Publicité

Longue-vue Zeiss Victory Harpia

 (En savoir plus ?)

S'inscrire
Mot de passe oublié ?

Accueil > Pratique > Débuter > L'albinisme et le leucisme chez les oiseaux

Débuter

Retour à la liste des articles de Débuter

L'albinisme et le leucisme chez les oiseaux

Cet hiver est marqué par un afflux de Gros-becs cassenoyaux : Jean Morillon a photographié le 4/03 un individu atteint de leucisme ou d'albinisme partiel, deux aberrations de plumage faciles à confondre.

| Non soumis au comité de lecture

Partager
Translate

L'albinisme et le leucisme chez les oiseaux

Gros-bec cassenoyaux (Coccothraustes coccothraustes) atteint de leucisme (ou d'albinisme partiel), La Beylie (Corrèze), le 04/03/2018
Photographie : Jean Morillon / Sa galerie Flickr

Des observateurs débutants, en voyant des Corneilles noires (Corvus corone) dont certaines parties du plumage étaient blanches, pourraient les confondre avec  des Corneilles mantelées (Corvus cornix). Des Goélands argentés (Larus argentatus) entièrement blancs peuvent également être pris pour des Goélands bourgmestres (Larus hyperboreus). Il s'agit en fait d'oiseaux atteints de leucisme (parfois écrit leucistisme) ou d'albinisme, deux aberrations de plumage qui sont souvent confondues.
Dans cet article, nous présentons ces deux termes et les explications possibles.

Abstract

Albinism is the lack of the pigment melanin. Melanin provides animals, including birds, with the color brown and various shades thereof.  Total albinism in wild birds is very rare. Birds exhibiting complete albinism have entirely white plumage, pink eyes, and pink/pinkish body parts that are not covered by feathers. In addition to being rare, albinistic individuals stand out like a sore thumb for predators and are more likely than normal individuals to become prey. Therefore, completely albinistic individuals are almost never found in nature. While all-white birds are rare, birds with anything from a few to many white feathers in their plumage are commoner and are called partial albinos.
Leucism is a general overall paleness. Leucism is related to albinism, but in this case the normal pigmentation is diluted rather than lacking, resulting in birds whose plumage is lighter than normal, but not pure white. Plumage patterns, such as a mask or wingbars, often remain detectable.
Like albinos and partial albinos, the occurrence of pale birds is the result of genetic abnormalities in both male and female. Except in very small, inbred, populations they will always remain rare, though nonetheless of interest, and sometimes puzzlement, to birdwatchers.
In this article, we present you these two anormal plumages and their possible explanations.

L'albinisme vrai

Merle migrateur (Turdus migratorius) albinos vrai

Merle migrateur (Turdus migratorius) albinos vrai : notez le plumage entièrement blanc, les yeux rouges et les pattes roses.
Photographie : Stephen J. Lang

Le plumage d'un oiseau atteint d'albinisme vrai est totalement blanc. L’albinisme est le résultat d’une anomalie génétique entraînant une mutation du gène de l'enzyme tyrosinase responsable de la synthèse des mélanines, les pigments responsables des gris-noirs (eumélanine) et des gris-bruns (phéomélanines). Cette mutation peut être létale et provoquer la mort avant la naissance. Comme il s'agit d'un défaut récessif, il n'apparaît que si ce gène est présent chez les deux parents de l'oiseau atteint.
Les albinos vrais présentent donc une absence de pigments sur toutes les plumes, mais aussi sur les parties nues du corps (cire du bec, pattes, yeux) qui sont rosées ou rouges. Ces parties devraient théoriquement être blanches sans la présence du réseau de capillaires sanguins qui leur donne cette teinte rosâtre.
Ces oiseaux sont souvent moins robustes que leurs congénères, présentant en outre une audition et une vue déficientes. Leur plumage est très visible, attirant les prédateurs. Et ils semblent avoir moins de succès pour trouver un partenaire sexuel.

L'albinisme partiel

L'albinisme partiel se traduit par une altération totale de la pigmentation de certaines plumes. Ce phénomène est assez courant dans la nature (notamment chez les corvidés ou les turdidés, dont les plumes blanches se détachent bien de la teinte sombre générale de ces oiseaux et sont facilement repérées par les observateurs), et beaucoup d'oiseaux peuvent ainsi présenter des plumes ou des groupes de plumes albinos sur la queue, les ailes, le dos ou la poitrine.

Choucas des tours (Corvus monedula) partiellement albinos

Choucas des tours (Corvus monedula)  partiellement albinos. Cet oiseau aberrant pourrait être superficiellement confondu avec un Choucas de Daourie (Corvus dauuricus).
Photographie : Benjamin Vollot

L'albinisme partiel peut être héréditaire et donc génétique : mais dans ce cas, la tyrosinase n'est pas totalement absente car des plumes sombres existent encore. Une explication possible est l'absence de la migration de certains mélanoblastes (cellules souches de l'embryon qui fabriqueront la mélanine) jusqu'aux plumes qu'ils doivent colorer.
Les autres hypothèses sont un régime alimentaire déséquilibré, une blessure ou même d'une maladie ou un choc (qui, en endommageant les follicules des plumes, entraîne une repousse de celles-ci sans pigments). Aucune preuve de l'action de certains polluants (en particulier les métaux lourds) n'a pu être trouvée jusqu'à présent.
Un albinisme progressif peut apparaître quand un oiseau devient plus âgé (un peu comme lorsque les cheveux des humains deviennent gris).
S'il s'agît d'un caractère héréditaire, les parties blanches seront persistantes d'une mue à l'autre, tandis qu'un albinisme partiel causé par l'environnement est souvent réversible.
L'albinisme partiel peut être quasi-total, moucheté ou zoné de manière assez symétrique.
Parfois, les pigments rouge et orange sont conservés, tandis que la mélanine a disparu. On peut alors rencontrer un Bouvreuil pivoine (Pyrrhula pyrrhula) blanc avec le ventre rouge, ou un Pic vert (Picus viridis) immaculé avec une couronne écarlate : ce sont alors des oiseaux très étonnants !

Le leucisme (ou leucistisme)

Bécasseau variable (Calidris alpina) leucique

Bécasseau variable (Calidris alpina) leucique (leucistique) : le brun est remplacé par du beige, mais la nuance du plumage subsiste.
Photographie : Barry Stewart

Le leucisme concerne des oiseaux dont le plumage est plus clair que la normale. Cette aberration est proche de l'albinisme, mais les pigments de mélanine ne sont pas totalement absents : ils sont justes "dilués", moins concentrés, tandis que les autres pigments subsistent en quantité normale. En particulier, les caroténöides responsables des teintes oranges sont toujours présents, d'où l'apparition d'individus de couleur ocre pâle ou crème.
Les oiseaux sont donc plus pâles que leurs congénères, mais ne sont pas blancs purs sans nuance. Le dessin général du plumage, comme la présence d'un masque facial ou d'une barre alaire, reste reconnaissable.
Des altérations génétiques peuvent expliquer cette pâleur, mais l'alimentation joue sûrement un rôle primordial. Ce phénomène ne doit pas être confondu avec une variation naturelle du plumage des populations en fonction de l'environnement. Ainsi, classiquement, les oiseaux d'une même espèce vivant dans le désert sont plus clairs que ceux vivant en forêt. C'est par exemple le cas du Grand-duc ascalaphe (Bubo ascalaphus), vivant en Afrique du Nord et  au Moyen-Orient, qui est plus pâle et plus petit que les oiseaux du nord de l'Europe.
Un leucisme total et intense peut parfois être rapproché d'un albinisme, mais les yeux ne sont jamais rouges.

D'autres anomalies

Il existe d'autres défauts de la coloration des oiseaux  :

  • le mélanisme. Ce phénomène décrit des oiseaux plus sombres que la normale, du fait d'une mutation génétique qui provoque un excès de pigmentation. Certains cas sont liés à l'alimentation. Il existe aussi des formes mélaniques naturelles, comme par exemple chez le Faucon d'Eléonore (Falco eleonorae);
  • le schizochroïsme. Ce phénomène décrit la disparition d'un pigment alors que d'autres restent présents (cas par exemple d'une Mouette rieuse adulte en été avec un capuchon sombre mais un manteau blanc pur). On peut rapprocher cette aberration de l'albinisme partiel;
  • le xanthochroisme (parfois appelé xanthisme ou xanthochromisme). Ce défaut entraîne une teinte orangée ou jaune à la place des zones rouges naturelles. Des carences sont responsables de ce phénomène;
  • l'érythrisme. Les oiseaux atteints d'érythrisme sont rougeâtres ou roussâtres. Certaines espèces ont naturellement des formes rousses, comme la Chouette hulotte (Strix aluco).

Rappel : l'origine de la couleur des oiseaux

La couleur de la gorge du Colibri à gorge rubis (Archilochis colubris)

La couleur de la gorge du Colibri à gorge rubis (Archilochis colubris) change en fonction de l'inclinaison de la lumière.
Photographie : Sylvain Gosselin

Il convient de rappeler que la coloration des oiseaux est surtout due à des pigments (mélanines et carotenoïdes), mais aussi à la diffraction de la lumière dans les plumes chargées de mélanine qui provoque les iridescences (Cas du Paon bleu ou des colibris). Les teintes bleues sont ainsi normalement produites par un effet optique et non pas biochimique ; en pratique, la présence de cette teinte ne dépend que de la manière avec laquelle la lumière est réfléchie sur les plumes. C'est de cette manière que naissent les effets des plumages métalliques et bronzés.
Les multiples nuances dépendent en final des quantités et concentrations en différentes substances colorantes et de l'existence de zones réfléchissantes de la lumière.

Leucisme ou albinisme partiel ?

Certains observateurs préfèrent réserver le terme d'albinos aux oiseaux entièrement dépigmentés (avec les yeux rouges et parties nues du corps rosées), du fait de l'absence de la synthèse de la tyrosinase. Ils ne reconnaissent pas la notion d'albinisme partiel, qu'ils regroupent sous le vocable de leucisme.

Origine génétique

Chez les Merles noirs (Turdus merula), on observe assez souvent des individus (presque toujours des mâles) avec diverses parties du corps tachées de blanc. Ce caractère lié au sexe et certaines descendances d'individus leuciques laissent supposer une origine génétique. Le rôle de l'inhibition du gène responsable de la synthèse de la tyrosinase sur l'albinisme a été démontré.
Par ailleurs, on a fait une observation intéressante qui privilégie l'hypothèse d'un dysfonctionnement des gènes dans l'apparition de ce défaut : parmi les Hirondelles rustiques (Hirundo rustica) de la région de Tchernobyl en Ukraine, 13 % d'entre elles présentent des taches blanches. Il a été démontré que celles-ci étaient dues à une mutation génétique provoquée par le rayonnement nucléaire consécutif à la catastrophe nucléaire de 1995.

Origine alimentaire

Moineaux domestiques (Passer domesticus)  normal et leucique

Moineaux domestiques (Passer domesticus)  normal et leucique (leucistique). Les passereaux sont "souvent" touchés. Photographie : Bob Talbot

L'hypothèse alimentaire a été développée par plusieurs auteurs. L'idée de base est que la moindre privation alimentaire au moment de la pousse des plumes provoque une "trace de faim" sur les plumes, souvent soulignée par une zone blanche de largeur proportionnelle à la durée de la privation. Cette privation peut être quantitative ou qualitative ou être provoquée par la présence de certains produits chimiques, ce qui entraîne une baisse de la pression sanguine et donc une mauvaise arrivée de sang dans le follicule en croissance.
Cette explication explique la symétrie observée dans les marques, ainsi que leur aspect : chez les jeunes, chez lesquels les rémiges poussent à peu près en même temps, une bande alaire blanche continue apparaît, tandis que chez les adultes, pur qui la mue est étalée sur beaucoup plus de temps, seules quelques plumes sont touchées (si la privation est de courte durée).
Il faut signaler que le lien entre trace de faim et privation de nourriture est remis en cause par certains auteurs. Ils trouvent cependant un lien entre une sous-nutrition et l'apparition de zones blanches sur les ailes et manque de barbes sur les rémiges.
Des chercheurs ont démontré que la carence en lysine, un acide aminé, se traduit par une croissance générale nettement plus faible et la présence de plumes blanches ou de barres alaires blanches semblables à celles observées dans la nature. Le rajout de lysine dans l'alimentation des oiseaux concernés empêche l'apparition de dépigmentation.
Un déficit important de l'activité (mais pas forcément de la quantité) de la tyrosinase, enzyme responsable de la fabrication de la mélanine, dans les plumes des oiseaux carencés en lysine, a ainsi été constaté.

Toutes les familles sont touchées

Goéland argenté (Larus argentatus) leucique ou partiellement albinos

Goéland argenté (Larus argentatus) leucique (ou partiellement albinos ?) : une confusion avec un Goéland bourgmestre (Larus hyperboreus) est facile.
Photographie : Olivier Cousson

Albinisme et leucisme concernent toutes les familles d'oiseaux, mais à des degrés divers : certaines d'entre elles sont particulièrement "touchées", comme les anatidés ou les rallidés. L'albinisme est d'ailleurs favorisé dans les élevages (cas du Cygne tuberculé mutant albinos immutabilis, dont le plumage est entièrement blanc même chez les poussins et les juvéniles) : la fréquence élevée de reproduction entre des individus apparentés augmente l'apparition de des mutations. On rencontre aussi un taux assez élevé d'oiseaux leuciques ou albinos chez les passereaux. Par contre, chez les rapaces, ces phénomènes sont rares.

Confusion possible dans l'identification

Des oiseaux atteints d'albinisme partiel ou de leucisme peuvent provoquer une confusion chez l'observateur : une Corneille noire peut ainsi être prise pour une Corneille mantelée, un Martinet noir (Apus apus) pour un Martinet des maisons (Apus affinis), un Goéland argenté pour un Goéland bourgmestre, ou un Merle noir pour un Merle à plastron (Turdus torquatus)...
En cas de doute, rappelez-vous que la taille, la silhouette, la forme du bec, le comportement général d’un oiseau, la saison et la répartition sont d'autres éléments qui doivent être pris en compte pour identifier un oiseau dont le plumage est curieux. Comparer l’oiseau à ceux qui l’entourent peut aussi vous aider à déterminer de quelle espèce il s’agit.  Bien souvent, les taches et zones blanches ne sont pas régulières, ou en tout cas différent des critères normaux d'espèces rares. Avant toute conclusion hâtive, prenez le maximum de notes.

À lire aussi sur Ornithomedia.com

Dans les forums d'Ornithomedia.com

Participez aux discussions "Moineau leucique où ?" et "Chardonneret leucique".

Ouvrages recommandés

Source

F. Malher (2004). Le leucisme : les oiseaux qui se déguisent. L'Oiseau-Magazine. Numéro : 76. Pages : 46-55.

Vos commentaires sur :
"L'albinisme et le leucisme chez les oiseaux"

Vous devez être identifié(e)/connecté(e) pour accéder à cette page ! Si vous êtes déjà inscrit(e), rentrez votre email et votre mot de passe dans la zone "S'identifier/Devenir membre ".

Vous devrez alors revenir sur l'article actuellement consulté pour pouvoir réagir dans la boite de commentaires.


Commentaires postés :

JLambillon

Les éleveurs de canaris connaissent bien ces mutations; des oiseaux appelés "phaeo" ont une absence de mélanine (noire) mais conservent la phaeomélanine brune; ces oiseaux ont les yeux rouges.
Ils existent aussi des oiseaux blancs récessifs avec les yeux rouges et des oiseaux blancs dominants avec les yeux noirs.
Le bécasseau variable et le moineau leucique de l'article semblent avoir perdu la mélanine et conservé la phaeomelanine. Leurs becs sont pâles.

07/03/2018

Répondre

Les Archives d'Ornithomedia.com

Pour 6 € pour 6 mois ou 10 € pour un an, consultez tous les articles parus
sur Ornithomedia.com depuis plus d'un an. Abonnez-vous !

Actualités : Brèves | Agenda | Spécial

Magazine : Études | Interviews | Analyses | Observer en France | Voyages |

Pratique : Débuter | Conseils | Équipement | Identification |

Communauté : Observations | Galerie | Forums | Blog

Achat & Vente : Boutique | Annonces

Découvrez chaque jour sur Ornithomedia.com, les dernières infos sur les oiseaux en France, en Europe et dans le monde : des conseils (reconnaître les oiseaux du jardin, fabriquer un nichoir, nourrir un oisillon) et des carnets de voyage ornithologiques dans les parcs et réserves naturelles, des observations et des photos d'oiseaux. Notre boutique propose également des jumelles, des longues-vues, des trépieds et des guides ornithos.



L'actualité sur l'observation des oiseaux sur notre page facebook   L'actualité sur l'observation des oiseaux sur notre compte Twitter   L'actualité sur l'observation des oiseaux sur notre page Google+   L'actualité ornithologique épinglée sur notre page Pinterest