Date de mise en ligne: 18/03/09 - Soumis au Comité de Lecture
Yann Batailhou
est un écologue passionné d'ornithologie, avec une spécialisation
dans la protection des ressources hydriques. Il s'intéresse de
près aux politiques environnementales, à la préservation des écosystèmes
et des ressources naturelles; ainsi, régulièrement, réagit-il
à certains événements, articles, émissions ou politiques
publiques.
Suite à un article publié dans l'hebdomadaire gratuit
Tribune de Tours du 18 décembre 2008 intitulé "Le
Peuplier, l'arbre qui gâche la forêt", il a rédigé
un article argumenté concernant la populiculture en Indre-et-Loire,
un sujet qui concerne d'autres régions françaises.
Il aborde notamment les impacts sur l'avifaune des fonds de vallée.
Nous le publions ici.
Cet
article a été soumis à notre
Comité de Lecture virtuel.
Pour participer à ce comité, vous pouvez nous
contacter.
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Abstract
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The meadows surrounding
several large rivers in Western Europe which are flooded during
several months a year are the home of an important biological diversity.
But there a threatened by several menaces, in particular by the
increase of poplar plantations that closes landscapes characteristics,
reduces biodiversity interest and slows down flood evacuation capacities.
The extension of poplars plantations is one of the reasons for the
decline of several species, including a bad known, shy and secretive
bird: the Corncrake (Crex crex).
Yann Batailhou, a birder and engineer specialized in water ressources
management, reacted to an article published in December 2008 in
Tribune de Tours, a free weekly magazine, titled "Le Peuplier,
l'arbre qui gâche la forêt": here is his reaction.
Résumé de l'article de Tribune de Tours et l'intérêt
des zones humides alluviales
Résumé de l'article "Le Peuplier,
l'arbre qui gâche la forêt"
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Peupliers dans la vallée de l'Oise
Photo: Ornithomedia.com |
Dans le numéro
10 de l'hebdomadaire gratuit Tribune de Tours (www.tribune-tours.fr)
du 18 décembre 2008 a été publié en
page 2 un article intitulé: "Le Peuplier, l'arbre
qui gâche la forêt".
Cet article évoque le problème des plantations de
peupliers le long des rivière, "souvent
accusés de défigurer le paysage et d'encombrer la vue sur les
cours d'eau", et dont l'esthétisme laisse à
désirer.
L'article met en avant les constatations émises par les
écologistes, comme un membre de la Sepant (Société d'étude,
de protection et d'aménagement de la nature en Touraine), qui
explique que " Les peupleraies sont une menace de plus pour les
prairies humides et les animaux qui y vivent, notamment des oiseaux.
En outre, les plantations sont souvent gérées de manière intensive,
induisant l'utilisation de pesticides, d'engrais et le broyage
des herbes, ce qui détruit la biodiversité ".
Les peupliers entraînent un "abaissement de la ligne
d'eau des rivières qu'ils longent", du fait de leur forte
consommation en eau. Ils sont pour cette raison plantés
le long des cours d'eau.
Mais l'article donne aussi la parole aux propriétaires forestiers,
qui expliquent que "les peupleraies ont pris la place de
prairies d'élevage abandonnées, qui se transforment en friches
couvertes de ronces et de saules [...] qui retiennent l'eau contrairement
aux peupliers".
Un autre propriétaire explique que certes les peupleraies
diminuent la biodiversité, mais seulement pendant 15 ans,
période au bout de laquelle les arbres sont abattus et
qui permet à la végétation prairiale de reprendre ses droits
pour quelques années". Il précise que la culture des
peupliers en Touraine est moins intensive qu'ailleurs, qu'aucun
fertilisant n'est ajouté et que "les deux premières
années, on met un peu de désherbant autour des plants, mais c'est
tout".
Un représentant de la Chambre d'agriculture de Touraine
met lui en avant les menaces (champignons et insectes) qui pèsent
sur le peuplier, et relève la faible rentabilité
de la populiculture. Le président de l'association Peupliers du
Centre-Val de Loire ajoute toutefois que des "des usines
étrangères de transformation du bois" pourraient être
intéressées par les peupliers français.
Un encart est en outre consacré à l'exploitation
de la forêt en Touraine.
Les intérêts des zones humides
Combien de temps et d'argent faudra-t-il encore investir
pour apporter la démonstration des effets néfastes des peupleraies
artificielles et, a contrario, des intérêts collectifs (sociaux,
écologiques et économiques) qu'apportent les zones humides et
les ripisylves naturelles?
Il existe des références bibliographiques, dont au moins trois
majeures à ce sujet, qui peuvent nous éclairer. En mars 2002,
la communauté scientifique publie un ouvrage collectif incontournable
et très complet intitulé "Fonctions et Valeurs des Zones humides"
(Fustec Eliane, Lefeuvre Jean-Claude et Coll., 2002). Sa seule
lecture suffit à faire comprendre les mécanismes et les enjeux
de ces milieux et les risques que nous encourons à négliger, voire
à dénier leur protection et leur restauration.
En 2003, paraît "les forêts riveraines des cours d'eau: écologie,
fonctions et gestion" (Piégay Hervé, Pautou Guy, Ruffinoni Charles,
2003), édité par l'Institut pour le Développement Forestier. Cette
publication consacrée aux ripisylves et forêts alluviales montre
l'intérêt indéniable de ces forêts naturelles pour la biodiversité
qu'elles recèlent et les fonctions hydrologiques et biogéochimiques
qu'elles accomplissent. Nombre d'entre elles ont été remplacées
par de la monoculture, dont celle du peuplier, ou ont connus une
transformation radicale après l'installation d'infrastructures
diverses (décharges, gravières, etc).
En 2004, sont édités "Les actes du colloque de Toulouse" (Collectif,
Janvier 2004) relatifs au Programme National de Recherche sur
les Zones Humides. Un ouvrage collectif de 305 pages issu de travaux
scientifiques pluridisciplinaires qui démontre les fonctions multiples
qu'accomplissent les zones humides au bénéfice de nos sociétés.
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Forêt alluviale le long du Doubs
Photo: Ornithomedia.com |
En quelques
termes, voici les renseignements apportés par ces lectures. Les
zones humides et les forêts naturelles riveraines des cours d'eau
(ripisylves, forêts alluviales):
- stockent les eaux de surface et constituent de ce fait des réservoirs
d'eau douce;
- participent au soutien du débit d'étiage (et empêchent ainsi
le tarissement des cours d'eau);
- dissipent les forces érosives et réduisent les risques d'inondation;
- contribuent à l'alimentation des nappes d'eaux souterraines;
- retiennent les sédiments et favorisent la biodégradation de
micropolluants;
- participent à l'épuration des eaux et en améliorent la qualité
chimique;
- sont un réservoir de carbone: tant que le carbone reste à l'état
solide (organique), "prisonnier" des zones humides et des ripisylves,
il ne concourt pas aux changements climatiques tel que cela se
produit lorsqu'il est sous forme gazeuse (CO2);
- permettent de stabiliser les micro-climats régionaux;
- sont un réservoir de biodiversité, caractérisées par des espèces
végétales et animales typiques (la destruction des zones humides
entraînent la disparition des ces espèces animales et végétales
qui leurs sont associées);
- ont des spécificités hydrologiques, biologiques et paysagères
variées selon leurs formations (genèses) intrinsèques (différents
types de mares, marais, étangs, ripisylves, forêts alluviales,
prairies humides ou inondables, roselières, cariçaies, mégaphorbiaies,
tourbières,…): elles sont "l'Histoire de la Terre" et
possèdent à ce titre une grande valeur culturelle et éducative.
Mais fin 2008, nous débattons toujours de ces sujets maintes fois
traités, qui ont déjà amplement mobilisés "matières grises" et
"subventions de recherche", pour trouver encore et toujours un
prétexte au maintien d'une activité de production largement remise
en cause. Qui peut aujourd'hui prétendre ne pas disposer de suffisamment
d'informations pour se faire une idée objective et pertinente
dans ce débat…et conclure devant les faits qui sont énoncés qu'il
vaudrait mieux réduire franchement la populiculture pour entrevoir
d'autres solutions bien plus avantageuses ? Voici où nous en sommes…à
quelques interactions près.