Les solutions possibles
L'environnement nocturne,
une ressource à protéger
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Les lumières
d'une ville (ici New York) peuvent créer un "dôme de lumière"
qui attire et perturbe les oiseaux
Source : art.supereva.it |
En préalable, il
faudrait reconnaître lEnvironnement nocturne comme une ressource naturelle
irremplaçable à restaurer, protéger et gérer, dans
la limite de seuils et contraintes liées à la sécurité
des personnes et des biens, et au développement durable et soutenable.
Le problème ne connaît pas de frontière, les efforts doivent
donc être menés à une échelle globale, en particulier
du point de vue environnemental sur les corridors de migration des oiseaux. Les
zones pas ou faiblement éclairées sont de plus en plus rares en
Europe centrale, comme le confirme l'imagerie satellitaire, mais quelques pays
dont la France, l'Italie, la Belgique, les Pays-Bas et la Grande-Bretagne illuminent
particulièrement le ciel nocturne. Certaines régions des pays du
sud ne sont plus épargnées (zones portuaires, de forages pétrolier
et rives du Nil par exemple).
Une action nationale active
La Confédération Suisse a décidé de se pencher sur
la pollution lumineuse.
"Les éclairages inutiles sont un sujet de préoccupation pour
l'Office fédéral de l'environnement, des forêts et du paysage
(OFEFP)", souligne Gilbert Thélin, chef de la section Paysage et infrastructure.
Un rapport à paraître se préoccupe notamment des effets de
la pollution lumineuse sur les vols d'oiseaux et la vie - et surtout la mort -
des insectes mais aussi sur les hommes eux-mêmes et leur activités,
entre autres l'observation du ciel et l'astronomie. De
nombreuses communes ont depuis lors pris des mesures, selon l'ornithologue Bruno
Bruderer. La commune de Berthoud par exemple, a interdit l'utilisation des projecteurs
à laser, pour des raisons de protection de la faune. Dans le canton de
Bâle-Campagne, une circulaire officielle a mis en garde les communes, soulignant
les effets négatifs de la pollution par l'éclairage. Le canton de
Lucerne a rappelé que les projecteurs à laser sont interdits. Quant
à la ville de Zurich, elle a mis au point un nouveau programme d'éclairage
et l'a présenté récemment. Le "Plan Lumière"
doit être appliqué progressivement au cours de la prochaine décennie
et, à terme, devrait supprimer la pollution lumineuse.
Développer des outils et programmes de monitoring
Un monitoring de lEnvironnement nocturne, par SIG et analyse dimages
satellite, pourrait être réalisé au niveau européen
ou planétaire (en lien avec le programme Biodiversitas de lUNESCO
et le suivi dindicateurs de
soutenabilité par lEurorégion et Bruxelles par exemple).
La qualité du ciel nocturne, la quantité de lumière émise,
la nature des sources, la restauration et conservation de « fenêtres
sur le ciel étoilé » et de corridors de noir pourraient devenir
des critères ou éléments dun indicateur spécifique
de soutenabilité du développement (expérimentés depuis
RIO dans le cadre de programmes régionaux, nationaux et internationaux).
Former et informer
Créer ou organiser et faire connaître des outils, des lieux, des
ressources, pour aider les élus, techniciens, architectes, urbanistes,
aménageurs à sinformer et à se former (site web, lettre-mail,
documents) semble indispensable. Mettre à disposition des personnes ou
services concernés des modules de formation comme cela se fait déjà
en Italie ou en Espagne devrait être généralisée.
La formation et l'information de tous les acteurs sont également et dans
le même temps nécessaires, y compris celles des publicitaires et
des particuliers, qui par exemple avec les lampes halogènes denseignes,
de jardin ou de façade (souvent surdimensionnées, rarement associées
à des détecteurs), contribuent à la pollution lumineuse et
au gaspillage de lénergie.
La notion de « pollution lumineuse » est encore mal définie,
notamment parce que toutes ses composantes écologiques ne sont pas encore
identifiées. Elle est reconnue et employée par l'association française
des éclairagistes qui recommandent que l'on étudie les impacts de
l'éclairage pour mieux les contenir. Si le nombre des lampes à mercure
décroît, les luminaires répondent de plus en plus aux recommandations
des éclairagistes, mais l'éclairage des zones commerciales, urbaines,
et surtout l'éclairage des monuments (de bas en haut) et les canons lumineux
(discothèques) progressent. La France (sauf Dom-Tom) est très peu
efficace en matière d'incitation aux économies d'énergie.
Plusieurs équivalent-réacteurs nucléaires pourraient être
économisés simplement par le changement de quelques lampes dans
chaque maison.
Développer la recherche
Afin de mieux comprendre les impacts de la pollution lumineuse, il faut développer
des outils et des programmes de recherche. Il convient de développer la
recherche, avec les industriels et éclairagistes, et avec des réseaux
de chercheurs indépendants, intégrant des écologues, car
la réduction des impacts sera un argument concurrentiel dans un marché
où lécobilan, la démarche de qualité globale
prennent une importance croissante, et parce que la législation va inévitablement
devoir intégrer de plus en plus les aspects de moindre impact et/ou d'atteinte
compensée à l'environnement.
Les chercheurs des secteurs de lurbanisme, du développement, de
léclairage, loptique, lophtalmologie, léthologie,
de la santé, de lécologie du paysage et de lécologie
appliquée, ainsi que les ergonomes/équipementiers, éclairagistes
gagneraient à sassocier pour mieux connaître et maîtriser
les impacts de léclairage artificiel.
Des progrès considérables peuvent encore être faits, en particulier
grâce aux avancées de lélectronique, de la miniaturisation
et aux nouveaux matériaux (fibres optiques). La domotique stagne, et les
industriels et plus encore les particuliers sous-utilisent les technologies de
maîtrise de léclairage. La maîtrise des spectres démission
peut également progresser.
La recherche et la prospective pourraient amener des solutions ou alternatives
inattendues : éclairages encore plus économes et performants, à
moindre impact sur la faune, amélioration des dispositifs automatisés
(éclairage là où il faut, quand il faut, adapté au
besoin, et à la juste dose nécessaire, grâce aux progrès
de linformatique et de la miniaturisation), utilisation de peintures, matériaux,
dispositifs rétroréfléchissants, ou au contraire absorbant
la lumière,
utilisation de capteurs (infrarouge, détection des mouvements, systèmes-radar
adaptés aux transports, ...).
Faire respecter la loi
Il convient d'aider au respect des lois sur les études dimpact en
rappelant aux aménageurs dintégrer léclairage
et ses impacts dans leurs préoccupations et cahier des charges. Les études
concernant ces impacts sont encore très rares. Elles doivent être
généralisées selon des cahiers des charges quil serait
utile de préciser, par exemple au niveau européen.
La charte de protection du ciel nocturne (qui pourrait être complétée,
au vu des avancées des sciences du vivant) est un engagement de principe.
A Lausanne, une discothèque
préfère payer ses amendes plutôt que de ne plus utiliser son
canon à lumière. En France, ce type de dispositifs lumineux n'est
pas même considéré comme des enseignes ou publicité
...
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