Date de mise en ligne: 03/02/09 - En cours de soumission au Comité de Lecture
En décembre 2008 est paru le premier volume de la "Monographie des
Fringilles" de Michel Ottaviani. Ce volume traite de 64 espèces de
la famille des Fringilles répartis en deux sous-familles, les Fringillinés
et les Carduélinés. Les Fringilles constituent un grand groupe de
Passereaux auxquels appartiennent notamment des espèces bien connues comme
le Pinson des arbres ou le Bouvreuil pivoine.
Cet ouvrage est très rigoureusement documenté, richement illustré
(de photos prises en milieu naturel), et il décrit notamment certaines
espèces très rares et des comportements inédits.
Nous avons interviewé Michel Ottaviani, qui nous en dit plus sur son livre
et sur la famille passionnante des Fringilles.
Abstract
| Publicité |
 |
The first volume of the
"Monographie des Fringilles"
by Michel Ottaviani was paruted in in December 2008. It deals with 64
species belonging to 20 different genera divided up in two sub-families: Fringillin
(Fringilla) and Carduelin (Mycerobas, Eophona, Hesperiphona, Coccothraustes,
Pyrrhoplectes, Leucosticte, Callacanthis, Haematospiza, Carpodacus, Uragus, Pinicola,
Propyrrhula, Chaunoproctus, Pyrrhula, Loxia, Bucanetes, Rhodopechys, Rhodospiza
and Rhynchostruthus).
This book presents the last informations regarding taxonomy and phylogeny of these
species, their characteristics (description, distribution, subspecies, name, habitat,
nutrition, morals, voice, mating, nesting behaviour, migrations and, if useful,
statuted). There's a distribution map in colors for each species.
The major interest of this work is that all the species, even the rarest ones,
are illustrated by photos took in a natural environment, which was never done
before. Some photos describes behaviors that were never described before, and
reveal new exploited plants as food.
This work, full of informations and magnificently illustrated (around 500 photos),
is absolutely unique.
The monography can be ordered at a price of 45 € + 5,65 € of shipping
costs (France and E.U.) on the website www.editions-prin.fr.
We interviewed Michel
Ottaviani, who tells us more about this monography and about Fringills.
1ère partie de l'interview de Michel Ottaviani
Présentation rapide de la Monographie
des Fringilles
 |
| Couverture
de la Monographie des Fringilles de Michel Ottaviani, volume 1 |
Le premier volume de la
" Monographie des Fringilles" de Michel Ottaviani traite 64 espèces
appartenant à 20 genres différents, répartis en deux sous-familles:
les Fringillinés (Fringilla) et les Carduélinés (Mycerobas,
Eophona, Hesperiphona, Coccothraustes, Pyrrhoplectes, Leucosticte, Callacanthis,
Haematospiza, Carpodacus, Uragus, Pinicola, Propyrrhula, Chaunoproctus, Pyrrhula,
Loxia, Bucanetes, Rhodopechys, Rhodospiza et Rhynchostruthus). Le point
est fait sur la situation actuelle en matière de taxonomie et de phylogénie,
puis sont abordées leurs caractéristiques (description, distribution,
sous-espèces, dénomination, habitat, alimentation, moeurs, voix,
parade nuptiale, nidification, déplacements et, le cas échéant,
statut).
Chaque espèce bénéficie dune carte de distribution
en couleurs. Lintérêt majeur de cet ouvrage est que toutes
les espèces, même les plus rares, sont illustrées par des
photos prises en milieu naturel, ce qui na jamais été réalisé
auparavant à travers le monde. Nombre de photos ont également permis
de décrire de nouveaux comportements mais surtout de révéler
de nouvelles plantes exploitées comme nourriture.
Cet ouvrage, très rigoureusement documenté et magnifiquement illustré,
est donc un livre absolument unique.
Format : 16 x 24 cm - 488 pages - Près de 500 photos couleurs.
Prix: 45 € + 5,65 € de frais denvoi (France et U.E.)
A commander aux Editions Prin - 55 Rue de la Fassière - 45140 Ingré
- Tél. : 02 38 43 97 18 - E-mail: Editions.prin@wanadoo.fr
- Site web: www.editions-prin.fr
1- Quel est votre parcours ornithologique personnel?
 |
| Michel Ottaviani
lors de l'une de ses nombreuses randonnées dans son département,
la Meuse |
Michel Ottaviani: Je
suis rentré au muséum de Paris dans les années 1985 où
j'ai rencontré Gilbert Armani qui venait d'écrire son livre Guide
des Oiseaux Granivores (1983).
Jean Dorst, alors Directeur du muséum, nous avait confié la tâche
de restaurer (inventaire, étiquetage, classement
) la collection des
peaux de fringillidés et de promouvoir les échanges avec les autres
musées européens. Il nous avait alors accordé le statut d'attaché
au muséum.
Parallèlement, je menais des recherches bibliographiques et publiais des
articles sur ce groupe dans diverses revues ornithologiques. Après le décès
de Mr Armani, j'ai assumé cette fonction jusque dans les années
1990 puis me retirais pour me consacrer aux voyages ornithologiques.
En 2001, après avoir accumulé notes de terrain et photos relatives
aux habitats et aux murs de bon nombre d'espèces, je publiais une
série d'articles paraissant en continu dans la revue Les Oiseaux de Jacqueline
et Gabriel Prin.
En 2002, changement de cap: je rencontrais Alain Hennache (Directeur scientifique
du parc de Clères et Président de la World Pheasant Association).
De cette rencontre et des voyages d'étude ultérieurs est née
une amitié qui nous a conduit à publier ensemble d'abord une série
d'articles sur les faisans dans Les Oiseaux puis un ouvrage, la "Monographie
des Faisans" en deux volumes (WPA Editions) dont les bénéfices
sont destinés à soutenir des projets de conservation des galliformes,
l'un des groupes d'oiseaux les plus menacés actuellement.
A présent, je travaille seul sur le second volume des fringilles mais je
commence, à nouveau avec Alain Hennache, la rédaction d'une étude
sur les cailles, perdrix et francolins de l'Ancien Monde.
2- Pourquoi avoir choisi les Fringilles comme sujet de votre ouvrage? N'existait-il
pas déjà des ouvrages sur le sujet? A quoi sera consacré
le second volume?
 |
Le Bouvreuil
des Açores (Pyrrhula murina) est l'un des Fringilles les plus rares
du monde
Photo: Leo Boon / La Monographie des Fringilles volume 1 |
Michel Ottaviani:
Les fringilles constituent un groupe absolument passionnant sur le plan de leur
biologie. Ils rappellent les Drépanis des îles Hawaii (une vingtaine
d'espèces) auxquels ils sont directement apparentés, dans une spécialisation
moins poussée mais dans une radiation éminemment plus importante
puisqu'ils ont généré près de 140 espèces en
Eurasie puis dans les deux Amériques et en Afrique. Ils ont développé
des comportements variés sous des climats et des habitats tout aussi diversifiés
avec, cependant, des constantes propres à chaque genre. C'est justement
cette évolution particulièrement riche qui m'a incité à
travailler sur cette famille à laquelle j'avais d'ailleurs prêté,
depuis longtemps, un intérêt tout particulier.
Il existe d'autres ouvrages sur le sujet. Le premier est celui de Ian Newton,
"Finches", publié en anglais, la première fois, en 1972;
il s'agit d'une intéressante étude des Fringilles abordant pratiquement
tous les aspects de leur biologie. Malheureusement, elle ne concerne que les espèces
européennes (18 espèces sur les 140 connues).
Je ne peux passer sous silence les compilations sur les fringilles de Marcel Ruelle,
éditées en Belgique de 1986 à 2005. Il a traité toutes
les espèces européennes et abordé, secondairement, les autres
espèces étrangères apparentées et dont l'intérêt
principal réside dans la richesse de la bibliographie.
Le seul livre français
traitant de tous les fringilles est celui de Gilbert Armani "Guide des Passereaux
Granivores: Fringillinés - Carduelinés - Cardinalinés"
(1983). Même si les illustrations ne sont pas toutes fidèles et le
texte succinct, pour la première fois toutes les espèces étaient
abordées et illustrées. Je me dois donc de reconnaître à
mon collègue son indéniable rôle de pionnier.
Un autre ouvrage a été édité dix ans après
et en langue anglaise: il s'agit du "Finches & Sparrows, an identification
guide" de Peter Clement, illustré par Alan Harris et John Davis (1993),
avec une traduction française en 1996. Ce guide d'identification réunit
290 espèces dont 128 fringillidés, 128 estrildidés et 34
passéridés. Le texte traite donc surtout des critères permettant
l'identification et détaillant les variations du plumage, beaucoup moins
de la biologie des espèces. L'intérêt majeur de ce livre réside
surtout dans la qualité des illustrations.
Le second volume de la Monographie des Fringilles sera consacré aux genres
Carduelis (verdiers, chardonnerets, venturons, linottes, sizerins et tarins)
et aux Serinus et alliés (serins, Néospize de Sao-Tomé,
serin-loriot) avec un total de 68 espèces. Il sera traité de la
même façon que le premier volume donc très richement documenté
avec de nombreuses informations de terrain (la plupart inédites) et illustré
de nombreuses photos toutes prises en milieu naturel.
3- Quels sont les
points communs à tous les membres de la famille des Fringilles, et qui
les différencient des autres passereaux?
 |
Le Pinson du
Nord (Fringilla montifringilla), un Fringille typique
Photo: Christian Maliverney / La Monographie des Fringilles volume 1 |
Michel Ottaviani:
L'ordre des passereaux (Passériformes) renferme plus de 5 000 espèces
donc beaucoup plus que tous les autres ordres. Ils possèdent tous des pattes
munies de trois doigts en avant et un en arrière mais il existe de multiples
différences dans la structure des pattes et du crâne selon le genre
de vie.
Chez les Fringilles, le squelette, et plus particulièrement le crâne,
présente des caractéristiques propres. Le bec est conique (croisé
chez Loxia) avec les arêtes des mandibules contiguës sur toute
leur longueur. Le septum orbitaire est complet (sans fenêtres), relativement
épais, avec étrésillons osseux le supportant à l'intérieur.
Les fringilles sont donc surtout granivores, ce qui n'est pas le cas des autres
passereaux (sauf partiellement les embérizidés et les plocéidés).
Le nourrissage des jeunes se fait par régurgitation ce qui n'est généralement
pas le cas des autres passereaux.
La syrinx (organe du chant) constitue un caractère distinctif chez la plupart
des passériformes mais il atteint un développement important chez
les fringilles parmi lesquels on trouve d'excellents chanteurs. La plupart des
passereaux assurent une stricte hygiène au nid en enlevant les déjections
ce qui n'est généralement pas le cas des fringilles (Chardonneret
élégant, Serin cini
).
Enfin, les fringilles se singularisent aussi par la présence de neuf rémiges
primaires au lieu de dix.
4- La situation taxonomique
de cette famille est-elle compliquée?
Michel Ottaviani: La
situation taxonomique des fringilles a été nettement simplifiée
et élucidée grâce à l'avènement des études
génétiques mais il ne faut jamais perdre de vue les autres caractères:
anatomie, morphologie, plumage, écologie, éthologie et biogéographie.
La sub-division en tribus (Fringillini - Carduelini) proposée par Sibley
& Monroe (1990) ne fait plus l'unanimité actuellement. Les études
génétiques d'Antonio Arnaiz-Villena et de ses collaborateurs (de
l'université de Madrid) avec l'échafaudage de nombreux arbres phylogénétiques
ont été particulièrement démonstratives.
5- Pensez-vous que
de nouvelles espèces non encore décrites puissent être découvertes
prochainement? Et pensez-vous que l'on pourrait retrouver des espèces aujourd'hui
considérées comme éteintes?
 |
Bouvreuil brun
(Pyrrhula nipalensis) femelle consommant des petits fruits d'une Rosacée
Photo: L. Chiang / La Monographie des Fringilles volume 1 |
Michel Ottaviani:
Il est assez peu probable que l'on découvre de nouvelles espèces
de fringilles car l'ensemble de leur répartition a été exploré.
Néanmoins, il existe deux probables sous-espèces non encore décrites:
une forme de Bouvreuil brun (Pyrrhula nipalensis) dont huit individus ont
été observés dans le sud du Viêt-nam alors que la distribution
de P. n. ricketti s'arrête au nord du Viêt-nam (voir volume
1 page 344), et une de Serin malais (Serinus estherae) dans une phase orangée,
observée et photographiée dans le Lore Lindu National Park à
Sulawesi (photographies et documents dans le volume 2 en préparation).
L'exemple du Gros-bec de Sao-Tomé (Neospiza concolor) du Golfe de
Guinée est incroyable: cet oiseau a été découvert
en 1888 et revu seulement en 1890 et en 1891, puis totalement occulté pendant
plus d'un siècle jusqu'à ce qu'on le "redécouvre"
en 1991. Martim Melo, un naturaliste britannique, a même capturé
plusieurs spécimens pour des études très poussées
avec de nombreuses photos et des analyses génétiques qu'il m'a transmises
en primeur et que vous pourrez aussi voir dans le volume 2.
En revanche, le Gros-bec de Bonin (Chaunoproctus ferreorostris) est probablement
définitivement éteint car non revu depuis les années 1890.