Reportage en photos
André Boussard nous
a transmis plusieurs photos et des notes de terrain sur la croissance d'un aiglon
royal dans les Pyrénées ariégeoises en juin et juillet 2004.
Le 16 juin 2004
Le 16 juin dans la matinée,
j'ai repéré un amoncellement de branchages dans un trou ovale à
flanc de paroi verticale orienté à l'est. Il s'agît de l'une
des nombreuses "marmites"que l'on trouve dans cette vallée des
Pyrénées, créées lors de la fonte du grand glacier
il y a environ 11 000 ans. L'amoncellement important de branchages fait penser
à une aire. Aucune activité n'est visible à la lunette.
Je décide de revenir avant le lever du jour afin de vivre une journée
complète et de ne rien manquer si l'aire est occupée.
Le 18
juin 2004
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Aiglon
royal (Aquila chrysaetos) sur son aire, Pyrénées ariégeoises,
le 18 juin 2004
Photo : André Boussard |
Le 18 juin, je prends place.
Deux postes d'observation sont possibles, l'un à 375 m de distance (distance
précise mesurée sur une carte IGN cotée) mais légèrement
en-dessous du niveau de l'aire, et l'autre à 1100 m surplombant l'aire
mais trop éloignée pour les photos. Toute autre solution serait
trop périlleuse ou créerait un dérangement.
Vers 10h, le soleil tape et la formation de "pompes de chaleur" nous
apporte la distraction de deux Vautours fauves qui font de grands cercles au-dessus
de nous. Dans l'aire, je note un premier mouvement : une petite tête ronde,
blanche, une cire jaune. Pas de doute, c'est un aiglon.
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Aiglon
royal (Aquila chrysaetos) sur son aire se déplaçant maladroitement,
Pyrénées ariégeoises, le 18 juin 2004
Photo : André Boussard |
Entre 10h et 13h, il se
déplacera douze fois d'une extrémité de l'aire à l'autre,
de façon maladroite. Il n'est pas sûr sur ses pattes, et il ne dressera
ses ailes à la verticale qu'une fois.
L'observation permet déjà de dire qu'il n'y a qu'un aiglon sur l'aire,
et qu'il n'y a pas d'adulte (la période d'abandon par la femelle a commencé).
On est encore loin des exercices frénétiques pour préparer
l'envol.
A 13h08, les deux adultes arrivent ensemble du nord, en faisant des cercles de
plus en plus serrés au dessus de l'aire. L'un d'eux tient une proie dans
les serres et va rapidement à l'aire. En raison de la profondeur du trou
et du niveau de mon poste d'observation, je ne peux rien voir.
L'adulte repartira à 13h55. Il est connu que seule la femelle alimente
le jeune,en lui présentant des morceaux de la proie qu'elle déchiquette.
Pendant tout ce temps, l'autre adulte est resté immobile, perché
sur un piton rocheux proche.
Quand la femelle a quitté l'aire, le mâle l'a rejointe et tous les
deux sont partis vers le sud, prenant de la hauteur,en gardant entre eux une distance
de plusieurs centaines de mètres.
L'aiglon, semble-t-il repu, n'a plus bougé pendant l'heure suivante. Nous
avons interrompu notre observation.
26 juin 2004
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Aiglon
royal (Aquila chrysaetos) sur son aire, Pyrénées ariégeoises,
le 26 juin 2004
Photo : André Boussard |
Arrivée sur le site
à 10 h. L'aiglon est très mobile, sans cependant agiter les ailes.
Les adultes sont arrivés ensemble du nord à 13h10 (à noter
que le 18 juin, ils étaient arrivés à 13h08, soit une très
grande précision). L'un a continué son vol vers le sud, l'autre
(la femelle), qui apportait une proie, est restée au fond de l'aire de
13h10 jusqu'à 12h50.
Quand elle a quitté l'aire, elle s'est perchée sur un rocher proche
puis est repartie vers le sud.
A 14h20, deux Aigles royaux font de grands cercles à haute altitude. Deux
Vautours fauves (Gyps fulvus) et un Vautour percnoptère (Neophron percnopterus)
tournent lentement nettement plus bas. Il apparaît que l'aiglon est sombre
mais la tête est encore blanche. Pour quand est donc l'envol ?
18 juillet 2004
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Aiglon
royal (Aquila chrysaetos) sur son aire, Pyrénées ariégeoises,
le 18 juillet 2004 : notez les zones blanches sous les ailes
Photo : André Boussard |
Agitation sur l'aire : nombreux
appels réguliers, persistants, l'aiglon a manifestement faim. A 11 h 20,
les deux adultes arrivent ensemble et font des cercles de plus en plus serrés
autour de l'aire. L'un d'eux a une proie dans une serre, la dépose dans
l'aire et reprend aussitôt son vol. J'ai pris une photo de ce décollage
: la tête est jaune clair sur le front et la nuque, mais malheureusement,
suite à une mauvaise manipulation, j'ai perdu cette photo ... Le deuxième
adulte a pris de la hauteur, rejoint par celui de l'aire et tous deux sont partis
vers le Sud.
Paul Géroudet indique que lorsqu'arrive la dernière semaine avant
l'envol, la visite des adultes s'interrompt. Il est donc vraisemblable que l'apport
de proies est l'un des derniers, ce qui est confirmé par les cris incessants
de l'aiglon. Le but des parents est que le petit qui a de plus en plus faim se
lance dans le vide pour rejoindre les adultes qui continueront alors l'alimentation,
mais hors de l'aire.
Le 18 juin, date de ma première observation, l'aiglon devait avoir de 40
à 48 jours (six à sept semaines).
La ponte a certainement eu lieu en mars-début avril. La femelle a couvé
pendant six semaines, puis s'est occupé du (des) jeunes pendant 2 à
3 semaines après l'éclosion, qu'elle a nourri avec les proies apportées
par le mâle qui ne participe pas directement au nourrissage.
D'après Paul Géroudet, l'envol a lieu entre le 77ème et le
81ème jour. En cette fin de juillet, l'envol devrait être proche
mais pendant les cinq heures d'observation de cette journée nous n'avons
pas vu d'essais d'envol sur place. L'oiseau a grossi, son plumage a changé.
22 juillet 2004
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Aigle
royal juvénile le 22 juillet 2004, Pyrénées ariégeoises
Photo : André Boussard |
L'aire est vide.
Les cris stridents de l'affamé nous ont permis de le localiser, perché
sur un
piton proche de l'aire. Il est à 250 mètres environ. Pendant nos
quatre heures d'observation, l'aiglon va changer quatorze fois de point d'ancrage
dans le même secteur. Ses envols sont hésitants et il se déséquilibre
à chaque fois, se posant maladroitement sur des parois trop en pente.
Avant que nous ne soyons chassés par un épais brouillard montant
de la vallée, ses derniers essais sont plus concluants, et nous admirons
en particulier un superbe plané. Il progresse.
Les photos prises permettent de constater que si la tête et les couvertures
sont très foncées, la partie arrière du bas-ventre est encore
blanche.
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Aigle
royal juvénile le 22 juillet 2004, Pyrénées ariégeoises
Photo : André Boussard |
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Aigle
royal juvénile le 22 juillet 2004 déféquant, Pyrénées
ariégeoises
Photo : André Boussard |
Conclusion
L'année prochaine, dès mars, je m'organiserai pour suivre l'établissement
des aires de cette zone : l'aigle en construit plusieurs et en choisit une. Il
sera alors nécessaire de passer davantage de temps pour recueillir plus
de renseignements, depuis un bon poste d'observation.
Cette année aura constitué un essai.
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