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  Observer les oiseaux dans les havres du Cotentin

Date de mise en ligne : 31/01/12 - Rédigé par Bruno Chevalier et Ornithomedia - Visé par le Comité de Lecture

Situation des havres du Cotentin (Manche)
Situation des havres du Cotentin (Manche)

Sur la côte occidentale du Cotentin, dans le département de la Manche, se succèdent huit havres : Carteret, Portbail, Surville, Lessay, Geffosses, Blainville, Regnéville et La Vanlée. Il s'agit d'estuaires de superficie variable, fermés en partie par une flèche sableuse, où se découvrent à marée basse des bancs de sable, des vasières et des prés salés. Des massifs dunaires les bordent parfois le long de la côte. Certains d'entre eux sont toutefois assez fortement urbanisés.
Cet ensemble reste toutefois très attractif pour les oiseaux, essentiellement durant les migrations et en hiver : limicoles, mouettes et goélands et Anatidés y séjournent en nombre. Le havre de Régneville est en particulier le seul site français à accueillir un hivernage régulier et important de la sous-espèce américaine (dite à ventre pâle) de la Bernache cravant.
Toutefois, les activités, d'extraction de sable, agricoles, de loisirs et l'urbanisation ont diminué les capacités d'accueil et de nidification de ces estuaires. Bruno Chevalier, du Groupe Ornithologique Normand (GONm), nous présente ces zones humides finalement peu connues.
Nous remercions aussi Alain Livory pour ses photos.

Cet article a été soumis à notre Comité de Lecture virtuel.
Pour participer à ce comité, vous pouvez nous contacter.

Abstract

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On the western coast of the Cotentin peninsula, Normandy, lie eight estuaries or "havres" (havens) : Carteret, Portbail, Surville, Lessay, Geffosses, Blainville, Régneville and la Vanlée. They form landscapes of salt meadows and sandy banks flooded by the sea at high tide. They are more or less wild and urbanized. Brant Geese, Ringed Plovers, Ruddy Turnstones and Eurasian Oystercatchers stay there to winter. The Havre de Regnéville is the only regular wintering place for the Pale-bellied Brent Geese (Branta bernicla hrota) which come from Northern America and Greenland to winter here. These havens attract several species of ducks (Common Shelduck in particular), waders (Grey Plover, Ringed Plover, Dunlin, Curlew, Oystercatcher, Bar-tailed Godwit, etc), terns and gulls during migrations, but they are often disturbed by touristic activities.
Bruno Chevalier, from the Groupe Ornithologique Normand (GONm), presents us these places.


Première partie : présentation générale

Introduction

Havre de Regnéville : Bernaches à ventre pâle et Huîtriers-pies
Bernaches cravants à ventre pâle (Branta bernicla hrota) au premier plan et Huîtriers-pie (Haematopus ostralegus) (au second plan) sur la pointe d'Agon, havre de Regnéville (Manche), février 2009. (agrandir la photo).
Photographie : Alain Livory

La côte des havres, à l'ouest de la presqu'île du Cotentin dans le département de la Manche, présente globalement le faciès d'une côte basse adossée à des falaises mortes sur la bordure nord-orientale du massif armoricain.
Cette unité géographique est délimitée par deux promontoires paléozoïques (la pointe du Roc au sud et le cap de Carteret au nord), formant des reliefs limités par des falaises abruptes, prolongés par des écueils.
On dénombre huit havres : Berneville-Carteret, Portbail, Surville, Lessay, Geffosses, Blainville, Régneville (La Sienne) et La Vanlée. Il s'agit d'estuaires plus ou moins vastes, en forme de "bec de perroquet" (fermés en partie par des flèches de sable), qui constituent une spécificité morphologique de la côte occidentale du Cotentin.

Situation des havres du Cotentin (Manche)
Situation des havres du Cotentin (Manche)

Les estuaires les plus remarquables (Regnéville, Lessay) couvrent des surfaces de plus d'un millier d'hectares, où la slikke (vasières) laisse place au schorre (prés salés) sur les parties les plus élevées.
Les prés salés sont pâturés par plus de 4000 ovins. On y rencontre plusieurs espèces halophiles comme les salicornes.
L'importance du marnage (différence de hauteur d'eau en mètres entre la haute et la basse mer) découvre un vaste estran sableux qui constitue une richesse sur le plan sédimentologique et nutritionnel, fortement exploité par la conchyliculture : 50 % des huîtres et 90 % des moules produites en Normandie proviennent ainsi de ce secteur.
Les massifs dunaires, d'importance moyenne, de forme parabolique ou longitudinale, bordent la côte. Les mielles (dunes cultivées) représentent 3000 hectares de cultures maraîchères, soit 35 % de la production normande.
Entre ces dunes et le bocage adjacent prennent place des marais arrière-littoraux et des prairies humides qui couvrent au total une surface de 480 hectares.

Les oiseaux hivernants

Bernaches cravants à ventre pâle
Bernaches cravants à ventre pâle (Branta bernicla hrota), havre de Regnéville (Manche).
Photographie : Bruno Chevalier

Les havres du Cotentin, grâce à leurs vastes vasières et zones sableuses découvertes à marée basse, constituent un ensemble très attractif pour les limicoles hivernants (15 661 individus comptés durant la saison 2010-2011), en particulier l'Huîtrier-pie (Haematopus ostralegus), le Pluvier argenté (Pluvialis squatarola), le Tournepierre à collier (Arenaria interpres), le Courlis cendré et le Bécasseau sanderling (Calidris alba). D'autres espèces sont présentes mais avec des effectifs plus faibles, comme la Barge rousse (Limosa lapponica), le Chevalier gambette (Tringa totanus) ou le Grand Gravelot (Charadrius hiaticula).

Conchyliculture
Conchyliculture dans un havre du Cotentin (Manche).
Photographie : Bruno Chevalier

Les estuaires attirent aussi à cette période des Anatidés (4966 sur la saison 2010-2011), essentiellement des Tadornes de Belon (Tadorna tadorna) et des Bernaches cravant (Branta bernicla bernicla) et à ventre pâle (B. b. hrota).
Le long de la côte, des canards marins sont visibles, essentiellement des Macreuses noires (Melanitta nigra). L'Eider à duvet (Somateria molissima) et le Harle huppé (Mergus serrator) sont moins nombreux. Quelques dizaines de plongeons et de grèbes stationnent également.
Près de 20 000 Laridés (mouettes et goélands) ont été comptés en hivernage lors de la saison 2010-2011, très majoritairement des Mouettes rieuses (Larus ridibundus), mais aussi des Goélands cendrés (Larus canus), des Goélands argentés (Larus argentatus), des Mouettes mélanocéphales (Larus melanocephalus) et des Goélands marins (Larus marinus). Les Mouettes pygmées (Larus minutus) sont plus rares.
Ces rassemblements attirent le Faucon pèlerin (Falco peregrinus).

Massif dunaire près d'un havre
Massif dunaire près d'un havre du Cotentin (Manche).
Photographie : Bruno Chevalier

On recherchera les passereaux nordiques dans les bosquets et les autres fourrés disséminés sur les massifs dunaires, prioritairement aux extrémités des "becs" (pointes) : la très rare Alouette haussecol (Eremophila alpestris) s'observe parfois sur les herbus ras ou sur les pelouses dunaires, le Bruant des neiges (Plectrophenax nivalis) sur la laisse de mer et le Bruant lapon (Calcarius lapponicus) dans les prés salés. La rencontre avec un Hibou des marais (Asio flammeus) est aléatoire dans le massif dunaire et en lisière des herbus, tandis que celle du Faucon émerillon (Falco columbarius) est beaucoup plus probable au-dessus des herbus dans la majorité des havres.
D'autres hivernants rares sont possibles comme le Butor étoilé (Botaurus stellaris) ou la Spatule blanche (Platalea leucorodia). Des espèces plus rares ont été observées : Corneille mantelée (Corvus cornix), Harelde boréale (Clangula hyemalis) voire Bernache à cou roux (Branta ruficollis).

Durant les migrations

Les havres sont importants pour les oiseaux aquatiques au printemps et à la fin de l'été/en automne. Les limicoles sont les plus nombreux : 13618 oiseaux comptés au printemps durant la saison 2010-2011 et 8490 en automne, et le Grand Gravelot fait partie des espèces les plus représentées. Une troupe de Pluviers guignards (Charadrius morinellus) peut parfois s'arrêter en mai ou en août/septembre
Des dizaines de Hérons cendrés (Ardea cinerea), des Spatules blanches, des centaines de canards de surface à la fin de l'hiver et notamment le Canard pilet (Anas acuta), des sternes dont les Sternes caugek (Thalasseus sandvicensis) et naine (Sterna albifrons) passent ou s'arrêtent.
Le Balbuzard pêcheur (Pandion haliaetus) est un migrateur rare mais régulier.
La diversité des espèces déjà vues aux passages est impressionnante : Chevalier à pattes jaunes (Tringa flavipes), Bécasseau de Temminck (Calidris temminckii), Phalarope à bec large (Phalaropus fulicarius), Marouette ponctuée (Porzana porzana), Blongios nain (Ixobrychus minutus), Crabier chevelu (Ardeola ralloides), Ibis falcinelle (Plegadis falcinellus), Guifette leucoptère (Chlidonias leucopterus), Sterne de Dougall (Sterna dougallii), Phragmite aquatique (Acrocephalus paludicola), Pipit rousseline (Anthus campestris), Pipit à gorge rousse (Anthus cervinus), Bruant ortolan (Emberiza hortulana), Bruant fou (Emberiza cia), Pie-grièche à tête rousse (Lanius senator), Coucou geai (Clamator glandarius), Guêpier d'Europe (Merops apiaster) (également nicheur occasionnel), Merle à plastron (Turdus torquatus), Pouillot à grands sourcils (Phylloscopus inornatus) ...
La côte ouest de la Manche n'est pas un site favorable pour le "seawatch", les migrateurs passant nettement au large après avoir dépassé le cap de la Hague. Eventuellement, on choisira de se poster au cap de Carteret ou à la pointe du Roc (Granville), voire à la pointe de St-Germain-sur-Ay ou de Agon-Coutainville pour tenter de voir passer quelques fous, puffins et labbes.
Le long des côtes, le Puffin des Baléares (Puffinus mauretanicus) est un estivant rare.

Les oiseaux nicheurs

Poussin de Gravelot à collier interrompu (Charadrius alexandrinus)
Poussin de Gravelot à collier interrompu (Charadrius alexandrinus), havre du Cotentin (Manche).
Photographie : Bruno Chevalier

Le Gravelot à collier interrompu (Charadrius alexandrinus) se reproduit sur les hauts de plage : la côte des havres accueille près de 50 % des nicheurs normands de l'espèce ou encore de 7 à 8 % de la population nationale. Le Grand Gravelot se reproduit occasionnellement.
La Tadorne de Belon (Tadorna tadorna) est un nicheur rare, avec de 12 à 25 couples produisant de 75 à 150 jeunes par an sur l'ensemble de la zone, élevés très majoritairement dans les stations de lagunage. Quelques couples de Canards colverts (Anas platyrhynchos) et de Sarcelles d'hiver (Anas crecca) ont déjà été notés, mais leurs effectifs restent faibles à cause des dérangements divers.
L'Aigrette garzette (Egretta garzetta), qui s'est récemment installée dans la région, est commune.
Les prés salés et les dunes accueillent plusieurs passereaux : l'Alouette des champs (Alauda arvensis), le Pipit farlouse (Anthus pratensis), les Bergeronnettes grise (Motacilla alba) et flavéole (Motacilla flava flavissima).
Les passereaux paludicoles sont rares : la Panure à moustaches (Panurus biarmicus) et la locustelle luscinioïde (Locustella luscinoides) sont deux espèces rares, inconstantes, observées ces dernières années dans une roselière dont l'accès est interdit au public; cependant, elles peuvent être recherchées dans celle bordant la route touristique à hauteur du havre de Lessay.
L'Engoulevent d'Europe (Caprimulgus europaeus) niche dans les landes de Lessay et sur le massif dunaire de Pirou.

Les protections actuelles

670 hectares appartiennent au Conservatoire du Littoral et des Espaces Lacustres (CEL), et une réserve de chasse maritime de 185 hectares a été créée pour protéger le havre de Geffosses.
7150 hectares ont été désignés en zones d'importance communautaire, dont 2158 hectares pour le havre de la Sienne (de Regnéville). 4900 hectares ont été classés en Zones Naturelles d'Intérêt Ecologique, Faunistique et Floristique de type I (= espaces homogènes d’un point de vue écologique et qui abritent au moins une espèce et/ou un habitat rares ou menacés, d’intérêt aussi bien local que régional, national ou communautaire), et 7050 hectares en ZNIEFF de type II (= grands ensembles naturels riches, ou peu modifiés, qui offrent des potentialités biologiques importantes).


Les menaces et les mesures à proposer


Ces havres subissent des menaces diverses, et il est nécessaire de prendre des mesures :
- réglementer les activités nautiques et plus particulièrement la pratique du kitesurf, causes de dérangements croissants sur les reposoirs à marée haute;
- mieux organiser le pâturage ovin sur les herbus, en limitant la charge à l'hectare, principalement en hiver;
- interdire les stabulations à ciel ouvert de bovins mis en hivernage sur le massif dunaire;
- proscrire l'emploi de molécules antiparasitaires rémanentes dans les élevages ovin et bovin;
- encourager dans le secteur maraîcher les méthodes d'irrigation et de traitement plus respectueuses;
- limiter le nettoyage de la laisse de mer aux méthodes manuelles en dehors des périodes de reproduction du Gravelot à collier interrompu;
- canaliser le flot humain toujours grandissant sur le secteur côtier en proposant à la fois des parcours balisés, des informations permettant d'inciter et de sensibiliser le public d'adhérer aux recommandations en connaissance de cause et en votant des arrêtés interdisant l'accès aux zones les plus sensibles.

  Suite de l'article
 
Première partie : présentation générale
Deuxième partie : où observer ?


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