Par V. Schollaert, R. Crohin et M. Reyntens
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Stuation du San Isidro Lodge (Equateur) |
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A l'heure où chaque
centimètre carré de notre planète est quadrillé par
l'appareillage sophistiqué des satellites, et où l'Homme a laissé
son empreinte sur presque toute la surface du globe, nombreuses restent les espèces
vivantes à découvrir.
En effet, si l'on estime le nombre d'espèces présentes sur Terre
à plus de dix millions, voire à des dizaines de millions (tous règnes
confondus), ce ne sont que quelque 1,75 million d'espèces qui ont été
décrites à nos jours!
Il est donc plus correct de parler d'espèces "décrites"
plutôt que "découvertes", car c'est véritablement
l'étude et la description d'une espèce qui va marquer sa reconnaissance
par le monde scientifique. Presqu'une seconde naissance! C'est ainsi que chaque
année des centaines d'espèces sont décrites, bien que certaines
d'entre elles soient connues depuis longtemps.
C'est justement le cas du rapace nocturne appelé provisoirement Chouette
de San Isidro, présente dans les forêts andines, et dont l'existence
a été révélée il y a plusieurs années
déjà. Faute d'étude approfondie, cet oiseau n'a pas de nom
officiel - pour sûr, l'oiseau n'en souffre pas! - mais surtout reste un
mystère pour tous ceux qui s'y intéressent.
Dans cet article, Valéry Schollaert (valery@valeryschollaert.com),
Rudy Crohin (rudy@valeryschollaert.com)
et Myriam Reyntens, l'équipe du site web www.valeryschollaert.com,
émettent des hypothèses sur la taxonomie de cette espèce
rencontrée et photographiée lors d'un séjour en Equateur
de deux semaines en août 2007.
Abstract
There are maybe dozen of millions
species in the World, but "only" 1,75 million have been described so
far. It is more exact to speak about "described" rather than "discovered"
species, because it is only after an official study and description that a species
is recognized as a species by the scientific world. Almost a second birth! Annually,
hundreds of species are described, although some of them are known since a long
time. This is exactly the case of an Owl named "San Isidro Owl" because
it was found for the first time near the San Isidro Lodge, at 3 hours from Quito,
Ecuador. Without any official description, this bird, which looks like the Black-banded
Owl (Strix huhula), not only has no official name, but is also a mystery for ornithologists.
In this article, Valéry Schollaert, Rudy Crohin and Myriam Reynten (website
www.valeryschollaert.com)
discuss about the taxonomy of this bird that they watched and photographied in
August 2007.
Réflexions
sur la Chouette de San Isidro
L'observation
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Chouette de
San Isidro (Strix sp nova) photographiée au San Isidro Lodge (Equateur)
en août 2007 (agrandir
la photo)
Photo: Valéry Schollaert |
En ce mois d'août
2007, nous sommes au San Isidro Lodge, à environ trois heures de voiture
à l'est de Quito, la capitale de l'Equateur, dans une région encore
largement couverte par la forêt humide.
Il est environ 21h lorsque, après à peine 30 minutes de recherche,
nous apercevons pour la première fois la chouette "sans nom".
Cet oiseau ressemble à la Chouette à lignes noires (Strix nigrolineata),
mais aussi à la Chouette huhule (Strix huhula). Il présente en fait
un plumage intermédiaire entre ces deux espèces et l'absence des
contrastes bien marqués au niveau de la calotte et de la nuque, tels qu'on
peut les retrouver chez la Chouette à lignes noires, rapproche d'avantage
notre oiseau de la Chouette huhule. Dès lors, l'observation de ce taxon
amène à se poser quelques questions au sujet des liens de parenté
qui la lient aux deux autres. Avons-nous affaire à un hybride, à
une sous-espèce de Strix huhula, ou bien à une nouvelle espèce?
Un hybride?
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Chouette à
lignes noires (Strix nigrolineata)
Photo: Valéry Schollaert |
Le cas de l'hybridation
semble très peu probable en raison des répartitions géographiques
de ces deux oiseaux, séparées par la chaîne des Andes.
En Amérique du Sud, Strix nigrolineata est connue seulement en Colombie
et en Equateur dans les plaines de basse altitude, en bordure du Pacifique ainsi
que dans les contreforts occidentaux des Andes. Strix huhula est quant
à elle présente dans une grande partie de l'Amérique du Sud
et notamment dans l'est de l'Equateur ; elle fréquente les plaines de basse
altitude au-dessous de 600m. Or la Chouette de San Isidro vit bien au-dessus de
1000 m.
Installé aux abords du lodge depuis plusieurs années, le couple
présent à San Isidro a mené à bien plusieurs nichées;
l'observation régulière des jeunes a permis de constater la stabilité
apparente des caractères phénotypiques.
Une sous-espèce de la Chouette huhule?
La Chouette de San Isidro
pourrait-elle être une sous-espèce de la Chouette huhule (Strix huhula)?
Ici aussi, la divergence qui existe entre les deux taxons au niveau de l'occupation
du territoire tend à infirmer cette hypothèse.
En outre, leurs chants sont bien distincts et cela ne plaide pas non plus en faveur
d'un regroupement de ces deux taxons au sein d'une même espèce.
Une espèce à
part entière?
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Chouette de
San Isidro (Strix sp nova) photographiée au San Isidro Lodge (Equateur)
en août 2007 (agrandir
la photo)
Photo: Valéry Schollaert |
Sommes-nous alors devant
une espèce à part entière? L'examen des critères externes
porte à le croire. Strix sp nova, ainsi nommée sur le site
du Handbook
of Birds of the World est passablement différente de Strix huhula
et l'est encore plus de Strix nigrolineata: nous pouvons donc considérer
que cette hypothèse est la plus probable. Pour ajouter au mystère,
notre chouette aurait été observée chassant de son territoire
la Chouette fasciée (Strix albitarsus). Elle réagirait au chant
de cette dernière qui présente pourtant un plumage totalement différent.
Le problème est rendu plus complexe par le problème de la décision
d'une capture éventuelle; généralement, lors de la découverte
d'un nouvel oiseau, des chercheurs le capturent et l'euthanasient (ce qu'on appelle
"collecter" un individu). Ils se basent alors sur une étude approfondie
de la morphologie, du plumage et plus récemment de la génétique
avant de nommer l'oiseau et de lui trouver sa place dans le classement taxonomique.
Toutefois, de plus en
plus de voix s'élèvent contre cette pratique. Une population comme
celle-ci, connue de deux régions seulement (elle serait également
présente au Pérou sur la rivière Manu à 1400 m d'altitude),
pourrait être mise en danger suite à l'une ou l'autre capture. Même
pour un oiseau potentiellement plus répandu, éthiquement, cette
pratique d'un autre âge est très discutable et de plus en plus rejetée
(lire Faut-il
collecter des oiseaux à titre scientifique?).
Le propriétaire du lodge qui abrite notre désormais fameuse chouette,
un ornithologue réputé, refuse toute capture ou tout dérangement
sur sa propriété. Peut-on vraiment lui donner tort ? Nos techniques
modernes de mesure, de photographie, d'analyse génétique, permettent
d'obtenir toutes les informations nécessaires sans mise à mort !
C'est d'ailleurs le cas du Gonolek de Bulo Burti, nommé Laniarius liberatus
par les scientifiques qui l'ont décrit, puis relâché. Espérons
que la Chouette de San Isidro aura autant de chance
Site web
Pour voir d'autres photos du séjour en Equateur de V. Schollaert (et bien
d'autres choses), vous pouvez visiter son site web: www.valeryschollaert.com.
Remerciements
Nos remerciements vont à
Daniel Philippe et à Frédéric Vanhove qui ont relu et apporté
des modifications intéressantes à cette note.
Présentation
du San Isidro Lodge
Les Cabañas (ou lodge) de San Isidro, entourées par un réserve
forestière privée de 1300 ha, sont un établissement pionner
dans l'écotourisme du Nord-est des Andes équatoriennes. Il y a quarante
ans, la famille Bustamante, propriétaire du secteur, ont eu l'idée
de protéger l'habitat.
Le lodge de San Isidro est situé à environ 2 050 mètres d'altitude,
dans la zone des forêts nébuleuses, mais des sentiers permettent
d'atteindre d'autres habitats entre 1 850 mètres et 2 400 mètres
d'altitude.
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Il est souvent
difficile de voir correctement les oiseaux dans la végétation luxuriante
des forêts andines. Néanmoins, lorsqu'on fait l'effort de chercher
sans relâche, on finit toujours par avoir la chance de voir de petites espèces
hyper sympathiques comme cette mignonne Chevêchette des forêts ( Glaucidium
nubicola)
Photo: Valéry Schollaert |
Près de 310 espèces
ont été notées dans la propriété autour de
l'établissement, parmi lesquelles des raretés comme le Tinamou de
Bonaparte (Nothocercus bonapartei), le Grimpar de Pucheran (Campylorhamphus pucherani),
la Grallaire du Pérou (Grallaricula peruviana), la Grallaire géante
(Grallaria gigantea), le Tohi bridé (Atlapetes leucopis), le Toucan à
bec noir (Andigena nigrirostris), le Cotinga de Lubomirsk (Pipreola lubomirskii),
le Tangara à capuchon (Piranga rubriceps), le Batara occidental (Dysithamnus
occidentalis), une espèce récemment découverte, et le Barbacou
à face blanche (Hapaloptila castanea), pour qui San Isidro constitue le
site plus régulier sur le versant oriental des Andes équatoriennes.
A l'ouest, des forêts tempérées s'étendent au pied
d'une zone de paramo (lande arbustive d'altitude), tandis qu'au sud et à
l'est pousse une forêt inaccessible sur les crêtes de la Cordillera
de Huacamayos: ces zones permettront à l'observateur de compléter
leur liste d'espèces.
L'accès facile depuis la capitale Quito, et un excellent réseau
de pistes, font du San Isidro Lodge une destination idéale pour découvrir
les oiseaux des forêts andines.
En séjournant à San Isidro, vous pourrez contribuer ainsi à
favoriser un tourisme respectueux de la nature et aider au financement des études
en cours.
Site web: cabanasanisidro.com.
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