The
Minds of Birds
de Alexander F. Skutch, Dana Gardner
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Le
cerveau et ... | Le fonctionnement du cerveau : le cas du chant
Le fonctionnement
du cerveau : le cas du chant
Le chant des oiseaux est devenu l'un des éléments les plus étudiés
pour comprendre comment l'environnement peut influer sur le fonctionnement du
cerveau : des oiseaux élevés loin de leurs congénères
ont ainsi émis des motifs sonores fortement dégradés, même
s'ils restaient typiques de leur espèce. Le chant semble être génétiquement
programmé.
Le sujet d'étude : le Diamant mandarin (Taeniopygia guttata)
Le
Diamant mandarin (Taeniopygia guttata), un bon sujet d'étude
Source : A. Auffret
Le Diamant mandarin (Taeniopygia
guttata) est devenu un sujet d'étude particulièrement populaire
dans des laboratoires de neurobiologie, étant donné sa facilité
d'élevage en captivité (nombre d'ufs élevé,
pas d'effet de la saison), sa maturité sexuelle rapide (90 jours après
l'éclosion), et son chant stéréotypé. Ce sont des
animaux sexuellement dimorphes : seuls les mâles chantent, et leur plumage
diffère de celui des femelles; en outre, leur bec est rouge (orange chez
les femelles). L'espèce est originaire des régions semi-arides de
l'Australie et de Timor, nichant en groupes de 20 à 1 000 oiseaux.
Comportement
L'apprentissage du chant
chez les jeunes oiseaux est un processus qui commence par des vocalises préliminaires
et qui s'achève par l'émission d'un chant complet. Cet apprentissage
est une période sensible chez certaines espèces, dont le Diamant
mandarin, au cours de laquelle une perturbation dans le développement de
l'oiseau peut affecter de façon définitive la qualité du
chant. Chez le diamant, les jeunes s'imprègnent du modèle auditif
du chant du "père" 20 jours après l'éclosion, et
l'acquisition définitive du motif sonore sera effective à 35 jours.
La chanson devient invariable à la maturité sexuelle, soit approximativement
à 90 jours. Bien que le développement de la chanson
suive un modèle relativement clair et stéréotypé,
le rôle précis des sons dans les activités quotidiennes de
l'oiseau reste toujours un domaine de recherche.
Par exemple, les mâles sans femelle chantent plus que les mâles en
couple; chez quelques espèces, le mâle cessera de chanter quand il
est avec une femelle. Une étude au cours de laquelle une opération
chirurgicale chez un mâle avait préservé ses sons tout en
éliminant son chant (McDonald, 1989) avait permis de constater que sa capacité
à conserver son territoire avait été fortement diminuée.
Une hypothèse actuellement populaire considère le chant comme étant
une expression de l'état physiologique du mâle.
Activité neuronale
au cours du chant
Zones
actives du cerveau d'un oiseau lorsque celui-ci chante, écoute ou chante
et écoute en même temps
Animation : Ornithomedia.com
L'animation ci-contre présente
les zones actives du cerveau d'un oiseau lorsque celui-ci chante, écoute
ou chante et écoute en même temps.
Abréviations des zones neuronales concernées par le chant
- AVT (Area Ventralis of Tsai) : secteur ventral de Tsai.
- DLM (Dorso-Lateral division of the Medial thalamus) : division dorso-latérale
du thalamus médium.
- DM (Dorso-Medial subdivision subdivision of the intercollicular nucleus) : division
dorso-médiale du noyau intercolliculaire.
- HVc ( High Vocal Center).
- LMAN (Lateral Magnocellular nucleus of the Anterior Neostriatum (aka IMAN) :
noyau latéral magnocellulaire du néostriatum antérieur (aka
IMAN)
- MMAN (Medial nucleus Magnocelularis of the Anterior Neostriatum) : Noyau médial
Magnocellulaire du néostriatum antérieur.
- NCM (Neostriatum Caudo-Medial nucleus) : noyau caudo-médial du néostriatum
antérieur.
- NIf (Interfacial Nucleus of the Neostriatum) : noyau interfacial du néostriatum
- NXIIts (tracheosyringeal portion of the 12th cranial nerve) : partie trachéosyringeale
du 12ème nerf crânien.
- RA (Robust nucleus of the Archistriatum) : noyau robuste de l'archistriatum
- Uva (nucleus Uvaeformis of the thalamus) : noyau Uvaeforme du thalamus.
- VL medulla (VentroLateral Medulla) : medulla ventrolatérale.
- Area X : zone X du lobe paraolfactif.
Circuit neuronal de l'information au cours du chant
Circuit
neuronal de l'information (agrandir
le schéma)
Schéma : Ornithomedia.com
(d'après Heather Williams)
- Circuit bleu (chemin de
la production du chant) : c'est le circuit de l'émission du chant, débutant
dans la zone Uva et se terminant au niveau du syrinx (non illustré sur
notre schéma), qui est l'organe vocal de l'oiseau. Une altération
de ce circuit affecte le chant, qu'elle se produise avant ou après l'apprentissage
du motif.
- Circuit rouge (chemin de l'apprentissage du chant) : c'est le circuit qui relie
la zone HVC au RA par
l'intermédiaire des zones X, DLM, et LMAN. Ce circuit forme une boucle
récursive. Une altération de cette voie affectera la qualité
de la chanson, mais pas son émission.
Le MAN (noyau magnocellulaire
latéral du neostriatum antérieur) est
la zone neuronale dont la fonction dans la qualité du chant émis
est la plus claire. Si ce secteur subit des lésions du 20ème au
60ème jour après l'éclosion du mâle de Diamant mandarin,
l'oiseau émettra un chant anormal.
Des lésions dans ce même secteur chez l'adulte (au delà de
60
jours) n'a que peu de conséquences sur le chant déjà appris,
et aucune conséquence observable au-delà de la maturité sexuelle
(90 jours après l'éclosion).
Le LMAN envoie l'information du chant primaire vers le noyau robuste
de l'archistriatum (RA). Cette transmission est le mécanisme au cours duquel
le chant du tuteur (le père) stimule le circuit du HVC-RA de sorte que
le chant émis du jeune corresponde au chant du tuteur. Récemment,
une nouvelle protéine a été découverte, la synelfine,
résultat de l'expression d'un gène et produite au niveau des noyaux
du chant, notamment dans le LMAN. Son taux est passé de 1,25 fois celui
mesuré en dehors du noyau à 3/4 du taux en dehors du noyau après
la maturité sexuelle.
Les travaux récents de Yu et de Margoliash (1996) suggèrent que
HVC est
responsable de l'ordre correct des syllabes dans une chanson, alors
que le RA assure l'ordonnancement approprié de la structure
sub-syllabique (les notes dans une syllabe). Une implication intéressante
de ce travail est que dans un isolat de cerveau où la connection LMAN-RA
était présente mais son fonctionellement altéré montrait
moins de dégradation dans la structure de la syllabe que dans la structure
des notes.
Cicuit hormonal
Les cellules des zones LMAN, HVC, RA, et des nXIIt accumulent de la testostérone
ou ses métabolites au cours du chant, ce qui peut laisser penser l'émission
de celui-ci peut être un comportement androgène-dépendant.