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 La pollution lumineuse et les oiseaux | Les explications biologiques

Les explications biologiques

Les effets négatifs de la pollution lumineuse sur les oiseaux ont plusieurs explications possibles.

Rappel : l'orientation des migrateurs

Lire notre article L'orientation chez les oiseaux.
La capacité des migrateurs à suivre leur route et à retrouver leurs territoires ou leurs nids est toujours remarquable. Tout élément perturbant significativement ces déplacements est susceptible de mettre en péril des groupes d'individus ou des espèces déjà affaiblies par la dégradation, la pollution ou la destruction de leur habitat ou d'une partie de celui-ci (aires de nidification, de reproduction, de repos et de nourrissage notamment), auxquels il faut ajouter la chasse et le braconnage dans certains pays ou régions.
La faculté d'orientation des migrateurs est aujourd'hui mieux comprise. Il semble que les oiseaux combinent à la vision, l'utilisation de tous leurs sens, et au moins pour certains une sensibilité au champ magnétique.
L'odorat est essentiel mais non suffisant. En effet, de nombreuses espèces migratrices (oiseaux, mais aussi poissons, mammifères ou amphibiens) se perdent si on leur détruit ou inhibe le système nerveux "olfaction/goût", cependant la privation d'autres sens empêche également ces animaux d'accomplir leurs migrations.
Le champ magnétique terrestre est lui aussi utilisé. La simple pose d'un aimant sur le dos d'un pigeon suffit à le désorienter.
Pour les oiseaux au moins, la lumière du soleil et des étoiles semble également déterminante. Un oiseau privé de la vue se perd.
La plupart des migrations se font de nuit, deux fois par an, sur un axe Nord/Sud. Ce sont alors les étoiles qui semblent principalement les guider : ainsi, des fauvettes placées sous un ciel artificiel (Planétarium de Brême) correspondant à l'époque de leur départ ont pris aussitôt la bonne direction.
Une hypothèse est que les oiseaux seraient sensibles à des mouvements infimes, que l'œil humain est incapable d'identifier. Ainsi (sauf sur une pose photographique), voyons-nous les étoiles comme des points fixes, alors que les oiseaux pourraient, eux, discriminer les mouvements relatifs de ces dernières par rapport à l'horizon et à l'étoile polaire, et seraient capables de les utiliser pour corriger leurs trajectoires.

Effets négatifs sur l'orientation
Phare de Pemaquid Pt.
Un phare de nuit peut pertuber la migration des oiseaux
Source : www.lighthousegetaway.com

Nous n'avons pas trouvé de données concernant la gêne que peut induire chez les migrateurs la pollution lumineuse empêchant une bonne vision du ciel, mais le détournement des chemins de migration par des sources fixes isolées ou mobiles est un fait souvent cité (mais mal étudié du point de vue des causes et conséquences).
De jour, c'est surtout le soleil qui semble guider les oiseaux. Les migrateurs sont capables d'effectuer une correction permanente de cet angle en fonction du trajet décrit par le soleil (s'ils conservaient un même angle par rapport au soleil, ils tourneraient en rond).
Le faucon voit dans l'ultraviolet, l'alouette est sensible à de très brefs flashs lumineux (d'où l'utilisation du "miroir aux alouettes"), et il est possible que la lumière "perdue" vers le ciel puisse gêner certaines espèces diurnes lors du crépuscule ou le matin très tôt.
Des goélands lâchés par temps clair à une certaine distance de leur site d'origine s'orientent bien mieux par beau temps que par ciel couvert : 65 % prennent du premier coup le bon cap, contre 40 % par temps couvert.
Par temps couvert, la plupart des migrateurs restent capables d'arriver à bon port. Ils semblent alors utiliser des repères tels que le dessin de la côte, les îles, les lacs, les montagnes, ... Les petites erreurs d'orientation sont corrigées dès que le soleil réapparaît et/ou grâce à l'olfaction (au moins chez certaines espèces) et/ou grâce à une sensibilité au champ magnétique terrestre (en particulier chez certaines espèces). Mais de nuit, les sources de lumière peuvent complètement désorienter ces mêmes oiseaux ; or les images satellites mettent en évidence un éclairage croissant des franges littorales qui sont des axes de migration et de déplacement essentiels pour les oiseaux. Plus loin en mer, où les oiseaux peuvent aussi migrer, la lumière perdue vers le ciel et la mer par les forages offshore peut dépasser en intensité celle des foyers côtiers très lumineux, mais il n'existe pas à priri d'études particulières en matière d'impact à ce propos.
Quand le ciel nocturne est couvert, certains oiseaux utilisent, comme de jour, des repères topographiques. De nuit et dans le brouillard, les bruits comme le roulement des vagues sur la côte et les odeurs qui sont amplifiées et véhiculées par l'air humide jouent probablement un rôle pour les espèces à l'ouïe et/ou à l'odorat développés. Certaines espèces au moins, telle le Rouge-gorge (Erithacus rubecula), sont très sensibles au champ magnétique terrestre, mais aussi aux puissantes sources lumineuses. Lorsque ces dernières sont isolées et élevées (phares côtiers), les oiseaux sont immanquablement attirés. Ils peuvent tourner des heures durant autour de ces sources, jusqu'à l'épuisement ou périr suite à des collisions avec les superstructures ou le câblage.
Jusqu'à il y a une trentaine d'années, les phares de bord de mer ou de pleine mer situés sur les corridors de migration des oiseaux migrateurs ne disposaient d'aucun dispositif de protection. Lors de chaque migration, la nuit (particulièrement les nuits brumeuses), ces phares étaient responsables de la mort de très nombreux oiseaux qui mourraient ou étaient blessés. Avant qu'on ne comprenne comment pouvoir limiter cette fatale attirance au milieu des années 70, en éclairant le fût des phares, les ornithologues se sont un temps servis de ces puissants "attracteurs" pour le baguage des oiseaux. Le simple éclairage des fûts a permis de limiter le problème de la mortalité, mais il n'empêche pas que les oiseaux dépensent beaucoup d'énergie en tournant inlassablement autour des phares ou en allongeant leurs trajets de migration.

Effet de la pollution lumineuse sur l'horloge interne

Une augmentation du nombre des couvées annuelles a été observée chez certaines espèces d'oiseaux devenus urbains. Ce phénomène (reproductible expérimentalement) semble lié à l'éclairage nocturne. Celui-ci prolonge le temps durant lequel les oiseaux urbains se nourrissent, et allonge la photopériode qui stimule l'activité des gonades et règle les rythmes biologiques. Ceci est particulièrement net chez la poule, mais aussi chez l'Etourneau sansonnet, le Pigeon biset, le Rouge-gorge ou encore le Rouge-queue noir (Phoenicurus ochruros). A première vue, l'éclairage peut paraître comme un élément positif pour les espèces qui s'y adaptent, il peut aussi être considéré comme affectant les équilibres écologiques : quelques espèces banales sont favorisées au dépend d'une faune riche et diversifiée, plus favorable aux équilibres entretenus par la biodiversité.

Effet de la pollution lumineuse sur l'mprégnation/mémorisation

Des Etourneaux sansonnets disposés en période de migration dans des cages en plein air se tournent dans le sens de leur migration lorsque le soleil est dégagé, alors que par temps couvert, ils ne se positionnent pas de manière particulière. Ces mêmes Etourneaux préalablement éclairés à une lumière artificielle selon un rythme présentant 6 heures d'avance sur la lumière solaire, lorsqu'ils sont lâchés ; partent dans une direction faisant un angle de 90° avec la direction qu'ils devraient normalement prendre. Ces 90° (le quart du cercle de 360°) correspondent aux 6 heures (le quart d'une journée) de décalage : l'horloge interne des étourneaux, calquée sur le trajet apparent du soleil, est déréglée par l'expérience. A Lille, les étourneaux ont appris à utiliser les lampadaires géants pour se réchauffer la nuit en hiver. La lumière a-t-elle un impact sur leur comportement ?

Etourneau sansonnet (Sturnus vulgaris)
Les Etourneaux sansonnets (Sturnus vulgaris) utilisent leur mémoire pendant leur migration
Photo : Joël Bruezière / www.eyesonsky.com

Le repérage " génétiquement programmé " sur la lumière (soleil/étoiles) n'est pas le seul guide pour les oiseaux : la mémoire visuelle, auditive et olfactive, les apprentissages individuels ou de groupe interviennent conjointement, et plus ou moins selon les espèces. Ainsi, des adultes et des jeunes capturés parmi une population d'étourneaux des rives de la Baltique hivernant habituellement en Angleterre; lâchés en France après avoir été bagués, ont pris des chemins différents pour regagner leur région d'origine. Les jeunes ont pris le plus court chemin alors que les adultes ont fait un détour par la Grande-Bretagne, comme s'ils voulaient retrouver la zone d'hivernage à laquelle ils étaient habitués. Il est possible qu'à certaines étapes des migrations, les oiseaux puissent connaître des conflits de choix, peut-être susceptibles d'affecter les chances de survie d'une population en terme de " fitness " (succès de reproduction). Les nouveaux éclairages placés à proximité des parcours migratoires interagissent probablement avec les stratégies de choix des oiseaux.



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Les explications biologiques

Les solutions possibles




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