Recherche sur Ornithomedia.com

  Magazine
   Livre recommandé

Le gypaète barbu : Description, moeurs, observation, réintroduction, mythologie
de Jean-François Terrasse (Auteur), Christophe Coton (Auteur), Paul Géroudet (Auteur)
23,76 euros
Commander
sur Amazon

  L'invité d'ornithomedia.com: Etienne Marlé

Date: 07/03/10 - Visé par le Comité de Lecture

Le Gypaète barbu (Gypaetus barbatus) est un vautour qui a disparu des Alpes au 19ème siècle à cause de la chasse et des empoisonnements. Grâce à un vaste programme de réintroduction qui débuta en 1986 en Autriche, l'espèce se reproduit désormais à nouveau dans l'arc alpin.
L'association A.S.T.E.R.S. (Agir pour la Sauvegarde des Territoires et des Espèces remarquables ou sensibles) a piloté au niveau européen un programme Life dont objectif principal était l'installation d'une population autonome et naturelle dans ce massif montagneux.
A.S.T.E.R.S. gère un centre d'élevage en Haute-Savoie, et nous avons interrogé son reponsable, Etienne Marlé.


Cet article a été soumis à notre Comité de Lecture virtuel.
Pour participer à ce comité, vous pouvez nous contacter.

Abstract

The bearded vulture (Gypaetus barbatus) is a large bird of prey, which feeds mainly on bones taken from the carcasses of wild or domestic ungulates. With recent population estimates showing less than 120 couples, it is a very rare species in the EU. Over the period 1986-2002, a programme involving several European countries re-introduced 114 bearded vultures into the Alps region. Two Life projects have been launched to establish a self-sufficient population of bearded vulture in the Alps. They sought to increase numbers, support breeding and remove threats to the bird.
A.S.T.E.R.S. (Agir pour la Sauvegarde des Territoires et des Espèces remarquables ou sensibles) is an NGO active in the conservation of the bearded vulture. It is responsible for the management of the sole captive breeding centre for the bird in France - located in the Alps. We interviewed his manager, Etienne Marlé.


L'invité d'Ornithomedia.com: Etienne Marlé

Introduction

Etienne Marlé et Nikita
Etienne Marlé et la jeune Nikita, transférée de Suisse
Photo: E ASTERS
L'association A.S.T.E.R.S. a piloté un programme européen Life "Gypaète barbu dans les Alpes" dont l'objectif était l'installation d'une population autonome et naturelle de ce rapace dans les Alpes.
Il comprenait plusieurs sous-objectifs:
1- renforcer la population par la poursuite de la réintroduction de gypaètes issus d'élevages
2- suivre la dispersion sur l'arc alpin des oiseaux réintroduits, puis leur sédentarisation lorsqu'ils sont en âge de se reproduire
3- préserver les couples naturels reproducteurs, réduire les menaces, et favoriser la mise en place de Zone de Protection Spéciale pour leurs habitats
4- impliquer les habitants des sites concernés, pérenniser les actions, entretenir les liens avec les autres programmes européens LIFE Gypaète (Andalousie, Grèce...).
Deux programmes Life concernant le Gypaète barbu dans les Alpes ont été lancés au total: ils ont créés une dynamique entre les organismes intervenant dans la protection de l'espèce, faisant de celle-ci la seule suivie de façon aussi optimale (base de données commune, échanges de pratiques, décision commune d'actions...) sur l'ensemble de l'arc alpin.
Vue du centre
Vue du centre d'élevage de Haute-Savoie géré par A.S.T.E.R.S.
Photo: Etienne Marlé / ASTERS
Des centres d'élevage ont été établis dans plusieurs pays européens, dont un en France, en Haute-Savoie, géré par A.S.T.E.R.S.
Le suivi de la reproduction en captivité s’effectue grâce à la vidéosurveillance, dont les images sont retransmises sur le site Internet www.gypaete-barbu.com. Les poussins nés dans ce centre sont ensuite relâchés sur l’un des sites alpins ou dans le cadre d’autres projets européens, en Andalousie, en Sardaigne…
Actuellement, un plan de restauration du Gypaète barbu au niveau français est en cours d'élaboration.
Pour en savoir plus sur le programme Life "Gypaète barbu dans les Alpes", lire:
- www.gypaete-barbu.com/download/plaquette_life_gypaete.pdf
- la fiche descriptive (en anglais) de l'International Program for the Bearded vulture in the Alps
- Le site web d'A.S.T.E.R.S.: www.asters.asso.fr

Quelques nouvelles de 2010 du centre d'élevage

Eclosion d'un oeuf
Image d'un Gypaète barbu (Gypaetus barbatus) et de son oeuf nouvellement éclos transmise le 28/02/2010 par l'une des trois webcams installées dans les volières du centre
Source: ASTERS
Le couple 1 n'a pas produit d'oeuf cette année, bien que les deux adultes présentaient des comportements de reproduction (accouplements, construction de nids...).
Marie Antoinette, la femelle du couple 2, a pondu deux oeufs, un le 1 janvier et l'autre le 8 janvier. Un oeuf a cassé courant février et le deuxième a éclos le 28/02/2010.
Il est possible de suivre en "live" la vie de ces oiseaux via trois webcams installées dans les volières du centre: www.gypaete-barbu.com/popup.html. Les webcams 1 et 2 suivent deux couples adultes reproducteurs, et la webcam 3 transfert des images de la volière 3 occupée par deux jeunes oiseaux (nés en 2005 et 2007).
La quatrième volière (sans caméra) est occupée par "Leon" (ex Susanna), le jeune né en 2009 du couple installé dans le massif des Aravis et présentant un défaut de plumage l'empêchant de voler; une compagne lui a été trouvée, appelée "Nikita", née en 2009 au centre de Goldau (Suisse): il faut en effet éviter que les jeunes gypaètes ne restent trop longtemps seuls dans une volière.

Le guide d'élevage du Gypaète barbu

Nos questions sont basées sur le "Guide d'élevage du Gypaète barbu" rédigé par Etienne Marlé (2007).

Un jeune Gypaète barbu de 3 jours en plein repas
Photo: Etienne Marlé / ASTERS

1- Pourquoi faut-il enlever les viscères lorsque vous nourrissez les petits? Est-ce le cas pour tous les jeunes rapaces élevés en captivité?

E. Marlé: C'est une précaution afin d'éviter toute contamination si l'animal était porteur d'une éventelle maladie. Le nourrissage se fait avec des animaux d'élevage, donc vaccinés et soignés.

2- Vous précisez que les gypaètes sont capables de tout ingérer et de tout déchiqueter, et qu'il vaut mieux vider ses poches avant de renter dans une volière: avez-vous des anecdotes amusantes à nous raconter sur des objets curieux avalés?

E. Marlé: Heureusement non, car les sucs digestifs des gypaètes sont très acides, ils dissolvent tout. Plusieurs gypaètes sont morts de saturnisme (excès de plomb dans l'organisme): en effet, en ingérant du gibier plombé, ils n'ont pas évacué les plombs via leurs fientes ou des pelotes car leurs sucs les ont digérés et ce métal lourd est passé dans leur sang.

3- N'existe-il pas de cas en France d'oiseaux empoisonnés après avoir mangé de la viande de brebis ou mouton? La présence récente du loup, peu apprécié de certains éleveurs, pourrait-elle compliquer la vie des gypaètes?

E. Marlé: Nous n'avons pas connaissance en France de cas d'empoisonnements de gypaète (mis à part le saturnisme), mais c'est notre grande crainte. Et en effet l'empoisonnement contre le loup serait fatal à une grande partie de la faune sauvage (et domestique).

4- Avez-vous constaté en Haute-Savoie, comme cela a été noté chez des Vautours fauves en Israël, que certains poussins élevés dans la nature manquaient de calcium?

E. Marlé: Nous n'avons pas faits d'analyse en ce sens mais comme le gypaète se nourrit d'os, il y a peu de chances d'avoir de tels problèmes.

5- Pourquoi n'utilisez-vous pas de "gants" en forme de fausses têtes de gypaète pour nourrir les petits et évitez l'imprégnation ?

E. Marlé: Cette technique a été testée à plusieurs reprises, mais certains juvéniles présentaient des troubles comportementaux supérieurs à la normale: il est donc recommandé de ne pas le faire.

6- Vous écrivez dans le guide d'élevage qu'il est nécessaire de recharger tous les mois le bac de coloration avec de la boue ferrugineuse: la couleur orange du dessous du gypaète n'est-elle qu'une couche de boue? Quelle est la fonction de cette boue? Que se passe-t-il si les oiseaux captifs n'ont plus de boue à disposition?

E. Marlé: C'est un peu plus que de la boue, ce sont des oxydes de fer, mais de nombreux gypaètes adultes sont blancs, comme en captivité ou en Corse où il y a peu d'oxydes de fer, ou encore lorsqu'ils ne sont pas en couple.
Les spécialistes pensent que c'est pour exprimer la dominance d'un individu ou d'un couple vis à vis des autres oiseaux. Plus l'oiseau est coloré et plus il semble défendre son territoire et être dominant.
En captivité, s'il n'y a plus de boue, cela pose peu de problème car les individus n'ont pas à défendre leur territoire. L'apport de boue a alors pour objectif de "coller au plus près" de la vie dans la nature et aux caractéristiques de l'espèce.

Poussin de Gypaète barbu de 31 jours
Poussin de Gypaète barbu de 31 jours
Photo: Etienne Marlé / ASTERS
7- Vous expliquez qu'il faut mettre de la laine à disposition des oiseaux pour qu'ils puissent construire leur nid: dans la nature, cette espèce garnit-elle toujours son nid de poils ou de laine ?

E. Marlé: Je n'ai pas de certitudes sur la question, le nid est probablement garni avec ce que les oiseaux trouvent: poils, laines, mousses végétales, herbes sèches…

8- En volière, les oiseaux sont-ils aussi ou plus sensibles au dérangement que dans la nature? Vous précisez que toute visite ou dérangement inhabituel peuvent être fatales: avez-vous des exemples précis?

E. Marlé: Il est difficile de répondre, car cela dépend des individus et de leur tolérance. En captivité, les oiseaux s'habituent à la personne (et à son comportement) qui vient les nourrir et dès qu'elle change, ils le sentent. Pendant la période de reproduction, le couveur peut abandonner le nid si le dérangement est inhabituel ou trop long.
Dans la nature, un dérangement léger mais répété fera fuir un couple de son site de reproduction, et il peut avoir beaucoup de difficultés à en trouver un nouveau. Un fort dérangement provoquera l'échec de la reproduction (abandon de l'œuf ou envol précoce du poussin). Un exemple est disponible sur ce lien.

Couple de Gypaètes barbus et leur poussin
Couple de Gypaètes barbus (BV 054 et BV 087) et leur poussin BV 158
Photo: Etienne Marlé / ASTERS
9- Vous affirmez qu'il suffit de mettre un mâle et une femelle dans une volière pour qu'ils s'accouplent: est-ce typique du gypaète? La reproduction de l'espèce en captivité en est donc très facilitée ?

E. Marlé: Ce n'est pas aussi simple: nous avons écrit dans le guide d'élevage que la formation de couples d'oiseaux juvéniles, immatures ou subadultes est relativement peu problématique, comparativement à celle de certains couples d'adultes. Dans une nouvelle volière inconnue, deux oiseaux doivent normalement s'apparier en quelques mois. La formation de couples entre un mâle adulte et une femelle juvénile, immature ou subadulte se réalise également normalement sans trop de problème.
La meilleure méthode pour former des couples est de mettre les jeunes gypaètes en groupe et d'attendre de voir quels oiseaux forment spontanément un couple. Cette méthode est utilisée dans le projet mais ne peut pas être toujours pratiquée pour des raisons d'ordre génétique. Pour obtenir un couple reproducteur à partir de jeunes il faut donc commencer très tôt. Pour apparier un mâle et une femelle adulte, il faut essayer de leur imposer un oiseau juvénile. La plupart du temps, les deux adultes se lient contre le jeune. Pour autant, lorsqu'un couple est formé, il ne donne pas un poussin chaque année; la moyenne est d'un jeune tous les trois ans (si aucune intervention humaine n'a lieu pendant la période de reproduction).

10- Vous précisez que les juvéniles sont généralement dominants sur les adultes: cela semble très inhabituel! Est-ce fréquent chez les rapaces?

E. Marlé: On le note dans le cas où l'on met dans la même volière un juvénile avec des adultes qui ne sont pas ses parents. Ce n'est effectivement pas le cas dans la nature où les adultes défendent leur territoire contre tout intrus.

11- Comment choisissez-vous les oiseaux destinés à être lâchés dans la nature?

E. Marlé: Chaque année, sur l'ensemble des oiseaux nés en captivité, la moitié est en général gardée pour renouveler le stock d'oiseaux captifs ou pour former de nouveaux couples (par exemple, s'il représente une lignée génétique rare).
De même, les critères choisis pour déterminer quel oiseau va être lâché sont:
- la lignée génétique, en fonction du site de lâcher (nouveau site ou site qui a fait ses preuves)
- le sexe, s'il y a un problème de sex-ratio, au fur et mesure des années (actuellement, plus de femelles que de mâles ont été lâchées dans les Alpes)
- la distance entre le lieu de naissance et le site de lâcher, pour minimiser le transport et réduire les formalités administratives (convention CITES, passage de frontières…)

Gypaète barbu (Gypaetus barbatus) nourrissant un jeune
Gypaète barbu (Gypaetus barbatus) nourrissant son jeune dans le centre d'élevage géré par A.S.T.E.R.S. en Haute-Savoie
Photo: Etienne Marlé / ASTERS
12- Quelles sont les principales difficultés pour lâcher des gypaètes nés en captivité dans la nature? Quel est votre taux d'échec?

E. Marlé: Trouver un site adéquat (cavité accessible mais protégée, acceptation par les populations locales, peu de dérangements, faibles risques de mortalité…).
Il n'y a pas de calcul du taux d'échec, il arrive de recapturer des gypaètes lâchés s'ils présentent un comportement anormal. Un cas de prédation par un Renard roux a été observé.
Globalement depuis 24 ans, dans les Alpes, le bilan des lâchers est positif car peu d'oiseaux sont retrouvés morts ou sont re-capturés. Plusieurs cas d'empoisonnements ont été relevés chez des oiseaux lâchés en Andalousie et en Sardaigne au cours de ces dernières années.

13- Certains sites d'élevage de l'espèce sont-ils nettement plus performants que d'autres?

E. Marlé: Non pas vraiment, la clef de la réussite est l'expérience acquise par le responsable du centre, l'absence de dérangement aux abords du site et l'expérience des couples reproducteurs. Un centre avec des jeunes oiseaux ou de jeunes couples aura peu de naissances pendant les dix premières années. Cela s'inscrit donc dans la durée.

14- Comment choisissez-vous le site de lâcher? Existe-il beaucoup de sites favorables en Haute-Savoie?

E. Marlé: Il faut aussi réunir les conditions matérielles pour l'équipe de suivi de terrain pendant les deux premiers mois après le lâcher (chalet ou refuge, accès 4X4). En Haute-Savoie, les lâchers ont cessé depuis 2006 car les sites pressentis ne répondaient pas à tous ces critères ou alors étaient occupés par des gypaètes adultes en installation ou reproducteurs.

15- Quel est le potentiel du nombre de couples de gypaètes dans la nature en Haute-Savoie et plus généralement dans les Alpes françaises?

E. Marlé: Il est difficile de le chiffrer: cela dépend de l'occupation humaine, de la répartition des couples d'Aigles royaux et de la disponibilité alimentaire.

16 - Vous qui côtoyez au quotidien les gypaètes, qu'appréciez-vous dans leur caractère, leur comportement? Qu'est ce qui en fait un oiseau attachant?


E. Marlé: Le vol plané de tous les grands rapaces, qui est toujours magnifique.


A lire aussi

- Le bilan de prospection du gypaète du 17/10/09 dans les Alpes françaises
- Le Bargy, le meilleur spot pour le Gypaète barbu dans les Alpes françaises?

A découvrir

Mathieu Le Lay travaille sur un film documentaire intitulé "Des Gypaètes et des Hommes". Vous pouvez participer , à votre niveau, à son financement:
www.babeldoor.com/gypaetes_mathieulelay/dashboard


Réagissez à cet article sur nos forums ou par e-mail (david.bismuth@ornithomedia.com).

Vous pouvez soutenir Ornithomedia.com
    
 

  Magazine

   Sommaire
   Produit recommandé
 
Carte routière : Haute-Savoie, 4074, 1/150000 de Carte Michelin
16,63 €
(En savoir plus)


   Publicité
  
  
  
   Livre recommandé

La Savoie à pied : 22 Promenades et randonnées
de FFRP
10,93 €
Commander
sur Amazon

   Newsletter

   Recevez chaque mois
   notre lettre d'infos
   gratuite.
    Inscription
   
Desinscription
        
         

   Livre recommandé

Le guide ornitho : Les 848 espèces d'Europe en 4000 dessins de Grant, Mullarney et al.
26,60 €
Commander
sur Amazon

ORNITHOMEDIA (c) 2000 Tous droits réservés