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  Le sauvetage de deux aiglons de Bonelli | L'opération de sauvetage
 
L'opération de sauvetage

L'évènement déclencheur: la mort d'un mâle d'Aigle de Bonelli

Une note de la Direction de l'Environnement du Languedoc-Roussillon datée du 21 mars 2008 a annoncé qu'un Aigle de Bonelli mâle adulte avait été trouvé mort électrocuté dans l’Hérault
le dimanche 2 mars 2008 sur la commune de Notre-Dame-de-Londres. C’était le second Aigle de
Bonelli retrouvé mort d’électrocution dans ce secteur au cours de ces quinze dernières années.
L'identification et l'autopsie de l'oiseau ont été réalisées par une vétérinaire,
contactée par le maire de Notre-Dame-de-Londres. L'autopsie a confirmé que certes l'électrocution était à l'origine de cette mort brutale, mais la radiographie a révélé la présence de 38 plombs, dont quatre de gros calibre, résultant de deux actes de tirs anciens distincts, et une fracture du tibiotarse gauche, remontant à environ un mois.
L’oiseau trouvé mort était le mâle d’un des quatre couples reproducteurs de l’Hérault. En plein période de couvaison, la femelle n’étant plus en mesure de couver ses œufs et de s’alimenter simultanément, la réussite de la reproduction de ce couple a été compromise.
Cette disparition, qui fait suite à celle, deux ans plus tôt, d’un autre couple dans le Minervois, aboutit à la perte d’un oiseau adulte par an et de 40 % des couples reproducteurs de l’Hérault depuis 3 ans.
Cette situation est extrêmement dommageable pour l’espèce et compromet les nombreux efforts pour restaurer une population régionale. L’État (DIREN) a donc décidé de porter plainte contre X pour destruction d’espèce protégée.

L'opération de prélèvement des œufs

Poussin éclos en couveuse
L'un des deux poussins d'Aigles de Bonelli (Aquila fasciata) éclos en couveuse
Photo: Fabrice Bosca

Suite à la mort par électrocution du mâle d'Aigle de Bonelli du site de nidification "24" (tenu secret) situé dans la commune de Notre-Dame-de-Londres le 2 mars, l'UFCS a décidé en accord avec la DIREN du Languedoc-Roussillon de prélever les œufs en cours d'incubation sur ce site.
Le 3 mars, la femelle du site 24 couvait en continu sans que le mâle ne soit observé (information: David Lacaze référent des sites de nidification 22, 24, 25).
Le 4 mars, les membres de l'UFCS ont appris la mort de ce mâle (information: Marie-pierre Puech, vétérinaire à Ganges). Le 5 mars, au lever du jour, la femelle couvait encore: elle avait passé près de trois jours sans s'alimenter. A 11h20, la femelle quittait l'aire et à 11h45, un grimpeur récupérait les œufs et les mettait dans une boîte isotherme. A 16h45, ils ont été acheminé d'urgence par Alain Ravayrol vers le centre U.F.C.S. de Boucieu-le-Roi (Ardèche) où ils ont été placés dans une incubatrice par Jean-claude Mourgues.
L'éclosion du premier œuf a eu lieu le 17 mars au matin et celle du 2ème le 20 mars au matin.

Remettre les poussins dans la nature

Les deux aiglons de Bonelli
Les deux aiglons de Bonelli (Aquila fasciata)
Photo: Fabrice Bosca

La décision a été prise de réinsérer rapidement ces deux poussins dans leur milieu naturel, soit en les faisant adopter par un autre couple reproducteur, soit par la méthode du taquet, une technique qui consiste à placer les poussins à réintroduire dans un nichoir artificiel placé sur le site choisi pour le lâcher, à un âge où ils sont incapables de voler mais, par contre, capables de déchiqueter la nourriture seuls. Les poussins vont progressivement sortir du nichoir pour explorer les alentours du nid et revenir se nourrir dans le nichoir, puis ils vont gagner progressivement leur indépendance.

Choisir un site de lâcher

Sur l'ensemble des sites nationaux de nidification, seulement deux d'entre eux étaient concernés par une date de ponte équivalente (un dans le Gard et un dans l'Hérault). La méthode du taquet, n'avait été retenue que comme dernier recours compte tenu de la lourdeur matérielle de sa mise en œuvre.
La date d'éclosion et le nombre de poussins nés sur les deux sites adoptifs potentiels a donc été suivie de près par Jean-claude Armand et Béranger Rémy (association CO-Gard), Alain Cauzid-Espérandieu (ONCFS), Alain Ravayrol (association Salsepareille) sur le site 21, et par David Lacaze sur le site 22. L'éclosion sur le site 21 a eu lieu entre le 19 et le 21 mars.
Un troisième site dans le Gard (le site 20) a connu une date d'éclosion décalée de quatre à six jours le 23 mars (sources: CO-Gard, Syndicat Mixte du Massif et des Gorges du Gardon) et pouvait également être utilisé comme site d'adoption.

Le site 22

Sur le site 22, l'éclosion n'avait toujours pas eu lieu le 27 mars (soit une durée d'incubation supérieure à 50 jours, alors que la durée normale est de l'ordre de 42 jours), et l'on pouvait supposer que les œufs n'étaient pas viables ('clairs"). Les membres de l'UFCS ont donc décidé de réinsérer les deux aiglons prioritairement sur ce site, tout en imaginant l'éventualité de les faire adopter sur les sites 20 et 21 au cas où une éclosion tardive aurait lieu sur le site 22. La date du 29 mars a été retenue car les prévisions météorologiques annonçaient une journée ensoleillée et non ventée (17-18°C à midi); en outre, il fallait à tout prix éviter un choc thermique trop important pour les poussins au cas où la femelle tarderait à revenir.
Le 29 mars, l'équipe est arrivée à proximité de l'aire aux environs de 13 heures. Thierry Durand et Pascale Seven de la DIREN Languedoc-Roussillon, Jean-claude et Bernadette Mourgues de l'UFCS, David Lacaze (collaborateur bénévole du PNRAB) et Alain Ravayrol de la Salsepareille étaient présents.
La femelle a décollé au cours de l'approche sur corde. Les deux œufs "clairs" sont été prélevés et remplacés par les deux poussins.

Les deux poussins ont été adoptés!

A l'arrivée des intervenants dans le poste d'observation à distance, soit 15-20 minutes plus tard, la femelle était déjà sur son aire. Son comportement au cours de l'après-midi fera alterner les temps de couverture des aiglons (pour les abriter de la chaleur) et les apports de brindilles fraîches de Chêne vert. Elle a quitté le site à deux reprises pour des durées inférieures à un quart d'heure. Le mâle, absent pendant une grande partie de la journée et ignorant la présence nouvelle des poussins, est revenu sur le site en fin d'après-midi, sans proie (information: David Lacaze).
Le lendemain, voyant la femelle protéger les deux "nouveaux venus", le mâle a apporté une proie dans la matinée. Les deux jeunes ont été très rapidement nourris par la femelle. Cette expérience d'adoption a donc été menée avec succès.

Une opération réussie

Bien sûr, cette opération ne fait que limiter les dégâts que constitue la mort d'un adulte, qui affecte sérieusement la santé de la population française d'Aigles de Bonelli. L'enjeu prioritaire reste l'élimination des causes de déclin de l'espèce, comme les destructions volontaires (tirs) ou involontaires (électrocutions). Il convient de rappeler que le mâle avait reçu 38 billes de plomb probablement durant l'hiver, puis 20 000 volts quelques temps après (ndlc). Toutefois, dans certaines circonstances (comme ici la découverte rapide du cadavre et la transmission immédiate des informations), la réactivité du réseau et des acteurs peuvent permettre d'atténuer l'accumulation des échecs, pour un investissement limité.
La technique de l'adoption (fostering) est en général facilement applicable au sein d'une population sauvage.
Outre de la disparition d'un adulte sur l'un des quatre derniers sites héraultais, l'échec de la reproduction sur les deux sites sur lesquels l'UFCS est intervenue aurait affecté la productivité régionale d'une façon non négligeable. En effet, depuis 2005, on a constaté la disparition d'un adulte cantonné par an dans l'Hérault (en 2006, le site 27, en 2007, le deuxième individu du site 27, et en 2008 le mâle du site 24).

Une bonne nouvelle

Le couple du site 24 s'est reconstitué dès la semaine suivante avec l'arrivée d'un jeune mâle probablement né en France car porteur d'une bague métal (observation : David Lacaze), qui a donc remplacé le mâle électrocuté.

Sources

Aigle de Bonelli Méditerranéen Meconnu
Un ouvrage de référence: Aigle de Bonelli Méditerranéen Meconnu de F. Larrey et T Roger (Commander sur Amazon)

- www.aigledebonelli.org
- La fiche sur l'Aigle de Bonelli du Ministère de l'Ecologie et du Développement Durable: www.ecologie.gouv.fr/L-aigle-de-Bonneli.html
- Equip de Biologia de la Conservacio Aliga perdiguera: www.ub.edu/aligaperdiguera/

Un ouvrage à commander

Une superbe monographie à découvrir, publiée le 1er novembre 2007: Aigle de Bonelli, Méditerranéen Meconnu de F. Larrey et T Roger

A visiter

Le site web de l'Union Française des Centres de Soins de la faune sauvage (U.F.C.S.): www.chez.com/uncs


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