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 Le Festival de Ménigoute 2008 par Mégane Chêne

Date de mise en ligne: 11/11/08 - Soumis au Comité de Lecture

Situation de Ménigoute (Deux-Sèvres)
Situation  de Ménigoute (Deux-Sèvres)

Le 24ème Festival International du film Ornithologique de Ménigoute (Deux-Sèvres) s'est tenu du 28 octobre au 2 novembre 2008. Comme chaque année, pendant six jours, le petit village de Ménigoute a vécu au rythme de la nature, et le public a pu s'émerveiller devant 37 documentaires en provenance de 15 pays différents. Des baleines des eaux calmes des îles hawaïennes au paradisier grand émeraude de la jungle des îles Aru en Indonésie, en passant par les faucons gerfauts de l’Arctique, un public de passionnés a assisté aux dix séances proposées.
Mégane Chêne, une jeune journaliste, s'est rendue sur place pendant quatre jours, et elle nous a transmis ses impressions.


Cet article a été soumis à notre Comité de Lecture virtuel.
Pour participer à ce comité, vous pouvez nous contacter.



Abstract

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The 24th Festival took place from 28 October to the 2 November 2008. Every year at the beginning of November, Ménigoute brings together wildlife cinema lovers, wildlife artists and a very large public around Nature celebration. During this 6 days event, about 40 wildlife documentaries are screened before a very large audience. People can also meet the nature conservation associations in the “Forum de la nature”, participate in debates around environmental issues, or have day-time or half day trips in high interest’s ornithological sites. Activities are specially organized for children too...
Mégane Chêne, a young journalist, was present during 4 days, and she presents us her feelings.


Une journée au Festival ornithologique de Ménigoute 2008

Le "Cannes du cinéma animalier"

La Maire et le Château d'eau de Ménigoute
La Maire et le Château d'eau de Ménigoute
Photo: Mégane Chêne

Lorsque au loin apparaît enfin le château d'eau orné de canards colverts en vol et de hérons cendrés, on sait qu'on est arrivé. Ménigoute, à peine 900 habitants, devient, le temps des vacances de la Toussaint, le rendez-vous des passionnés de nature, le "Cannes du cinéma animalier" disent même certains.
Ici, on est accueilli par le chant des oiseaux (qui ne cessent jamais de chanter grâce aux haut-parleurs diffusant leur charmante mélodie). Bienvenue au festival international du film ornithologique -FIFO pour les intimes.

Devant la salle de projection

Le début de l'après-midi du 28 octobre sonne le départ pour cette 24e édition. Devant le gymnase qui sert de salle de projection, la queue s'allonge au fur et à mesure que le temps passe. Les festivaliers se retrouvent ou se découvrent, parlent nature, cinéma et puis du retard des organisateurs. "C'est encore l'inauguration à la mairie qui traîne !" entend-t-on dire dans la file. Lorsque les portes s'ouvrent enfin, ce n'est pas la cohue, mais on sent l'excitation retenue par la courtoisie. La salle, qui compte 1200 places, est encore loin d'être pleine. Ce n'est qu'une question de temps.

"Il y a des ministres!"

La salle de projection du Festival
La salle de projection du Festival de Ménigoute
Photo: Mégane Chêne

"Regarde Papy ! s'étonne une petite fille, il y a des ministres ! " Les ministres en question sont en fait le président de l'association Mainate et des élus, lancés dans leur discours d'inauguration. On y parle de plaisir d'être ici, d'événement de premier ordre, d'une très probable et même certaine 25e édition du festival à venir, d'un hommage rendu à la nature. Il est aussi question de protection et de défense de l'environnement, du rôle indéniable du film naturaliste dans ce domaine en tant qu'initiateur et support de sensibilisation, d'amour et d'humanité.
Sur l'estrade, Jérôme Bouvier, cinéaste animalier, présente son film, "Sur les traces du renard", un film hors compétition, ouvre le bal. Le ton est donné, pour cette première séance et les suivantes. Les lumières s'éteignent et nous voilà partis à la recherche des renards. Dehors, la nuit et le froid sont tombés.

Un lieu d'échange

L'entrée du Forum de la Nature
L'entrée du Forum de la Nature
Photo: Mégane Chêne

Le film terminé, les applaudissements crépitent, se calment, et puis reprennent de plus belle. Les festivaliers sortent et s'éparpillent sous le chapiteau du forum, échangeant leurs impressions sur ce qu'ils viennent de voir. Associations de protection de la nature, éditeurs, écrivains, spécialistes de matériels optiques, et producteurs biologiques ont monté leurs stands. Un peu plus loin, ce sont les photographes, peintres, et sculpteurs qui se sont installés.
Dans les allées du forum, on n'hésite pas à s'arrêter pour bavarder. " On rencontre beaucoup de personnes de la région qui sont membres de l'association mais qu'on n'avait jamais eu l'occasion de voir, explique un des membres de l'ASPAS derrière son stand, vous savez, ici les gens sont déjà sensibilisés aux questions de protection de l'environnement, ils se sont déjà remis en cause". Même si les débats sont nombreux autour des stands et que les points de vue divergent, l'importance de protéger l'environnement fait l'unanimité.
Ces discutions, on les retrouve lors des sorties naturalistes, des activités, mais surtout à l'occasion des repas. Dans la salle des fêtes de Ménigoute, on s'assoit les uns à la suite des autres le long de grandes tables, qu'on soit visiteur ou exposant, professionnel ou amateur. On y parle des films, du festival, des sorties de la journée et du temps qu'il a fait, de la planète qui change et de ses richesses qui disparaissent petit à petit.
L'ambiance est à la bonne humeur, mais parfois, on se laisse aller à nos
pires craintes. "Avant, on avait des haies dans nos champs, des animaux, la
nature se régulait d'elle-même. Aujourd'hui, ce sont des animaux et des
plantes qui meurent, mais n'oublions pas qu'au bout de la chaîne
alimentaire, il y a l'Homme".

Une fenêtre sur le monde

Cette année, 37 films sont présentés au jury. "C'est une salle complexe
parce ce qu'elle est composée de spécialistes et de passionnés " explique
Luc Jacquet, président du jury pour cette 24ème édition, "d'ailleurs le
premier rang est connu pour sa sévérité de jugement envers le jury".

"Si les films documentaires n'existaient pas, qu'est ce qu'on aurait pour montrer la nature, pour la faire connaître?" interroge Laurent Charbonnier, cinéaste animalier, "le public est de plus en plus urbain mais on se rend bien compte que, même en campagne, les gens ne connaissent pas tant que ça ce qu'il y a juste à côté de chez eux ".
Alors c'est assis dans nos sièges -très confortables en bas, nettement moins dans les gradins- que nous partons à la découverte de mondes inconnus. Les sujets sont très différents d'un film à l'autre, les moyens de production aussi, sans parler de leurs pays d'origines qui couvrent les cinq continents. L'écran de la salle de gymnase devient alors une fenêtre ouverte sur le monde.

Le déclic de l'image

"Heureusement qu'il y a des films animaliers grand public ! Ce sont eux qui m'ont fait découvrir qu'il y avait un autre monde que celui des humains, et qu'il était passionnant. C'est grâce à ça que je suis devenu adhérent à la LPO " raconte un professeur d'anglais à ses voisins pendant le repas.
Ce déclic, il est loin d'être le seul à l'avoir eu: "l'image agit comme un déclencheur parce qu'elle crée des émotions" explique Xavier Brosse, photographe naturaliste et membre de l'ASPAS. Dans la salle, on rit, on s'indigne, on s'exclame, et on s'émerveille. La réalité qui s'offre à nos yeux donne à réfléchir. "Je crois que les photos ont plus d'impact sur les gens, parce qu'elles laissent place à l'imagination, alors que les films documentaires montrent simplement la réalité" confie Rémy Basque, photographe naturaliste. Mais qu'il s'agisse de cette aigrette prisonnière d'un fil immortalisée sur une de ses photographie ou de ces faucons et leur nichées disparaissant avec leur forêt dans le film de Sandy Crichton, la sensation produite sur le spectateur est la même.


La beauté des choses plutôt que l'horreur

L'exposition Gilles Martin
L'exposition Gilles Martin au cours du Festival de Ménigoute 2008
Photo: Mégane Chêne

Pourtant, le parti pris est bien souvent de montrer la beauté des choses plutôt que l'horreur. Les yeux rivés sur une toile représentant un ourson polaire blotti contre sa mère, Sylvie Lagorce, peintre originaire de Ménigoute, se souvient: "Je devais faire une exposition sur les animaux polaires mais je ne m'étais jamais vraiment intéressée à eux. C'est en les peignant que j'ai pris tout à coup conscience de leur beauté et de leur fragilité. C'est ça que je veux montrer dans mes toiles, pour ne pas qu'ils disparaissent".
Pour les photographes naturalistes, la chose est différente puisqu'il ne s'agit pas forcément de montrer la beauté du sujet, la volonté étant plutôt d'associer une certaine forme d'esthétisme au comportement d'une espèce animale.
Mais même si l'image se veut simplement agréable à l'oeil et informative, il ne faut pas chercher bien loin avant de retrouver les traces d'une volonté de sensibiliser, voire de militantisme: des commentaires virulents dans un livre, une affiche entre des photos, une discussion au détour d'un chemin, un droit d'accès libre aux images pour les associations, des expositions et projections dans les écoles… Et très souvent, pour ne pas dire toujours, les auteurs sont des acteurs de la protection de l'environnement. " Être photographe naturaliste et agriculteur bio, c'est indissociable, je ne vois pas comment être l'un sans l'autre. Mes photos ne sont pas militantes, c'est un ensemble, tout est lié" explique Gérard Schmitt.
Si les images montrent, dénoncent, et touchent les spectateurs, elles ne font pas forcément changer les comportements. Dans les allées du forum, le pessimisme face à la perte de la biodiversité va bon train. Xavier Crespel, derrière son stand Greenpeace, tente d'inverser la tendance: "Un documentaire n'est pas suffisant pour faire changer les choses s'il n'est pas relayé. C'est pour ça que ce genre de festival est important: parce que films et associations sont réunis. Il faut montrer aux gens qu'il y a des alternatives, des solutions possibles et proposées. Le 21ème siècle est encore à inventer !".

Le palmarès 2008

- Le Lirou d'or, Grand Prix de Ménigoute: "Australia : land of parrots", David Parer et Elisabeth Parer Cook, Australie, 2007
Offert par la Communauté de Communes du Pays Ménigoutais. Il récompense le meilleur film. Ce prix est accompagné du Lirou d’Or, trophée du Groupe Ornithologique des Deux-Sèvres.
- Prix de la protection de la nature: "Miel ou déconfiture", Daniel Auclair, France, 2008. Offert par la ligue de la protection des oiseaux (LPO), France Nature Environnement (FNE) et la Société Nationale de Protection de la Nature (SNPN)
- Prix du parc interrégional du Marais Poitevin: "Les couleurs du marais", Marie Daniel et Aude Moreau Gobard, France, 2008. Récompense le film mettant le mieux en valeur les ressources naturelles des zones humides.
- Prix paysages: "Die Nordsee, wale wind und wellen", Thoralf Grospitz et Jens Westphalen, Allemagne, 2007. Offert par le Conservatoire d’Espaces Naturels de Poitou-Charentes. Il récompense le film traitant le mieux la dimension et les rôles esthétique, culturel et écologique du paysage.
- Prix du Crédit Agricole: "Snow leopard beyond the myth", Jeff Wilson et Vanessa Berlowitz, Grande- Bretagne. Il récompense le meilleur film nature et environnement, film où l’ornithologie est absente ou n’est pas le sujet dominant.
- Prix des clubs "Connaître et protéger la nature": "Vanen, les plumes du paradis", Miguel A. Garcia et Loic Degen, Suisse, 2008. Il récompense le meilleur documentaire à vocation pédagogique.
- Prix spécial de la haute définition: "Prinz der Alpen", Klaus Feichtenberger et Otmar Penker, Autriche, 2007. Offert par Canon.
- Prix du jury, accompagné du Trophée Leica: "Le dernier chou de Kerguelen", François de Riberolles, France, 2008. Offert par les commerçants et artisans du Canton de Ménigoute.

Contact

Mégane Chêne: megane.chene@ornithomedia.com

Site web utile

www.menigoute-festival.org


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