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  L'énigmatique Engoulevent de Nubie

Date de mise en ligne : 29/04/10 - Visé par le Comité de Lecture

Situation du kibboutz Ne'ot Hakikar (Isaël), le bastion de l'Engoulevent de Nubie dans le pays
Situation du kibboutz Ne'ot Hakikar
Yoav Perlman travaille à l'Israeli Ornithological Center (Society for the Protection of Nature in Israel). C'est l'un des ornithologues les plus actifs du pays, et il est le spécialiste d'un oiseau énigmatique, nichant très localement dans le Paléarctique occidental : l'Engoulevent de Nubie (Caprimulgus nubicus).
Nous avons pu observer cette espèce
non loin du ibboutz Ne'ot Hakikar, à la frontière avec la Jordanie, au cours d'une visite nocturne guidée par Yoav en 2007.
L'oiseau s'y reproduit dans des marais salants à Tamaris et à Suedea "truffés" de mines, ce qui a permis à cet habitat très menacé par l'extension agricole de subsister.
Yoav a passé de nombreuses nuits à étudier cet oiseau méconnu, et il a publié dans le numéro 118 de la revue Sandgrouse un article révélant de nouveaux éléments sur sa biologie et son statut en Israël. Nous vous en proposons une adaptation française.

Cet article a été soumis à notre Comité de Lecture virtuel.
Pour participer à ce comité, vous pouvez nous contacter.

Abstract

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Yoav Perlman works for the Israeli Ornithological Center (Society for the Protection of Nature in Israel). He is certainly the best specialist in Israel of a very poor known species that breeds very locally in the Western Palearctic, the Nubian Nightjar Caprimulgus nubicus. In Israel, its decline is mainly due to habitat destruction. It is currently found only in the Kikar Sdom region south of the Dead Sea. The main ecological requirements for Nubian Nightjar territories are a patch of at least 50 ha of salt marsh, preferably near water sources, and adjacent open areas for foraging.
Yoav published an article in the 118 issue of the Sandgrouse magazine, presenting several new and previously undocumented aspects of the breeding cycle, courtship and food of this species.



Introduction et méthode

Le plus petit engoulevent du Moyen-Orient

Engoulevent de Nubie (Caprimulgus nubicus)
Engoulevent de Nubie (Caprimulgus nubicus), Ne'ot Hakikar (Israël), mars 2008
Photo: Yoav Perlman
Longueur : 20-22 cm.
Envergure : 46 - 50 cm.
L'Engoulevent de Nubie (Caprimulgus nubicus) (Lichtenstein, 1823) est le plus petit engoulevent du Moyen-Orient, pesant seulement 45-55 grammes.
Il se distingue de l'Engoulevent d'Europe (Caprimulgus europaeus) par sa taille inférieure, sa queue proportionnellement plus courte, son collier ocre-roux et ses rémiges internes barrées de roux. On note deux taches blanches sur les ailes et sur les coins de la queue.
Engoulevent de Nubie (Caprimulgus nubicus)
Engoulevent de Nubie (Caprimulgus nubicus), Ne'ot Hakikar (Israël), février 2004
Photo: Yoav Perlman
L'espèce est relativement répandue dans les régions arides d'Afrique de l'Est, même s'il y est considéré comme rare. Au Moyen-Orient il est beaucoup moins commun, avec une distribution localisée le long de la Vallée du Rift, d'Israël au nord aux côtes de la Mer Rouge de la péninsule arabe au sud (Cleere 1999, Holyoak 2001).
Dans la plupart de son aire africaine, cet engoulevent est considéré comme sédentaire, mais on pense que les populations du nord du Moyen-Orient sont migratrices, se déplaçant vers l'Afrique de l'Est en dehors de la période de reproduction (Shirihai 1996, Holyoak 2001, Kirwan 2004).

Une espèce en danger critique en Israël

Répartition approximative de l'Engoulevent de Nubie au Moyen-Orient
Répartition approximative de l'Engoulevent de Nubie au Moyen-Orient
En Israël, jusqu'au milieu des années 1980, l'Engoulevent de Nubie est un nicheur localisé mais répandu le long de la Vallée du Rift, depuis le secteur de Beit She'an au nord jusqu'à Eilat dans le sud, dans l'habitat approprié.
La sous-espèce locale C. n. tamaricis est fortement associée aux marais salants non côtiers dominés par des buissons de Tamaris et de Suedea avec des peuplements de Phragmites, à proximité de points d'eau accessibles (sources, oasis...). Au cours des deux dernières décennies, ce type d'habitat a presque entièrement disparu en Israël, principalement en raison du développement rapide de l'agriculture (principalement des cultures sous serre de poivrons et de tomates). Par conséquent, les effectifs d'Engoulevents de Nubie ont chuté de façon spectaculaire : seuls cinq couples ont été trouvés en 1999 lors d'un recensement national couvrant tous les sites potentiels le long de la Vallée du Rift (Shirihai 2000).
Habitat de l'Engoulevent de Nubie
Habitat de l'Engoulevent de Nubie, Ne'ot Hakikar (Israël) : le secteur est miné...
Photo: Ornithomedia.com
Quatre de ces couples avaient été trouvés dans la région du Kikar Sdom au sud de la Mer Morte, près du kibboutz Ne'ot Hakikar. Ce secteur fortement miné a permis de protéger l'habitat s'étendant le long de la frontière israélo-jordanienne du développement agricole. Un autre couple a été trouvé près d'un réservoir à environ 20 km au nord. Actuellement, l'espèce est considérée comme en danger critique en Israël (Alon & Mayrose 2003).

Zone d'étude

La région du Kikar Sdom (30° 57'N, 35° 23'E), au sud de la Mer Morte, comprend les kibboutz Ne'ot Hakikar et Ein Tamar et est située à une altitude moyenne de 350 m sous le niveau de la mer.
Le climat de cette région est chaud et sec. La hauteur annuelle moyenne des précipitations est de 40 mm ; elles ont lieu uniquement en hiver et varient fortement d'une année à l'autre. Les températures diurnes estivales dépassent souvent les 40°C. En hiver, les températures nocturnes sont relativement faibles, souvent en-dessous de 10°C (Jaffe 1988).

La méthode d'étude

Les principaux objectifs de l'étude de Yoav Perlman étaient de déterminer le statut actuel de l'espèce dans la région du Kikar Sdom et de décrire la biologie reproductive, l'utilisation de son habitat, sa nourriture et d'autres aspects de sa biologie.

Entre août 2004 et juillet 2006, Yoav a passé approximativement 300 nuits sur le terrain à étudier les engoulevents. Environ 100 nuits ont été consacrées à localiser les couples dans les habitats favorables. Les oiseaux ont été repérés visuellement ou vocalement, leurs appels étant nombreux et distincts pendant la saison de reproduction. Lors des nuits où la lune était brillante, il était possible d'observer cette espèce avec des jumelles classiques, mais lors des nuits plus sombres, Yoav a utilisé des lunettes de vision nocturne. Il a filmé le comportement nuptial de l'espèce en utilisant un caméscope Sony DRC-HC62 manuellement attaché à des lunettes de vision nocturne.
Il a capturé sept adultes entre août 2004 et juillet 2006 en utilisant des filets de baguage (ou des filets à cerceau après avoir éclairé avec un flash un oiseau sur une route de graviers). Chaque engoulevent a été équipé d'un transmetteur radio de 0,6 ou 1,5 gramme (Holohil® System, Ontario, Canada), et a été bagué avec un anneau en aluminium standard israélien. Un juvénile supplémentaire a été capturé et bagué au mois de juin 2006 mais il n'a pas été équipé d'un émetteur.
La longueur de l'aile fermée (Stiles & Altshuler 2004) et de la queue (à ± 0,5 mm) et la masse corporelle (à ± 0,5 grammes) ont été relevées.
Pour suivre les engoulevents sur le terrain, Yoav a utilisé un récepteur télémétrique R1000 (Communications Specialists Inc., Orange, Californie), une antenne flexible Biotrack® Linflex 3™ à trois éléments et une antenne omnidirectionnelle Biotrack LM150 montée sur une voiture.
L'activité des oiseaux a été enregistrée une heure avant le crépuscule et jusqu'à une demi-heure après l'aube. L'emplacement de chaque individu a été continuellement noté pendant toute la nuit en utilisant les techniques de triangulation standard quand deux observateurs étaient présents, ou en se déplaçant rapidement d'un point à un autre et obtenant des points fixes.
Pour éviter de déranger les oiseaux Yoav est resté à au moins 30 m et a toujours observé de loin depuis une voiture, dans le calme et l'obscurité.
Quand cela été possible, il a maintenu le contact visuel pour noter l'emplacement des oiseaux avec une précision de quelques mètres et pour observer leur comportement.
L'emplacement, le type d'habitat et l'activité ont été relevés pour chaque oiseau. Les activités notées étaient : le repos (quand l'oiseau était à l'arrêt, à couvert), le nourrissage, et le comportement territorial (appels entendus et parade vue).
Les périodes de nourrissage ont été facilement détectées à partir des changements d'intensité du signal radio émis : celui augmente en effet rapidement quand l'oiseau décolle (White & Garrott 1990). Des permis ont été obtenus auprès de la Nature and Parks Authority pour capturer et suivre les oiseaux.
Les territoires ont été estimés avec le logiciel ArcGIS® en utilisant la méthode "Adaptive Kernel Home Range", qui décrit l'utilisation relative des habitats par un organisme dans son territoire. Cette méthode fournit une représentation graphique de l'occupation spatiale de l'individu avec des lignes d'isoprobabilités délimitant les secteurs dans lesquels l'animal peut être trouvé avec une probabilité donnée, reflétant le temps passé dans chaque secteur (Worton 1989, le Marin & Powell 1996).
Pour calculer la surface d'un territoire, Yoav a utilisé toutes les positions de l'oiseau pendant la période complète de suivi. Il a noté qu'il y avait peu de relations entre les différents sites de nourrissage, l'engoulevent changeant fréquemment de lieu et retournant ensuite dans son dortoir.
Pour estimer de façon prudente la surface du territoire, Yoav a tracé des lignes isoplèthes (= joignant des points d'égale valeur) de 90% et 95% de probabilité. La première fournissait une bonne estimation de la surface avec une faible variance et moins de biais statistique que la seconde, pourtant plus souvent utilisée.
Il a aussi analysé les pelotes de rejection en les plongeant dans l'alcool à 65% pendant quelques minutes, en examinant leur composition au microscope, et en estimant la biomasse de chaque proie. Cette procédure est souvent utilisée pour l'analyse fécale des chauve-souris (Whitaker 1988).

  Suite de l'article
 
Introduction et méthode
Résultats
Histoire naturelle
Discussion


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