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  Afflux inhabituel de Mouettes blanches en janvier 2009

Date de mise en ligne: 24/01/09 - Soumis au Comité de Lecture

Situation du Port de Larros (Gujan-Mestras), en Gironde, où une Mouette blanche a été vue le 21 janvier 2009
Situation du Port de Larros (Gujan-Mestras)
Décidemment, on se rappellera en Europe de l'Ouest et en Amérique du Nord de l'hiver 2008-2009 comme étant celui des espèces du Haut-Arctique: après l'arrivée exceptionnelle de Harfangs des neiges en décembre (lire L'hiver 2008-2009 sera-t-il un hiver à harfangs?), voici qu'un nombre inhabituel de Mouettes blanches (Pagophila eburnea) est noté depuis la mi-janvier 2009 au sud de leur aire d'hivernage normale, au sud-est du Canada, au nord-est des Etats-Unis et en Europe de l'Ouest. En France, un oiseau de premier hiver a été découvert sur la côte atlantique le 21 janvier, ce qui constitue un réel évènement ornithologique (il n'y avait que trois mentions dans le pays jusqu'en 1997).
Cet article sera l'occasion de présenter cette espèce très peu connue, dont la biologie soulève encore de nombreuses questions, et d'évoquer l'afflux inhabituel de ce mois de janvier 2009.

Cet article a été soumis à notre Comité de Lecture virtuel.
Pour participer à ce comité, vous pouvez nous contacter.

Abstract

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Ivory Gull (Pagophila eburnea) is one of the most sought-after gulls by birdwatchers as it also one of the least often seen. Small and white-plumaged, it has a black eye, black legs, and a two-toned black-and-yellow bill; immatures have small amounts of black spotting or streaking, including a narrow band on the end of the tail.
The Ivory Gull breeds right around the northern hemisphere but rarely ventures south of the Arctic Circle, nesting on boulder fields and rocky cliffs inland from the frozen sea and wintering mostly on pack ice. It is an uncommon bird, and it has a patchy distribution around the high Arctic. Its total population is estimated at 12,000-14,000 pairs and possibly stable overall with locally severe declines.
It appears a bit of an invasion of Ivory Gulls is occurring during this month of January 2009 south of the normal wintering range of the species, with for example 40 birds in Newfoundland/Labrador, 2 birds in Massachusetts, 1 bird in Iceland, one in Great-Britain and one in France.
We present you this gull, one of the least known seabird in the World, and the unusual "invasion" of January 2009.


La Mouette blanche (Pagophila eburnea)

Description

Mouette blanche (Pagophila eburnea)
Mouette blanche (Pagophila eburnea) adulte, Criccieth (Grande-Bretagne), février 2002
Photo: Paul Hackett
Longueur: 40-43 cm.
Envergure: 100-113 cm.
La Mouette blanche est une mouette de taille moyenne.
L'adulte a un plumage blanc pur, des pattes noires et un bec jaune-verdâtre à base sombre. L'œil est sombre. Sa poitrine arrondie, ses pattes courtes et sa démarche lui donnent une apparence de pigeon à terre, mais son vol est gracieux et agile. Les adultes pèsent entre 450 et 700 g. Les mâles et les femelles se ressemblent.
Mouette blanche (Pagophila eburnea)
Mouette blanche (Pagophila eburnea) juvénile, Montrose (Grande-Bretagne), décembre 2001
Photo: Paul Hackett
Les oiseaux immatures de 1er hiver sont aussi blancs, mais sont parsemés de points noirs sur le dos et au-dessus des ailes. En outre, ils présentent une zone sombre sur le front, les joues, la gorge et autour des yeux. La quantité de noir dans le plumage varie selon les individus.
Les oiseaux de premier été sont blancs, avec quelques points noirs et moins de noir sur la tête.
Les Mouettes blanches acquièrent leur plumage adulte au cours de leur deuxième hiver (lire La mue chez les oiseaux). Les pattes sont noires à tous les âges.
Voix:
La voix est un " krrea !" transperçant, évoquant celui d'une sterne.

Phylogénie

Le nom scientifique du genre Pagophila vient du grec et signifie "qui aime la glace". La Mouette blanche est le seul représentant de ce genre, qui diffère anatomiquement du genre Larus. Certains auteurs pensent que la Mouette blanche est intermédiaire entre les goélands et les labbes, bien que des mesures morphométriques ne révèlent aucun lien avec d'autres espèces (HBW Vol.3.)

Habitat

La Mouette blanche est typiquement un oiseau du Haut-Arctique. Elle fréquente tout un ensemble d'habitats: les falaises, quelquefois situées à plus de 20 km à l'intérieur des terres et s'élevant à plus de 800 m d'altitude, les monts rocheux, les zones plates caillouteuses, et même des icebergs couverts de rochers et de terre.
Les polynies (polynye) (mot d'origine russe qui désigne une zone dépourvue de glace dans une mer gelée) et les bordures de la mer gelée sont vitaux toute l'année. Le pack (glace dérivante) est lui favorisé au milieu de l'hiver.
La neige et la glace sont utilisées par la Mouette blanche pour creuser des trous pour dormir, lui fournissant un abri contre les vents arctiques glacés.
A noter que la membrane des pattes palmées de la Mouette blanche est plus réduite que chez les autres goélands, ce qui limite les pertes caloriques. En outre, ses griffes sont recourbées et assurent une meilleure prise sur la glace.

Migration

La météorologie et la formation de la glace en mer lourdement influencent grandement le comportement migratoire de la Mouette blanche. Au Canada, on note trois phases distinctes au cours de ses migrations de printemps et d'automne. En septembre, après la saison de reproduction, les oiseaux se dirigent vers les mers libres où se trouvent des secteurs d'alimentation plus productifs. Au mois d'octobre, ils se dirigent vers l'Est, en bordure des glaces dérivantes. Enfin, ils volent vers le Sud vers le Nord-ouest de l'Océan atlantique. Au printemps, les migrateurs suivent la glace et utilise les polynyes pour stationner. Les Mouettes blanches migrent le jour ou la nuit, seul ou en groupes de plusieurs douzaine à plusieurs centaines d'oiseaux.
La migration de la population du Spitzberg est mal connue: les Mouettes blanches se nourrissent à la limite de la banquise en dehors de la saison de reproduction. Les premières Mouettes blanches sont d'ordinaire observées dans l'archipel près des installations humaines au mois de mars, et les oiseaux se dispersent dans les secteurs de nidification au mois de mai. Elles quittent probablement les colonies peu après l'envol des jeunes, en août-septembre.

Alimentation

Mouettes blanches (Pagophila eburnea)
Mouettes blanches (Pagophila eburnea) de 1er hiver, Rocky Harbour, terre-Neuve (Canada), le 18 Janvier 2009
Photo: Tina Leonard
La Mouette blanche brûle beaucoup de calories dans son environnement arctique et doit se nourrir beaucoup pour couvrir ses besoins énergétiques.
Ses proies sont recherchées sur l'eau, sur la glace, à la limite entre les deux ou sur les étendues caillouteuses. Comme la plupart des mouettes, la Mouette d'ivoire est un prédateur opportuniste.
La Mouette blanche peut se nourrir à la surface de l'eau de poissons, de krill et de zoo-plancton, suivant souvent des baleines. La morue et les copépodes sont aussi des composants alimentaires importants.
A la limite de la glace, surtout dans de mauvaises conditions de lumière, la Mouette blanche pêche certains poissons et des calmars.
Mouette blanche  (Pagophila eburnea)
Mouette blanche (Pagophila eburnea) dans une colonie de morses, Spitzberg, août 2008
Photo: Patricia David
En été, les lemmings et les moucherons sont également consommés.
Profitant du travail des grands prédateurs, suivant par exemple les Ours polaires qu'elle n'hésite pas à harceler, la Mouette blanche est aussi un charognard: elle mange facilement des cadavres, des déjections animales et des placentas (de phoques surtout).
Comme les rapaces, la Mouette banche rejette des pelotes constituées d'os et de fourrure. Ces rejections de pelotes sont plus fréquentes quand les lemmings sont abondants et qu'ils constituent alors sa proie principale dans certaines régions en été.
Au Spitzberg, elle suit souvent des bateaux dans la zone du pack (glace dérivante) et apparaît aussi régulièrement en petits nombres près des installations humaines du Spitsbergen, souvent dans les décharges ou dans les estuaires.

Reproduction

Mouette blanche (Pagophila eburnea)
Mouette blanche (Pagophila eburnea) adulte, Criccieth (Grande-Bretagne), février 2002
Photo: Paul Hackett
L'espèce niche en couples isolés ou en colonies pouvant atteindre près de 300 couples. Elle niche parfois dans des colonies mixtes avec des Goélands bourgmestres (Larus hyperboreus) et des Mouettes tridactyles (Rissa tridactyla) (source: Gulls of the Americas, Howell et Dunn).
Au Spitzberg, la plupart des colonies sont petites, dépassant rarement plus de 10 à 20 couples. 44 emplacements de colonies ont été documentés dans cet archipel situé au nord de la Norvège; toutefois, elles sont instables, et leur taille ou même leur emplacement peuvent varier. Les Mouettes blanches nichent ordinairement sur des falaises escarpées, souvent sur des nunataks (montagne ou piton rocheux s'élevant au-dessus de la glace des inlandsis ou des calottes glaciaires) dans des secteurs reculés. Des colonies ont aussi trouvées au sol, par exemple sur Storøya, Kvitøya et Abeløya.
Les nids peuvent être trouvés du niveau de la mer jusqu'à 800 m d'altitude environ.
Les deux sexes participent à la construction du nid en apportant des végétaux et des plumes. La quantité de matériel apporté varie grandement.
Le nid est placé sur un rebord étroit ou dans une dépression peu profonde sur les galets. Contrairement à la plupart des mouettes qui pondent régulièrement trois œufs, la Mouette blanche n'en pond normalement qu'un ou deux. La ponte intervient à la fin du mois de juin ou au début du mois de juillet. Les œufs sont gris-brun ou verdâtres avec des mouchetures brunes sombres. Ils sont incubé par les deux parents pendant 24-26 jours. Les jeunes quittent le nid entièrement emplumés à quatre ou cinq semaines.
Les poussins blanc pur et duvetés peuvent rapidement marcher et se cacher quand ils sont menacés, mais ils ont besoin d'être nourris par les parents. Les jeunes poussins reçoivent du poisson digéré, tandis que ceux qui ont grandi peuvent manger de petits poissons. Les Mouettes blanches grandissent rapidement et peuvent voler à un mois, d'où une saison de nidification très courte (60 jours). Les Mouettes blanches juvéniles suivent les adultes lors de la migration, où ils continuent à mendier de la nourriture.
Les oiseaux quittent probablement leurs colonies immédiatement après l'élevage et se dispersent en mer vers les zones de nourrissage. Le taux reproducteur des mouettes blanches serait relativement bas et varie fortement d'une année sur l'autre. Les Mouettes blanches sont sexuellement mâtures à deux ans. Le plus vieil oiseau bagué au Spitzberg avait six ans.
Les Renards polaires et les Goélands bourgmestres sont les prédateurs les plus importants des œufs et des poussins. Les Ours polaires et les Renards polaires peuvent détruire certaines années des colonies entières installées dans des secteurs plus accessibles.
Durant la période de nidification, la Mouette blanche défèque à l'extérieur du nid en expulsant énergiquement ses fèces par le cloaque.
A noter que les grands nids de Mouette blanches sont mangés par les Caribous en hiver et au début du printemps.

Distribution

Mouette blanche  (Pagophila eburnea)
Mouette blanche (Pagophila eburnea) dans une colonie de morses, Spitzberg, août 2008
Photo: Patricia David
La Mouette blanche a une distribution circumpolaire à travers le Haut-Arctique. Ses colonies sont dispersées et sont située dans le Canada arctique, au Groenland, dans l'archipel du Spitzberg sur la Terre François-Joseph, sur les îles dans la Mer de Kara et en Severnaya Zemlya (Russie).
Au Spizberg, les Mouettes blanches nichent en petit nombre sur Spitsbergen, Kong Karls et Nordaustlandet, les plus forts effectifs se rencontrant au nord et à l'est. Bien que peu nombreuse, elle est commune toute l'année dans les eaux recouvertes de glace autour de l'archipel.
L'aire de répartition en Amérique du Nord est limitée à quelques sites du Canada arctique. Une partie de la population hiverne juste au sud de Groenland dans la Mer du Labrador, et une autre dans les Mers de Bering et de Chukchi. Les Mouettes blanches se concentrent là où la glace rencontre la mer et dans les zones de mer libre entourées par la glace appelées polynyes. Autrement, la Mouette blanche d'Ivoire niche et hiverne dans des emplacements privilégiés autour du Cercle polaire arctique.

Statut mondial

Emplacements des colonies (points rouges) de Mouettes blanches et des zones d'hivernage habituelles (en bleu); à noter qu'il existe aussi une zone d'hivernage en Mer de Bering (non figurée sur notre carte)
Carte: Ornithomedia.com d'après COSEPAC
Emplacements des colonies de Mouettes blanches
La Mouette blanche est une espèce globalement rare, et elle reste l'une des espèces d'oiseaux de mer les moins connues du monde. L'estimation de la population globale actuelle, répartie en plusieurs colonies dispersées, est de 14 000 couples (Volkov et de Korte, 1996), dont 80% à 85% dans l'Arctique russe: mais cette valeur est certainement très approximative.
La situation actuelle de la population mondiale de Mouettes blanches est très mal connue (Burger et Gochfeld, 1996). Selon les chercheurs, la population serait en déclin depuis longtemps dans diverses parties de l'aire de nidification, notamment en Norvège (Bateson et Plowright, 1959; Cramp et Simmons, 1983; Glutz von Blotzheim et Bauer, 1982; Haney, 1993).
Elle semble toutefois globalement stable, avec toutefois des déclins locaux sévères comme au Canada, mais probablement aussi au Spitzberg. La population est stable ou en augmentation au nord et à l'est du Groenland, et son bastion reste l'Arctique russe.

Un déclin au Canada et au Spitzberg


Les Inuits, peuple indigène du Canada, ont noté un déclin dans le Grise Fiord, l'Arctic Bay et la Resolute Bay au Canada au cours des 25 dernières années. En 2003, des biologistes ont étudié dans l'Arctique canadien les connaissances sur les Mouettes blanches du peuple Inuit, et chaque année entre 2002 à 2006, ils ont mené des études dans l'aire de nidification au Canada. Ils en ont conclu que la population canadienne de Mouettes blanches avait décliné de 80% depuis le début des années 80, avec une population totale en 2006 de seulement 245 oiseaux. La saison 2006 saison semblait être plus favorable, avec une légère augmentation et presque 600 oiseaux ont été comptés dans des colonies récemment découvertes.
Les colonies de Mouettes blanches les plus proches du Canada sont situées dans le nord-est et le nord-ouest du Groenland (Evans, 1984; Boertmann, 1994). La population du Groenland pourrait constituer une source possible d'individus pour le rétablissement de l'espèce au Canada. Cependant, même si certaines mouettes qui ont été baguées en hiver dans la mer du Labrador ont migré au Groenland (Lyngs, 2003), les liens possibles entre les populations nicheuses au Canada et au Groenland qui pourraient participer à ce " sauvetage " n'ont pas été établis.
Au Spitzberg, le nombre de couples est probablement compris entre 200 et 750 couples, et la tendance actuelle n'est pas connue; toutefois, certaines colonies ont disparu ou on décliné, et peu de nouvelles colonies ont été découvertes.

La Russie, source d'espoir?

Les membres de l'expédition scientifique "Arctic 2008" ont découvert une importante colonie de Mouettes blanches sur l'archipel des Geiberg, un groupe de petites îles situées en Mer de Kara au nord de la Sibérie.
La Russie arctique constitue le bastion de l'espèce, et de nouveaux sites sont parfois découverts: au cours de l'été 2008, au cours de l'expédition scientifique "Arctic 2008", une importante colonie a été repérée dans le Détroit de Vilkitski entre l'archipel de Severnaya Zemlya et la Péninsule du Taïmyr par l'équipage du navire "Akademik Fedorov" qui se dirigeait vers le lieu d'établissement d'une nouvelle station de recherche baptisée "North Pole 36".

Chasse et dérangements

En raison du lien fort qui relie l'espèce avec le pack et ses habitudes de charognard, l'espèce est probablement vulnérable au changement climatique qui entraîne une fonte de la banquise et à l'accumulation de contaminants organiques. Un déclin de 80 % (par rapport aux années 1980) de la population canadienne a été récemment documentée. La raison de ce déclin n'est pas connue.
Au Canada, les relevés indiquent que, certaines années, les colonies de Mouettes blanches ne produisent aucun jeune, soit en raison du caractère intermittent de la nidification, soit, dans l'île Seymour, à cause de la prédation par les renards (MacDonald, 1976). La perturbation des colonies nicheuses par les humains peut influer sur la productivité, même si cette hypothèse n'a pas été documentée.
Selon une récente analyse portant sur des Mouettes blanches baguées au
Canada, il existe encore un risque considérable de mortalité attribuable à la chasse (Stenhouse et al., 2004). Bien que les Inuits du Canada soient autorisés à récolter des Mouettes blanches pendant l'année en vertu des accords de revendication territoriale, ils le font rarement (Nunavut Harvest Study, 2002). En revanche, les résidants de l'ouest du Groenland semblent encore récolter régulièrement des Mouettes blanches durant les migrations printanière et automnale, et cela en dépit du fait que les Mouettes blanches soient protégées au Groenland depuis le 1er janvier 1978.
En général, c'est durant la nidification que les Mouettes blanches sont plus
vulnérables aux activités humaines, liées aux activités d'exploration et d'exploitation des ressources pétrolières et minières (diamants). De plus, les activités industrielles qui nécessitent la création de camps de travailleurs de longue durée attirent souvent des mammifères et des oiseaux prédateurs dans des régions où ils sont habituellement absents.
Il est possible aussi que les visites annuelles des colonies de Mouettes blanches par des scientifiques (même si elles sont extrêmement courtes; dans la plupart des cas, moins de 5 minutes) aient entraîné l'abandon récent des colonies ou la nidification intermittente à certains sites au Canada. Mais les informations sur la sensibilité des Mouettes nicheuses à la présence humaine sont contradictoires.

L'effet du changement climatique

Mouette blanche (Pagophila eburnea)
Mouette blanche (Pagophila eburnea) adulte, Essex, Eastern Point, Gloucester (Massachusetts) le 17 janvier 2009
Photo: Jeremiah Trimble /
www.flickr.com/photos/jrtrimble/
Dans les régions arctiques, une quantité considérable de données laisse penser que les températures à la surface de la mer augmentent et que l'épaisseur et l'étendue des glaces de mer diminuent (voir par exemple Parkinson et al., 1999; Grumet et al., 2001). Dans l'Arctique, la répartition des glaces de mer et la durée de la saison des eaux libres sont extrêmement importantes pour le cycle annuel des espèces sauvages marines (Stirling, 1997); on prévoit donc que les changements dans l'état des glaces de
mer auront divers impacts sur les oiseaux marins et d'autres éléments du biote.
Plusieurs études ont montré en effet que la reproduction des oiseaux marins en milieu polaire variait selon l'état des glaces d'une année à l'autre.
Selon des indications récentes, l'état des aires d'hivernage dans l'Atlantique Nord des Guillemots de Brünnich (Uria lomvia), qui peuvent être semblables aux aires d'hivernage de la Mouette blanche, pourrait influer sur les populations d'oiseaux qui retournent dans les colonies nicheuses de manière synchrone, même si les colonies nicheuses peuvent être éloignées les unes des autres et exposées à différentes conditions climatiques durant la saison de nidification (Gaston, 2003). Les oiseaux marins en nidification dépenseraient plus d'énergie pendant les années où les glaces de mer sont plus étendues en raison des coûts énergétiques liés aux déplacements plus longs vers les colonies et à partir des colonies jusqu'aux zones d'alimentation, et peut-être des coûts énergétiques plus élevés pour la recherche de nourriture durant les
saisons moins productives (lorsque l'augmentation de la couverture de glace et la moins bonne pénétration de la lumière font baisser la productivité dans la zone marine; Welch et al., 1992).
Compte tenu de l'association étroite entre la Mouette blanche et la banquise tout au long de l'année, il est possible que certaines perturbations écologiques à grande échelle, comme un changement de l'étendue ou de l'épaisseur de la couverture de glace, aient entraîné la dégradation des habitats d'alimentation et d'hivernage dans la baie de Baffin et le détroit de Davis (Canada). . Cependant, aucune donnée actuelle ne permet d'établir un lien de causalité. Autrement, selon le modèle de la perte de concentration de glace, cela pourrait augmenter, de façon temporaire, la disponibilité de l'habitat d'alimentation, particulièrement au début de la saison de reproduction.

L'effet des contaminants

La teneur en substances toxiques comme les polychlorobiphényles (PCB) ou le dichlorodiphényltrichloroéthane (DDT) est plus élevée chez la Mouette blanche que chez les autres espèces d'oiseaux marins. Des chercheurs et des écologistes craignent que ces polluants n'influent sur les oiseaux de manière négative.
Sur recommandation de l'Autorité Nationale de Contrôle de la Pollution (SFT) et en coopération avec l'Université de Médecine Vétérinaire (NVH) et NTNU, l'Institut Polaire Norvégien a analysé la concentration des polluants contenus dans les oeufs de Mouettes blanches. Les études montrent que plus la concentration en polluants est élevée chez les oiseaux, plus la teneur en vitamine E est faible. En revanche, il semble que la teneur en vitamine A augmente avec la concentration en polluants. Cela illustre le fait que l'état de santé des oiseaux est influencé par les substances toxiques. La concentration en PCB et DDT mesurée chez les Mouettes blanches est particulièrement plus élevée que chez plusieurs autres espèces d'oiseaux arctiques. Il a aussi été découvert que l'épaisseur de la coquille des oeufs était réduite par une plus haute concentration en polluants, ce qui s'accorde avec des études antérieures concernant ces produits toxiques.
La teneur en polluants chez les Mouettes blanches et chez les autres espèces d'oiseaux arctiques est à présent si élevée qu'elle induit un facteur de tension supplémentaire dans un environnement qui est à présent bouleversé par les changements climatiques, selon Geir Wing Gabrielsen, chercheur et chef du projet sur les polluants au sein de l'Institut Polaire Norvégien.
Dans des études précédentes de l'Institut Polaire et SFT, il a été montré que la teneur en substances toxiques chez les oiseaux arctiques est à un tel niveau que cela entraînerait entre autres à une diminution de la survie chez les oiseaux adultes.


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La Mouette blanche (Pagophila eburnea)
L'afflux de janvier 2009


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