L'approche du Pluvier guignard
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Jean-Yves Barnagaud
photographiant un Guignard peu farouche
Photo : Tib78 |
Le Pluvier guignard est connu
pour être peu farouche, y compris en halte migratoire. C'est d'ailleurs
une des raisons pour lesquelles cet oiseau a été décimé
au cours du XIXème siècle, sa facilité de capture ayant parfois
donné lieu à une chasse presque " industrielle ".
Nombreux sont les observateurs qui tentent d'approcher le Pluvier guignard, avec
plus ou moins de succès : il est vrai qu'avec un minimum d'expérience,
on peut réaliser des observations à des distances inférieures
à 10 mètres, permettant notamment de réaliser des photographies
avec un matériel traditionnel, un téléobjectif de 200 mm,
voire un objectif standard de 50 mm, pouvant alors suffire à réaliser
de très bon cliché. Le but de ces quelques lignes est de présenter
les précautions à prendre pour approcher un groupe de Pluviers guignards
sans provoquer la fuite des oiseaux, voire même en établissant avec
les oiseaux une relation de confiance. Rien de bien original, les conditions d'approche
sont globalement les mêmes que pour n'importe quel animal ; à ceci
près que les groupes de Pluvier guignard sont en général
observés dans des plaines cultivées, excluant toute cachette.
Préparation
de l'approche
Il convient, avant de procéder
à une approche, de prendre un certain nombre de précautions :
- s'assurer avant toute
choses que, si les oiseaux sont posés sur un champ cultivé, le propriétaire
de la parcelle est d'accord pour vous laisser entrer. Si les oiseaux sont sur
un espace public, veiller à ce que l'approche ne risque pas d'endommager
la flore ou le sol.
- S'assurer également que l'approche ne risque pas de perturber d'autres
oiseaux présents sur la parcelle : nicheurs bien entendu, mais également
autres migrateurs plus farouches, tels que les Vanneaux et les Pluviers dorés
(cela concerne surtout la migration postnuptiale) ; qui, non seulement peuvent
fuir, mais peuvent aussi entraîner les Guignards dans leur fuite.
- veiller enfin à ce que le groupe de Pluviers guignard ne soit pas trop
actif au moment de l'approche. Idéalement, attendre un moment où
les oiseaux sont couchés. D'autre part, il vaut mieux éviter d'approcher
les oiseaux dès leur arrivée : au bout de quelques jours, voire
quelques heures, les Pluviers s'habituent à la présence des ornithologues,
et se laissent approcher plus facilement.
- Eviter les approches répétées : une suffit, car même
confiants, les Pluviers restent des oiseaux en migration, avec toutes les sources
de fatigue et de stress que cela suppose : rater une approche peut faire envoler
les oiseaux, source de fatigue supplémentaire.
Le début de
l'approche
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Croquis de
Pluvier guignard (Charadrius morinellus) : le caractère peu farouche de
l'espèce permet de longs moments d'observation
Dessin : J.-Y. Barnagaud. |
Avant le début de
l'approche, repérer tous les oiseaux : couchés, certains peuvent
être moins repérables de près que de loin, et il y a toujours
un risque que des oiseaux passés inaperçus lors de l'approche ne
déclenchent l'alarme.
Prendre le minimum de matériel : appareil photo et jumelles suffisent.
Il peut cependant être utile d'emporter sa longue vue et de la laisser à
une trentaine de mètres des oiseaux : il semble que cela les mette en confiance.
- Pendant toute la durée
de l'approche, dès qu'un oiseau couché tend le cou, ou se lève,
s'arrêter et se coucher immédiatement. Ne reprendre l'approche qu'une
bonne minute après que l'alerte soit complètement retombée
(les oiseaux se recouchent, se toilettent ou ne regardent plus uniquement dans
votre direction). Si les Pluviers commencent à fuir, cesser toute progression,
c'est inutile et néfaste.
- Faire un premier palier
à 30 mètres si les oiseaux n'ont pas bougé. Laisser passer
une dizaine de minutes sans trop bouger, en observant bien le comportement de
chaque oiseaux : s'ils sont complètement indifférents, rien n'empêche
de continuer l'approche. Si plus de la moitié du groupe vous surveille
intensément, mieux vaut attendre.
- Dès lors, n'avancer
qu'à genoux ou courbé en deux. A chaque mouvement des oiseaux, s'arrêter
impérativement, et attendre qu'ils reprennent leur attitude initiale. Même
s'ils sont calme, faire au minimum une pause tous les 5 mètres: cela les
habitue à votre présence. Si vous utilisez un appareil photo, prenez
régulièrement des clichés, de manière à les
habituer au bruit du déclencheur. Autour de 15 mètres, si les oiseaux
n'ont pas bougé, marquer une pause d'au minimum 5 minutes.
- A partir de 15 mètres,
n'avancer qu'en rampant, en marquant une pause tous les 3 mètres environ.
Les oiseaux marqueront forcément des signes d'inquiétude : cou tendu,
certains individus peuvent même se relever et courir sur quelques mètres.
Il suffit alors de se coucher complètement et d'attendre sans bouger que
les Pluviers se recouchent : s'ils vous surveillent, ce n'est pas très
grave, tant qu'ils ne bougent pas. D'autre part, si tout le groupe se lève,
ou si des oiseaux levés commencent à agiter les ailes, se retirer
à une distance de 10 à 20 mètres. En revanche, un seul oiseau
levé se recouche souvent très vite.
- Parvenu à une
distance de 5 mètres, sans que les oiseaux ne se relèvent, une fuite
est peu probable, pour peu que vous ayez des mouvements très lents et fluides.
Jaugez de la nécessité de s'approcher plus : si vous avez déjà
un oiseau en gros plan dans le viseur, mieux vaut vous concentrer sur la prise
de vue que sur une approche qui serait de toute façon limitée par
la distance de mise au point minimale de votre objectif.
- Rester le moins longtemps
possible à des distances inférieures à 5 mètres :
les oiseaux ne manifestent pas forcément d'inquiétude, mais vous
risquez de prendre de mauvaises décisions, ou de tenter des manuvres
trop risquées. Bien entendu, même si cela est possible, ne jamais
tenter de toucher un oiseau. D'autre part, si vous restez trop longtemps au milieu
du champ, vous risquez d'attirer l'attention de passants (agriculteurs, promeneurs),
qui, s'ils s'approchent eux aussi des oiseaux, le feront sans doute avec moins
de soin.
La retraite
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Le Pluvier
guignard (Charadrius morinellus) est peu farouche, mais il convient de ne jamais
inquiéter l'oiseau
Photo : Tib78 |
Ne restez pas plus de 10
minutes à moins de 10 mètres des oiseaux : c'est de toute façon
amplement suffisant pour prendre plusieurs dizaines de photographies ! La retraite
doit se faire de manière fluide et lente, sans jamais quitter les oiseaux
des yeux. Ne surtout pas se relever complètement avant d'avoir atteint
une vingtaine de mètres de distance. Bien évidemment, si les oiseaux
s'inquiètent, mieux vaut s'arrêter et marquer un palier avant de
finir le retour.
De cette manière,
il est possible d'approcher des Pluviers guignard à des distances inférieures
à 2, voire 1 mètre. Ne pas en abuser, bien sûr : Evitez de
vous approcher plus de 3 fois du même groupe dans la même journée.
De même, une approche à plus de 2 personnes doit s'arrêter
à 10 mètres des oiseaux. En vous relayant, il n'y a aucune raison
que les oiseaux ne prennent peur, pour peu qu'une discipline stricte soit appliquée
par tous. Ajoutons qu'une approche à 2 mètres prend, au grand minimum,
30 minutes. C'est peu, il vaut donc mieux y passer plus de temps, ce qui permet
aux oiseaux de s'habituer à votre présence.
Le moment idéal
pour approcher les Guignards est aussi le pire pour la photographie : en pleine
journée, lorsque les oiseaux sont couchés et peu actifs. Le soir,
les périodes de repos sont plus brèves, ce qui nécessite
une discipline, un calme et une habitude des oiseaux accrus si l'on veut réussir.
C'est pourquoi il est conseillé de " s'entraîner " au préalable
en pleine journée, de manière à jauger les oiseaux, à
les habituer à votre présence et à vous habituer vous-même
à combattre l'état de demi-euphorie que peut générer
un contact si rapproché avec eux.
Enfin, n'oublions pas que c'est
la sécurité des Pluviers qui prime sur tout le reste : c'est la
seule chose que vous devez avoir à l'esprit en vous approchant !
Contact
Vous pouvez transmettre vos observations ornithologiques en Eure-et--Loir
à Jean-Yves Barnagaud (jy.barnagaud@wanadoo.fr)
et celles réalisées dans les Yvelines à
Christian Letourneau (christianletourneau@wanadoo.fr).
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