lambeaux rémanents. C'est sur
l'un deces lambeaux qu'a persisté cette forêt.
Elle est constituée essentiellement de pins sylvestres ou maritimes, de
feuillus et de chênes.
Exploitée par l'homme en coupes tournantes, elle présente un milieu
très ouvert avec ici ou là des arbres conservés comme le
veut la réglementation.
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Emplacement
de la loge (croix rouge)
Photo : André Boussard |
De nombreuses souches jonchent
le sol fournissant aux Pics noirs des larves et des coléoptères
xylophages, sans compter les fourmilières très appréciées.
Altitude : environ 200 mètres. Environs de la forêt constituée
de polycultures avec une dominante alternée de maïs, de pois, de tournesol,
et de blé.
La loge se situe
à environ 10 mètres du sol. Le tronc à cet endroit fait environ
60 cm de diamètre. L'entrée de forme ovale, plus haute que large
d'environ 8 x 13 cm présente à sa partie inférieure une pente
légère rugueuse inclinée vers l'extérieur; Est-ce
le résultat de la technique de la confection du trou ? En tout cas, cette
caractéristique permet aux oiseaux de se poser et de redécoller
plus facilement.
Calendrier du suivi
La confection de la loge a commencé dans la semaine du 7 au 12 mars 2005
(semaine 10). Trois semaines sont généralement nécessaires
pour le forage à l'horizontale de l'entrée (30 cm de long), puis
du puit vertical (30 à 50 cm. La construction s'est terminée vers
la semaine 14 (du 4 au 9 avril)
Formation du couple
Les Pics noirs sont des solitaires; aussi 10 à 12 semaines au moins ont
été nécessaires pour qu'ils se rapprochent, en apprenant
à maîtriser leur agressivité, et soient prêts pour la
reproduction.
La première rencontre a eu lieu au plus tard en janvier 2005 (si le couple
ne s'est pas constitué à la fin de l'été 2004). S'attirant
par des chants et des tambourinages, ils adoptent des postures mettant en avant
la tâche rouge de la tête. Chacun de son côté peut préparer
une loge-dortoir (nouvelle ou
récupérée).
La présentation réciproque des loges resserrent les liens et conduisent
au choix définitif de l'une des deux.
L'accouplement, très rapide, a lieu une fois la loge terminée.C'est
pratiquement le seul moment où ces oiseaux se placent sur des branches
horizontales.
Le 1er avril 2005
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Pic
noir (Dryocopus martius) femelle, 1er avril 2005
Photo : André Boussard |
Le premier avril, nous sommes
arrivés sur les lieux à 9 H 45. La loge est orientée au Sud-est;
nous nous sommes placés à une centaine de mètres plein sud
pour bénéficier d'un éclairage latéral donnant du
relief aux photos.
Cachés par un gros tronc et de la végétation, nous n'étions
pas visibles, mais pour la prochaine visite nous utiliserons notre tente-affût,
non pour nous approcher mais pour être sûrs de ne pas déranger
les oiseaux lors de leurs déplacements.
Quand nous sommes arrivés, un oiseau passe la tête hors de la loge.
Il garde le bec ouvert pendant plus d'une minute, puis l'ouvre à nouveau
à peine refermé. Nous sommes soulagés, il s'agit d'un mâle
et comme le 25 mars nous y avions déjà vu la femelle au travail,
cette loge sera donc la bonne.
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Pic
noir (Dryocopus martius) mâle, le 1er avril 2005 : donne plusieurs centaines
de coups de bec et prend ensuite le frais quelques minutes, bec ouvert
Photo : André Boussard |
Le mâle disparaît
dans la loge et distinctement nous entendons le bruit d'un forage : des bruits
non tambourinés en salve mais des chocs successifs lents et réguliers.
Cela veut dire que l'accès horizontal est terminé et, que les pattes
agrippées de chaque côté du trou, l'oiseau creuse verticalement,
la tête en bas.
Après 5 à 8 minutes, il revient à la fenêtre le bec
reste ouvert ... Deux minutes après, il repart au travail : même
bruit, puis réapparition 6 minutes après. Le bec reste ouvert :
reprend-il de l'air et refroidit-il "l'outil" ? Ce manège s'est
effectué cinq fois sans que nous n'ayons assisté à la moindre
évacuation de copeaux.
Ces derniers seront éjectés en une quinzaine de fois, comme nous
l'avions constaté le 25 mars avec la femelle; une partie servira, une fois
le forage vertical terminé, de lit de copeaux fins sur lequel seront déposés
les oeufs.
A noter que le bois
tendre d'un conifère est plus facile à forer par l'absence de fibres,
particularité des bois durs (chênes, frênes ..) De plus, dans
cet arbre mort, la texture granuleuse des copeaux montre l'attaque d'un mycélium
lignivore (champignon) qui rend le bois plus friable encore.
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Copeaux
rejetés, le 1er avril 2005
Photo : André Boussard |
Les copeaux rejetés
tout autour du pied de l'arbre sont déchiquetés, et leur taille
et leur forme sont diverses; le plus grand trouvé faisait 7 cm de long.
Le bec du Pic noir (longueur 56 à 66 mm) n'est pas très coupant
et seule
la force d'impact permet l'efficacité; l'ensemble "tête + bec"
ne pèse pourtant que 45 grammes.
La conception sophistiquée du crâne des pics, avec ses articulations,
ses tampons, ses amortisseurs et ses butées protégeant la boîte
crânienne, ainsi que les muscles puissants de la nuque sont le résultat
d'une évolution très poussée.
Pour compenser la croissance naturelle du bec qui est d'un demi millimètre
par jour l'oiseau doit forer;c'est aussi. un besoin génétique et
il a été constaté que lorsqu'un couple s'installe dans une
loge déjà prête qui ne demandera que peu de travail, les deux
pics font dans les arbres alentours de nombreux trous.
Le 6 avril 2005
Il est 14h30, le vent est faible, le temps couvert avec des rayons de
soleil. Je m'arrête à 200 mètres au sud-est face à
la loge, caché par la végétation. Rien. Cinq minutes passent,
quand tout à coup apparaît la silhouette d'un Pic noir qui vient
de l'ouest. J'accompagne son vol à la jumelle sur une vingtaine de mètres
en direction de la loge. Il
se plaque sur le tronc d'un pin tout proche de celui qui porte la loge, trois
secondes passent ... et comme je l'ai déjà vu faire, il vient se
plaquer sur le tronc à l'opposé du trou, presque à sa hauteur.
Quelques mouvement latéraux des griffes et le voici accroché en
bas de la loge, la tête à la hauteur du trou. La superbe crête
rouge indique qu'il s'agit du mâle.
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Je
note un comportement surprenant : le corps immobile, le mâle fixe le trou
de la loge, le bec dressé, et la tête se déplace de droite
à gauche, puis de gauche à droite (trois fois) ... Il inspecte le
trou, et seule la tête bouge ! Puis, sept fois, la tête fixe, face
au trou, il va reculer le corps en prenant appui sur les pattes toujours accrochées
au bord du trou, se rapprochant d'un mouvement rapide pour s'éloigner à
nouveau ... et par un huitième mouvement, d'un bond, il rentre dans la
loge. J'ai ensuite entendu nettement des coups répétés, lents,
irréguliers : il s'est remis à forer. Le chantier n'est donc pas
terminé. Selon nos prévisions, le couple en a encore jusqu'au 9
avril.
Photos : André Boussard
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La suite prévisible
des évènements
Selon le numéro 83 du journal La Hulotte, la loge terminée aura
nécessité cent mille coups de pioche !
Vers la mi-avril commencera la ponte : un oeuf par jour, avec un total de quatre
oeufs le plus souvent, quelquefois trois ou cinq, rarement six. D'ici là,
le mâle assurera la garde de la loge pour éviter qu'elle ne soit
investie par un "squatteur" (Choucas des tours, Sittelle torchepot,
Pigeon colombin, Chouettes de Tengmalm ou Hulotte) dont le Pic Noir ne saura pas
se débarrasser.
La femelle, mais surtout le mâle, vont couver pendant une douzaine de jours.
La naissance des oisillons est programmée donc entre le 25 et le 30 avril.
Vers les 15 - 18 mai, les petits devraient être capables de grimper et de
se
montrer à la "fenêtre". Fin mai, les apports de nourriture
au nid cesseront et les petits le quitteront, encore suivis à l'extérieur
par les adultes pendant un à deux mois.