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  Le choix d'un partenaire sexuel chez l'oiseau | Discussion

Discussion

Les différentes situations de relations sociales conformes au modèle d'élevage " parents / poussins "

La relation sociale " parents biologiques / poussins " comme responsable de l'orientation sexuelle :

C'est la relation la plus courante qui peut conduire à penser que c'est au tout jeune âge que le poussin "fixe", au travers de ses parents, l'image du pattern de son futur compagnon social.

La relation sociale à une espèce adoptive, d'un poussin isolé de son espèce, comme responsable de l'orientation sexuelle :

Une relation entre un jeune isolé de son espèce et une espèce adoptive le conduit à préférer l'espèce adoptive, même si les traits sont extrêmement éloignés des siens (homme). Cependant, une réorientation vers l'espèce propre est parfois possible.
Malgré tout, c'est là une preuve manifeste de l'importance de la vie de relation lors de l'ontogenèse dans le choix sexuel futur de l'individu. Il mémorise les traits de ceux avec lesquels il vit et s'oriente ensuite vers eux pour exprimer sa sexualité.
Notons au passage que lorsque l'espèce adoptive est l'homme, le vocable d'oiseau " imprégné " utilisé dans le monde naturaliste (surtout chez les fauconniers) fait expressément référence à cette situation.

La relation sociale à une espèce adoptive comme " non " responsable de l'orientation sexuelle :

C'est le cas du coucou. Vidal (1979) a formulé l'hypothèse du rôle de l'autoperception dans la capacité d'un individu à se reconnaître comme appartenant à une espèce plutôt qu'à une autre. Sans doute est-ce aussi le cas des mégapodes.

Les différentes situations de relations sociales non conformes au modèle d'élevage " parents / poussins "

Les relations sociales simultanées à l'espèce adoptive et aux partenaires de la fratrie comme responsables d'une double orientation sexuelle, ou à la seule fratrie

Un élevage en fratrie doublé d'un élevage par une espèce adoptive conduit les oiseaux, soit à orienter leur sexualité indifféremment vers les individus conspécifiques ou l'espèce adoptive, ou, tout au contraire, à préférer les seuls individus conspécifiques de la fratrie aux parents adoptifs.
Dans le cas des nidicoles, le degré de présence et d'attention semble largement déterminer, plus tard, ce choix, lorsqu'il s'agit de l'homme en tout cas.
Une présence constante implique une orientation sexuelle indifférenciée "homme parent d'adoption " / " fratrie". Une présence discrète puis, une prise d'autonomie alimentaire puis de conquête de l'espace ensuite, implique une orientation sexuelle vers les seuls partenaires de la fratrie.
Dans le cas des nidifuges, il semble au contraire que, malgré parfois un fort attachement social à l'homme ou l'espèce adoptive (oies de Lorenz, élevage croisé en ferme), l'orientation sexuelle soit plus systématiquement tournée vers l'espèce représentée au stade jeune par les membres de la fratrie que vers les parents adoptifs.

La relation sociale aux seuls partenaires de la fratrie comme seule responsable de l'orientation sexuelle

C'est le cas de tous les oiseaux élevés orphelins stricts ou élevés, chez des espèces à fort dimorphisme sexuel par un seul parent. Force est de reconnaître que le pattern du futur partenaire sexuel, au stade jeune, n'est donc nullement indispensable, à ce stade, à la construction de l'image du compagnon social ou du partenaire sexuel. Dans ces cas, la connaissance du futur partenaire sexuel ne peut naître que de la vie de relation au sein de la fratrie.

La présence du pattern de l'adulte, durant l'enfance, est-elle nécessaire et suffisante à l'orientation sexuelle du jeune plus tard ?

Si non… comment l'oiseau peut-il effectuer son choix d'un partenaire sexuel ? Le modèle dominant d'élevage " parents / poussins " peut conduire à penser que le poussin " fixe " une image du pattern adulte des parents assez tôt, au cours de l'élevage, comme l'avait proposé Lorenz (1978), pattern qui constituerait le modèle du pattern de son futur compagnon sexuel.
Dans le cas du coucou, Vidal a proposé d'expliquer son orientation vers le partenaire de l'espèce par une connaissance acquise par autoperception. Une sorte de familiarisation à une image qui le préparerait à investir cette image dès qu'il en est en présence.
Peut-être en va-t-il de même pour le mégapode ? Ce premier cas contredit l'hypothèse de Lorenz. L'élevage sans aucun parent biologique ou adoptif pose un problème d'une ampleur tout aussi cruciale que nul ne peut ignorer. Le plus frappant, dans tous les cas de non-conformité au modèle classique d'élevage est bien que, quel que soit le modèle auquel appartient son espèce, du moment que le jeune est élevé au sein d'une fratrie, l'absence du pattern du futur partenaire sexuel, au stade jeune, ne lui interdit en rien de s'orienter sexuellement ensuite au sein de l'espèce représentée par cette fratrie, au stade adulte. En toute logique, ce qu'ont appris au stade jeune ces oiseaux ce n'est donc pas le pattern de leur futur partenaire sexuel.
Dans tous les cas, des oiseaux orphelins - soit des deux parents (élevage industriel), soit d'un seul (dans le cas du dimorphisme sexuel), voire des oiseaux élevés en fratrie par une espèce étrangère (poule /canetons ; Lorenz / anatidés ; homme / falconiformes…) -, il est non seulement possible mais nécessaire d'imaginer un autre mécanisme que celui qui laisse à penser qu'au stade poussin, ce que doit réaliser un individu est une " fixation " d'un pattern adulte, pour pouvoir se reproduire adulte. Pour cela il faut accorder aux oiseaux des capacités mentales bien supérieures à celles que nous leur prêtons communément.
Les enfants qui se côtoient se reconnaissent continuellement, bien qu'en grandissant ils changent considérablement. De la même manière, force est de constater que les oiseaux élevés en fratrie se reconnaissent continuellement comme membres d'une même unité sociale, voire, individuellement. Ce qu'un orphelin mémorise, dans les cas évoqués, ce sont les traits des compagnons d'élevage, en tant qu'individus en croissance se modifiant. A quel âge que ce soit, la famille dans laquelle les oiseaux grandissent, est la leur. Que le poussin soit devenu adulte et que son pattern se modifie radicalement (comme chez les anatidés ou les phasianidés par exemple) n'y change rien.
Le monde mental de ces oiseaux n'est donc pas un monde figé sur la " fixation " d'une image à un moment précis de leur vie. Tout au contraire, dans les conditions évoquées ci-dessus, comme nous, ils enregistrent les images au rythme de la croissance de leurs compagnons.
Malgré les changements qui s'opèrent, la capacité à discerner la continuité des traits ne fait aucun doute. Dès lors, dans tous ces cas, ce qui fonde la capacité à reconnaître un autre individu comme un partenaire sexuel naît de la relation qu'il entretient avec lui. Le pattern a beau changer, comme nous pouvons changer de vêtements, la permanence de la relation fonde la familiarité qui assure, tout au long de ces " métamorphoses " (pour ainsi dire), la connaissance des traits pertinents permanents des compagnons sociaux. S'il est vrai que l'empreinte, au premier sens du terme, signifie la " poursuite " de l'objet qui s'est présenté au jeune oiseau (nidifuge) à sa naissance, parfois dans un laps de temps très court, ce processus là de " survie " pour le jeune, ne peut se confondre avec celui ci-dessus décrit, fondé sur les relations sociales. Jamais, me semble-t-il, on a pu prouver qu'une exposition de vie de quelques jours seulement, à une espèce parente, fussent-ils les premiers, engage cet individu définitivement dans relation sociale et sexuelle avec elle si ensuite il est élevé par une autre espèce ou au sein d'une autre fratrie.
Malgré les apparences, cette réaction de poursuite des nidifuges, (qui n'est qu'oculaire et plus tardive chez les nidicoles quasi impotents à ce stade) n'est sans doute pas suffisante pour assurer le choix d'un partenaire sexuel.
Rien n'interdit donc de penser qu'entre les poussins et les parents biologiques ou adoptifs, de la même manière qu'en ce qui concerne les élevages en fratrie, c'est au cours de la vie de relation intra familiale que naît l'appropriation des traits les plus pertinents de l'espèce.
S'il est possible, notamment chez les nidifuges, qu'à la naissance le poussin " fixe " de manière… " syncrétique " l'image de l'adulte, dans un laps de temps très court, c'est néanmoins de la vie de relation, au cours de la croissance ou plus tardivement (coucou) que le jeune acquiert la connaissance des traits pertinents qui lui permettent de distinguer l'étranger du familier.
Si l'on veut maintenir une interprétation cohérente de tous ces cas il faut bien qu'il en soit ainsi. Sinon cela voudrait dire qu'il existe des mécanismes de " secours ", dans le cas de l'élevage en fratrie, radicalement différents des mécanismes originels, dans le cas de l'élevage parental. Je ne puis y croire ! Un seul mécanisme préside, chez l'oiseau, à l'élaboration du choix du partenaire sexuel. Seules les apparences nous trompent ! Or, ce mécanisme résulte de la vie de relation sociale, la période privilégiée s'étendant de la naissance à l'adolescence. Il semble résulter d'un processus de " familiarisation ". Familiarisation avec l'image de soi (coucou) qui n'exige aucune conscience de soi mais qui conduit à accorder un intérêt à cette image portée par d'autres. Familiarisation à l'image de l'autre (parent biologique, adoptif, ou fratrie), qui permet de lui accorder ensuite ce même intérêt particulier.
Les oiseaux élevés en fratrie conspécifique par une espèce adoptive qui, dans leur choix sexuels, s'orientent soit vers l'une (la fratrie), soit vers l'autre (espèce adoptive), plaident manifestement en ce sens. On imagine mal en effet, qu'un mécanisme serait lié à une mémorisation des traits adultes dans un cours laps de temps pendant que l'autre résulterait de la vie de relation.
Mieux même. Si le mécanisme " naturel " était la fixation du pattern adulte au travers de la relation aux parents, au stade poussin, il devrait prendre le pas sur le mécanisme de " secours " en cas d'élevage en fratrie. Or, au mieux, chez les nidicoles, les oiseaux choisissent un individu de l'une ou l'autre des espèces comme partenaire sexuel, au pire, on observe, notamment dans l'élevage des nidifuges que les oiseaux choisissent systématiquement un compagnon de la fratrie et délaissent le pattern du parent adoptif.
Il apparaît donc logique et cohérent de percevoir cette double orientation sexuelle chez les nidicoles comme le reflet d'une familiarisation au cours de la vie de relation, de la naissance au stade pré-adulte, aux deux espèces simultanément, et, chez les nidifuges, cette orientation vers la fratrie comme un témoignage de l'importance de la vie de relation sociale dans le choix du futur partenaire sexuel.
En effet, ce qui " joue " en faveur de la fratrie est, très probablement le maintien d'une vie sociale bien au-delà de la seule période d'élevage.
Les parents adoptifs sont donc ainsi " disqualifiés " car la vie de relation sociale qu'ils entretiennent avec les poussins s'interrompt beaucoup plus tôt que celle que les poussins mènent entre eux.
Si nous voulons une interprétation cohérente du processus conduisant un individu à considérer un autre individu comme un partenaire il faut donc que le processus soit identique quelle que soit la situation. Qu'il s'agisse des relations " parents / enfants " ou " au sein d'une fratrie ", la seule situation commune est la familiarisation à l'image de " soi " (coucou), ou à l'image de " l'autre ".
C'est donc au travers cette familiarisation que s'impose l'acquisition des traits discriminants et la nécessité d'exercer sa sexualité au sein de cette familiarité. L'opinion de Raymond Campan et Felicita Scapini semble proche. Parlant de l'empreinte sexuelle ils affirment " Il s'agit d'un phénomène sensiblement différent de l'empreinte filiale. Il intervient plus tard après une période d'exposition beaucoup plus longue et l'on considère que les faceturs de causalité des deux phénomènes ne sont que partiellement recouvrants. ".
De même ils remarquent que " Chez le diamant mandarin la préférence spécifique peut être contrebalancée par l'importance des interactions sociales au sein du groupe d'élevage, l'adulte choisissant un partenaire correspondant au type spécifique avec lequel il a eu le plus d'interactions sociales ". Nous partageons donc le point de vue de Shutz,Vidal, Campan et Spini lorsqu'ils distinguent : - ce qui se passe au stade jeune, soit l'empreinte filiale de la prime enfance à celle, celui, ceux qui l'élèvent, - de l'empreinte sexuelle qui se forge à partir de la prime enfance jusqu'au stade pré-adulte (voire plus) au travers de la vie de relation avec l'espèce parente spécifique ou adoptive, ou, au travers des seules relations sociales avec les seuls partenaires de la fratrie conspécifique, qu'il y ait ou non des parents adoptifs.
L'attachement du jeune à son (ses) parent(s) répond effectivement à un besoin vital ! En s'attachant à celui qui prend soin de lui, qu'il soit nidicole ou nidifuge, le jeune acquiert une première connaissance " globale " de celui-ci. Par-là, il devient apte à distinguer le monde connu du monde inconnu. Du monde connu, il sait ce qu'il obtient. De l'inconnu il ne peut qu'en attendre le pire. Le choix sexuel emprunte une voie plus longue mais s'inscrit dans le même besoin vital. La pression évolutive a privilégié, de même, l'orientation sexuelle vers celui qui est porteur des traits les plus " familiers " dans le même souci de préservation de l'intégrité de l'individu.
S'orienter vers ce que l'on connaît le mieux c'est de la même manière réduire les risques que comporterait une orientation vers des individus inconnus. En cela les deux processus sont des processus de réduction des risques. En cela, la pression évolutive a privilégié ces processus d'attachements à haute valeur sélective.



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