Origine des études et méthode
L'origine des suivis ornithologique dans les deux exploitations
La politique d'Agrokaza en matière d'agriculture durable resulte d'approximations successives, dont l'objectif final est de combiner objectifs économiques et écologiques.
L'intérêt pour les oiseaux fréquentant les zones exploitées par l'entreprise a débuté en 2001, quand un visiteur, Allan Batievsky demanda à l'ingénieur José Chlimper Ackerman travaillant à Santa Rita: "Savez-vous combien d'espèces d'oiseaux peuvent être vues ici ?", expliquant que des clients européens, souvent amateurs d'ornithologie, pourraient être intéressés par ces informations. Jorge Caillaux, l'un des dirigeants, a alors demandé à cet ingénieur de se mettre en contact avec le professeur Víctor Pulido pour que soient menés des recensements ornithologiques.
Le professeur a donc mené plus 12 études entre 2003 et 2006 avec son équipe constituée de Letty Salinas et de Caesar Arena. En 2006, après l'achat d'une nouvelle exploitation (Las Mercedes) au nord de Lima, le même processus a été initié. Depuis, les recensements se poursuivent.
Le professeur a ensuite mené une démarche de sensibilisation auprès du directoire et du personnel d'Agrokasa pour les inciter à découvrir les oiseaux et à les protéger, leur proposant des solutions pour améliorer leur habitat: de petits arbres de différentes espèces ont été plantés pour leur offrir des sites de nidification, les intrants chimiques et les pesticides ont été réduits à leur minimum, …
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Le Moucherolle vermillon (Pyrocephalus rubinus) niche communément à Santa Rita et La Catalina
Photo: C. Arana |
Les salariés parlaient ainsi au dîner de l'augmentation des populations de Crécerelles d'Amérique (Falco sparverius), et de Chevêches des terriers (Athene cunicularia), se félicitant de la diminution du nombre de rongeurs, évoquaient l'observation des superbes Moucherolles vermillons (Pyrocephalus rubinus) dont la présence indique un écosystème sain ou du rôle important des Oedicnèmes du Pérou (Burhinus superciliaris) dans le contrôle des insectes… Avec le temps, de nouvelles espèces se sont installées, notamment des Buses de Harris (Parabuteo unicinctus) au Nord-ouest de La Catalina.
De nouvelles étapes ont été progressivement franchies, comme la mise en plage d'un centre de reproduction de Faucons aplomado (Falco femoralis) (avec l'autorisation de la CITES) pour effrayer et éloigner les tourterelles et les bruants qui mangeaient les raisins murs avant la récolte, et les résultats constatés durant la saison 2006/2007 étaient très concluants.
Une région naturelle riche
Les côtes péruviennes présentent une biodiversité intéressante grâce à l'existence de différents habitats: des eaux riches, un désert côtier, des estuaires, et en allant vers le Nord, des forêts sèches et des mangroves.
Les oiseaux présents dans la province d'Ica sont adaptés aux conditions arides. Trois biologistes, Víctor Pulido, Letty Salinas et César Arana mènent depuis 15 ans des études afin de contribuer à la protection de la faune de cette région, qui est menacée par le développement économique (industriel et agricole), une urbanisation non contrôlée et la pollution.
Situées au sein du désert d'Ica, les deux exploitations étudiées sont constituées principalement de cultures d'asperges, de vignes, de petits pois et d'avocats destinés à l'export. On aurait donc pu s'imaginer que ces cultures intensives auraient un impact négatif sur la biodiversité locale. Or après cinq années d'études systématiques, on a pu constater que la création d'une mosaïque de cultures irriguées, combinée à une utilisation raisonnée de produits chimiques et à la sauvegarde de zones naturelles a permis au contraire d'augmenter la biodiversité.
Les trois chercheurs ont eu pour objectifs de déterminer les espèces présentes, leur habitat, leur régime alimentaire, et leurs interactions avec les différentes cultures.
A partir de ces données, des mesures de surveillance à long terme des populations et de leurs variations au cours des saisons sèche et des pluies ont été proposées.
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| Livre Aves en del desierto de Ica |
Les résultats de cinq années de surveillance ont montré que les deux exploitations servaient globalement de "refuges" pour les oiseaux. Leur diversité spécifique y est plus grande que dans les zones cultivées voisines et dans les zones naturelles adjacentes (ce qui est normal, ces dernières étant désertiques). Des espèces de ces zones originelles se reproduisent d'ailleurs également dans les exploitations grâce à la sauvegarde de zones naturelles.
Sur les 1800 espèces notées au Pérou, 93 ont été notées entre 2003 et 2006 à Santa Rita et La Catalina.
Un livre illustré, rédigé par le professeur Víctor Pulido et son équipe et intitulé " Las aves del desierto d'Ica ", soutenu par José Chlimper, ingénieur et président du directoire d'AGROKASA, par Jorge Caillaux, directeur de Corporación Drokasa, et par plusieurs employés, a été publié pour présenter les résultats des inventaires conduits entre 2003 et 2006. Cet article est d'ailleurs inspiré de cet ouvrage. Les objetifs de ce livre étaient non seulement de démontrer que haute productivité et respect de l'environnement n'étaient pas incompatibles, mais aussi de présenter cette expérience aux fermiers de la région et du Pérou tout entier.
Méthode de recensement
Les inventaires ornithologiques ont été menés dans tous les habitats. Les espèces ont été identifiées par observation directe ou par leurs indices (plumes, pelotes, …). Des informations transmises par les habitants ont aussi été recueillies.
La méthode de recensement par points de comptage a été choisie afin de déterminer au mieux la densité des espèces, étant donné la surface à couvrir et la diversité des espèces et des habitats. En outre, du fait du bouleversement fréquent des habitats induit par la rotation des cultures, la mise en place de points de comptage fixes était intéressante.
Les recensements ont été conduits en avril et en août 2003, en janvier, avril et août 2004, en janvier, mars et en août 2005, et en janvier 2006 (NDLR : d'autres études ont été conduites depuis).
L'identification et le comptage des espèces ont été faits entre 06h00 et 08h30, entre 10h00 et 13h00 et entre 15h00 et 19h00.
Les points d'observation ont été référencés par GPS et les mêmes ont été gardés durant toutes les études. Les données recueillies ont servi à déterminer la composition, la diversité et l'abondance de l'avifaune. Les indices de reproduction (parade, couple, présence de juvéniles, de nids, ..) ont été collectés.
10 points de comptage ont été déterminés pour chaque habitat, distants d'au moins 100 m. Les séances d'observation duraient 10 min, séparées d'une minute au moins. Des photos ont été prises quand cela était possible.