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Observer les oiseaux sur l'île de Molène (Finistère), la voisine méconnue d'Ouessant

Suite à l'observation d'une Paruline couronnée le 27/09/2019, présentation de cette île riche en surprises durant les migrations.

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Observer les oiseaux sur l'île de Molène (Finistère), la voisine méconnue d'Ouessant

Vue du bourg de Molène (Finistère) depuis le bateau reliant l'île à la ville du Conquet (Finistère).
Photographie : Marc Fasol

Selon un célèbre dicton, "Qui voit Ouessant voit son sang, qui voit Molène voit sa peine, qui voit Sein voit sa fin". Ces trois îles de Bretagne peuvent en effet être dangereuses pour la navigation par mauvais temps, et les naufrages ont d'ailleurs été nombreux dans le passé. Si les conditions de sécurité se sont améliorées, la prudence reste de mise chez les navigateurs quand la mer est agitée. Par contre, pour les observateurs, ces terres évoquent des oiseaux migrateurs accidentels venus de Sibérie, d'Amérique du Nord, ou même parfois d'Asie centrale.
Molène est plus petite que les îles de Sein et d'Ouessant, et elle est bien moins connue des ornithologues : elle accueille pourtant les plus importantes populations nicheuses françaises de Grands Gravelots (Charadrius hiaticula) et d'Océanites tempête (Hydrobates pelagicus), et elle réserve des surprises durant les migrations, en particulier en automne. Le Pouillot à grands sourcils (Phylloscopus inornatus) y est annuel, et des espèces rares, voire très rares, y sont vues presque chaque année : une Paruline couronnée (Seiurus aurocapilla), un passereau américain qui n'avait jamais été observé en France métropolitaine auparavant, a ainsi été découverte le 27 septembre 2019.
Après des informations pratiques pour se rendre et séjourner sur Molène, nous vous présentons son avifaune nicheuse et migratrice et nous vous proposons une sélection de bons sites d'observation. Nous remercions Marc Fasol (voir sa galerie de photos) et Stanislas Wroza (site web : Soundbirding.org) pour leurs informations et leurs photos.

Abstract

According to a famous saying, "Who sees Ouessant sees his blood, who sees Molène sees his pain, who sees Sein sees its end." These three islands of Brittany (France) can indeed be dangerous for navigation in bad weather, and shipwrecks have been numerous in the past. While safety conditions have improved, caution is still needed for the boats who approach these small, often windswept lands. On the other hand, they are very attractive for birders, as vagrants from Siberia, North America, or even sometimes from Central Asia can appear.
Molène is smaller than the islands of Sein and Ouessant, and it is much less well known to birds: it nevertheless hosts the largest French breeding populations of Ring Plovers and European Storm Petrels, and surprises are always possible, especially in autumn. The Yellow-browed Warbler is annual, and rare and even rare species are seen every year: the 27th of September 2019, a Ovenbird (Seiurus aurocapilla), an American passerine that had never been watched before in metropolitan France, has been discovered there. After practical information to go and stay in Molène, we propose you a presentation of its breeding and migratory avifauna and a selection of several good birding spots. We thank Marc Fasol (his gallery) and Stanislas Wroza (website : Soundbirding.org) for their informations and photos.

Présentation de l'île de Molène

Situation de l'île de Molène (Finistère)

Situation de Molène.
Carte : Ornithomedia.com

L'archipel de Molène (Finistère) est composé de 19 îlots et d'îles s'étendant en mer d'Iroise entre Le Conquet et l'île d'Ouessant. L'île principale de Molène, dont le nom signifie "l'île chauve" en breton, couvre une superficie 95 hectares et compte environ 140 habitants permanents. Une réserve naturelle nationale d'environ 40 hectares, créée en 1992, protège les petites îles voisines de Bannec, de Balanec et de Trielèn et leurs fonds marins. L'archipel de Molène fait aussi partie du Parc naturel marin d'Iroise.
Les habitats naturels sont moins variés que ceux d'Ouessant (dont la superficie est beaucoup plus importante) : jardins bordés de haies ou de murets en pierre, cultures maraîchères, pelouses littorales, étendues de Fougères aigles (Pteridium aquilinum) et de ronciers (qui ont tendance à se développer avec l'abandon du pâturage) côtes rocheuses et sablonneuses et platiers rocheux découverts à marée basse. Il n’existe aucune mare ou plan d’eau douce, à l'exception de l’Impluvium, un petit réservoir construit en 1976 pour collecter les eaux de pluie. Les berges pentues du petit plan d’eau de l'îlot voisin de Lédénez Vraz sont peu favorables au stationnement des oiseaux aquatiques.
La biodiversité des eaux qui baignent l'archipel est remarquable : elles sont très poissonneuses, et on y trouve les plus vastes champs d’algues des côtes françaises, dont près de 1 000 hectares de Laminaires (Laminaria digitata), une grande espèce aux nombreuses utilisations qui a tendance à être surexploitée.

Récifs à marée basse

À marée basse, de nombreux récifs rocheux émergent autour de l'île principale de Molène. À l'arrière-plan, on aperçoit les falaises de l'île d'Ouessant, surplombées par le vieux phare du Stiff  (cliquez sur la photo pour l'agrandir).
Photographie : Marc Fasol
Jardin

Les jardins du bourg de Molène attirent des passereaux migrateurs : une Paruline couronnée (Seiurus aurocapilla) a été découverte dans celui-ci  le 27 septembre 2019 (cliquez sur la photo pour l'agrandir).
Photographie : Stéphane Wroza

Accès

Le Fromveur II

Le navire "Fromveur II" de la compagnie Penne Ar Bed assure la navette entre le continent, Molène et Ouessant (cliquez sur la photo pour l'agrandir).
Photographie : Marc Fasol

Le seul moyen pour  se rendre à Molène est de prendre le bateau : des navettes sont assurées toute l'année par la compagnie maritime Penn Ar Bed au départ de Brest ou du Conquet (situé à 34 km à l'ouest de Brest par la D37), et périodiquement au départ de Camaret et de Lanildut. Le vendredi et le samedi, il est possible d'effectuer un aller-retour dans la journée vers Molène à partir d'Ouessant pour cinq euros (départ d'Ouessant à 8 h 30 et retour au départ de Molène à 18 h 30).
Durant la saison touristique, la compagnie maritime Finist'Mer assure aussi les trajets vers Ouessant au départ du Conquet, avec une escale à Molène. Il est conseillé de réserver à l'avance, particulièrement au printemps et en été. Certaines liaisons peuvent être annulées au dernier moment si les conditions météorologiques sont défavorables : ces ultimes changements sont affichés dans  la mairie ou chez les commerçants de Molène. Vous pouvez aussi consulter ces informations sur les sites web des compagnies.
Si vous vous rendez à Brest en voiture, vous pouvez vous garer sur les aires de stationnement mises à votre disposition à l'entrée du port de commerce. Vous pouvez ensuite prendre un car à la gare routière de Brest pour atteindre Le Conquet. Il est plus difficile de laisser son véhicule dans cette ville qu'à Brest car les places de stationnement sont rares : des parkings avec des navettes vers le quai d'embarquement sont toutefois proposés.
Sur Molène, les voitures sont rares, mais l'île est petite (longueur maximum de 1,2 km) et elle se visite donc à pied en une journée.
L’île de Molène est rattachée à marée basse par un tombolo de sable et de galets à la petite île voisine de Ledenez Vraz.

Restauration et hébergement

La Ferme des Robinsons

La Ferme des Robinsons, sur l'île voisine de Quéménès (cliquez sur la photo pour l'agrandir).
Photographie : Marc Fasol

Molène est une petite île, mais elle dispose d'une mairie, d'un bureau de poste, de commerces, d'un distributeur de billets de banque, de restaurants, d'un camping et d'hôtels.
L'hôtel-restaurant "L'Archipel" propose notamment des spécialités de fruits de mer et la fameuse saucisse de Molène en ragoût ou en potée. Téléphone : 02.98.07.38.56. 
La crêperie "Le Vent des îles" est située près du quai d''embarquement/débarquement. Outre les crêpes, elle propose des spécialités comme le ragoût dans les mottes et une cuisine aux algues.
Le bar-friterie-snack "Chez Rachel" est situé sur le port de Molène. Il propose plusieurs formules de plats à consommer sur place ou à emporter, dont la saucisse de Molène.
La supérette Proxi-Super vend des produits frais et surgelés, des spécialités régionales (galettes bretonnes, produits aux algues...). Le pain est cuit sur place.
Le bar-tabac "Ar Ran An Tri Maen" vend également des journaux, des souvenirs, des articles de pêche et des produits régionaux.
Un distributeur automatique de boissons et confiseries a été installé en terrasse de l'hôtel "L'Archipel".
La liste des restaurants et des hébergements (hôtel, gîtes et campings) de Molène est disponible sur le site web www.molene.fr. Marc Fasol, qui a séjourné sur Molène en octobre 2018, nous conseille la ferme des Robinsons sur l'île de Quéménes, située près de Molène, qui a une approche écologique globale (autonomie énergétique).

Des sources d'informations utiles sur la faune de l'archipel de Molène

Grive musicienne (Turdus philomelos)

Grive musicienne (Turdus philomelos) en migration dans un potager du bourg de Molène (Finistère) le 15 octobre 2018 (cliquez sur la photo pour l'agrandir).
Photographie : Marc Fasol

La Maison de l’Environnement de l’île de Molène a rouvert ses portes en août 2019 au lieu-dit Le Karit. C'est un lieu gratuit et ouvert à tous ceux désireux de mieux comprendre l’île, sa biodiversité, ses habitants, son histoire… Elle est ouverte tous les jours de 9 à 19 heures.
L'Association Ornithologique d'Ouessant (ANO) organise des suivis ornithologiques et des informations utiles sont disponibles sur son site web.

Grand Dauphin, Phoque gris et Loutre d'Europe : un trio emblématique

L'archipel de Molène est renommé pour la richesse de sa faune marine. On peut observer assez facilement le Grand Dauphin (Tursiops truncatus), dont une population d'une cinquantaine d'individus est visible toute l'année. Le Marsouin commun (Phocoena phocoena phocoena) est discret mais également présent.
La mer d'Iroise est le point le plus méridional de la répartition du Phoque gris (Halichoerus grypus), qui utilise les îlots et les rochers de l'archipel comme sites de repos, de chasse et de mue (entre janvier et avril), plus rarement comme zone de reproduction. Le maximum de l’effectif (plus de 100 individus) est atteint au moment de leur mue. Les îlots de Morgol,de Kervouroc et de Balaneg sont surtout fréquentés en hiver, alors que ceux des Belveignous, du Bœuf et des Serroux sont préférés au printemps.
La Loutre d'Europe (Lutra lutra) est régulièrement observée dans l’archipel de Molène, cependant sa reproduction n'a pas encore été prouvée.

Deux musaraignes 

Quatre rongeurs ont été recensés dans l'archipel de Molène : la Souris domestique (Mus musculus domesticus), le Mulot sylvestre (Apodemus sylvaticus), le Rat surmulot (Rattus norvegicus) et surtout les Musaraignes (ou Crocidures) des jardins (Crocidura suaveolens) et musette (Crocidura russula). La seconde ne se rencontre que sur Molène et sur Ledenez Vras, tandis que la première se rencontre sur les îles de Bannec, de Balanec, de Trielen, de Quéménès et de Béniguet.
Selon l’Institut National de la Recherche Agronomique, la Crocidure des jardins était déjà présente au moment de l’isolement des terres, tandis que la Crocidure musette se serait établie plus tardivement sur Molène, peut-être suite à une introduction involontaire. Il existerait deux sous-espèces de la Crocidure des jardins : une présente sur Molène et sur Ouessant, et une autre sur l'île de
 Sein nommée Musaraigne sénane (Crocidura suaveolens enez sizunensis). 

Les principales populations nicheuses françaises de Grands Gravelots et d'Océanites tempête

Grands Gravelots (Charadrius hiaticula)

Grands Gravelots (Charadrius hiaticula) sur l'île de Molène (Finistère) le 5 octobre 2014 (cliquez sur la photo pour l'agrandir).
Photographie : Marc Fasol

Plusieurs espèces d'oiseaux marins se reproduisent dans l'archipel de Molène : le Puffin des Anglais (Puffinus puffinus), le Grand Cormoran (Phalacrocorax carbo), le Cormoran huppé (Phalacrocorax aristotelis), les Goélands argenté (Larus argentatus), brun (L. fuscus) et marin (L. marinus)  (principalement sur Béniguet), les Sternes pierregarin (Sterna hirundo) et naine (Sternula albifrons) (également principalement sur Béniguet) et parfois la Sterne caugek (Thalasseus sandvicensis). La Sterne de Dougall (Sterna dougalli) nichait autrefois, avec jusqu'à 444 couples comptés en 1955.
Les populations d'Huîtriers pie (Ostralegus haematopus) (plusieurs dizaines de couples, principalement sur Béniguet) et de Grands Gravelots (Charadrius hiaticula) (40 à 50 couples) sont les plus importantes de France. Les îlots de la réserve naturelle d'Iroise (Banneg, Balaneg et Trielen notamment) accueillent près de 800 couples (en 2016) d'Océanites tempête (Hydrobates pelagicus), soit plus de 75 % des effectifs métropolitains. Cette espèce discrète se reproduit d'avril à octobre et niche sous des blocs rocheux, dans d'anciens murets, et dans des terriers de lapins. Grâce à des caméras-pièges, les biologistes du Parc marin d'Iroise ont pu mettre en évidence une prédation importante des chats (lire Protéger les oiseaux des chats).  
L'Aigrette garzette (Egretta garzetta) et le Héron cendré (Ardea cinerea) sont visibles presque toute l'année, mais ils ne sont pas nicheurs dans l'archipel.

Passereaux nicheurs et chats prédateurs

Le Busard des roseaux (Circus aeruginosus) niche irrégulièrement sur Ledenez Vraz et sur Béniguet. Les jardins et les ronciers accueillent le Rougegorge familier (Erithacus ribecula), le Troglodyte mignon (Trogloytes troglodytes), la Linotte mélodieuse (Linaria cannabina) et peut-être le Merle noir (Turdus merula) et les Fauvettes grisette (Sylvia communis) et pitchou (S. undata). La Tourterelle turque (Streptopelia decaocto) se reproduit dans le bourg de Molène. Le Pipit maritime (Anthus maritima) niche certainement le long des côtes rocheuses. Comme pour les Océanites tempête, les chats domestiques constituent une menace sérieuse pour les passereaux nichant ou séjournant dans les jardins et les landes.  

La migration dans les jardins et sur les côtes

Jeune Gobemouche gris (Muscicapa striata)

Jeune Gobemouche gris (Muscicapa striata) sur une corde à linge dans un jardin du bourg de Molène (Finistère) le 14 octobre 2018 (cliquez sur la photo pour l'agrandir).
Photographie : Marc Fasol

Si l'île d'Ouessant est réputée pour l'observation des oiseaux migrateurs rares/accidentels (lire Jean-Philippe Siblet et les oiseaux d'Ouessant), Molène peut aussi réserver des surprises, principalement entre août et novembre, octobre étant le mois préféré des ornithologues. Les conditions météorologiques peuvent favoriser l'arrivée d'oiseaux venus d'Europe du Nord, voire de Sibérie, d'Asie ou d'Amérique du Nord (lire L'influence de la météo sur l'observation des oiseaux).
Les jardins abrités et les buissons près des bâtiments et des monuments servent de haltes à de nombreux passereaux insectivores et frugivores (pouillots, roitelets, fauvettes, gobemouches, fringilles...), les pelouses rases et le terrain de football permettent le stationnement d'oiseaux des milieux ouverts comme les pipits, les bergeronnettes ou le Traquet motteux (Oenanthe oenanthe), et des hirondelles et des martinets survolent l'île. 
Ces passereaux peuvent être  chassés par l'Épervier d'Europe (Accipiter nisus), le Faucon émerillon (Falco columbarius), voire le Hibou des marais (Asio flammeus), ces trois rapaces faisant parfois une halte dans l'archipel en automne, notamment en octobre. La prédation du Hibou des marais sur des Océanites tempête a déjà été notée sur l'îlot de Banneg (Cadiou, 2003). 
Des échassiers se nourrissent sur l'estran à marée basse et forment des reposoirs à marée haute sur les quelques secteurs restant émergés. Les espèces les plus régulières aux  passages et en hiver sont  l'Huîtrier pie (Haematopus ostralegus), le Tournepierre à collier (Arenaria interpres), le Grand Gravelot, les Pluviers argenté (Pluvialis squatarola) (parfois des dizaines d'oiseaux groupés) et doré (P. apricaria) les Bécasseaux variable (Calidris alpina), cocorli (C. ferruginea), sanderling (C. alba) et violet (Calidris maritima), la Bécassine des marais (Gallinago gallinago), les Barges à queue noire (Limosa limosa) et rousse (L. lapponica), les Courlis corlieu (Numenius phaeopus) et cendré (N. arquata) et le Chevalier gambette (Tringa totanus).

Faucon émerillon (Falco columbarius) femelle

Faucon émerillon (Falco columbarius) femelle en bordure du bourg de Molène (Finistère) le 18 octobre 2018 (cliquez sur la photo pour l'agrandir).
Photographie : Marc Fasol
Vol de Grands Gravelots (Charadrius hiaticula) et de Tournepierres à collier (Arenaria interpres)

Vol de Grands Gravelots (Charadrius hiaticula) et de Tournepierres à collier (Arenaria interpres) le long des côtes de Molène (Finistère) le 5 octobre 2014 (cliquez sur la photo pour l'agrandir).
Photographie : Marc Fasol


Le Puffin des Baléares et les autres oiseaux marins de passage

Puffins des Baléares (Puffinus mauretanicus)

Nuée de Puffins des Baléares (Puffinus mauretanicus) le 8 octobre 2014 en mer d'Iroise, entre Molène et Ouessant, une importante zone de rassemblement postnuptial de l'espèce (cliquez sur la photo pour l'agrandir).
Photographie : Marc Fasol

Des oiseaux pélagiques passent au large de Molène au printemps (avril-mai), mais surtout en automne (août-novembre), et ils peuvent être observés depuis le rivage ou lors des traversées entre Le Conquet et Ouessant et des croisières organisées par l'association ANO. L'espèce la plus remarquable est sûrement le Puffin des Baléares (Puffinus mauretanicus), un oiseau en danger critique qui ressemble aux Puffins des Anglais (Puffinus puffinus) et yelkouan (P. yelkouan) (lire Identifier les Puffins des Anglais, yelkouan et des Baléares) : de nombreux individus passent au printemps, dès le mois de février, avec un pic en mars-avril (parfois plusieurs centaines par heure), tandis que le passage d’automne s'étale entre septembre et novembre.  
Parmi les autres espèces pélagiques régulières lors des passages dans les eaux de Molène, citons le Fou de Bassan (Morus bassanus), les Puffins des Anglais, fuligineux (Puffinus griseus) et majeur (P. gravis), le Grand Labbe (Stercorarius skua), les Labbes parasite (S. parasiticus), pomarin (S. pomarinus) et à longue queue (S. longicaudus), les Sternes pierregarin et arctique (S. paradisaea), les Goélands argenté, brun et marin, les Mouettes mélanocéphale (Ichthyaetus melanocephalus), pygmée (Hydrocoloeus minutus), tridactyle (Rissa tridactyla), et de Sabine (Xema sabini) (rare), le Pingouin torda (Alca torda), le Guillemot de Troïl (Uria aalge) et le Macareux moine (Fratercula arctica) (rare).
En automne et en hiver, surtout après un épisode venteux, le Phalarope à bec large (Phalaropus fulicarius) et l'Océanite culblanc (Oceanodroma leucorhoa), voire parfois le Mergule nain (Alle alle), peuvent être repérés en mer. Citons aussi l'observation remarquable d'un Guillemot à miroir (Cepphus grylle) de premier hiver entre Molène et Ouessant le 28 mars 1989.

Fous de Bassan (Morus bassanus)

Fous de Bassan (Morus bassanus) en mer dans le chenal du Four, entre Le Conquet et Molène (Finistère), le 20 août 2019 (cliquez sur la photo pour l'agrandir).
Photographie : Marc Fasol
Puffin fuligineux (Puffinus griseus)

Lors de la traversée entre Molène et Ouessant, il n'est pas rare d'observer en automne le Puffin fuligineux (Puffinus griseus), originaire des terres australes (cliquez sur la photo pour l'agrandir).
Photographie : Marc Fasol


Des migrateurs rares et des "méga-raretés"

Paruline couronnée (Seiurus aurocapilla)

Paruline couronnée (Seiurus aurocapilla) trouvée sur l'île de Molène (Finistère) le 27 septembre 2019 (cliquez sur la photo pour l'agrandir).
Photographie : Stanislas Wroza

Des migrateurs rares sont régulièrement signalés sur l'île de Molène, comme le Pluvier bronzé (Pluvialis dominica), le Pouillot à grands sourcils (Phylloscopus inornatus), qui est annuel en octobre, le Gobemouche nain (Ficedula parva), la Fauvette épervière (Sylvia nisoria), le Roselin cramoisi (Carpodacus erythrinus), le Pipit de Richard (Anthus richardi), l'Étourneau roselin (Pastor roseus) ou le Bruant nain (Emberiza pusilla). Quentin Betencourt nous a signalé l'observation d'un Goéland à ailes blanches (Larus glaucoides) en avril 2018 sur la côte ouest de l'île, dans l'anse au sud du rocher du Roelen. 
Des "méga-raretés" ont aussi été découvertes, comme le Martinet des maisons (Apus affinis) (un le 17 octobre 2013), le Viréo à oeil rouge (Vireo olivaceus) (un le 13 octobre 2017 et un le 9 octobre 2015), une  et surtout une Paruline couronnée (Seiurus aurocapilla) découverte et photographiée le 27 septembre 2019 près de l'embarcadère par Stanislas Wroza (lire Stanislas Wroza : l’approche sonore pour étudier et identifier les oiseaux) : une première donnée pour la France métropolitaine !
Les autres îles de l'archipel de Molène peuvent aussi accueillir des raretés, mais leur accès est plus difficile, voire interdit pour préserver la tranquillité de la faune. À titre d'information, citons l'observation sur l'île de Béniguet d'un Chevalier stagnatile (Tringa stagnatilis) le 23 mai 1996, d'une Mouette atricille (Larus atricilla) adulte dans la colonie de Goélands bruns du 19 mai au 8 juillet 1998, d'un Chevalier bargette (Xenus cinereus) les 18 et 19 mai 1999 (donnée la plus occidentale en France), d'un Faucon gerfaut (Falco rusticolus) le 28 décembre 2001 (le même oiseau que celui vu sur Ouessant à la même période), d'un Goéland à ailes blanches (Larus glaucoides) le 8 avril 2008 (cet oiseau a longuement fréquenté le port du Conquet), et d'un Pluvier bronzé juvénile le 13 septembre 2010.

L'hiver, une saison plus calme

L'hiver est une saison plus calme, mais l'île de Molène constitue un important site d'hivernage de la Mouette mélanocéphale. Des limicoles séjournent aussi le long des côtes durant la mauvaise saison. Par exemple, lors du comptage de la mi-janvier 2012, 56 Barges rousses, 18 Bécasseaux sanderlings, 431 Bécasseaux variables, 188 Bécasseaux violets, 88 Chevaliers gambettes, 388 Courlis cendrés, 483 Grands Gravelots, 637 Huîtriers pie, 237 Pluviers argentés et 1 053 Tournepierres à collier ont été comptés.

Une sélection de bons sites d'observation  

Carte de l'île de Molène (Finistère)

Carte de l'île de Molène (Finistère) et emplacements de plusieurs bons sites d'observation (cliquez sur la carte pour l'agrandir).
Carte : Ornithomedia.com

L'île de Molène étant petite, il est possible d'observer les oiseaux partout, mais certains secteurs sont particulièrement intéressants : 

  • le bourg de Molène : les arbres, les arbustes et les pelouses du village principal, ainsi que les maraîchages proches, sont intéressants pour rechercher les oiseaux migrateurs (pouillots, fauvettes, gobemouches...). Parmi les dernières observations, citons deux Pouillots à grands sourcils près de la Croix du Karit le 18 octobre 2019, un Pouillot à grands sourcils près de la mairie le 10 octobre 2018 et  un Pouillot véloce de Sibérie (Phylloscopus tristis) en octobre 2011 dans le cimetière des Anglais. Un peu au nord du bourg, près de l'embarcadère, une Paruline couronnée a été trouvée le 27 septembre 2019. Des Bergeronnettes grises et de Yarrell (Motacilla alba alba/yarrellii) sont parfois notées en octobre-novembre sur la digue où accostent des navires.
  • Le Moulin nord : c'est l'un des meilleurs sites pour chercher des passereaux migrateurs. Outre le Pouillot à grands sourcils (un par exemple le 14 octobre 2016) et le Gobemouche nain (un le 9 octobre 2015), des espèces rares y ont été observées, comme une Fauvette épervière le 19 octobre 2018 et un Viréo à oeil rouge le 14 octobre 2017.
  • L'Impluvium est intéressant car il s'agit d'un des rares points d'eau douce de l'île. Le Râle d'eau (Rallus aquaticus) y a déjà été entendu (deux oiseaux en octobre 2011), ainsi que le Bruant des roseaux (Emberiza schoeniclus).
  • Les grèves de Boulac'h et de Feunteunigo (au nord-est de l'île) : c'est un bon secteur pour voir les limicoles (Grand Gravelot, Bécasseau sanderling, Courlis corlieu...) qui se nourrissent à marée basse et qui se rassemblent dans quelques reposoirs disponibles à marée haute.
  • Park Tangi (terrain de football) : c'est un bon site pour observer les Turdidés durant les migrations, comme le Merle à plastron (Turdus torquatus) et les Grives musicienne (T. philomelos) et mauvis (T. iliacus). Des pipits, des bergeronnettes et certains limicoles comme le Pluvier doré y font parfois une halte également. Une Alouette calandrelle (Calandrella brachydactyla) y a été trouvée le 9 octobre 2015 par Bernard Collet.
  • Pluviers dorés (Pluvialis apricaria)

    Pluviers dorés (Pluvialis apricaria) en halte migratoire sur le terrain de football de Molène (Finistère) le 13 octobre 2018 (cliquez sur la photo pour l'agrandir).
    Photographie : Marc Fasol
    La côte entre l’embarcadère (port) et le lieu-dit Koubarz est certainement la plus favorable de l'île pour le stationnement des laro-limicoles, qui se nourrissent des puces de mer pullulant sur les algues découvertes à marée basse. Outre les espèces migratrices et hivernantes classiques, citons un Pluvier dominicain à Koubarz le 12 octobre 2012 et un Pouillot à grands sourcils également à Koubarz le 4 novembre 2014. 
  • Le sémaphore : les jardins et les buissons du sémaphore offrent de multiples abris et sites d’alimentation pour les passereaux insectivores, et c'est donc l'un des meilleurs sites pour chercher les migrateurs. Plusieurs Pouillots à grands sourcils y ont déjà été découverts, dont un le 10 octobre 2019. Le Gobemouche nain y a également déjà été vu à plusieurs reprises, dont un le 10 octobre 2018. Les groupes de passereaux attirent parfois l'Épervier d'Europe et le Faucon émerillon.
  • Le Moulin sud : les buissons sont très intéressants, notamment pour les pouillots. Parmi les données récentes, citons un Pouillot à grands sourcils les 2 et 5 octobre 2019 (le même ?) et un autre le 12 octobre 2018.
  • Le secteur de Beg ar Loued (au sud de l'île) : ce secteur de pelouses et de landes à fougères, où des fouilles archéologiques ont mis au jour une habitation en pierres sèches remontant à 1 800 ans avant J.C, peut être intéressant durant les migrations. Parmi les données intéressantes, citons un Pipit de Richard le 3 novembre 2017 et un Pluvier guignard (Eudromias morinellus) le 5 mai 2017.
  • L'anse de Porzh ar Bloc'h : c'est un très bon secteur pour observer les Bécasseaux violets à marée haute en automne et en hiver.

À lire aussi sur Ornithomedia.com

À lire sur le web

Ouvrages recommandés

Sources

  • Stanislas Wroza (2019). Rarity finders: France's first Ovenbird. Birdguides. Date : 01/10. www.birdguides.com
  • Cécile Lefeuvre et Pierre Yésou (2018). La prédation de l'Océanite tempête Hydrobates pelagicus par les chats à Molène. Ornithos. Volume : 25. Numéro : 2. www.faunesauvage.fr
  • Parc naturel marin d'Iroise (2017). Inventaire des micromammifères dans l’archipel de Molène. Date : 06/01. www.parc-marin-iroise.fr
  • Pierre Yésou, Hélène Mahéo, Gaël Moal et Cécile Lefeuvre (2015). Le Grand Gravelot Charadrius hiaticula, nicheur emblématique de l’archipel de Molène, Finistère. Ornithos. Volume : 22. Numéro : 1. Pages : 2-13. www.oncfs.gouv.fr
  • TBM-SARL Chauvaud (2013). Evaluation des incidences au titre de l’article L.414-4 du Code de ’Environnement Sites FR5300018 SIC « Ouessant – Molène » et FR5310072 ZPS« Ouessant – Molène »
    Programme assainissement communal. Ministère de l'Ecologie, du Développement durable et de l'Energie. webissimo.developpement-durable.gouv.fr
  • Association Ornithologique d'Ouessant (2012). Puffin des Baléares (Puffinus mauretanicus) Balearic Shearwater. ano-ouessant.com
  • Association Ornithologique d'Ouessant (2012). Prospection ornithologique concertée à Molène - 12 octobre 2012. ano-ouessant.com
  • Association Ornithologique d'Ouessant (2010). Prospection ornithologique concertée à Molène - 15 octobre 2010. ano-ouessant.com
  • Ghislain Riou (2012). Ouessant/molène 2012. Photographie-Nature. ghisnature.over-blog.com
  • Une année de biodiversité en Bretagne (2012). Le Phoque gris en mer d'Iroise. bretagne-biodiversite.org
  • Pierre Yésou (2011). Les oiseaux de la réserve de Béniguet, archipel de Molène. Natur Eussa. Numéro 2. www.oncfs.gouv.fr
  • Bretagne Vivante - SEPNB (2012). Synthèse cartographique - 2007. pmb.bretagne-vivante.org
  • B. Guyonnet (2006). Cycle de présence et régime alimentaire du Hibou des marais (Asio flammeus) dans les dunes de Saint-Pabu (Finistère, Bretagne). Ar Vran. Volume: 17. pmb.bretagne-vivante.org

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"Observer les oiseaux sur l'île de Molène (Finistère), la voisine méconnue d'Ouessant"

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