 |
 |
 |
 |
|
Le Robin à flancs roux, un rare migrateur
sibérien à chercher en octobre |
 |
|
Date de mise en ligne: 19/10/09 - Visé par le Comité de Lecture
|
Situation de la haie à Heist (Belgique), où deux Robins à
flans roux ont été trouvés le 15 octobre 2009 |
 |
En octobre, la migration
bat son plein, et c'est même le mois des surprises ornithologiques, au cours
duquel notamment des passereaux rares venus de Sibérie ou d'Asie centrale
peuvent être trouvés dans les buissons d'Europe occidentale. C'est
par exemple le mois idéal pour chercher le Pouillot à grands sourcils
ou le Gobemouche nain, mais d'autres espèces moins connues sont possibles,
comme le superbe Robin à flancs roux (Tarsiger cyanurus), nichant
du nord-est de la Finlande au Japon. Deux oiseaux immatures ont été
trouvés le 15 octobre 2009 en Belgique, dans une haie à Heist, près
de la frontière néerlandaise. Marc Fasol nous a transmis de très
beaux clichés. Mais comment ces oiseaux, qui hivernent normalement en Asie,
sont-ils arrivés en Belgique?
Nous remercions Alain de Broyer pour ses remarques.
Cet article
a été soumis à notre Comité de Lecture
virtuel.
Pour participer à ce comité, vous pouvez nous contacter.
|
Abstract
The Red-flanked Bluetail
(Tarsiger cyanurus) is a migratory insectivorous species breeding in mixed
coniferous forest with undergrowth in north Asia to the Himalayas and western
China. Red-flanked Bluetails winter in southeast Asia. The species' range is slowly
expanding westwards through Finland. It is a very rare but increasing vagrant
to western Europe.
It is slightly larger in size than the European Robin. As the name implies, both
sexes have a blue tail and reddish flanks. The adult male has dark blue upperparts
and white underparts. Females are plain brown above and have a dusky breast.
The 15th of October 2009, two first-winter birds were discovered in Heist, Belgium.
Marc Fasol sent us some photos. But why did these birds, which winter usually
in Asia, arrive in Belgium?
Le Robin à flancs roux, un rare migrateur sibérien à chercher
en octobre
Le Robin à flancs roux (Tarsiger cyanurus)
 |
Robin à flancs roux (Tarsiger cyanurus) premier hiver,
Heist (Belgique) le 18 octobre 2009
(agrandir la photo)
Photo: Marc Fasol |
Identification:
Longueur: 13-14 cm.
- Mâle adulte en plumage nuptial: dessus bleu mat, flancs orangés
et dessous blanc. Les ailes sont bleues à gris-olivâtre.
- Femelle, mâle de premier hiver et juvénile en automne: dessus gris
olivâtre, dessous blanc sale, avec le dessus de la queue et le croupion
bleus, flancs orangés, poitrine gris sale, joues grises encadrant la gorge
blanche, sourcils blanchâtres.
Marc Fasol nous signale que l'intensité du bleu est fortement liée
à la lumière ambiante, et quand l'oiseau se tourne, ne fusse que
de quelques degrés, il le bleu peut ne plus être évident à
voir.
Voix:
Cris d'alerte évoquant le Rougequeue noir: sifflement "viht!"
et "trak!" dur.
Le chant est composé d'une strophe constante, brève, claire, mélancolique.
 |
Robin à flancs roux (Tarsiger cyanurus) premier hiver,
Heist (Belgique) le 18 octobre 2009 (agrandir
la photo)
Photo: Marc Fasol |
Habitat:
Forêts tempérées et froides de conifères avec zones
broussailleuses.
Répartition:
Une petite population est présente dans le nord-est de la Finlande. L'aire
de distribution principale dans le nord-est de l'Eurasie, de l'est de la Russie
à la Sibérie jusqu'au Kamchatcka, au nord du Japon et au nord-est
de la Chine. Il hiverne au sud de la Chine, à Taiwan et au sud du Japon,
en passant par le sud-est de l'Asie jusqu'au nord de la péninsule thaïlandaise.
Cette espèce est en lente expansion vers l'ouest en migrant progressivement
par la Finlande.
Vidéos
A voir, plusieurs
vidéos du Robin à flancs roux sur les sites de nidification et en
migration.
Taxonomie
 |
Robin à flancs roux (Tarsiger cyanurus) premier hiver,
Heist (Belgique) le 18 octobre 2009 (agrandir
la photo)
Photo: Marc Fasol |
L'espèce est composée
de deux sous-espèces. Les données européennes concernent
la sous-espèce nominale cyanurus du nord de l'Eurasie. La sous-espèce
rufilatus est présente de l'Afghanistan au centre-nord de la Chine.
Ces sous-espèces diffèrent par la taille, le plumage et la voix
et pourraient constituer deux espèces à part entière: le
Robin à flancs roux (Tarsiger cyanurus) et le Robin de l'Himalaya
(T. tufilatus). Rufilatus a notamment une queue et des tarses plus longs
et des ailes plus arrondies. Le mâle adulte de rufilatus a un dessus
bleu plus brillant, un sourcil bleu plus clair (généralement sans
blanc sur le front) et une gorge plus étroite d'un blanc plus pur que chez
cyanurus. Les femelles et les mâles immatures des deux formes sont
similaires, mais rufilatus a en moyenne une gorge et une poitrine plus
blanches.
Statut en Europe de l'Ouest
 |
Robin à flancs roux (Tarsiger cyanurus) premier hiver,
île d'Ouessant, Finistère, le 17/11/2007
Photo: Corentin Kermarrec |
En Grande-Bretagne, la première
donnée officielle date de 1953 (soure: AERC), année à partir
de laquelle elle est presque annuelle dans le pays (48 données jusqu'en
2008).
En France, l'espèce est bien plus rare (cinq données jusquen
2008, plus deux au moins au cours de l'automne 2009), et octobre est le meilleur
mois pour la chercher dans le nord du pays (notamment le long du littoral).
Plusieurs données en octobre 2009
 |
Robin à flancs roux (Tarsiger cyanurus) premier hiver, Heist (Belgique)
le 18 octobre 2009 (agrandir
la photo)
Photo: Marc Fasol |
l y a eu en 2009 une très
nette augmentation des oiseaux nicheurs en Finlande (source: Tarsiger.com), d'où
une augmentation possible des oiseaux visibles en Europe de l'Ouest.Mais les oiseaux
découverts le sont généralement tardivement (octobre), bien
après le départ automnal des oiseaux scandinaves.
Depuis le début du mois d'octobre 2009, plusieurs Robins à flancs
roux ont été découverts en Europe de l'Ouest, dont notamment
(source: Netflug.dk):
- 19/10/2009: un à Minsmere, Suffolk (Grande-Bretagne)
- 19/10/2009: un à Spurn, East Yorkshire (Grande-Bretagne)
- 19/10/2009: un à Helgoland, Schleswig-Holstein (Allemagne)
- 16/10/2009: un sur l'île de Sein, Bretagne (France)
- 15/10/2009: deux à Haagje Heist, West-Vlaanderen (Belgique)
- 15/10/2009: un à Durham, Angleterre (Grande-Bretagne)
- 15/10/2009: un à Utsira, Rogaland (Norvège)
- 15/10/2009: un à Quendale sur les îles Shetland, Ecosse (Grande-Bretagne)
- 9/10/2009: un sur l'île d'Ouesant, Bretagne (France)
- 9/10/2009: un à Oranjezon, Vrouwenpolder, Walcheren (Pays-Bas)
- 8/10/2009: un à Sumba, Suðuroy, îles Féroé
- 6/10/2009: un à Nólsoy, îles Féroé.
Où se situe la haie de Heist?
Pour savoir où se situe exactement la haie de Heist (Belgique) où
étaient encore présents le 19 octobre 2009 deux Robins à
flancs roux, voir la carte
sur le site Observations.be. L'endroit exact est l'entrée du village balnéaire
de
Heist (Knokke). "Haagje" signifie en fait "petite haie" en
néerlandais.
C'est le lieu-dit où se trouve cette petite réserve naturelle bordée
d'une digue très buissonnante où vont se réfugier les oiseaux
migrateurs avant de traverser ou après avoir traversé la Mer du
Nord.
Une migration inversée
En jaune, zone d'apparition possible du Robin à flancs roux à la
fin de l'automne et en hiver dans le cadre d'une migration inversée (l'espèce
hiverne normalement dans le sud de l'Asie)
Carte: Ornithomedia.com |
 |
Dans notre article Comment
arrivent les oiseaux rares?, nous abordons le cas de ces oiseaux sibériens
qui hivernent normalement vers le sud de l'Asie, et qui se retrouvent pourtant
en automne en Europe de l'Ouest. C'est le cas des pouillots sibériens,
mais aussi du Robin à flancs roux.
L'arrivée d'un
oiseau à des milliers de km de son aire normale ne peut pas toujours être
expliquée par des conditions atmosphériques exceptionnelles. Certains
oiseaux migrent délibérément dans une mauvaise direction.
La théorie de la migration inversée (inverse)("Reverse Migration"
ou "Puts out-angle Misorientation"), avancée pour la première
fois par Robol (1969), se caractérise par une rotation de 180° par
rapport à la route normale de migration.
Un petit pourcentage d'individus ont en effet leur "compas interne"
inversé (dans l'hypothèse d'une orientation magnétique),
confondant le Nord et le Sud.
Plusieurs chercheurs, qui pensent que les oiseaux sont sensibles au champ magnétique
grâce aux particules de magnétites présentes dans leur cerveau,
estiment que ces individus pourraient avoir la polarité de ces particules
inversée. On peut alors définir une "zone d'apparition en négatif"
(reverse migration shadow) située à l'opposé (à 180
°) des zones de migration et d'hivernage principales, dans laquelle des oiseaux
occasionnels sont susceptibles d'apparaître (voir notre carte ci-dessus
dans le cas du Robin è flancs roux).
Le nombre relativement important et régulier de Pouillots à grands
sourcils (Phylloscopus inornatus) observés chaque automne dans le
Nord-ouest de l'Europe (et notamment en France, Grande-Bretagne, Espagne) pourrait
ainsi s'expliquer par le phénomène de la migration inversée,
l'espèce hivernant principalement en Chine. La route vers l'Ouest suivie
par une petite partie de la population ouest-sibérienne de ce pouillot
pourrait avoir été découverte par un groupe d'oiseaux dont
le sens d'orientation est inversé, puis transmis génétiquement
à plusieurs générations, qui ont ainsi pu découvrir
de nouvelles zones d'hivernage (montagnes d'Afrique du Nord ?).
De nombreuses études (Thorup 1998; Ullman 1989; Van Impe & Derasse
1994; Phillips 2000) semblent confirmer cette possibilité. L'existence
de ces nouvelles zones d'hivernage, vers lesquelles se dirigeraient une petite
partie des individus observés en Europe de l'Ouest, expliquerait en particulier
l'augmentation des observations du Pipit de Richard (Anthus richardi) en
Europe de l'Ouest. Les oiseaux qui ont survécu à leur désorientation,
ont donc transmis peu à peu à leur descendance le trajet vers ces
nouvelles zones accueillantes et plus proches qui ont justement permis leur survie.
Toutefois, le concept de la migration inversée, s'il est populaire, a été
remis en cause par certains auteurs, comme James J. Gilroy et Alexander C. Lees
(British Birds, vol. 96, no. 9, 2003). Pour ces derniers, qui ont étudié
le phénomène sur plusieurs espèces (dont le Gobemouche nain,
le Pouillot à grands sourcils ou le Gobemouche à collier), le pattern
d'apparition des oiseaux accidentels ne se limite pas à la zone prévue,
à 180° de la route normale; il serait en fait possible de voir ces
oiseaux partout en automne, car ils ne choisiraient pas de direction privilégiée,
et c'est notamment la pression d'observation (le nombre d'ornithologues) qui mettrait
en avant certaines zones (par exemple l'Île d'Ouessant en Bretagne, ou les
îles Scilly en Grande-Bretagne). La présence de phares puissants
(comme celui du Crea'ch sur Ouessant) attire aussi les oiseaux épuisés
et perdus du fait de conditions météorologiques difficiles ou d'une
mauvais visibilité.
Une dispersion automnale sur une grande échelle expliquerait en grande
partie les observations de certains oiseaux rares en automne, et ces derniers
se dirigeraient ensuite vers des zones d'hivernage encore inconnues en Europe
et en Afrique par exemple. Cette théorie n'en est toutefois quune
parmi dautres, étant donné les origines et les trajets très
différents de toute une série doiseaux "égarés".
L'explication météorologique
Plus difficile à déterminer, des conditions météorologiques
particulières peuvent aussi expliquer l'arrivée en octobre de passereaux
sibériens dans l'Ouest de l'Europe. Dans notre article la météo
en Flash, nous abordons la situation de la présence d'un anticyclone
centré sur la Sibérie en automne, qui entraîne l'arrivée d'oiseaux
sibériens, les vents d'Est en Ouest déplaçant les oiseaux vers l'Ouest.
Une dépression sur le nord de l'Europe, accompagnés d'un flux de Nord-est,
peut alors pousser les oiseaux sur les côtes du Nord-ouest de l'Europe (dans
notre article, nous ajoutons entre outre la présence d'un anticyclone centré
sur l'Atlantique Nord qui facilite l'arrivée des oiseaux sibériens
dans le nord de la France ou en Belgique).
Il est difficile de retracer les épisodes des conditions météorologiques
qui ont prévalu sur la Sibérie et sur l'Europe au début du
mois d'octobre et qui pourraient expliquer l'arrivée de Robins à
flancs roux en Europe: mais un anticyclone centré sur la Sibérie
a en effet fait sentir ses effets sur l'Europe de l'Ouest vers la mi-octobre.
Sources
- Russell Slack, Ian Wallace, Michael J Seago (2009). Red-flanked Bluetail. Rare
Birds Where and When: Sandgrouse to New World Orioles: An Analysis of Status and
Distribution in Britain and Ireland. Volume 1. Page 162.
- L.
Svensson, K. Mullarney et al (2000). Le
Guide Ornitho. Delachaux et Niestlé.
Réagissez
à cet article sur nos forums
ou par e-mail (david.bismuth@ornithomedia.com).
Vous pouvez soutenir
Ornithomedia.com
|
|
 |
 |
 |
|
 |
| |
|
 |
|
|
|
 |
|
 |
|
 |
|
 |