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Installation en 2010 d'un site de nourrissage pour le Milan royal
en Lorraine |
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Date
de mise en ligne : 20/08/10 - Visé par le Comité de
Lecture
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Situation de Pagny la-blanche-côte (Meuse), où a été
installé un site de nourrissage pour le Miilan royal |
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Le Milan
royal (Milvus milvus) est un rapace diurne de taille moyenne
(envergure de 145 à 165 centimètres) à la longue queue fourchue.
Il ressemble au Milan noir (Milvus migrans), plus répandu,
mais il s'en distingue par son plumage plus clair, sa coloration
plus contrastée (queue rousse et marques alaires blanches), sa queue
nettement plus échancrée, sa taille supérieure et son vol
plus souple.
C'est une espèce dont la distribution mondiale est presque exclusivement
européenne, cinq pays (Allemagne, France, Espagne, Suisse et Suède)
abritant près de 90 % de la population mondiale. En France, sa répartition
est hétérogène, et ses bastions sont le Piémont pyrénéen, le Massif
Central, la Chaîne jurassienne, le Nord-est et la Corse.
Il y a encore vingt ans, le Milan royal est un rapace commun, mais
il est aujourd'hui gravement menacé. Les causes de son déclin sont
multiples (agriculture plus intensive, empoisonnements, fermeture
des décharges, tirs, lignes électriques, collisions ...).
Dans le cadre d'un plan national de restauration de l'espèce
en France, l'association Lorraine
Association Nature (LOANA) a installé en août 2010
à Pagny la-blanche-côte (Meuse) une placette d'alimentation
pour favoriser favoriser la nidification et l'hivernage du Milan
royal en Lorraine. Guillaume Leblanc, membre
de LOANA, a répondu à nos questions.
Cet
article a été soumis à notre
Comité de Lecture virtuel.
Pour participer à ce comité, vous pouvez nous
contacter.
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Abstract
| Publicité |
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The Red Kite
(Milvus milvus) is a medium-large bird of prey. The species
is currently endemic to the Western Palearctic mainly to Europe.
The three largest populations (in Germany, France and Spain, which
together hold more than 75% of the global population) all declined
during 1990-2000, and overall the species declined by almost 20%
over the ten years (but the British population is increasing due
to conservation actions). The main threats to this species are poisoning,
through illegal direct poisoning and indirect poisoning due to pesticides,
particularly in the wintering ranges in France and Spain, and changes
in agricultural practices causing a reduction in food resources.
The French association Lorraine
Association Nature
has installed
in August 2010 a feeding station in Pagny la-blanche-côte (Meuse,
Eastern France) to help this species during Winter and to strenghten
the regional population. Guillaume Leblanc, member of this association,
answered our questions about this station.
Installation en 2010 d'une placette de nourrissage pour le Milan
royal en Lorraine
1- Quel est le résultat du dernier recensement de la population
lorraine de Milan royal ? Quelle est la tendance depuis quelques
années ?
Répartition
du Milan royal en France : en jaune, densités faibles
et en rouge fortes densités (> 10 couples/km²).
En orange, répartition dans les zones frontalières.
Carte : Ornithomedia.com d'après LOANA |
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Guillaume
Leblanc : Le dernier recensement effectué de façon rigoureuse
dans notre région a été réalisé par le Centre Ornithologique Lorrain
entre 2000 et 2002 (Ciconia 28.2 2004 : Le Milan royal en Lorraine,
un déclin dramatique Philippe Malenfert). Il révèle une chute drastique
des effectifs d'au moins 80% en dix ans (soit 160 couples).
Douze à treize Milans royaux ont été contactés en hivernage
sur toute la région en 2010.
NDLR : en France, la population est estimée à 3400
couples (3 000 à 3 900).
2- L'espèce décline-t-elle plus vite en Lorraine que dans
d'autres régions françaises ? Quelle est la raison principale de
la baisse de sa population ?
Guillaume
Leblanc : Le
déclin de l'espèce est général au niveau européen.
Les causes de son déclin sont multiples : la progression des surfaces
cultivées, les modes de cultures plus intensifs associés aux traitements
phytosanitaires contribuent à dégrader son habitat et à réduire
les populations de proies.
A cela s'ajoutent les empoisonnements accidentels lors de régulations
des populations de campagnols (bromadiolone) et volontaires (faits
en toute illégalité), la fermeture des décharges, le tir, les lignes
électriques, les collisions avec les véhicules et les éoliennes.
NDLR : si le déclin européen est général,
notamment pour les populations migratrices, Ian Stevenson nous informe
que la population britannique (sédentaire) est en progression
régulière grâce aux actions entreprises depuis 30 ans pour sauver
l'espèce. D'une population nicheuse d'environ 15 couples
à la fin des années 19'70, on estime à environ 1500 le nombre de
couples reproducteurs en 2008, dont 600 au Pays de Galles (source
: Welsh Kite Trust).
3- Le Milan royal est un oiseau omnivore, peu difficile :
comment cela se fait-il qu'il soit nécessaire d'installer un point
de nourrissage ? Dépend-t-il de plus en plus des décharges à ciel
ouvert que l'on ferme progressivement partout en France ?
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Milan
royal (Milvus milvus) sur une carcasse
Photo : Yann Toutain / Lorraine Association Nature |
Guillaume
Leblanc : La placette d'alimentation est une des actions proposées
par le plan national de restauration de l'espèce.
Ce rapace
est opportuniste et charognard : les restes d'animaux domestiques,
récupérés à l'état de déchets sur les décharges, aux abords des
élevages et de fermes ainsi que l'avifaune et les mammifères victimes
du trafic routier, représentent aussi probablement une part importante
de son alimentation, même s'il n'y a pas de données chiffrées.
NDLR : des centres de nourrissage pour le Milan royal ont déjà été
installés ailleurs en France (Loire, Haute-Marne, Aveyron, Doubs).
4- Comment l'emplacement du centre de nourrissage a-t-il été
choisi ? Quel est le coût de mise en place d'un tel site de nourrissage
?
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La
placette de nourrissage près du fort de Pagny la-blanche-côte
(Meuse)
Photo : Lorraine Association Nature |
Guillaume
Leblanc : La localisation du site destiné à accueillir une placette
d'alimentation doit être préalablement mûrement réfléchie et étudiée
avant la mise en place de l'installation.
Nous avons choisi une parcelle située à proximité du fort de Pagny
la-blanche-côte car elle répondait à plusieurs critères :
- elle est située sur un plateau calcaire au-dessus de la côte calcaire,
culminant à 400 mètres et dominant tous les autres reliefs de la
vallée de la Meuse. Le milieu est ouvert sur quasiment 360° (visualisation
par l'espèce des éventuels dangers).
- L'espèce niche à proximité (à moins de 500 mètres à vol
d'oiseau) (deux couples reproducteurs en 2007, 2008,2009).
- La présence de bois et de haies denses à proximité du site pourra
faciliter l'installation de dortoirs pour l'espèce, d'autant plus
que plus de 90 Milans royaux ont été observés en migration active
durant le mois d'octobre 2009.
- Le site ne présente aucun danger pour l'espèce (aucun pylône,
aucune ligne moyenne et haute tension, et aucune éolienne à proximité
du site dans un rayon d'un kilomètre).
- Il n'y a aucune source d'empoisonnement ou d'intoxication connue
sur ce secteur.
- Ce site est à l'écart des routes, pistes et sentiers très fréquentés
afin d'éviter tout risque de dérangement. L'activité cynégétique
n'y est plus pratiquée depuis 10 ans. Le site reste toutefois facile
d'accès. Le ravitaillement de la placette en viandes sera réalisé
par transport pédestre.
- La présence et la proximité d'un éleveur ovins sensible au projet
et prêt à établir un partenariat avec Lorraine Association Nature
permet d'alimenter la placette en cadavres (exclusivement des agneaux)
avec régularité.
- La maîtrise foncière du terrain par Lorraine Association Nature
assure la pérennité de cette installation dans le temps. Ce terrain
est en outre déjà clôturé, ce qui en limite fortement l'accès.
- Le site est à proximité du siège social de l'association, ce qui
facilite la prise en charge du suivi et de l'approvisionnement par
les membres de l'association. - D'un point de vue réglementaire,
le site est distant à plus de 500 mètres des stades et des
terrains de camping agréés ainsi que des zones destinées à l'habitation
par des documents d'urbanisme opposables aux tiers et à plus
de 200 mètres des points d'eau destinée à l'alimentation ou à l'arrosage
des cultures. Il est à moins de 500 mètres de l'habitation
la plus proche mais compte tenu de la topographie du site (aucune
nuisance olfactive et visuelle), une demande pour une dérogation
a été réalisée auprès du préfet du département. En complément, LOANA
a fourni un accord écrit de principe du propriétaire.
5- Qui fournira la nourriture ? Les nourrissages auront-ils
lieu tous les jours, toute l'année ?
Guillaume Leblanc : Afin d'assurer un approvisionnement régulier
de viandes carnées sur notre placette d'alimentation, il nous a
fallu trouver un éleveur local sensibilisé à notre projet et susceptible
de nous fournir des cadavres.
Nous en avons trouvé un susceptible de nous approvisionner tout
au long de l'année (cheptel ovin de plus de 3 000 têtes).
La distance séparant l'exploitation ovine, de notre placette d'alimentation
est d'environ huit kilomètres. Cette proximité a pour avantage de
limiter la durée et la distance des transports des cadavres jusqu'à
notre aire de nourrissage.
Une convention entre Lorraine Association Nature et l'éleveur ovin
a été établie. Cette convention vise à fixer les modalités de fonctionnement
et les conditions de gestion et d'utilisation. La placette d'alimentation
sera approvisionnée toute l'année, afin, d'une part de favoriser
le cantonnement d'individus en période hivernale et, d'autre part,
de pallier le manque de nourriture qui peut être considéré comme
un facteur responsable du faible succès de reproduction des quelques
couples nicheurs sur le secteur. Il est prévu d'alimenter la placette
une fois par semaine. Un minimum de 15 kilogrammes de viandes sera
déposé à chaque passage.
Seuls des agneaux seront utilisés pour l'alimentation de la placette,
ce qui évitera tout dépistage concernant la tremblante du mouton.
La quantité de viande sera adaptée en fonction du nombre d'oiseaux
hivernants et nicheurs et donc susceptibles de fréquenter le poste
de nourrissage. Cela évitera, entre autre, une accumulation de viande
trop importante.
6- Comment
les riverains accueillent-ils ce projet ?
Guillaume Leblanc : Compte-tenu de l'isolat géographique
du site, aucune réticence des communes aux alentours n'a été constatée.
L'information, la sensibilisation des habitants, des chasseurs ainsi
que la mise en place de l'arrêté préfectoral pris par le préfet
de la Meuse ont suffit pour faire passer le projet.
7- Pensez-vous que la mise en place de ces sites de nourrissage
soit le seul moyen de sauver l'espèce en Lorraine, voire en France
?
Guillaume Leblanc : Non ce n'est évidemment pas le
seul moyen, mais cette action peut y contribuer fortement… Elle
permet de maintenir et favoriser des noyaux de population déjà sur
le déclin. C'est d'ailleurs l'action directe du plan d'action national
la plus facile à mettre en place et à dupliquer à toutes les régions
accueillant encore l'espèce
8- L'espèce hiverne-t-elle en Lorraine ? La mise en place d'un site
de nourrissage pourrait-elle favoriser son hivernage ?
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Milan
royal (Milvus milvus) dans le Doubs
Photo : Bernard Flenet |
Guillaume
Leblanc : Oui.
9- Les sites de nourrissage favorisent-ils d'autres espèces (Grand
Corbeau, autres rapaces) ?
Guillaume Leblanc : Oui, cette placette surélevée
peut favoriser des espèces aussi sensibles que le Grand Corbeau
ou la Cigogne blanche, mais aussi d'autres espèces plus opportunistes
(Milan noir, Buses variables, Pies bavardes, Corneilles noires ...).
10-
L'espèce pourrait-elle disparaître à moyen terme de France, comme
elle a déjà disparu d'autres pays européens ?
Guillaume Leblanc : Oui et j'en suis malheureusement convaincu
chaque jour un peu plus… Si rien n'est fait et qu'une prise de conscience
générale et collective ne voit le jour très rapidement, on pourra
dire qu'on a laissé s'éteindre le Milan royal.
A lire
- Le document sur le projet de création d'une placette d'alimentation
pour favoriser la nidification et l'hivernage du Milan royal en
Lorraine :
www.lorraine-association-nature.com/files/upload/dossier-élaboration-placette-DDSV.pdf
- Le site web du Welsh Kite Trust : www.redkites.co.uk
- Le site web de la Gigrin Farm (Pays-de Galles), un site officiel
de nourrissage du Milan royal en Grande-Bretagne : www.gigrin.co.uk
- Le site web du centre de nourrisage d'Argaty en Ecosse : www.argatyredkites.co.uk
A visiter
Le site web de l'association Lorraine Association Nature : www.lorraine-association-nature.com
Réagissez
à cet article sur nos forums
ou par e-mail (david.bismuth@ornithomedia.com).
Vous pouvez soutenir
Ornithomedia.com
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