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  Requiem pour les vasières sud-coréennes

Date de mise en ligne : 11/08/10 - Visé par le Comité de Lecture

Situation de la Mer Jaune
Situation de la Mer Jaune
La Mer Jaune est une mer semi-fermée peu profonde, bordée de vastes vasières, située entre la péninsule coréenne à l'Est et la Chine à l'ouest. Elle était bordée (en 2002) par près de deux millions d'hectares de vasières et constitue donc une zone de transit primordiale pour les migrateurs, et notamment les limicoles : environ deux millions y transitent au printemps et un million en automne.
Plus de 80% des vasières de Corée du Sud se situent sur son littoral ouest, le long de la Mer Jaune. Mais elles sont de plus en plus menacées par les aménagements et assèchements : la construction en 2006 d'une digue devant le site de Saemangeum, autrefois la plus vaste vasière du pays, est le triste symbole d'une situation critique. La newsletter d'avril à juillet 2010 du site web Birds Korea (www.birdskorea.org) évoque ce désastre en cours.

Cet article a été soumis à notre Comité de Lecture virtuel.
Pour participer à ce comité, vous pouvez nous contacter.

Abstract

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The Yellow Sea, bordered by the Korea peninsula and China, has an estimated 2 million ha of remaining tidal-flats (in 2002). It forms the core staging area for an estimated 2 million migratory shorebirds in spring and a further 1 million in autumn. This represents no less than 40% of the total number of (long-range) migratory shorebirds supported by the whole East Asian-Australasian Flyway .
Due to differences in coastal slope and tidal-ranges, intertidal wetlands of South Korea are not distributed evenly around the coast, and approximately 83% of tidal-flats are found along the west coast, with 17% along the south coast.
But the South Korean intertidal wetlands are more and more threatened, and a large part of them have already been reclaimed, and the huge Saemangeum reclamation in 2006, due to the construction of a 33-km seawall, is one of the most striking examples of the failure of existing policy and legislation to conserve the nation's most bio-diverse ecosystems. The Saemangeum estuarine system was the single most important known site for shorebirds in the nation and in the Yellow Sea.
The April - July 2010 Birds Korea (www.birdskorea.org)
Newsletter speaks about the destruction of the intertidal wetlands of the country.


Requiem pour les vasières sud-coréennes

Les côtes de la Mer Jaune, une zone essentielle pour les limicoles

Pêcheuse sur une vasière sud-coréenne
Pêcheuse sur une vasière sud-coréenne
Source :
www.birdskorea.org
La Mer Jaune est une mer semi-fermée peu profonde, bordée de vastes vasières, située entre la péninsule coréenne à l'Est et la Chine à l'ouest. Elle mesure environ 1 000 km du nord au sud et 700 km d'Est en Ouest et couvre une superficie de 458 000 km2.
Sa profondeur moyenne n'est que de 46 m.
Elle était bordée en 2002 par près de deux millions d'hectares de vasières, constituant ainsi une zone de transit primordiale pour environ deux millions de limicoles migrateurs au printemps et pour un million en automne, soit 40% du nombre total de limicoles migrateurs empruntant l'East Asian-Australasian Flyway, la grande voie de migration entre la Nouvelle-Zélande et l'Alaska.

Les vasières sud-coréennes disparaissent

Vasières importantes de Corée du Sud en 2002 (certaines ont déjà été détruites ou sont en voie de destruction). En rouge, les côtes soumises à la marée : 1) Ganhwa Do, 2) Young Jeong Do et Song Do, 3) Daebu Do, 4) Namyang Man, 5) Hongwon Ri, 6) Asan Man, 7) Seosan, 8) Geum Gang Hagu, 9) et 10) Saemangeum, 11) Paeksu, Mangyeung Gang Hagu, 12) Hampyeong Man, 13) Meian Gun, 14) Aphae Do, 15) Mokpu, 16) Suncheon Man, 17) Nakdong Gnag Hagu
Source :
Ornithomedia.com d'après Wetlands.org
L'amplitude des marées augmente progressivement le long de la côte sud du pays, passant d'une moyenne d'un mètre dans l'estuaire du Nakdong à l'extrême sud du pays à cinq mètres au printemps à Mokpo dans le Sud-ouest, et culminant à neuf - dix mètres dans la vaste baie de Gyeonggi au nord. Les vasières "pures" dominent au nord, tandis que la proportion de sable augmente en allant vers le Sud. Le long de la côte rocheuse et sablonneuse de l'Est du pays, l'amplitude des marées n'atteint que 0,3 m, et à l'exception des lagunes côtières du nord-est du pays, il y a peu de zones humides importantes.
Environ 83% des vasières sud-coréennes s'étendent ainsi le long des côtes de l'ouest et du sud-ouest du pays.
Mais ces vasières sont progressivement détruites ou aménagées : 43 % avaient disparu en 2001, et le le gouvernement planifiait en 2002 d'en "mettre en valeur" 34 % supplémentaires. Aucune zone n'est actuellement protégée.
La plupart des estuaires du pays, dont ceux du Geum à l'Ouest, du Yeongsan au Sud-ouest et du Nakdong au Sud-est ont été fermés au cours des années 1980, détruisant ainsi des zones saumâtres essentielles pour l'alimentation des oiseaux aquatiques. Seul le fleuve Han débouche encore sur une zone intertidale substantielle malgré la proximité de la capitale Séoul.
En outre, presque toutes les vasières du pays sont bordées par un arrière-pays très peuplé ; elles sont ainsi intensivement exploitées, et de grandes surfaces sont consacrées à la conchyliculture, ce qui limite encore les surfaces utilisables par les oiseaux aquatiques.
Saemengeum en octobre 2007
Saemengeum en octobre 2007 : les vasières ont été remplacées par uen vaste étendue sablonneuse sans vie ...
Source :
www.birdskorea.org
27 sites d'importance internationale pour les limicoles avaient été identifiés en 2002 le long de la Mer Jaune, dont seize situés en Corée du Sud. Le site de Saemangeum, constitué des estuaires des fleuves Mangyeung et Dongjin, accueillait sans doute 300 000 limicoles par an et constituait ainsi le site le plus important de la région. L'achèvement d'une digue de 33 km en avril 2006 a détruit 401 km² de vasières. Le site chinois de Yalu Jiang occupe ainsi actuellement la première place de la région pour l'accueil des limicoles, suivi par un autre site sud-coréen, l'estuaire du Geum (avec près de 100 000 oiseaux au printemps 2006). Mais ce dernier site est également menacé d'un assèchement partiel et complet ...

Les destructions continuent

Construction de la digue sur l'estuaire du Songdo
Construction de la digue sur l'estuaire du Songdo
Source :
www.birdskorea.org
On aurait pu penser que la destruction des 40 000 ha de vasières de Saemengeum allait freiner les ardeurs du gouvernement sud-coréen, mais ce n'est pas du tout le cas, et les projets se succèdent. L'assèchement des dernières vasières de Songdo est ainsi en cours : la digue fermait en juin 2010 la moitié de l'estuaire, et l'avenir des 1015 ha restants semble scellé. Pourtant, le site est essentiel pour le nourrissage d'une colonie de Petites Spatules (Platalea minor), une espèce globalement menacée. On trouve aussi des colonies de Mouettes de Saunders (Chroicocephalus saundersi), de Goélands de Mongolie (Larus mongolicus) et de Sternes naines (Sternula albifrons), qui dépendent des vasières pour nourrir leurs petits.

Une menace pour plusieurs espèces

Courlis de Sibérie (Numenius madagascariensis)
Courlis de Sibérie (Numenius madagascariensis)
Source :
www.birdskorea.org
36 espèces de limicoles atteignent des concentrations d'importance internationale sur les côtes de la Mer Jaune, dont deux globalement menacées, le Chevalier tacheté (Tringa guttifer) et le Bécasseau spatule (Eurynorhynchus pygmeus), et deux quasi-menacés, le Courlis de Sibérie (Numenius madagascariensis) et le Bécassin d'Asie (Limnodromus semipalmatus).
Plus de 20% des Courlis cendrés (Numenius arquata), des Huîtriers-pies (Haematopus ostralegus) et des Gravelots à collier interrompu (Charadrius alexandrinus) du monde s'y arrêtent aussi durant leur migration..
L'impact le plus négatif des destruction des vasières pour les limicoles est constaté lors de leur remontée vers le Nord au printemps, quand ils doivent non seulement prendre des forces pour rejoindre leurs sites de nidification sibériens encore lointains, mais aussi reconstituer leurs réserves après leur long trajet depuis les sites d'hivernage.
Plus de 90% des Bécasseaux de l'Anadyr (Calidris tenuirostris), Barges à queue noire (Limosa limosa), Pluviers argentés (Pluvialis squatarola), Gravelots à collier interrompu, Courlis de Sibérie et Courlis cendrés qui migrent vers le Nord le long de l'East Asian-Australasian Flyway font une halte printanière sur les côtes de la Mer Jaune.

Un échec de la politique nationale de protection de la biodiversité

L'assèchement des vasières de Saemangeum est l'un des exemples les plus frappants de l'échec de la politique de conservation des écosystèmes en Corée du Sud. Saemangeum était le site le plus important du pays et de la Mer Jaune pour les limicoles. Il accueillait 30% de la population nicheuse mondiale de Bécasseaux de l'Anadyr et des concentrations significatives de Chevaliers tachetés et de Bécasseaux spatule. En raison de sa productivité naturelle exceptionnel, ce vaste système estuarien nourrissait aussi plus de 20 000 habitants.
Malgré les obligations diverses du pays, notamment sa ratification de la Convention sur les zones humides d'importance internationale appelée Convention de Ramsar, une digue de 33 km de long a été achevée en 2006, et désormais la zone est occupée par un lac et des vasières desséchées. Aucune " éco-ville", pourtant planifiée, n'a encore été construite. Une grande partie de l'écosystème pourrait toutefois être rétablie si les flux de la marée étaient rétablis, mais ce n'est pas à l'ordre du jour.
Nouvelle route à Muan
Une nouvelle route et un monument ont été construits (juillet 2010) sur la vasière de Muan, un site pourtant désigné Ramsar par le gouvernement coréen
Source :
www.birdskorea.org
Même les sites Ramsar désignés par le gouvernement ne sont pas à l'abri de bouleversements : de nouvelles infrastructures et aménagements divers ont été construits sur les vasières de Muan, d'Upo et de la Baie de Suncheon, leur faisant perdre en partie leur caractère naturel. Dans la Baie de Suncheon et à Upo (et dans la zone démilitarisée entre les deux Corées), des projets " éco-touristiques à grande échelle" sont prévus par le Ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme.
A noter que les vasières ne sont pas les seuls habitats menacés en Corée du Sud : près de 200 000 ha de forêts ont ainsi été perdus entre 1978 et 2007.
Le pharaonique "Four Rivers Project", lancé en 2009, prévoie le dragage de 691 km, la construction de seize barrages, la reconstruction de deux barrages sur deux estuaires, le renforcement des digues et la réalisation de plus de 1700 m de pistes cyclables et d'autres infrastructures touristiques, va entraîner la destruction d'écosystèmes fragiles et importants.

Un espoir ?


Observatoire à Mokpo
Observatoire construit par la ville de Mokpo
Source :
www.birdskorea.org
Une nouvelle loi en projet ambitionne d'"assurer la santé de l'écosystème national", mais elle se limite à:
1) la mise en place et à la réalisation d'une stratégie nationale et d'un plan d'action (ce qui implique la poursuite de la rationalisation de la législation existante)
2) la réalisation d'autres rapports sur l'exportation des espèces
3) la réalisation d'un inventaire national des espèces
4) la création et la fonctionnement d'un centre pour la biodiversité
5) la réalisation d'un système national de partage de l'information sur la biodiversité
6) l'amélioration de la gestion des espèces exotiques
7) le soutien à la recherche et à la formation
Mais pour l'association Birds Korea, le plus important serait d'agir pour arrêter la destruction des habitats naturels. La nouvelle législation devrait par exemple exiger le respect des conventions internationales ratifiées comme la Convention de Ramsar, intégrer la conservation de la biodiversité dans les décisions publiques, renforcer la désignation et la gestion d'espaces protégés, développer l'Environmental Impact Assessment (EIA) par l'utilisation obligatoire de bio-indicateurs pour évaluer les impacts potentiels des aménagements sur les sites naturels, reconnaître les avantages économiques de la conservation de la biodiversité, désigner et pénaliser les personnes/organismes responsables de la destruction de la biodiversité, et encourager les acteurs agissant pour la surveillance et la protection de l'environnement.
Curieusement, Achim Steiner, du Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE), avait estimé que la Corée du Sud était un pays "leader" dans la prise en compte des problèmes environnementaux mondiaux : il n'était certainement pas au courant des multiples atteintes aux écosystèmes du pays.

Une lente sensibilisation du public à l'observation de la nature se développe toutefois : la ville de Mokpo a par exemple construit un observatoire dominant la zone humide de Mokpo Namhang, la dernière vasière importante (50 ha) dans l'estuaire très artificialisé du Yeongsan.

Sources

-
www.birdskorea.org
- Australian Government (2002). Shorebirds of the Yellow Sea. www.environment.gov.au/biodiversity/migratory/publications/yellow-sea/

A visiter

- Le site web
www.birdskorea.org de l'association Birds Korea, très riche en informations. Vous pouvez soutenir ses actions et vous inscrire à leur newsletter
-
Le blog http://koreawetlands.blogspot.com
- Le site web de UNDP/GEF Korea Wetland Project : www.wetland.go.kr


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