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L'invité d'ornithomedia.com:
Etienne Marlé |
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Date: 07/03/10 - Visé par le Comité de Lecture
Le Gypaète barbu (Gypaetus barbatus) est un vautour qui
a disparu des Alpes au 19ème siècle à cause de la
chasse et des empoisonnements. Grâce à un vaste programme
de réintroduction qui débuta en 1986 en Autriche, l'espèce
se reproduit désormais à nouveau dans l'arc alpin.
L'association A.S.T.E.R.S. (Agir pour la Sauvegarde des Territoires
et des Espèces remarquables ou sensibles) a piloté au niveau
européen un programme Life dont objectif principal était
l'installation d'une population autonome et naturelle dans ce massif
montagneux.
A.S.T.E.R.S. gère un centre d'élevage en Haute-Savoie,
et nous avons interrogé son reponsable, Etienne Marlé.
Cet
article a été soumis à notre
Comité de Lecture virtuel.
Pour participer à ce comité, vous pouvez nous
contacter.
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Abstract
The bearded vulture (Gypaetus barbatus) is a large bird of
prey, which feeds mainly on bones taken from the carcasses of wild
or domestic ungulates. With recent population estimates showing
less than 120 couples, it is a very rare species in the EU. Over
the period 1986-2002, a programme involving several European countries
re-introduced 114 bearded vultures into the Alps region. Two Life
projects have been launched to establish a self-sufficient population
of bearded vulture in the Alps. They sought to increase numbers,
support breeding and remove threats to the bird.
A.S.T.E.R.S.
(Agir pour la Sauvegarde des Territoires et des Espèces remarquables
ou sensibles) is an NGO active in the conservation of the bearded
vulture. It is responsible for the management of the sole captive
breeding centre for the bird in France - located in the Alps. We
interviewed his manager, Etienne Marlé.
L'invité d'Ornithomedia.com: Etienne Marlé
Introduction
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Etienne
Marlé et la jeune Nikita, transférée
de Suisse
Photo: E ASTERS |
L'association
A.S.T.E.R.S. a piloté un programme européen Life "Gypaète
barbu dans les Alpes" dont l'objectif était l'installation
d'une population autonome et naturelle de ce rapace dans les Alpes.
Il comprenait plusieurs sous-objectifs:
1- renforcer la population par la poursuite de la réintroduction
de gypaètes issus d'élevages
2- suivre la dispersion sur l'arc alpin des oiseaux réintroduits,
puis leur sédentarisation lorsqu'ils sont en âge de se reproduire
3- préserver les couples naturels reproducteurs, réduire les menaces,
et favoriser la mise en place de Zone de Protection Spéciale
pour leurs habitats
4- impliquer les habitants des sites concernés, pérenniser les actions,
entretenir les liens avec les autres programmes européens LIFE Gypaète
(Andalousie, Grèce...).
Deux programmes Life concernant le Gypaète barbu dans les
Alpes ont été lancés au total: ils ont créés
une dynamique entre les organismes intervenant dans la protection
de l'espèce, faisant de celle-ci la seule suivie de façon
aussi optimale (base de données commune, échanges de pratiques,
décision commune d'actions...) sur l'ensemble de l'arc alpin.
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Vue
du centre d'élevage de Haute-Savoie géré
par A.S.T.E.R.S.
Photo: Etienne Marlé / ASTERS |
Des centres d'élevage
ont été établis dans plusieurs pays européens,
dont un en France, en Haute-Savoie, géré par A.S.T.E.R.S.
Le suivi de la reproduction en captivité s’effectue grâce à la vidéosurveillance,
dont les images sont retransmises sur le site Internet www.gypaete-barbu.com.
Les poussins nés dans ce centre sont ensuite relâchés sur l’un des
sites alpins ou dans le cadre d’autres projets européens, en Andalousie,
en Sardaigne…
Actuellement, un plan de restauration du Gypaète barbu au
niveau français est en cours d'élaboration.
Pour en savoir plus sur le programme Life "Gypaète barbu
dans les Alpes", lire:
- www.gypaete-barbu.com/download/plaquette_life_gypaete.pdf
- la
fiche descriptive (en anglais) de l'International Program for the
Bearded vulture in the Alps
- Le site web d'A.S.T.E.R.S.: www.asters.asso.fr
Quelques nouvelles de 2010 du centre d'élevage
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Image
d'un Gypaète barbu (Gypaetus barbatus) et de son oeuf
nouvellement éclos transmise le 28/02/2010 par l'une
des trois webcams installées dans les volières
du centre
Source: ASTERS |
Le couple 1 n'a
pas produit d'oeuf cette année, bien que les deux adultes présentaient
des comportements de reproduction (accouplements, construction de
nids...).
Marie Antoinette, la femelle du couple 2, a pondu deux oeufs, un
le 1 janvier et l'autre le 8 janvier. Un oeuf a cassé courant février
et le deuxième a éclos le 28/02/2010.
Il est possible de suivre en "live" la vie de ces oiseaux
via trois webcams installées dans les volières du
centre: www.gypaete-barbu.com/popup.html.
Les webcams 1 et 2 suivent deux couples adultes reproducteurs, et
la webcam 3 transfert des images de la volière 3 occupée par deux
jeunes oiseaux (nés en 2005 et 2007).
La quatrième volière (sans caméra) est occupée par "Leon" (ex Susanna),
le jeune né en 2009 du couple installé dans le massif des
Aravis et présentant un défaut de plumage l'empêchant de voler;
une compagne lui a été trouvée, appelée
"Nikita", née en 2009 au centre de Goldau (Suisse): il faut en effet
éviter que les jeunes gypaètes ne restent trop longtemps
seuls dans une volière.
Le guide d'élevage du Gypaète barbu
Nos questions sont basées sur le "Guide
d'élevage du Gypaète barbu" rédigé
par Etienne Marlé (2007).
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Un
jeune Gypaète barbu de 3 jours en plein repas
Photo: Etienne Marlé / ASTERS |
1- Pourquoi
faut-il enlever les viscères lorsque vous nourrissez les petits?
Est-ce le cas pour tous les jeunes rapaces élevés en captivité?
E. Marlé: C'est une précaution afin d'éviter toute
contamination si l'animal était porteur d'une éventelle
maladie. Le nourrissage se fait avec des animaux d'élevage, donc
vaccinés et soignés.
2- Vous précisez que les gypaètes sont capables de tout
ingérer et de tout déchiqueter, et qu'il vaut mieux vider ses
poches avant de renter dans une volière: avez-vous des anecdotes
amusantes à nous raconter sur des objets curieux avalés?
E. Marlé: Heureusement non, car les sucs digestifs
des gypaètes sont très acides, ils dissolvent tout. Plusieurs
gypaètes sont morts de saturnisme (excès de plomb dans l'organisme):
en effet, en ingérant du gibier plombé, ils n'ont pas évacué les
plombs via leurs fientes ou des pelotes car leurs sucs les ont
digérés et ce métal lourd est passé
dans leur sang.
3- N'existe-il pas de cas en France d'oiseaux empoisonnés
après avoir mangé de la viande de brebis ou mouton? La présence
récente du loup, peu apprécié de certains éleveurs, pourrait-elle
compliquer la vie des gypaètes?
E. Marlé: Nous n'avons pas connaissance en France
de cas d'empoisonnements de gypaète (mis à part le saturnisme),
mais c'est notre grande crainte. Et en effet l'empoisonnement
contre le loup serait fatal à une grande partie de la faune sauvage
(et domestique).
4- Avez-vous constaté en Haute-Savoie, comme cela a été
noté chez des Vautours fauves en Israël, que certains poussins
élevés dans la nature manquaient de calcium?
E. Marlé: Nous n'avons pas faits d'analyse en ce
sens mais comme le gypaète se nourrit d'os, il y a peu de chances
d'avoir de tels problèmes.
5- Pourquoi n'utilisez-vous pas de "gants" en forme de fausses
têtes de gypaète pour nourrir les petits et évitez l'imprégnation
?
E. Marlé: Cette technique a été testée à plusieurs
reprises, mais certains juvéniles présentaient des troubles comportementaux
supérieurs à la normale: il est donc recommandé de ne pas le faire.
6- Vous
écrivez dans le guide d'élevage qu'il est nécessaire de
recharger tous les mois le bac de coloration avec de la boue ferrugineuse:
la couleur orange du dessous du gypaète n'est-elle qu'une couche
de boue? Quelle est la fonction de cette boue? Que se passe-t-il
si les oiseaux captifs n'ont plus de boue à disposition?
E. Marlé: C'est un peu plus que de la boue, ce
sont des oxydes de fer, mais de nombreux gypaètes adultes sont
blancs, comme en captivité ou en Corse où il y a peu d'oxydes
de fer, ou encore lorsqu'ils ne sont pas en couple.
Les spécialistes pensent que c'est pour exprimer la dominance
d'un individu ou d'un couple vis à vis des autres oiseaux. Plus
l'oiseau est coloré et plus il semble défendre son territoire
et être dominant.
En captivité, s'il n'y a plus de boue, cela pose peu de problème
car les individus n'ont pas à défendre leur territoire. L'apport
de boue a alors pour objectif de "coller au plus près"
de la vie dans la nature et aux caractéristiques de l'espèce.
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Poussin
de Gypaète barbu de 31 jours
Photo: Etienne Marlé / ASTERS |
7- Vous
expliquez qu'il faut mettre de la laine à disposition des oiseaux
pour qu'ils puissent construire leur nid: dans la nature, cette
espèce garnit-elle toujours son nid de poils ou de laine ?
E. Marlé: Je n'ai pas de certitudes sur la question,
le nid est probablement garni avec ce que les oiseaux trouvent:
poils, laines, mousses végétales, herbes sèches…
8- En volière, les oiseaux sont-ils aussi ou plus sensibles
au dérangement que dans la nature? Vous précisez que toute visite
ou dérangement inhabituel peuvent être fatales: avez-vous des exemples
précis?
E. Marlé: Il est difficile de répondre, car cela
dépend des individus et de leur tolérance. En captivité, les oiseaux
s'habituent à la personne (et à son comportement) qui vient les
nourrir et dès qu'elle change, ils le sentent. Pendant la période
de reproduction, le couveur peut abandonner le nid si le dérangement
est inhabituel ou trop long.
Dans la nature, un dérangement léger mais répété fera fuir un couple
de son site de reproduction, et il peut avoir beaucoup de difficultés
à en trouver un nouveau. Un fort dérangement provoquera l'échec
de la reproduction (abandon de l'œuf ou envol précoce du poussin).
Un exemple est disponible sur ce lien.
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Couple
de Gypaètes barbus (BV 054 et BV 087) et leur poussin BV 158
Photo: Etienne Marlé / ASTERS |
9- Vous
affirmez qu'il suffit de mettre un mâle et une femelle dans une
volière pour qu'ils s'accouplent: est-ce typique du gypaète? La
reproduction de l'espèce en captivité en est donc très facilitée
?
E. Marlé: Ce n'est pas aussi simple: nous avons écrit
dans le guide d'élevage que la formation de couples d'oiseaux
juvéniles, immatures ou subadultes est relativement peu problématique,
comparativement à celle de certains couples d'adultes. Dans une
nouvelle volière inconnue, deux oiseaux doivent normalement s'apparier
en quelques mois. La formation de couples entre un mâle adulte et
une femelle juvénile, immature ou subadulte se réalise également
normalement sans trop de problème.
La meilleure méthode pour former des couples est de mettre les jeunes
gypaètes en groupe et d'attendre de voir quels oiseaux forment spontanément
un couple. Cette méthode est utilisée dans le projet mais ne peut
pas être toujours pratiquée pour des raisons d'ordre génétique.
Pour obtenir un couple reproducteur à partir de jeunes il faut donc
commencer très tôt. Pour apparier un mâle et une femelle adulte,
il faut essayer de leur imposer un oiseau juvénile. La plupart du
temps, les deux adultes se lient contre le jeune. Pour autant, lorsqu'un
couple est formé, il ne donne pas un poussin chaque année; la moyenne
est d'un jeune tous les trois ans (si aucune intervention humaine
n'a lieu pendant la période de reproduction).
10- Vous précisez que les juvéniles sont généralement dominants
sur les adultes: cela semble très inhabituel! Est-ce fréquent chez
les rapaces?
E. Marlé: On le note dans le cas où l'on met
dans la même volière un juvénile avec des adultes qui ne sont pas
ses parents. Ce n'est effectivement pas le cas dans la nature où
les adultes défendent leur territoire contre tout intrus.
11- Comment choisissez-vous les oiseaux destinés à être lâchés
dans la nature?
E. Marlé: Chaque année, sur l'ensemble des oiseaux
nés en captivité, la moitié est en général gardée pour renouveler
le stock d'oiseaux captifs ou pour former de nouveaux couples (par
exemple, s'il représente une lignée génétique rare).
De même, les critères choisis pour déterminer quel oiseau va être
lâché sont:
- la lignée génétique, en fonction du site de lâcher (nouveau site
ou site qui a fait ses preuves)
- le sexe, s'il y a un problème de sex-ratio, au fur et mesure des
années (actuellement, plus de femelles que de mâles ont été lâchées
dans les Alpes)
- la distance entre le lieu de naissance et le site de lâcher, pour
minimiser le transport et réduire les formalités administratives
(convention CITES, passage de frontières…)
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Gypaète
barbu (Gypaetus barbatus) nourrissant son jeune dans
le centre d'élevage géré par A.S.T.E.R.S.
en Haute-Savoie
Photo: Etienne Marlé / ASTERS |
12- Quelles
sont les principales difficultés pour lâcher des gypaètes nés en
captivité dans la nature? Quel est votre taux d'échec?
E. Marlé: Trouver un site adéquat (cavité accessible
mais protégée, acceptation par les populations locales, peu de dérangements,
faibles risques de mortalité…).
Il n'y a pas de calcul du taux d'échec, il arrive de recapturer
des gypaètes lâchés s'ils présentent un comportement anormal. Un
cas de prédation par un Renard roux a été observé.
Globalement depuis 24 ans, dans les Alpes, le bilan des lâchers
est positif car peu d'oiseaux sont retrouvés morts ou sont re-capturés.
Plusieurs cas d'empoisonnements ont été relevés chez des oiseaux
lâchés en Andalousie et en Sardaigne au cours de ces dernières années.
13- Certains sites d'élevage de l'espèce sont-ils nettement
plus performants que d'autres?
E. Marlé: Non pas vraiment, la clef de la réussite
est l'expérience acquise par le responsable du centre, l'absence
de dérangement aux abords du site et l'expérience des couples reproducteurs.
Un centre avec des jeunes oiseaux ou de jeunes couples aura peu
de naissances pendant les dix premières années. Cela s'inscrit donc
dans la durée.
14- Comment choisissez-vous le site de lâcher? Existe-il beaucoup
de sites favorables en Haute-Savoie?
E. Marlé: Il faut aussi réunir les conditions matérielles
pour l'équipe de suivi de terrain pendant les deux premiers mois
après le lâcher (chalet ou refuge, accès 4X4). En Haute-Savoie,
les lâchers ont cessé depuis 2006 car les sites pressentis ne répondaient
pas à tous ces critères ou alors étaient occupés par des gypaètes
adultes en installation ou reproducteurs.
15- Quel est le potentiel du nombre de couples de gypaètes
dans la nature en Haute-Savoie et plus généralement dans les Alpes
françaises?
E. Marlé: Il est difficile de le chiffrer: cela dépend
de l'occupation humaine, de la répartition des couples d'Aigles
royaux et de la disponibilité alimentaire.
16 - Vous qui côtoyez au quotidien les gypaètes, qu'appréciez-vous
dans leur caractère, leur comportement? Qu'est ce qui en fait un
oiseau attachant?
E. Marlé: Le vol plané de tous les grands rapaces,
qui est toujours magnifique.
A lire aussi
- Le
bilan de prospection du gypaète du 17/10/09 dans les Alpes
françaises
- Le
Bargy, le meilleur spot pour le Gypaète barbu dans les Alpes
françaises?
A
découvrir
Mathieu Le Lay travaille sur un film documentaire intitulé
"Des Gypaètes et des Hommes". Vous pouvez participer , à
votre niveau, à son financement:
www.babeldoor.com/gypaetes_mathieulelay/dashboard
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