Date de mise en ligne: 21/05/10 - Visé par le Comité
de Lecture
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Situation de la réserve Colibri del Sol (Colombie) |
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La Colombie
est le pays qui compte le plus grand nombre (1870) d'espèces d'oiseaux
dans le monde. C'est aussi l'un de ceux où l'on décrit
le plus "régulièrement" de nouvelles espèces.
La découverte d'une grallaire inconnue pour la science a
été annoncée le 20 mai 2010 à Washington
au cours d'une cérémonie organisée dans la résidence de l'ambassadrice
colombienne aux États-Unis.
L'oiseau a été nommé Grallaire de Fenwick (Grallaria fenwickorum)
d'après George Fenwick, président de l'American Bird Conservancy
(l'ABC), en reconnaissance pour ses efforts pour la connaissance
et la protection des oiseaux de Colombie.
Cette grallaire avait été observée pour la
première fois en 2008 au cours d'une séance de baguage
dans la réserve Colibri del Sol, située dans le massif de Paramo
del Sol, dans la Cordillera occidental.
Cet
article a été soumis à notre
Comité de Lecture virtuel.
Pour participer à ce comité, vous pouvez nous
contacter.
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Abstract
A new species of antpitta
has been discovered in Colombia, South America. This event was announced
the 20th of May 2010 in a ceremony at the residence of the Colombian
Ambassador, Carolina Barco.
The bird is named Fenwick's Antpitta (Grallaria fenwickorum),
after American Bird Conservancy (ABC) President George Fenwick and
his family.
The announcement was made after a comprehensive two-year study and
review process following the bird's discovery in 2008. The capture
and evaluation process itself was remarkable in that it is one of
the first times that a new species for science has been described
solely from an individual captured, banded, measured, and photographed,
sampled for DNA, and then released alive back into the wild.
The bird that provided the holotype for the description was captured
in the Colibri del Sol Bird Reserve located on the Paramo del Sol
massif in the western Andes of Colombia. The reserve is managed
by Fundación ProAves (www.proaves.org).
The complete 21-page description of the species is available at
www.proaves.org/rubrique.php?id_rubrique=451.
Découverte d'une nouvelle espèce de grallaire en Colombie
L'évènement
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De gauche à droite : Alonso Quevedo (ProAves), Rita
et George Fenwick (ABC) et David Caro (ProAves) lors de la
cérémonie organisée à Washington
le 20 mai 2010
Source : ProAves Colombia / www.proaves.org |
Une nouvelle
espèce de grallaire a été découverte en Colombie.
Elle a été appelée Grallaire de Fenwick (Grallaria fenwickorum)
d'après George Fenwick, président de l'American Bird Conservancy
(www.abcbirds.org).
George Fenwick a déclaré, lors d'une cérémonie
organisée le 20 mai à
Washington
dans la résidence de Carolina Barco, Ambassadrice de Colombie
aux États-Unis : "je suis très honoré par
cette décision. Elle reflète les efforts partagés de ma
famille et d'ABC dans la conservation des oiseaux de Colombie.
En outre, la découverte [de cette grallaire] a été faite sans
tuer l'oiseau, ce qui est essentiel pour une espèce rare et unique".
Et l'ambassadrice a ajouté : "votre famille et ABC ont
beaucoup fait au cours des 15 dernières années pour la conservation
des oiseaux de Colombie, et nous attendons avec impatience de
nouveaux résultats dans les décennies à venir".
La découverte
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Grallaire de Fenwick (Grallaria fenwickorum), réserve
Colibri del Sol, Colombie
Source : ProAves Colombia / www.proaves.org |
Au cours de
séances de baguage menées en février et en mars 2008 dans
la réserve
Colibri del Sol située
dans le massif de Paramo del Sol, dans la Cordillera occidental,
Diego Carantón-Ayala, de la Fundación ProAves, et le gestionnaire
de la réserve Luis Rubelio Garcia ont capturé une mystérieuse
grallaire.
Après deux ans de travail, en se basant sur des différences
de plumage et de chant, et selon les critères du Biological Species
Concept (Johnson et al. 1999, Helbig et al. 2002), cette espèce
a finalement été considérée comme un nouveau taxon.
Remarque : un taxon (pluriel : taxa) est une entité conceptuelle
qui est censée regrouper tous les organismes vivants possédant
en commun certains caractères taxinomiques ou diagnostiques bien
définis.
A propos du "Biological Species Concept"
Andreas J.
Helbig, Alan G. Knox, David T. Parkin, George Sangster et Martin
Collinson, membres de la British Ornithologists' Union, ont publié
en 2002 dans la revue Ibis (numéro 144) un article intitulé
"Guidelines for assigning species rank" dans lequel
ils présentent la notion de "Biological Species Concept",
qui défnit une espèce comme étant un groupe
d'individus reproductivement isolé.
Dans cet article, les auteurs donnent des conseils "pratiques"
pour déterminer quand attribuer le rang d'espèce
à un taxon. Ils expliquent notamment que deux taxa donnés
peuvent être séparés spécifiquement
s'ils sont identifiables (diagnosticables) et s'ils peuvent conserver
sur le long terme leur intégrité génétique
et phénotypique (= qui concerne les caractères observables).
Ils précisent ensuite ce qu'ils entendent par "diagnosticabilité"
et les différents types de relations géographiques
possibles entre taxa (allopatrie, sympatrie, allopatrie, zone
d'hybridation).
Ils proposent enfin des critères pour déterminer quand
assigner le rang d'espèce à un taxon en fonction
des quatre relations décrites plus haut.
Pour en savoir plus : www.bou.org.uk/sppguidelines.pdf
Description de la nouvelle grallaire
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Chercheur de ProAves prenant des mesures sur l'holootype de
Grallaire de Fenwick (Grallaria fenwickorum), réserve
Colibri del Sol, Colombie
Source : ProAves Colombia / www.proaves.org |
La méthode
suivie par les chercheurs Luis Felipe Barrera et Avery Bartels
de ProAves est originale, car l'holotype (= le spécimen
de référence utilisé pour décrire
l'espèce) n'est pas un oiseau collecté et donc tué
mais un ensemble de données obtenues sur un oiseau vivant
qui a été capturé, bagué, mesuré, photographié, a subi des analyses
génétiques puis a été relâché, et 14 plumes (des ailes, de la
queue et du corps) prélevées sur lui.
Mais il faut préciser que deux spécimens ont néanmoins
été tués sans permis par le CO-découvreur Diego
Carantón-Ayala dans la réserve Colibri del Sol.
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Grallaires ceinturée (Grallaria milleri) et
de Fenwick (G. fenwickorum)
Schéma : Ornithomedia.com d'après Norman Arlott
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Une enquête
est d'ailleurs en cours. Ces deux spécimens n'ont pas été retenus
comme matériel-type.
Pourtant, selon Donegan (2008), si un spécimen mort d'une espèce
nouvelle est disponible, il doit être choisi comme holotype, et
ce quelque soit la circonstance de cette mort.
Cette nouvelle espèce ressemble étroitement à la Grallaire ceinturée
(G. milleri), endémique à la Cordillera central, mais sa
poitrine est gris ardoisé et elle ne présente ni bande brune sur
la poitrine ni flancs de la même couleur.
La Grallaire de Fenwick a en moyenne les ailes, la queue, le bec
et les tarses plus longs que ceux de la Grallaire ceinturée.
Elle est aussi plus large.
Il n'y a pas de dimorphisme sexuel.
Chants et cris
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Grallaire de Fenwick (Grallaria fenwickorum), réserve
Colibri del Sol, Colombie
Source : ProAves Colombia / www.proaves.org |
Les chants
et les cris de G. fenwickorum ont été enregistrés à plusieurs
reprises dans la réserve Colibri del Sol par Luis Felipe Barrera
et Avery Bartels puis comparés à ceux de tous les autres membres
du genre Grallaria grâce au site web www.xenocanto.com.
Ils ressemblaient uniquement à ceux de G. milleri.
Le chant de Grallaria fenwickorum consiste en trois notes, augmentant
progressivement au niveau de leur fréquence et de leur longueur,
la première note étant la plus brève et la plus basse, la dernière
la plus longue et la plus aiguë. Ce chant peut être retranscrit
par "tu, tuut, TUUET!". Le chant de G. milleri est similaire,
mais chaque note est plus longue et plus aiguë.
Les différences de longueur des notes et de fréquence ainsi que
de forme de ces notes sur un sonagramme (= image d'un signal dans
une représentation fréquence-intensité, en fonction du temps)
entre ces deux espèces respectent les critères de séparation
entre les espèces de Grallaridés définis selon Donegan
(2008).
Le cri de G. fenwickorum est une note aiguë, forte
et isolée, plus aiguë que le chant. Il ressemble à celui
de G. milleri mais est plus court et plus grave, avec une
note de forme différente sur un sonagramme.
Vous pouvez écouter le chant de l'holotype de G. fenwickorum
enregistré par Luis Felipe Barrera le 11 janvier 2010
dans la réserve Colibrí del Sol sur www.xeno-canto.org/10721
Vous pouvez aussi écouter les cris de G. fenwickorum
energistrés le 11 janvier 2010 dans cette même
réserve sur www.xeno-canto.org/recording.php?XC=16777.
Quelques éléments de sa biologie
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Grallaire de Fenwick (Grallaria fenwickorum) : notez
les longues pattes
Source : ProAves Colombia / www.proaves.org |
Le comportement
de cette espèce est typique des grallaires : c'est un oiseau
discret, timide, se nourrissant au sol et dans le sous-bois d'insectes.
Ses longues pattes indiquent que c'est une espèce qui passe
la plus grande partie du temps au sol.
Les grallaires ressemblent aux pittas d'Asie, d'Australasie et
d'Afrique, dont ils partagent le mode de vie.
La Grallaire de Fenwick se perche jusqu'à 1,5 mètres
de haut pour chanter dans les bambous. Elle est plus active le
matin (de 6h00 à 9h45 environ) et en fin d'après-midi,
de 16h00 à 18h30 environ.
Des indices de reproduction n'ont été collectés
qu'entre mai et juin (saison des pluies), avec en particulier
la découverte le 12 juin 2008 d'un poussin couvert de duvet et
possédant quelques plumes.
Habitat
Son habitat est la forêt humide de montagne, dominée par le Chêne
de Colombie (Quercus humboldtii), entre 2600 et 3300 m
d'altitude, présentant des bosquets de bambous du genre
Chusquea.
Le climat du secteur est humide, avec des précipitations moyennes
de 2 2284 mm par an, avec une température de 16°c. Les mois les
plus secs sont entre décembre et mars.
Des photos de l'habitat où l'espèce a été
vue sont visibles sur : www.flickr.com/photos/
proaves/sets/72157623898966996.
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Habitat
de la Grallaire de Fenwick dans la réserve Colibri
del Sol
Source : ProAves Colombia / www.proaves.org |
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Habitat
de la Grallaire de Fenwick dans la réserve Colibri
del Sol
Source : ProAves Colombia / www.proaves.org |
La
réserve Colibri del Sol
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Forêt de montagne dans la réserve Colibri del Sol
Source : ProAves Colombia / www.proaves.org |
La Grallaire
de Fenwick a été découverte dans la réserve
Colibri del Sol, dans le département d'Antioquia. Cette zone protégée
est située dans le massif de Páramo del Sol (ou Páramo
Frontino), où subsistent 2 700 ha de páramo (= végétation
arbustive d'altitude) et de bois de Polylepis, soit la
plus vaste étendue de la Cordillera occidental.
Malgré sa proximité avec Medellín, la seconde ville de Colombie,
le Páramo del Sol est très peu connu d'un point de vue
ornithologique.
En 2004, une expédition organisée par la Fundación ProAves a permis
la redécouverte d'un colibri que l'on croyait disparu, l'Inca
de Wetmore (Coeligena orina) (lire Redécouverte
de l'Inca de Wetmore). Grâce au soutien de l'American Bird
Conservancy, la Fundación ProAves a acquis en 2005 731 ha de forêts
de montagne et de páramo, et la réserve Colibrí del Sol, en l'honneur
du colibri retrouvé, fut créée.
Cette réserve est située près d'Urrao, à 5 heures de Medellin.
Il faut 2 heures de marche depuis la route pour y parvenir.
On y trouve des endémiques menacés comme l'Inca
de Wetmore, la Grallaire de Fenwick, le Percefleur à ventre marron
(Diglossa gloriosissima), et probablement aussi un mérulaxe
du genre Scytalopus non encore décrit.
Autres espèces remarquables: Caïque à face rouge (Hapalopsittaca
amazonina) (sous-espèce nouvelle pour la science), Chevêchette
des Andes (Glaucidium jardinii), Mérulaxe ocellé (Acropternis
orthonyx), Grallaire à moustaches (Grallaria alleni),
Percefleur à gorge noire (Diglossa brunneiventris), Tangara
à coiffe blanche (Sericossypha albocristata), Tangara à
capuchon (Piranga rubriceps), Geai à collier (Cyanolyca
armillata), Toucan à bec noir (Andigena nigrirostris).
Le Tangara à capuchon (Piranga rubriceps) est très commun,
tout comme le Tangara à coiffe blanche (Sericossypha albocristata).
Des groupes mixtes composés de tangaras et de moucherolles sont
visibles, tandis que les fruits attirent le Piauhau sombre (Lipaugus
fuscocinereus), le Toucan à bec noir, le Toucanet émeraude
(Aulacorhynchus prasinus) et le Cotinga barré (Pipreola
arcuata). Outre l'inca, on peut y observer le Colibri à petit
bec (Ramphomicron microrhynchum), l'Érione à poitrine d'or
(Eriocnemis mosquera) et l'Érione pattue (Eriocnemis
vestita).
En danger critique
La Grallaire de Fenwick n'est connue que dans et à proximité de
la réserve Colibrí del Sol. La population connue est de 24 territoires
sur environ 5,8 km², ce qui donne une estimation prudente
de la population totale comprise entre 57 et 156 territoires.
L'espèce est donc en danger critique. Bien que protégée
dans la réserve, cette grallaire a besoin d'une plus vaste surface
pour survivre. En outre, des recherches devront être menées
pour tenter de trouver de nouvelles populations.
A visiter
- Le site web de la Fundación ProAves : www.proaves.org
- Découvrir des photos de la grallaire et de son habitat
: www.flickr.com/photos/proaves/sets/72157623898966996/
Sources
- Luis Felipe Barrera, Avery Bartels et Fundación ProAves de Colombia
(2010). A new species of Antpitta (family Grallariidae) from the
Colibrí del Sol Bird Reserve, Colombia. Conservación Colombiana
(13). Date de mise en ligne : 18 mai. www.proaves.org/rubrique.php?id_rubrique=451
- Birdingcolombia.com (2009). Sites - Colibri del Sol Bird Reserve.
www.birdingcolombia.com/birding-site/31/Colibri-del-Sol-Bird-Reserve.html
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