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Le plateau de Leefdaal (Belgique), un site à haut potentiel ornithologique

Benoît Forget nous présente ce secteur d'apparence "ordinaire", situé à deux pas de Bruxelles, qui a confirmé son attractivité pour les oiseaux lors de l'hiver 2015-2016.

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Le plateau de Leefdaal (Belgique), un site à haut potentiel ornithologique

Vue du plateau de Leefdaal (Belgique) depuis le poste de suivi migratoire situé entre les villages de Leefdaal et de Korbeek-Dijle.
Photographie : Maxime Fajgenblat

Le plateau de Leefdaal est une zone de collines située dans la province belge du Brabant flamand, non loin de Bruxelles et de Louvain. Par rapport aux riches plans d’eau de la vallée de la Dyle toute proche, il ne donne pas forcément d'entrée de jeu l'envie à l'amateur d'oiseaux d'y passer les quelques précieuses heures d'observation qu'il aurait devant lui : en effet, le paysage peut paraître un peu "morne" et les déplacements des engins agricoles ne permettent pas toujours de profiter des lieux en toute quiétude. Pourtant, avec 182 espèces observées, ce plateau possède un réel potentiel ornithologique.
Et l’augmentation du nombre d'observateurs depuis quelques années semble avoir créé un cercle vertueux : chaque saison apporte son lot de données remarquables qui semblent elles-mêmes attirer de nouveaux passionnés plus ou moins réguliers. Au cours de l'hiver 2015-2016, des concentrations inhabituelles de Grandes Aigrettes, de Hérons cendrés et de Busards Saint-Martin et un rassemblement de plusieurs Hiboux des marais ont confirmé l’intérêt ornithologique du plateau de Leefdaal.

Abstract

The plateau of Leefdaal is a hilly area located in the Belgian province of Flemish Brabant, near Brussels and Leuven. Compared to the rich lakes of the nearby Dyle Valley, it does not necessarily encourage birders to spend a few hours: indeed, the landscape may seem a bit 'dull' and the movements of farm vehicles do not always allow enjoying the place peacefully. Yet, with 182 bird species already recorded, this plateau has a real ornithological potential. And the increasing number of birders since a few years seems to have created a virtuous circle: each season brings interesting new data that seem to attract new people. During the 2015-2016 winter, unusual concentrations of Great White Egrets, Northern Harriers and Short-eared Owls have confirmed the ornithological interest of the plateau of Leefdaal.

Présentation du plateau de Leefdaal

Situation du plateau de Leefdaal (Belgique)

Situation du plateau de Leefdaal (Belgique).
Carte : Ornithomedia.com

Le plateau argileux de Leefdaal est une zone de collines (altitude moyenne : 60 mètres) située près de Bruxelles, entre deux rivières orientées nord-est-sud-est : à l’ouest, la Voer coule dans une petite vallée verdoyante ponctuée de quelques étangs et longe le village de Leefdaal et son château médiéval, tandis qu'à l’est, la vallée de la Dyle (Dile) est plus large et est connue pour les réserves naturelles de Doode Bemde (gérée par Vrienden van Heverleebos en Meerdaalwou) et de Grootbroek Rhode-Sainte-Agathe (gérée par Agentschap voor Natuur en Bos).
Le paysage du plateau est essentiellement composé de champs bordés de haies buissonnantes (d’aubépines notamment). Deux bois de hêtres et de peupliers complètent ce paysage d’apparence assez classique. Le Weebergbos, un bois de hêtres plus vaste, ne fait officiellement pas partie du plateau mais sa visite permettra de compléter votre liste d’oiseaux. Le Milan royal (Milvus milvus) a niché avec succès en 2013 dans ces zones boisées, une grande première pour la région.
C'est aussi un site très intéressant pour l’observation des oiseaux de passage. Le chemin bétonné du Bredeweg, qui parcourt les hauteurs du plateau et d’où partent plusieurs sentiers, passe par d'excellents points d’observation lors des migrations prénuptiale et postnuptiale.

Accès

Au départ de Bruxelles, en voiture, il faut emprunter la longue avenue de Tervuren jusqu’au village de Tervuren proprement dit et poursuivre son chemin en direction de Louvain, sur la chaussée du même nom. Quelques kilomètres après avoir dépassé le magnifique Musée Royal d’Afrique centrale, un lieu magique construit au 19ème siècle par Léopold II présentant l’une des plus prestigieuses collections mondiales d’art africain, un panneau indique sur la droite l’accès au village de Leefdaal. La petite église du village constitue d’ailleurs un lieu idéal de rendez-vous pour explorer le plateau. Une supérette (Carrefour Express) et une friterie de bonne réputation permettent au besoin de se sustenter. Il faut ensuite emprunter vers le sud–est la Neerijse Steenweg qui commence derrière l’église : elle monte vers le plateau, quittant assez rapidement les dernières maisons pour longer le bois de Weebergbos. C’est précisément à l'extrémité de celui-ci que débute sur la gauche le Bredeweg. Un petit parking jouxte le bois et permet d’entamer la visite du site à pied.

Carte du plateau de Leefdaal (Belgique)

Carte du plateau de Leefdaal (Belgique) et emplacements de trois bons points d'observation (points 1, 2 et 3). En orange, la limite du plateau de Leefdaal sur le site web Observations.be.
Carte : Ornithomedia.com

Sur la carte ci-contre, les emplacements de trois bons sites pour l'observation des oiseaux sont indiqués :

  • le premier point (numéro 1 sur la carte) le plus au nord permet d'avoir une large vue sur les prés et les secteurs bordant la route où des Hérons cendrés et des Grandes Aigrettes se sont rassemblés durant l'hiver 2015-2016.
  • Le second point (numéro 2 sur la carte), situé le long du Bredeweg, domine des prés s’étendant au nord et offre une vue sur près de 360 degrés (voir sa localisation sur Google Maps). C’est un excellent site d’observation de la migration d'automne. Pour y accéder, il faut se garer le long de la route Delle (sans gêner les engins agricoles ni les cyclistes) qui relie la Blokkenstraat (village de Korbeek-Dijle) et la Dorpstraat (village de Leefdaal).
  • Le troisième point (numéro 3 sur la carte), le plus au sud, surplombe une partie de la vallée de la Dyle et est surtout prisé durant la migration de printemps.

Un site à haut potentiel ornithologique

Le plateau de Leefdaal peut être qualifié de site à "haut potentiel ornithologique" : 182 espèces d’oiseaux y ont en effet été recensées (et même 188 avec son prolongement naturel, le plateau de Leuven-Huldenberg), dont 19 rapaces diurnes et 5 nocturnes. C’est l’un des trois seuls plateaux du Brabant flamand recensés sur le site web collaboratif Observations.be où plus de 100 espèces d’oiseaux ont été observées, avec ceux de Vissenaken non loin de Tirlemont (122 espèces) et de Sterrebeek-Moorsel près de Zaventem (142 espèces). L'intérêt pour le lieu ne date pas d'hier puisque les premières données visibles sur Observations.be remontent à 1971.

Vue aérienne du plateau de Leefdaal (Belgique)

Vue aérienne du plateau de Leefdaal (Belgique).
Photographie : Desiré Vanautgaerden

Le nombre croissant d'observateurs améliore le suivi ornithologique sur l’année, et les observations remarquables rapportées augmentent. Selon un récent décompte des personnes ayant saisi des données pour ce secteur, 131 observateurs ont parcouru le site depuis le début de l’année 2016, soit une hausse de 30 % par rapport à la même période de l'année précédente (90). Seule l'année 2013 avait attiré plus de 100 observateurs (112 exactement), essentiellement du fait de la découverte d’une Pie-grièche isabelle (Lanius isabellinus) le 27 septembre 2013. Cette observation extraordinaire et sa visibilité remarquable, grâce au forum du site Observations.be, avaient certainement contribué à la célébrité du site et à son "ancrage" dans les mémoires.
Une Outarde canepetière (Tetrax tetrax) avait déjà été notée le 20 avril 2008. La réputation du site s'étoffe donc d'année en année : parmi les "premières" remarquables récentes, citons un Faucon kobez (Falco vespertinus) en août 2013, un Vautour fauve (Gyps fulvus) le 11 juin 2014 (lire Les mouvements de vautours dans le nord de l'Europe sont naturels), la nidification réussie du Milan royal cette même année (une première pour le Brabant flamand), un Guêpier d'Europe (Merops apiaster) en juin 2014 et un Pygargue à queue blanche (Haliaeetus albicilla) le 18 janvier 2016.
En dehors de ces raretés, c'est un site très intéressant pour l'observation des rapaces et des passereaux en migration au printemps et surtout en automne (voir la liste des espèces observées).

Un hiver 2015-2016 à "marquer d’une pierre blanche"

Grandes Aigrettes (Ardea alba)

Grandes Aigrettes (Ardea alba) et Corneilles noires (Corvus corone) sur le plateau de Leefdaal (Belgique).
Photographie : Johan Denonville

L’hiver 2015-2016 sur le plateau de Leefdaal est clairement à marquer d'une pierre blanche. Alors que classiquement on ne note qu’un Héron cendré (Ardea cinerea) ou une Grande Aigrette (Ardea alba), quelques bandes de Bruants jaunes (Emberiza citrinella) et de Linottes mélodieuses (Linaria cannabina) ou un Busard Saint-Martin (Circus cyaneus) en maraude, une pauvreté qui donne d'ailleurs souvent l'envie de descendre rapidement dans les vallées adjacentes généralement plus riches, le plateau du Leefdaal nous a pris à contrepied. Si le mois de décembre 2015 semblait encore assez classique, chaque jour ou presque du mois de janvier 2016 a été une source de surprises.

La saga des Grandes Aigrettes

La Grande Aigrette fait partie des espèces remarquables désormais "classiques" sur le plateau et qui contribuent à sa renommée en hiver (lire Pourquoi voit-on plus de Grandes Aigrettes en France ?). Mais une rapide consultation des données du site Observations.be permet de se rendre compte que cette régularité est toute récente : l’espèce n’a en effet été mentionnée pour la toute première fois que le 1er octobre 2004, et elle n’a été observée qu'à quatre reprises jusqu'en 2009, avec à chaque fois un ou deux oiseaux concernés. Mais un changement rapide semble avoir eu lieu au début des années 2010 : de quatre observations durant l'hiver 2010-2011 (avec de un à quatre oiseaux à chaque fois), on est passé à 68 données lors de l'hiver 2012-2013. Certes, les observations saisies sur le site web Observations.be ne suffisent pas à évaluer le nombre réel d’oiseaux fréquentant le site ni les tendances, mais elles fournissent des indications intéressantes.

Grandes Aigrettes (Ardea alba)

Grandes Aigrettes (Ardea alba) sur le plateau de Leefdaal (Belgique).
Photographie : Eddie Meynen

Le fléchissement du nombre de Grandes Aigrettes vues durant l'hiver 2013-2014 (18 données composées de seulement de un à trois oiseaux) a été suivi par deux records : 208 données (un à six oiseaux à chaque fois) ont été collectées durant l'hiver 2014-2015, et cela semblait déjà constituer un plateau, un "climax". Mais l’hiver 2015-2016 a prouvé que nous n'étions pas au bout de nos surprises.
Les premiers oiseaux ont été notés dès le mois d'août et de un à cinq oiseaux ont été observés régulièrement entre septembre et décembre, ce qui ne semblait pas laisser présager d'un hiver particulier. Mais à partir de la mi-janvier 2016, la présence de l'espèce sur le plateau de Leefdaal a atteint des sommets historiques : 15 oiseaux posés le 18 janvier, 16 le 21 janvier et 18 le 3 février. L’effectif quotidien n’est jamais descendu sous les dix individus, et on a même franchi de nouveaux sommets par la suite : 22 oiseaux le 16 février, 25 le 25 février, 24 le 9 mars…
Le plateau semble ensuite s’être vidé peu à peu, mais 15 oiseaux étaient encore visibles le 21 mars, la date officielle de la fin de l'hiver. Un dernier oiseau aperçu en vol le 3 avril a mis un point final à cette véritable "saga" hivernale. Le spectacle de toutes ces Grandes Aigrettes et de nombreux Hérons cendrés (Ardea cinerea) rassemblés dans un espace réduit était féérique.
NDLR : rappelons par ailleurs que la Grande Aigrette a niché pour la première fois en Belgique en 2012 dans la réserve naturelle et ornithologique de Ploegsteert (lire La Grande Aigrette a niché pour la première fois en Belgique).

Hérons, aigrettes, busards... Un impressionnant tableau impressionniste

Comme pour la Grande Aigrette, c'est à partir de la mi-janvier 2016 que les chiffres semblent s’être emballés pour le Héron cendré, avec régulièrement plus d'une dizaine d’oiseaux observés ensemble. Le 26 février, jusqu'à 30 individus et 22 Grandes Aigrettes ont même été comptés, un nouveau record.
Le tableau ornithologique de l’hiver 2015-2016 sur le plateau de Leefdaal a aussi été marqué par un nombre inédit de Busards Saint-Martin (Circus cyaneus). L'espèce est certes classique sur le plateau en hiver, et il n'est pas rare de noter deux ou trois femelles chassant simultanément, parfois accompagnées d'un mâle. Plusieurs oiseaux se rassemblent parfois aussi le soir venu. Durant l'hiver 2015-2016 cependant, les observateurs ont été témoins d’une présence tout à fait inhabituelle avec jusqu'à dix busards ensemble le 22 janvier, dont trois mâles adultes.

Busard Saint-Martin (Circus cyaneus)

Busard Saint-Martin (Circus cyaneus) sur le plateau de Leefdaal (Belgique) (cliquez sur l'image pour l'agrandir)
Photographie : Yves Quertenmont
Busard Saint-Martin (Circus cyaneus)


Busard Saint-Martin (Circus cyaneus) sur le plateau de Leefdaal (Belgique) (cliquez sur l'image pour l'agrandir)
Photographie : Eddy Van Hoorebeke

Le début de l’année 2016 et 151 données de Hiboux des marais

Hibou des marais (Asio flammeus)

Hibou des marais (Asio flammeus) sur le plateau de Leefdaal (Belgique).
Photographie : Juul Buys

Le Hibou des marais (Asio flammeus) a été l’autre vedette de l’hiver 2015-2015 sur le plateau de Leefdaal. Ce rapace y est visible de plus en plus régulièrement depuis quelques années. Noté pour la première fois en 1997, il est resté rare jusqu’en 2010, avec un total de cinq données sur la période. L'année 2011 semble avoir marqué un tournant, avec 54 observations (concernant à chaque fois un à quatre oiseaux) saisies sur Observations.be. Le Hibou des marais a été observé ensuite chaque année : 26 données en 2012, 7 en 2013, 14 en 2014 et 20 en 2015.
Mais l'année 2016 a peut-être amorcé une nouvelle étape concernant le statut de l'espèce dans la région, avec pas moins de 151 données saisies entre le 1er janvier et le 30 avril 2016 réparties sur 51 jours. En général, un à deux oiseaux étaient vus simultanément. Un dortoir a rassemblé jusqu'à quatre hiboux le 25 janvier. Ces oiseaux ont été vus au même endroit que les Busards Saint-Martin, les Hérons cendrés et les Grandes Aigrettes, et le spectacle était tout à fait extraordinaire.
L'engouement suscité par ces observations fut tel que le mois de janvier 2016 totalisa 27 jours d'observations. Les multiples données de Hiboux des marais ont soulevé une autre question : d'autres friches du plateau sont-elles aussi susceptibles d'accueillir d'autres oiseaux ? Pour en avoir le coeur net, une opération fut organisée "au pied levé" le soir du 5 février 2016, l’idée étant de répartir un maximum d'observateurs motivés en même temps. Une dizaine de personnes du Natuurstudiegroep Dijleland et de Natagora ont répondu à l'appel d'Ingrid Nel et de Benoît Forget. Si au final aucun nouveau Hibou des marais ne fut découvert ce soir-là, cette première action, ainsi que l’agréable soirée organisée par la suite dans la brasserie De Kroon, ont donné l'envie d'organiser d'autres opérations de ce genre, à d'autres moments de l'année, pour compter d’autres espèces sensibles comme la Caille des blés (Coturnix coturnix), l'Hypolaïs ictérine (Hippolais icterina) ou le Bruant proyer (Emberiza calandra). En tout état de cause, cet hiver 2015-2016 nous a confirmé que le plateau de Leefdaal n'avait pas fini de nous étonner.

Auteur

Benoît Forget : forgetbenoit@yahoo.fr

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