Recherche sur Ornithomedia.com

  Magazine
   Livre recommandé

Owls: A Guide to the Owls of the World
de Claus Konig (Auteur), Jan-Hendrik Becking (Auteur), Friedhelm Weick (Auteur)
109,26 €
(En savoir plus)

  Note sur la Chouette de San Isidro: une nouvelle espèce?

Par V. Schollaert, R. Crohin et M. Reyntens

Stuation du San Isidro Lodge (Equateur)
Situation du San Isidro Lodge
A l'heure où chaque centimètre carré de notre planète est quadrillé par l'appareillage sophistiqué des satellites, et où l'Homme a laissé son empreinte sur presque toute la surface du globe, nombreuses restent les espèces vivantes à découvrir.
En effet, si l'on estime le nombre d'espèces présentes sur Terre à plus de dix millions, voire à des dizaines de millions (tous règnes confondus), ce ne sont que quelque 1,75 million d'espèces qui ont été décrites à nos jours!
Il est donc plus correct de parler d'espèces "décrites" plutôt que "découvertes", car c'est véritablement l'étude et la description d'une espèce qui va marquer sa reconnaissance par le monde scientifique. Presqu'une seconde naissance! C'est ainsi que chaque année des centaines d'espèces sont décrites, bien que certaines d'entre elles soient connues depuis longtemps.
C'est justement le cas du rapace nocturne appelé provisoirement Chouette de San Isidro, présente dans les forêts andines, et dont l'existence a été révélée il y a plusieurs années déjà. Faute d'étude approfondie, cet oiseau n'a pas de nom officiel - pour sûr, l'oiseau n'en souffre pas! - mais surtout reste un mystère pour tous ceux qui s'y intéressent.
Dans cet article, Valéry Schollaert (valery@valeryschollaert.com), Rudy Crohin (rudy@valeryschollaert.com) et Myriam Reyntens, l'équipe du site web www.valeryschollaert.com, émettent des hypothèses sur la taxonomie de cette espèce rencontrée et photographiée lors d'un séjour en Equateur de deux semaines en août 2007.



Abstract

Publicité
There are maybe dozen of millions species in the World, but "only" 1,75 million have been described so far. It is more exact to speak about "described" rather than "discovered" species, because it is only after an official study and description that a species is recognized as a species by the scientific world. Almost a second birth! Annually, hundreds of species are described, although some of them are known since a long time. This is exactly the case of an Owl named "San Isidro Owl" because it was found for the first time near the San Isidro Lodge, at 3 hours from Quito, Ecuador. Without any official description, this bird, which looks like the Black-banded Owl (Strix huhula), not only has no official name, but is also a mystery for ornithologists.
In this article, Valéry Schollaert, Rudy Crohin and Myriam Reynten (website www.valeryschollaert.com) discuss about the taxonomy of this bird that they watched and photographied in August 2007.


Réflexions sur la Chouette de San Isidro

L'observation

Chouette de San Isidro (Strix sp nova)
Chouette de San Isidro (Strix sp nova) photographiée au San Isidro Lodge (Equateur) en août 2007 (agrandir la photo)
Photo: Valéry Schollaert

En ce mois d'août 2007, nous sommes au San Isidro Lodge, à environ trois heures de voiture à l'est de Quito, la capitale de l'Equateur, dans une région encore largement couverte par la forêt humide.
Il est environ 21h lorsque, après à peine 30 minutes de recherche, nous apercevons pour la première fois la chouette "sans nom".
Cet oiseau ressemble à la Chouette à lignes noires (Strix nigrolineata), mais aussi à la Chouette huhule (Strix huhula). Il présente en fait un plumage intermédiaire entre ces deux espèces et l'absence des contrastes bien marqués au niveau de la calotte et de la nuque, tels qu'on peut les retrouver chez la Chouette à lignes noires, rapproche d'avantage notre oiseau de la Chouette huhule. Dès lors, l'observation de ce taxon amène à se poser quelques questions au sujet des liens de parenté qui la lient aux deux autres. Avons-nous affaire à un hybride, à une sous-espèce de Strix huhula, ou bien à une nouvelle espèce?

Un hybride?

Chouette à lignes noires (Strix nigrolineata)
Chouette à lignes noires (Strix nigrolineata)
Photo: Valéry Schollaert

Le cas de l'hybridation semble très peu probable en raison des répartitions géographiques de ces deux oiseaux, séparées par la chaîne des Andes.
En Amérique du Sud, Strix nigrolineata est connue seulement en Colombie et en Equateur dans les plaines de basse altitude, en bordure du Pacifique ainsi que dans les contreforts occidentaux des Andes. Strix huhula est quant à elle présente dans une grande partie de l'Amérique du Sud et notamment dans l'est de l'Equateur ; elle fréquente les plaines de basse altitude au-dessous de 600m. Or la Chouette de San Isidro vit bien au-dessus de 1000 m.
Installé aux abords du lodge depuis plusieurs années, le couple présent à San Isidro a mené à bien plusieurs nichées; l'observation régulière des jeunes a permis de constater la stabilité apparente des caractères phénotypiques.

Une sous-espèce de la Chouette huhule?

La Chouette de San Isidro pourrait-elle être une sous-espèce de la Chouette huhule (Strix huhula)? Ici aussi, la divergence qui existe entre les deux taxons au niveau de l'occupation du territoire tend à infirmer cette hypothèse.
En outre, leurs chants sont bien distincts et cela ne plaide pas non plus en faveur d'un regroupement de ces deux taxons au sein d'une même espèce.


Une espèce à part entière?

Chouette de San Isidro (Strix sp nova)
Chouette de San Isidro (Strix sp nova) photographiée au San Isidro Lodge (Equateur) en août 2007 (agrandir la photo)
Photo: Valéry Schollaert

Sommes-nous alors devant une espèce à part entière? L'examen des critères externes porte à le croire. Strix sp nova, ainsi nommée sur le site du Handbook of Birds of the World est passablement différente de Strix huhula et l'est encore plus de Strix nigrolineata: nous pouvons donc considérer que cette hypothèse est la plus probable. Pour ajouter au mystère, notre chouette aurait été observée chassant de son territoire la Chouette fasciée (Strix albitarsus). Elle réagirait au chant de cette dernière qui présente pourtant un plumage totalement différent.
Le problème est rendu plus complexe par le problème de la décision d'une capture éventuelle; généralement, lors de la découverte d'un nouvel oiseau, des chercheurs le capturent et l'euthanasient (ce qu'on appelle "collecter" un individu). Ils se basent alors sur une étude approfondie de la morphologie, du plumage et plus récemment de la génétique avant de nommer l'oiseau et de lui trouver sa place dans le classement taxonomique.
Toutefois, de plus en plus de voix s'élèvent contre cette pratique. Une population comme celle-ci, connue de deux régions seulement (elle serait également présente au Pérou sur la rivière Manu à 1400 m d'altitude), pourrait être mise en danger suite à l'une ou l'autre capture. Même pour un oiseau potentiellement plus répandu, éthiquement, cette pratique d'un autre âge est très discutable et de plus en plus rejetée (lire Faut-il collecter des oiseaux à titre scientifique?).
Le propriétaire du lodge qui abrite notre désormais fameuse chouette, un ornithologue réputé, refuse toute capture ou tout dérangement sur sa propriété. Peut-on vraiment lui donner tort ? Nos techniques modernes de mesure, de photographie, d'analyse génétique, permettent d'obtenir toutes les informations nécessaires sans mise à mort ! C'est d'ailleurs le cas du Gonolek de Bulo Burti, nommé Laniarius liberatus par les scientifiques qui l'ont décrit, puis relâché. Espérons que la Chouette de San Isidro aura autant de chance…

Site web

Pour voir d'autres photos du séjour en Equateur de V. Schollaert (et bien d'autres choses), vous pouvez visiter son site web: www.valeryschollaert.com.

Remerciements

Nos remerciements vont à Daniel Philippe et à Frédéric Vanhove qui ont relu et apporté des modifications intéressantes à cette note.

Présentation du San Isidro Lodge

Les Cabañas (ou lodge) de San Isidro, entourées par un réserve forestière privée de 1300 ha, sont un établissement pionner dans l'écotourisme du Nord-est des Andes équatoriennes. Il y a quarante ans, la famille Bustamante, propriétaire du secteur, ont eu l'idée de protéger l'habitat.
Le lodge de San Isidro est situé à environ 2 050 mètres d'altitude, dans la zone des forêts nébuleuses, mais des sentiers permettent d'atteindre d'autres habitats entre 1 850 mètres et 2 400 mètres d'altitude.

Chevêchette des forêts ( Glaucidium nubicola)
Il est souvent difficile de voir correctement les oiseaux dans la végétation luxuriante des forêts andines. Néanmoins, lorsqu'on fait l'effort de chercher sans relâche, on finit toujours par avoir la chance de voir de petites espèces hyper sympathiques comme cette mignonne Chevêchette des forêts ( Glaucidium nubicola)
Photo: Valéry Schollaert

Près de 310 espèces ont été notées dans la propriété autour de l'établissement, parmi lesquelles des raretés comme le Tinamou de Bonaparte (Nothocercus bonapartei), le Grimpar de Pucheran (Campylorhamphus pucherani), la Grallaire du Pérou (Grallaricula peruviana), la Grallaire géante (Grallaria gigantea), le Tohi bridé (Atlapetes leucopis), le Toucan à bec noir (Andigena nigrirostris), le Cotinga de Lubomirsk (Pipreola lubomirskii), le Tangara à capuchon (Piranga rubriceps), le Batara occidental (Dysithamnus occidentalis), une espèce récemment découverte, et le Barbacou à face blanche (Hapaloptila castanea), pour qui San Isidro constitue le site plus régulier sur le versant oriental des Andes équatoriennes.
A l'ouest, des forêts tempérées s'étendent au pied d'une zone de paramo (lande arbustive d'altitude), tandis qu'au sud et à l'est pousse une forêt inaccessible sur les crêtes de la Cordillera de Huacamayos: ces zones permettront à l'observateur de compléter leur liste d'espèces.
L'accès facile depuis la capitale Quito, et un excellent réseau de pistes, font du San Isidro Lodge une destination idéale pour découvrir les oiseaux des forêts andines.
En séjournant à San Isidro, vous pourrez contribuer ainsi à favoriser un tourisme respectueux de la nature et aider au financement des études en cours.
Site web: cabanasanisidro.com.


Réagissez à cet article sur notre forum Identification par e-mail (david.bismuth@ornithomedia.com).

Vous pouvez soutenir Ornithomedia.com

    
 


  Magazine

   Sommaire
   Livre recommandé

The Birds of Ecuador
de Robert S. Ridgely, Paul J. Greenfield
150,20 €
(En savoir

plus)
Publicité
  
  
   Livre recommandé
 
A Guide to the Birds of the Galapagos Islands
de Isabel C. Castro (Auteur), Antonia Phillips
119,97 €


   Newsletter

   Recevez chaque mois
   notre lettre d'infos
   gratuite.
    Inscription
   
Desinscription
        
         

   Carte recommandée

Carte routière : Equateur
de Cartes ITM
1/700 000
32,70 €
(En savoir plus)
ORNITHOMEDIA (c) 2000 Tous droits réservés