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  Le dessin des oiseaux | techniques : compléments
 
Techniques : compléments

Un grand croquis

On s'en doute, un bon croquis doit réunir plusieurs qualités : il doit être lisible, comporter tous les détails nécessaires à la reconnaissance de l'oiseau représenté, et avoir une certaine esthétique (ce qui n'est cependant pas toujours possible).
Un bon croquis est un grand croquis : en moyenne, l'oiseau représenté devrait remplir un bon tiers de la page, ce qui est absolument impossible à faire lorsqu'on a pris auparavant l'habitude de dessiner petit… Ceci étant, il n'y a pas de règle générale, et on peut très bien choisir de représenter cinq ou six oiseaux par page, chacun sous un angle différent bien entendu. Ne jamais surcharger une planche : il vaut mieux laisser beaucoup de blanc, faute de quoi le dessin devient illisible !


Ne rien inventer !

Faucon d'Eléonore (Falco eleonorae)
Ce Faucon d'éléonore est passé trop vite pour pouvoir saisir tous les détails de son plumage, qui n'ont donc pas été dessinés. Cela n'empêche pas que la forme seule de ce faucon est tout à fait acceptable, et donne une certaine vie au dessin.
Dessin : Jean-Yves Barnagaud

On a souvent tendance à dessiner davantage que ce que l'on n'observe réellement, et ce de manière inconsciente : c'est pourtant la seule erreur vraiment grave que l'on risque de commettre avec un croquis de terrain.
Ainsi, un dessinateur peut très bien représenter une barre alaire qu'il n'a pas vue (bien qu'il sache pertinemment que l'oiseau en possède une). Cette attitude est particulièrement gênante sur des oiseaux rares qui nécessitent la réalisation de fiches d'observation !
Ainsi, lors de l'observation d'un Pouillot à grands sourcils (Phylloscopus inornatus), il ne faut surtout pas indiquer sur le dessin deux barres alaires lorsqu'on n'en a observé qu'une seule…
De même, si l'on n'a pas fait attention à une partie de l'oiseau, mieux vaut ne pas la dessiner : il est préférable de n'avoir qu'une moitié de "piaf" plutôt qu'un oiseau complet à moitié imaginé.
En résumé, la règle d'or du croquis est simple : il ne faut rien inventer.
Cette règle reste valable pour la couleur : comme il n'est pas évident de transporter une boite d'aquarelles un peu partout, on est souvent amené à noter les couleurs observées. Au moment du coloriage, si la couleur d'une partie de l'oiseau n'a pas été observée, cette partie doit rester en noir et blanc (même si cette partie est caractéristique d'une espèce).

Hirondelle rousseline (Hirundo daurica)
Ce dessin n'est pas fiable : le croupion pâle de l'Hirondelle rousseline (Hirundo daurica) est inventé à partir de caractères observés antérieurement.
Dessin : Jean-Yves Barnagaud.

Toujours à propos des couleurs, il faut bien se souvenir que la couleur d'un oiseau varie largement selon la teinte du fond. On cherchera donc à reproduire au plus près la couleur observée, et non celle qui devrait être observée, quitte à effectuer, au bas de la feuille, une palette des variations de couleurs observées. Ceci étant, de manière générale, je conseille de conserver tels quels les dessins faits sur le terrain, un peu comme l'on conserve le négatif d'une photo : il vaut mieux reprendre ses croquis ultérieurement plutôt que de les colorier ou de les peindre directement.

Mémoriser

Robin à flancs roux (Tarsiger cyanurus)
Le gabarit de ce Robin à flancs roux est obtenu à l'aide d'un parallélogramme, d'un carré, de deux cercles et deux triangles. Il "suffit" ensuite de lisser les contours. Dessin : Jean-Yves Barnagaud.

Passons au dessin lui-même. Sur le terrain, l'observation d'un oiseau est souvent fugitive : il faut donc penser à bien observer l'oiseau avant même de sortir son carnet de dessin : un Roitelet reste rarement en place plus de 10 secondes…
Une fois que l'on a repéré les caractères principaux (les plus visibles ou les caractères que l'on sait distinctifs), il faut sortir le plus rapidement possible son carnet (pas brusquement pour ne pas affoler l'oiseau), l'ouvrir sur une page vide, puis reprendre ses jumelles et réobserver l'oiseau (car on oublie vite nombre de détails). Ensuite, il faut commencer par dessiner la forme générale de l'oiseau, avant de se concentrer sur telle ou telle partie (dans le cas contraire, il est quasiment certain que les proportions seront faussées).

pélican (Pelecanus sp.)
De nombreux petits traits serrés ont été nécessaires pour former le postérieur du Pélican : les traits erronés n'ont cependant pas été gommés pour garder une certaine spontanéité. Au contraire, le dos n'est matérialisé que par deux traits
Dessin : Jean-Yves Barnagaud.

Pour ce premier temps, il existe deux méthodes : soit l'on cherche à établir le contour de l'oiseau au moyen de nombreux petits trais serrés, soit à l'aide de grands traits lâches. Dans les deux cas, on pensera avant de reprendre les détails à repasser le meilleur contour obtenu (souvent une moyenne des différents traits tracés) en un ou deux traits les plus précis possibles.
On peut aussi se souvenir de la recette donnée par de nombreux peintres animaliers, dite du "poulet de maman", décrite précedemment : effectuer un gabarit de l'oiseau à l'aide de cercles, de triangles et de carrés avant de repasser les contours le plus exactement possible… Cette recette est cependant difficile à mettre en œuvre rapidement sur le terrain, mieux vaut l'utiliser à l'atelier.
Une fois que le contour est à peu près tracé (sauf les parties non observées), on peut commencer à détailler l'oiseau : en premier lieu, les caractères les plus visibles et l'œil (seul organe que l'on peut se permettre de dessiner sans l'avoir observé). Ensuite seulement, on peut essayer de griser les parties sombre, rajouter des détails moins essentiels… Ceci étant, inutile de compter le nombre de couvertures visibles : il s'agit d'un dessin de terrain et non d'une planche de précision.

Pouillot de Hume (Phylloscopus humei) La queue de ce Pouillot de Hume (Phylloscopus humei) n'a pas été observée correctement et n'est pas représentée. Bien que le dessin soit peu précis, on distingue tout de même le grand sourcil et la présence d'une seule barre alaire qui donnent déjà des renseignements sur l'oiseau. La petite flèche, ajoutée ensuite, donne la couleur du plumage de l'oiseau.
Dessin : Jean-Yves Barnagaud

Autres éléments du dessin

Pluviers guignard (Charadrius morinellus)
Ces Pluviers guignards, très coopératifs, ont permis de détailler leur plumage malgré la distance d'observation : le nombre de couvertures et primaires importe peu, le principal étant l'aspect global.
Dessin : Jean-Yves Barnagaud.

En dernier lieu, détaillez les couleurs au moyen de bref commentaires sur le dessin lui même. Plutôt que de choisir les noms de couleurs conventionnels (les "bleu cobalt" ou "terre d'ombre" ne sont guère évocateurs), on choisira des images personnalisées (du type : "couleur tuile", "+/- le pelage du chat des voisins", etc…).
Inutile de se concentrer sur les ombres, du moins dans un premier temps : on les dessine souvent au mauvais endroit, ce qui gâche le dessin : mieux vaut ne faire aucun ombrage que de mal les placer.
Le décor n'est pas toujours évident à saisir, et ce n'est d'ailleurs pas souhaitable que trop d'éléments du paysage soient présents : une ou deux feuilles ou branches suffisent amplement.
Comme toujours dans les dessins scientifiques, le titre du dessin est absolument nécessaire : il doit comporter au moins : espèce, date, lieu ; ainsi que des remarques personnelles moins essentielles.


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