Date de mise en ligne: 04/01/10 - Visé par le Comité
de lecture
| Situation
de la Sierra Leone, qui abriterait environ 1500 Picathartes
de Guinée |
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Les
forêts denses humides d'Afrique occidentale et centrale recèlent
une grande partie de la biodiversité du continent. Elles abritent
en effet plus de 60 % des Passereaux et des Lépidoptères ou plus
de 80 % des Primates africains.
La forêt de Haute-Guinée, aujourd'hui très fragmentée
et menacée, s'étend du sud du Sénégal
au Ghana, et constitue l'une des principales zones d'endémisme
africaines définies par BirdLife International.
Parmi les 15 oiseaux endémiques qui y vivent, le Picatharte de
Guinée (Picathartes gymnocephalus) se distingue par son
étrangeté et sa rareté. Il était autrefois considéré
en Sierra Leone comme un gardien des ancêtres, nichant sur
des rochers aux formes parfois effrayantes.
Robert Langhendries nous propose une présentation de cet
oiseau particulier..
Robert et Benoît Forget ont décidé de réaliser
du 27 décembre 2009 au 22 janvier 2010 un séjour
de prospection ornithologique en Sierra Leone, le bastion du Picatharte
de Guinée.
Vous pouvez suivre leur périple dans le blog que nous avons
lancé à cette occasion: blog-ornithomedia.com.
Nous remercions Mark Jandersen (voir sa galerie
sur Picasa) pour nous avoir aidé à illustrer
cet article.
Cet
article a été soumis à notre
Comité de Lecture virtuel.
Pour participer à ce comité, vous pouvez nous
contacter.
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Abstract
| Sponsoring |
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The white-necked
Picathartes (Picathartes gymnocephalus), also known as
the white-necked rock fowl, is among Africa's top five most endangered
birds and listed as 'vulnerable' by the IUCN Red List of Threatened
Species. This elusive, enigmatic bird provides an almost mythical,
must-see challenge for many keen birders.
The white-necked rock fowl has a limited distribution in West
Africa, found in Guinea, Sierra Leone, Liberia, Cote d'Ivoire
and Ghana. Robert Langhendries presents us this enigmatic bird.
Robert Langhendries and Benoît Forget have decided to visit the
most important bird areas in Sierra Leone, the stronghold of the
white-necked Picathartes, the from the 27th of December 2009 to
the 22th of January 2010. You can follow their trip in our blog:
blog-ornithomedia.com.
Présentation
du Picatharte de Guinée
Les picathartes
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Les
deux picathartes existants, le Picatharte de Guinée (Picathartes
gymnocephalus) et le Picatharte du Cameroun (Picathartes
oreas)
Schéma: Ornithomedia.com |
Le Picatharte
de Guinée (Picathartes gymnocephalus) et le Picatharte
du Cameroun ou à cou gris (Picathartes oreas) forment
aujourd'hui une petite famille, les Picathartidés, composée de
ces deux seules espèces, d'un même genre, et placée dans
l'ordre des Passeriformes.
Mais il n'en fut pas toujours ainsi, et la Systématique hésita
longuement.
Ces deux oiseaux étranges, décrits pour la première fois par Temminck
en 1825 (pour le Picatharte de Guinée) et par Reichenow en 1899
(pour le Picatharte du Cameroun), furent déplacés
de la famille des Corvidés (étant donné la similitude
des œufs) vers celles des Sturnidés et des Muscicapidés, puis
ensuite rattachés aux Timaliidés ou aux Sylviidés, pour finalement
se voir assigner une place à part entre ces deux dernières familles.
L'analyse génétique des séquences du cytochrome-b
de ces drôles d'oiseaux semble aujourd'hui les rapprocher à nouveau
des Corvidés, ou encore des Passéridés.
Du fait de la position taxonomique incertaine des picathartes,
on a cherché à trouver les taxa les plus proches,
et le candidat le plus récent est le Chétopse bridé
(Chaetops frenatus). Mais le débat reste ouvert.
L'apparence bizarre des picathartes, sorte de "croisement"
entre un gallinacé et un corvidé, les rend absolument uniques.
Leur longue queue, leur bec fort, leurs pattes puissantes et des
zones de calvitie aux plumettes érectiles sur leur tête
achèvent de donner une allure invraisemblable à ces "corneilles
chauves" ("bald crows").
Les picathartes mesurent entre 33 et 38 cm de long, pour un poids
variant de 200 à 250 grammes, avec un léger avantage pour le Picatharte
de Guinée, mais un bec plus grand pour le Picatharte du Cameroun.
Le Picatharte de Guinée
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Picatharte de Guinée (Picathartes gymnocephalus), Kambui
Hills (Sierra Leone), 2009
Photo: Mark
Jandersen / La
galerie de Mike |
Grand oiseau
avec une tête chauve brillamment colorée, jaune vif,
et une zone noire auriculaire. Le cou et le dessous du corps sont
blanchâtres, avec un manteau et une queue noirs aux reflets
bleu-gris.
Les deux sexes sont semblables.
Voix:
un "shhhissss!" haletant, avec des "tok!"
doux. Mais plutôt silencieux généralement.
Habitat
L'habitat typique du Picatharte de Guinée est une forêt
humide de plaine (jusqu'à 800 m d'altitude au Mont Nimba, aux
confins de la Côte-d'Ivoire, de la Guinée et du Libéria) à proximité
de ruisseaux ou de rivières (la boue est essentielle pour la construction
des nids) poussant sur un terrain vallonné et rocheux. La présence
d'inselbergs (=collines ou petites montagnes isolées qui s'élèvent
abruptement depuis une légère déclivité) est très favorable.
Quelques sites de nidification ont été trouvés dans la forêt montagnarde
en Sierra Leone et au Liberia.
La présence de colonies de Dorylinae (fourmis), excellente
source de nourriture, constitue un atout supplémentaire
Des rochers, des grottes ou des falaises sont essentiels pour
la nidification. L'espèce se nourrit dans le sous-bois.
Récemment, des oiseaux ont aussi été trouvés dans des habitats
dégradés comme la forêt secondaire, des zones buissonneuses, des
clairières, parfois très près d'activités humaines, par exemple
à moins de 50 m d'une fosse de production de charbon dans la Western
Area Peninsula Forest (WAPF) en Sierra Leone (lire Le
1er site visité, la Western Area Peninsula Forest):
cela suppose que l'espèce a une assez haute tolérance vis à
vis des dérangements et que des oiseaux peuvent continuer à vivre
dans les habitats dégradés.
Répartition
En
rouge, l'aire de réparition originelle du Picatharte de Guinée
(Picathartes gymnocephalus): l'aire actuelle est beaucoup
plus fragmentée. En vert, les forêts primaires
existantes
Carte: Ornithomedia.com |
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Le Picatharte
de Guinée a une aire de réparition limitée
et fragmentée dans la forêt de haute-Guinée,
en Guinée-Conakry, Sierra Leone, Liberia, Côte-d'Ivoire,
et au Ghana (où il a été redécouvert
en 2003).
Les populations
connues sont petites, isolées et proches du minimum pour garantir
leur viabilité à long terme. La population totale serait de moins
de 10 000 adultes.
En Sierra
Leone
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La forêt de Gola en Sierra Leone, avec ses nombreux cours
d'eau et ses affleurements rocheux, constitue un bastion du
Picatharte de Guinée (Picathartes gymnocephalus)
Source: Gola
Forest Programme |
La population
du Picatharte de Guinée en Sierra Leone est estimée à environ
1 500 individus. C'est la population nationale la plus élevée.
L'espèce est d'ailleurs considérée comme stable ou en légère diminution
en Sierra Leone. Sa distribution est générale dans tout le pays,
à l'exception du Nord (en bordure sahélienne).
Sa densité est cependant basse: 0,365 individu/km², soit la plus
faible de toutes les espèces classées comme vulnérables.
Les sites connus pour abriter le Picatharte de Guinée en
Sierra Leone sont (lire Zones
importantes pour la conservation des oiseaux):
- la Western Area Peninsula Forest, à une heure de Freetown (la
capitale)
- les Kambui Hills
- les Kangari Hills
- les Dodo Hills-
- les Loma Moutains
- les Nimini Hills
- la Gola Forest (à la frontière libérienne). C'est dans
ce dernier site, que Roger et Benoît visiteront, que ses
effectifs sont les plus nombreux.
Sur le site
web de Birdlife International, on apprend qu'une étude
récente menée dans la Western Area Peninsula Forest
(WAPF), non loin de Freetown, a permis de découvrir 2 nouveaux
sites de nidification du picatharte en plus des 16 déjà
connus. Ce recensement s'inscrit dans le cadre d'un projet d'un
an assuré par des volontaires de la Conservation Society
of Sierra Leone (CSSL, BirdLife in Sierra Leone), de l'Université
de Sierra Leone, et du service des forêts du pays, avec
l'aide des communautés locales. Il a été
financé par le Disney World Conservation Fund (DWCF), qui
a aussi permis d'établir un réseau de gardes issus
des villages entourant la réserve forestière.
Statut
Le Picatharte de Guinée est considéré comme une espèce vulnérable
suivant les critères définis par la "Red List" (www.iucnredlist.org)
de l'International Union for Conservation of Nature (I.U.C.N.)
et de BirdLife International, et inscrit dans l'Annexe I de la
Convention sur le commerce international des espèces de faune
et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES).
20 % de sa population aurait disparu en 10 ans, soit trois générations.
Selon une analyse de BirdLife International en 2002, on a déterminé
que les faibles populations du Picathartes de Guinée s'expliqueraient
par une diminution des habitats favorables, une densité
naturelle peu élevée et un manque de données sur
la distribution de l'espèce.
La destruction de son habitat, son morcellement et sa dégradation
semblent toutefois constituer les causes principales de son déclin.
Il est protégé par de nombreuses conventions internationales (CITES,
World Heritage Convention, Unesco, Africa Convention, ...), ainsi
que par les législations nationales de Sierra Leone, du Libéria
et du Ghana, mais ni de Guinée ni de Côte-d'Ivoire.
Un plan d'action de conservation du Picatharte de Guinée
a été lancé par Birdlife International: www.birdlife.org