Date de mise en ligne: 03/01/09 - Soumis au Comité de Lecture
Le 17 décembre 2008 est sorti sur les écrans de cinéma français
le film documentaire Les Ailes Poupres, produit par le nouveau label Disney Nature,
et relatant l'aventure d'un bébé Flamant nain au sein d'une colonie
comptant un million de membres installée sur le lac Natron en Tanzanie.
Accompagnant le film, le livre "Les
ailes pourpres : Le mystère des flamants" a été publié:
son objectif est de
présenter les murs et le comportement des flamants. L'ouvrage mêle
les photographies de Manoj et Anu Shah, présents lors du tournage au lac
Natron, ainsi que les connaissances de Frank Cézilly, Alan Johnson, et
Arnaud Béchet, tous trois spécialistes des flamants.
Mégane Chêne nous propose un portrait de Frank Cézilly et
une présentation de ce livre.
Cet article
a été soumis à notre Comité de Lecture
virtuel.
Pour participer à ce comité, vous pouvez nous contacter.
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Abstract
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The 17 December 2008 was
presented to the French public the movie "The Crimson Wing: Mystery of the
Flamingos", describing the birth, life and death of a million crimson-winged
flamingos in the Lake Natron in northern Tanzania, the cradle of humankind.
Besides the movie was published the book "Les
ailes pourpres : Le mystère des flamants",
combining Manoj and
Anu Shah's photos and the texts
of Frank Cézilly,
Alan Johnson and Arnaud Béchet, all three specialists of Flamingoes.
Mégane Chêne proposes us a portrait of Frank
Cézilly and a presentation of the book.
Des perles pourpres dans un écrin de soude
Frank Cézilly... par lui-même
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Flamants roses
(Phoenicopterus ruber) en Camargue
Photo: Jean-Pierre Moulin |
Mégane Chêne
a demandé à Frank Cézilly, l'un des auteurs du livre "Les
ailes pourpres : Le mystère des flamants" de se présenter
et d'expliquer les objectifs de cet ouvrage:
"J'ai été, très jeune, passionné par le comportement
animal et l'étude de la faune sauvage, et en particulier les oiseaux. Etant
né et ayant grandi à Marseille, la Camargue est tout naturellement
devenu un terrain d'observation privilégié. J'ai eu la chance lorsque
j'étais étudiant en licence d'être accueilli à la Tour
du Valat, centre d'étude privé dédié à l'étude
et la conservation des zones humides méditerranéennes.
Après ma thèse et mon stage post-doctoral à l'Université
d'Oxford, j'y ai été recruté pour travailler de 1991 à
1996 sur les Flamants roses. J'ai ensuite été nommé professeur
d'écologie comportementale à l'Université de Bourgogne à
Dijon, où je continue à étudier les flamants roses en collaboration
étroite avec mes collègues de la Tour du Valat. L'observation et
la connaissance des flamants ont sans doute contribué à me faire
mieux percevoir la fragilité des milieux naturels, particulièrement
celle des zones humides, et de mieux prendre conscience de la nécessité
de gérer ces espaces et la vie qu'ils abritent sur des bases scientifiques
et naturalistes.
Après ce livre et ce film, j'espère que le grand public sera encore
un peu plus sensibilisé aux questions de conservation de la faune sauvage
et de l'environnement. Les ailes pourpres ne peut que servir la cause des zones
humides.
Sur un plan plus personnel, le film pourrait faire naître des vocations.
Ce serait l'occasion de parler des formations que nous avons mis en place à
l'Université de Bourgogne dans le domaine de l'écologie comportementale
et de la conservation de la faune sauvage, notamment au niveau master. Nous sommes
associés, là encore, à la Tour du Valat, mais rayonnons bien
au-delà de l'Hexagone : jusque dans les Caraïbes où nous emmenons
nos étudiants étudier l'avifaune locale".
Site web de la Tour du Valat: www.tourduvalat.org
Un livre différent
du film
Des flamants, Disney nous
en a souvent présenté dans ses films, mais jamais encore comme dans
Les ailes pourpres, le mystère des flamants. On est bien loin de l'image
du flamant gauche et drôle qui fait tant rire Alice dans son pays des merveilles.
Non, on est plutôt au tout début du Roi Lion, au dessus des plaines
d'or d'Afrique, où volent majestueusement ces oiseaux aux ailes pourpres.
Car c'est bien là que le dernier film documentaire de Disney nous emmène:
au cur du lac Natron, en Tanzanie.
Dans ce paysage aux allures de planète lointaine, un demi million de flamants
naissent, vivent et meurent.
C'est d'abord l'endroit qui avait fasciné Matthew Aeberhard et Leander
Ward, les réalisateurs. Puis, petit à petit, les flamants se sont
imposés comme personnages incontournables du film. Avec une patience mise
à rude épreuve par la chaleur et l'alcalinité du lac (qui
peut atteindre un pH de 9 à 10,5), toute l'équipe du film est partie
à la découverte de l'univers incroyable et peu connu des flamants,
et ici particulièrement des flamants nains.
"Nous voulions éviter de faire un film qui porte uniquement sur le
comportement des oiseaux. Nous avons donc commencé à réfléchir
en termes de mythes et d'archétypes. L'histoire principale a toujours été
celle de la naissance, la vie, la mort et la régénération"
révèle Mélanie Finn, scénariste du documentaire. Le
film prend alors des allures de poème, entre images de toute beauté
et musique prenante.
Un livre pour y voir
plus clair
Les ailes pourpres, c'est aussi un livre. Aucun rapport avec l'histoire du film,
il s'agit ici d'éclairer les murs et le comportement des flamants.
L'ouvrage mêle les photographies de Manoj et Anu Shah, présents lors
du tournage au lac Natron, ainsi que les connaissances de Frank Cézilly,
Alan Johnson, et Arnaud Béchet, tous trois spécialistes des flamants.
"Aucun ouvrage de vulgarisation n'existait en langue française alors
même que les travaux que nous avons menés, conjointement avec Arnaud
Béchet aujourd'hui responsable du programme d'études sur les flamants
roses à la Tour du Valat, ont permis de grandes avancées dans la
compréhension de la biologie de ces oiseaux" explique Frank Cézilly.
Les auteurs sont parvenus à révéler avec des mots simples
la complexité de cette espèce, qui a traversé les siècles
et toujours intrigué les Hommes. Pour celui qui ne sait rien ou presque
de la vie des flamants, il est certain d'aller de surprise en surprise au fur
et à mesure de sa lecture. "La sortie des Ailes pourpres était
une occasion unique de partager avec le grand public ces connaissances" poursuit
l'auteur.
Un mystère
pour les scientifiques
Ces connaissances, il a fallu bien du temps pour les accumuler. L'étude
des flamants est loin d'être des plus simple. D'abord, parce que ce sont
des oiseaux qui ont la particularité d'être nomades. Leur suivi implique
une coordination au niveau international, parfois compliquée à mettre
en place.
Le second problème concerne leur longévité. En effet, dans
la nature, les flamants peuvent vivre plus de trente ans. "Leur étude
se fait sur le long terme, ce qui est parfois incompatible avec les exigences
de productivité immédiate auxquelles fait face la recherche publique.
Le programme de baguage initié en Camargue en 1977 n'a commencé
à donner ses fruits qu'au milieu des années 1980. Sans l'investissement
et la clairvoyance de la Tour du Valat, un tel programme n'aurait jamais pu être
maintenu, même si chacun s'accorde aujourd'hui sur la grande valeur scientifique
des résultats obtenus" reconnaît Frank Cézilly.
A l'heure où
se cacher ne suffit plus
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Le Flamant
nain (Phoenicopterus ruber), qui est une espèce tropicale africaine,
est parfois vu en Europe du Sud, comme ici en Camargue
Photo: Aymeric Le Calvez |
Que ce soit dans le livre
ou dans le film, on réalise la grande vulnérabilité des flamants
face aux prédateurs et aux hommes. "La nidification dans des lieux
reculés et souvent inhospitaliers est leur première garantie de
pouvoir se reproduire" affirme Frank Cézilly. Les flamants ont pu
traverser les siècles en partie grâce à ces lieux qui les
préservaient de tout dérangement. Mais à l'heure où
les hommes s'étalent et gagnent du terrain, des questions se posent quand
à leur devenir.
Les milieux dans lesquels ils trouvent refuge ne bénéficient que
rarement d'une protection nationale ou internationale. C'est par exemple le cas
du lac Natron, simplement classé site Ramsar alors qu'il accueille la population
de Flamants nains (Phoenicopterus minor) la plus importante d'Afrique.
Il doit principalement sa préservation à la distance qui le sépare
de la ville la plus proche (7 heures de route cahoteuse à travers la forêt).
Mais celle-ci repousse de moins en moins les exploitation de soude et les touristes,
source de revenu importante pour les populations locales. "La difficulté
est d'arriver à concilier protection de l'environnement et développement
économique dans des pays pauvres. C'est là que la notion de développement
durable prend tout son sens" assure Frank Cézilly.
Entre nos mains
L'importance de maintenir cet équilibre précaire est tout aussi
valable pour des pays plus développés, comme en Europe. Pour ne
citer que cet exemple, la France a dans les années 70 directement constaté
l'impact du développement de l'industrie salinière en Camargue sur
la population de flamants: ils ne venaient plus s'y reproduire. Grâce aux
efforts mis en uvre entre les protecteurs des flamants et ces exploitants,
des îlots artificiels ont pu être construits. Aujourd'hui, les flamants
roses sont reconnus comme espèce "en danger" (liste rouge des
oiseaux nicheurs de métropole de l'IUCN, lire L'invité
de Mégane Chêne: Jacques Comolet-Tirman), non pas parce
que leur nombre est en diminution constante, mais parce que leur avenir dépend
uniquement des efforts que nous nous accorderons à mettre en uvre
pour leur protection sur notre territoire. "Les flamants ont toute leur place
dans notre monde humain à condition qu'on veuille bien les y accueillir"
rappelle Frank Cézilly.
Pour commander le
livre
Les
ailes pourpres, le mystère des flamants d'Alan Johnson, Arnaud Béchet,
Frank Cézilly, Manoj et Anup Shah. Disneynature, édition du Chêne.
Avec le soutien de la
LPO.
Autre sites web utiles
- Université de Bourgogne: www.u-bourgogne.fr
- Parc ornithologique de Pont de Gau: www.parcornithologique.com
- Le site web du film: www.disney.fr/filmsdisney/disneynature/lesailespourpres
Contact
Mégane Chêne: megane.chene@ornithomedia.com
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