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Discussion
Des pollinisateurs
"voleurs"
Outre les colibris, deux autres espèces se nourrissent des fleurs des deux
puyas étudiés, le Percefleur à gorge noire (Diglossa brunneiventris)
(Emberizidés) et le Conirostre cendré (Conirostrum cinereum)
(Thraupidés), qui sont plutôt des "voleurs" de nectar:
en effet, ils s'en nourrissent sans contribuer à la pollinisation de la
plante, en brisant la base de la corolle avec leur bec et en ne se mettant pas
en contact avec les étamines.
Nous avons noté dans le peuplement de P. raimondii du parc national
Huascarán que quatre autres espèces mangeaient les sépales
et les étamines: le Bruant chingolo (Zonotrichia capensis), le Phrygile
plébéien (Phrygilus plebejus), le Phrygile du Pérou
(Ph. punensis) et le Phrygile gris-de-plomb (Ph. onicolor) (Emberizidés).
Ces oiseaux affectent la reproduction de P. raimondii en ne permettant
pas la maturation des étamines. Les fleurs de l'énorme inflorescence
leur servent ainsi seulement de nourriture opportuniste.
Alors qu'une véritable co-évolution s'est mise en place entre certains
colibris et certaines fleurs (Cotton, 1998; Mendonça & two Anjos, 2005;
Snow & Snow, 1980), il n'existe apparemment pas de processus évolutif
entre les fleurs de P. raimondii et ses pollinisateurs; cela est lié
à la forte variabilité de la floraison de cette espèce (certaines
années, aucune inflorescence ne se forme) qui ne constitue ainsi pas une
source fiable de nourriture.
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Figure
5- Longueurs totales et longueurs des becs des colibris fréquentant les
fleurs de puyas
Source: Revista Peruviania Biologica |
Dans le cas de P. rauhii,
de par sa floraison annuelle, une co-évolution serait possible. Néanmoins,
les colibris semblent aussi avoir un comportement opportuniste vis à vis
de cette plante, dont les peuplements sont très éloignés
les uns des autres; en outre, il existe dans la région de nombreuses autres
espèces de plantes ornithophiles.
Les intervalles de longueur des becs et de taille du corps des colibris qui se
nourrissent des fleurs de puyas sont très variables (Fig. 5), ce qui démontre
que l'accès au nectar n'est pas discriminant: ceci est rendu possible par
l'amplitude de la taille des corolles des fleurs des deux puyas. Ce n'est pas
le cas des plantes dont les fleurs sont tubulaires ou ont les pétales fusionnées,
des éléments qui constituent des éléments de sélection
des longueurs des becs (Buzato et al, 2000). La stratégie des puyas serait
ainsi de "s'offrir les services" de la plus large diversité possible
de pollinisateurs.
Les hautes altitudes, caractérisées par une pression de l'air diminuée, entraînent
une sélection des colibris ayant une fréquence du battement d'ailes
en vol stationnaire plus élevée, donc une dépense énergétique également plus
élevée que les altitudes plus basses. Il s'en suit, pour ces espèces la
nécessité d'un apport de nourriture plus riche en énergie. Ces colibris,
ayant une fréquence plus élevée du battement d'ailes, possèdent l'avantage d'une
plus grande accélération du vol et une plus grande manoeuvrabilité que les autres espèces.
(K. L. Schuchmann in "Handbook of the Birds of the World" Vol. 5. Lynx ed., 1999).
Jusqu'à présent, nous ne possédons
pas de données sur la quantité et la qualité des nectars
deux espèces de puyas: il est donc nécessaire d'approfondir nos
connaissances pour comprendre l'importance de ces plantes en tant que ressources
alimentaires dans les Hautes Andes.
D'autre part, on ne connaît pas bien l'importance des colibris dans la reproduction
des deux puyas: il faudrait approfondir les études sur ce point et mener
des expérience d'auto-fécondation et de fertilisation croisée.
Dépendance et protection de la biodiversité
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Colibri
anais (Colibri coruscans), San Jeronimo (près de Cusco), Pérou
Photo: Valère Claverie |
L'importance des puyas pour
les colibris d'altitude est confortée par les résultats des nombreuses
études menées sur le rôle des Broméliacées pour
cette famille. Cette relation de pollinisation entre Broméliacées
et Trochilidés s'est établie dès l'Ère Tertiaire (Buzato
et al, 2000).
L'interdépendance entre les fleurs et les pollinisateurs dans la région
souligne la nécessité de protéger la biodiversité
dans son ensemble (Nabhan & Fleming, 1993; Meffe & Caroll, 1997). Sur
les sites d'étude, l'élimination des puyas par les éleveurs
de brebis pour éviter qu'elles ne se blessent sur leurs épines est
donc très dommageable pour les populations de colibris, dont le déclin
aurait aussi une influence sur l'état des populations des autres plantes
ornithophiles. L'interdépendance est notamment très marquée
chez le Métallure phébé, une espèce endémique
des Andes péruviennes entre Cajamarca et Tacn.
Puya rauhii est endémique des Andes au nord du Pérou (Ancash),
et P. raimondii est une plante endémique de la région andine
du Pérou et de la Bolivie, classée en "danger" selon la
législation péruvienne.
Remerciements
Cette étude a été financée en partie par le Fondo
de Desarrollo
Universitario (FEDU) de la Universidad Nacional Mayor de San Marcos.
Les auteurs remercient le Parque Nacional Huascarán et l'INRENA pour leur
aide.
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